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Quelques souvenirs d'un gendarme pendant la 2ème guerre mondiale.

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Quelques souvenirs d'un gendarme pendant la 2ème guerre mondiale

Extrait de l’ « Inventaire des sépultures d’intérêt historique local de Thines », 2012, par FERY Joël :

       Suivant l’attestation de l’office de la Résistance n° VIII/6455 du 7 septembre 1949, HELSON Camille a été affilié à un mouvement de résistance reconnu : l’O.M.B.R. La qualité de résistant armé lui a été reconnue. Le temps passé dans la résistance est de un an huit mois soit du 1er janvier 1943 au 30 août 1944, arrondi au mois supérieur.

       Engagé volontaire pour trois ans au Corps de gendarmerie, numéro de matricule 196.16116, il est laissé en liberté provisoire par l’ennemi, en Belgique occupée, pour rejoindre ses fonctions normales le 28 mai 1940.

       Il est présent à la Gendarmerie du 3 septembre 1941 au 8 mai 1945 (fin des hostilités).

       D’octobre 1940 à mars 1945, il est chef de service interne au 3e escadron du 3e groupe mobile à Charleroi.

       Dans une lettre datée du 15 février 1971, adressée à son Directeur, il y joint des souvenirs de la seconde guerre :


Camille Helson à Charleroi

« Thines, le 15 février 1971.

Monsieur le Directeur,

       Je livre à votre sagacité les quelques souvenirs que j’ai conservés de mon passage à Charleroi durant l’occupation 40-45 – ce n’est certainement pas de gaieté de cœur que j’ai dû exécuter les ordres reçus, mais vous connaissez bien l’attitude de l’occupant et de ses suppôts. Comme j’avais été déporté à 19 ans durant 17 mois, je pense que je savais ce à quoi l’on pouvait s’attendre de leur part. Il se peut que mon commandant ait agi de bonne foi, je n’ai pas à le juger. La pièce concernant le mdl. DUPONT n’est pas très propre, je la joins comme preuve de ce que j’avance. Je m’excuse de la longueur de cet écrit un peu heurté, surtout que je ne puis plus préciser les dates.

       Veuillez agréer, M. le Directeur, l’expression de mes meilleurs sentiments

Helson Camille

r. du village, 1A

1402 – Thines – Nivelles ».

 « Au 3e escadron du 3e Groupe Mobile de Gendarmerie à Charleroi durant l’occupation 1940-1945 - Quelques souvenirs -

       Le 25 octobre 1940, j’arrivais à Charleroi comme chef du Service Intérieur du 3e escadron du 3e groupe mobile de gendarmerie. Le Major Godfroid commandait le groupe. Le Capitaine Pierrard était mon Commandant.

       Logés à l’Université du Travail, nous étions en face de la Kommandantur, dirigée par le Hauptmann Quatsch. Une discipline de fer régissait le groupe. Comme en temps de paix, nos hommes devaient compléter ou renforcer les effectifs de la brigade de Charleroi dans les services au palais de justice. Les ordres allemands prescrivaient une sévère occultation dès la tombée du jour et nous devions surveiller spécialement la gare de Marchienne-au-Pont et la formation de Monceau. Suivant l’intensité des vols de charbon dans les gares, nous allions jusque La Louvière (postes gare et à La paix) Leval, Trahegnies, Souvret, gare de Châtelet, etc. Le recrutement était pour ainsi dire inexistant. Une note émanant du Palais Royal – venue par les services de la Justice – demandait aux vieux gendarmes ayant plus de 20 ans de service, de continuer leurs fonctions, dans l’intérêt public. En dehors d’un service spécial appelé peloton des fraudes, il fallait surveiller le marché noir qui commençait à s’organiser. Pour les officiers, le régime ne semblait pas trop sévère. Il n’y avait plus de chevaux et le charroi était réglé par l’occupant qui disposait des réserves d’approvisionnement en essence.


Carte de déporté

       La gestapo recrutait toujours des rexistes avides de dénonciations et désireux de mener la grande vie.

       Si la mémoire a parfois bien du mal à situer une date exacte dans le dédale des faits de cette occupation si longue et si démoralisante, tâchons de rappeler quelques souvenirs.

       En été 1941, Hitler donne l’ordre à ses armées de pénétrer en Russie et pour l’hiver, les troupes sont devant Stalingrad. Nos communistes, plus ou moins endormis, se réveillent et font paraître des pamphlets clandestins, tels que « L’étincelle ». Des sabotages sur les voies ferrées et dans les usines s’organisent. Et la répression aussi. D’après les ordres allemands, il faut rechercher activement tous les auteurs de ces actes malveillants pour les livrer à la justice. Nous sommes entre deux feux : ou bien on livre des innocents ou des gens travaillant pour la résistance, ou bien il s’agit d’individus tarés qui cherchent à se procurer de l’argent, comme ce fut le cas dans certaines attaques de bureaux de poste. Nous cherchons la meilleure solution possible.

       Vous vous rappelez sans doute qu’on recrute pour la légion wallonne, sous la direction de Degrelle. Un certain jour, après la victoire de Tcherkassi, la légion avait été retirée du front pour visiter notre pays. C’est ainsi qu’elle fit son apparition à Charleroi ; notre chef de cuisine qui était à la recherche de ravitaillement en ville s’était vu réquisitionner pour lancer des slogans par haut-parleur. Comme je retournais pour aller dîner à Montignies-sur-Sambre, je pensais bien que cette légion était restée quelque part en ville, mais arrivé près des hangars du charroi de la ville, je remarquai que les blindés étaient au repos je voulus faire demi-tour mais fut interpellé par un officier et obligé de saluer le drapeau, alors je pus continuer mon chemin.

       L’hiver 41-42 est très rude - c’est ainsi que le 31 janvier, on relève -13° - ce n’est que le 5 mars que s’amorce le dégel. Cet hiver terrible renverse la situation des armées allemandes, le corps d’armée Paulus doit se rendre et l’armée battre en retraite. Dans mon quartier, il n’y a  que des ouvriers qui essaient de vivre avec la carte de ravitaillement ; en avril 1942, la pénurie de pommes de terre est grande, je vais jusque Roulers, où j’en trouve à 10 frs le kilo. En juillet 42, je sollicite une avance sur une assurance-vie et me vois le 1er décembre dans l’obligation de vendre ma machine à écrire. En octobre 42, le traitement de l’adjudant est de 2.250 frs mensuellement. Les ordonnances d’officiers sont supprimées au début de 1942, mais elles peuvent encore être à la disposition des officiers de 14 à 18 h. D’où casse-tête chinois, il faut mettre l’ordonnance en service le matin ; si ce service ne plaît pas, l’ordonnance en réfère à son officier.

       L’hiver 42-43 est le contraire du précédent. Les formations de forteresses volantes traversent notre pays pour aller bombarder l’Allemagne. Un certain jour, j’arrive au bureau avec de petits sacs de café congolais – avec le salut du Congo. Le Commandant Charlier qui a été dans la colonie me dit que c’est de l’arabica – une chose est certaine, c’est du café et tout le monde voudrait bien en avoir.

       J’en viens au fameux bombardement de Montignies-Centre. Je n’en connais plus la date exacte. En partant le matin pour mon service, je vois une formation d’une cinquantaine d’appareils semblant se diriger vers l’Allemagne ; mais vers 8h30, j’entends tomber des bombes, les sirènes hurlent et nous assurons l’ordre dans les abris souterrains qui débutent près des chaufferies de l’U.T. Ces abris très bien construits étaient éclairés à l’électricité. Tout en demandant aux gens de s’asseoir sur les bancs, je pense à ma femme, mes enfants et des larmes coulent sur mes joues. Le bombardement est conséquent et cela semble une éternité. Fin de l’alerte, on cherche à savoir, c’est à Montignies-Centre. Les usines Solvay qui sont plutôt sur Couillet ont reçu quelques bombes, mais le centre est pulvérisé et il y a de nombreuses victimes. Il faut établir un cordon de sécurité autour de cette zone sinistrée. Tous les cercueils sont rassemblés dans une grande salle de l’U.T. le long du boulevard Roullier ; il y en a 102, l’autorité allemande a voulu une inhumation d’ensemble.

       En mars 1944, alors que la résistance s’organise sérieusement, l’autorité allemande décide de nous faire ratisser la région jusque Huy, suivant des instructions secrètes, en vue d’arrêter surtout les prisonniers russes évadés. En prenant mon service le matin, j’apprends par le 1er Chef Leroy que le 3e escadron est désigné pour cette mission. Je me précipite à la visite des malades, je suis exempt de service, sans être malade. Le rassemblement s’organise malgré tout, je parviens à prévenir le camarade attaché au service du Procurer du Roi et une ½ heure plus tard, la mesure est rapportée. Une remontrance du Colonel Coppenolle, nouveau chef de la gendarmerie, m’est signifiée ; en cas de récidive, exclusion de la gendarmerie.

       J’oubliais de vous signaler qu’en 1943, le maréchal des logis Dupont était incarcéré à la prison de Louvain pour sabotage d’un wagon d’étain. Voir en annexe l’ambiance qui régnait dans notre escadron. Nos hommes, je l’ai déjà dit, contrôlaient les gares de Marchienne-au-Pont et la formation de Monceau ; ils sabotaient des wagons contenant du ravitaillement venant de France pour l’Allemagne ; un jour, le 1er maréchal des logis Wanlin me demande de prospecter les pharmaciens, il avait subtilisé 2 caisses d’opium. Ce produit était destiné aux hôpitaux allemands. Lui ayant conseillé d’attendre, il fit insérer une annonce dans un journal de Charleroi, il se fit arrêter par la gestapo et interné à Merxplas. Wanlin avait dû déterrer les caissettes et les remettre aux gestapistes. Cela était évalué à l’époque à 120.000 frs.

       De nouveaux gendarmes de Bruxelles arrivent, certains partisans de l’ordre nouveau, l’un de ceux-ci m’annonce qu’il doit travailler pour la kommandantur, il me préviendra lorsqu’il faudra changer son service. Situation difficile. En 1944, mon escadron est en déficit complet, mes hommes partaient renforcer les brigades qui demandaient de l’aide pour la surveillance des fermes et des récoltes détruites par la résistance.

       Mon Commandant promu major nous demandait de surveiller les maisons des rexistes ; la nuit, il y avait des barbouilleurs de façades.

       Les hommes escamotaient ces services, il fallut constituer des patrouilles de 3 hommes, rien de fâcheux ne survint.


Camille Helson sur sa monture

       Un certain jour, ayant effectué le contrôle de La Paix – embranchement ferroviaire près de La Louvière, je fus amené à aller constater de visu les résultats d’un bombardement aérien du dépôt des machines de la gare de Haine-St-Pierre. Quelle merveille de précision ! Des machines et il y en avait beaucoup – plus de 30, d’après les constatations, tout était détruit ; certaines machines semblaient enterrées, on les reconnaissait par les morceaux de cheminée qui subsistaient et dire qu’à la gare, à un peu plus de 100 mètres, il n’y avait rien, à part des vitres soufflées. Mais ce qui était encore plus spectaculaire, c’était la situation des voies à hauteur du dépôt : des rails tordus étaient projetés vers le ciel ; précisément, un train de marchandises venant de France et composé de wagons de peaux de mouton pour les troupes en Russie et 3 grands foudres – un de cognac et deux de vin – je pense que ces foudres contenaient au moins 20.000 litres chacun – se trouvaient hors des voies, dans des positions acrobatiques, ils n’étaient pas éventrés et ils accaparaient l’attention du personnel allemand sur place. La joie était dans nos cœurs. Les 2 wagons de vins ne pouvaient plus être manœuvrés, les allemands discutaient pour en faire une distribution à la population contre paiement bien entendu. Comme cela n’était pas de ma compétence, je demandais aux gendarmes de service de ne pas participer à cette vente et de continuer la surveillance dont ils étaient chargés.

       Au cours des surveillances exercées pour les vols de charbon dans les gares, un maréchal des logis de ma formation abattit un jeune homme de Lodelinsart d’environ 17 ans. C’était plutôt un accident. Le gendarme armé du fusil Lebel de la cavalerie française poursuivait le gaillard qui était occupé sur un wagon. En sautant la clôture, la carabine accrocha un fil et le disque de sûreté en se déclenchant libéra la détente et la balle alla frapper un mur et par ricochet, le malheureux malandrin. C’était un fils de famille nombreuse, des imprécations furent proférées à notre égard jusqu’à l’enquête du commandant de Brigade – adjudant Coquette – eût démontré l’accident. Lorsque les voleurs étaient en nombre, nos ordres étaient de tirer en l’air pour les intimider ; certaines nuits particulièrement sombres, des wagons complets étaient vidés. Nous ne disposions que de quelques torches électriques, lorsqu’il s’agissait de personnes âgées munies d’un ou de deux seaux, on les laissait aller.

       Mais il y avait du charroi pour emporter le charbon et lors d’une dénonciation, nous trouvâmes dans 2 maisons de ces voleurs des meubles tout neufs qu’ils avaient achetés avec le produit des vols. D’un côté, le malheureux qui essayait de se préserver du froid et de l’autre, le profiteur qui accumulait les bénéfices et les transformait en charroi, meubles, etc

       Je devais effectuer 3 contrôles de nuit et 3 de jour par mois. De plus, j’étais adjoint à l’officier du casernement pour le couchage. L’armement devait être enfermé à clef et chaque participant à un service devait signer le cahier pour décharge. En service, l’occupant voulait qu’une balle se trouve dans le canon de l’arme dont on pourrait se servir.

       Pour réussir certains contrôles de jour, nous occupions tous les points-clefs donnant sur une localité et tout qui sortait ou entrait était soumis à une fouille minutieuse. Tout ce qui faisait penser à de la fraude était saisi et remis à l’office de contrôle. Certain jour, un de mes gradés revint avec un jeune homme d’une quinzaine d’années, il pleurait à chaudes larmes, il était chargé de plus de 30 kilos de pommes de terre, de beurre, de lard, etc. Il nous décrivit la situation malheureuse de sa famille, aîné de 6 enfants. Le gradé se rendit à l’adresse de ce garçon, ce qu’il avait rapporté était exact, après en avoir référé au parquet de justice, le jeune homme put rentrer chez lui avec toutes les denrées. Un autre jour, je reçus un coup de fil à l’U.T. de mon parrain d’Hansinelle, me signalant un cas malheureux. Un ouvrier désigné par ses camarades à l’usine de la Providence pour chercher du ravitaillement avait été arrêté par mes hommes du côté de Jamioulx, porteur de 10 kilos de beurre. P.V. avait été rédigé et le beurre saisi. L’ouvrier affirmait qu’il ne se livrait pas à la fraude, que c’était pour une vingtaine de camarades de l’usine. Comment faire ? Je parvins par une cabine civile à prévenir le chef du détachement que j’avais contrôlé la déclaration de l’intéressé, mais que je le laissais libre d’agir comme il l’entendait. Le lendemain, tout le beurre fut remis à l’intéressé. Aussi, quelle joie dans ces foyers d’ouvriers. Je demandai que le chercheur se munisse à l’avenir de la liste des camarades, car une dénonciation pouvait tout gâcher. Bien souvent, à la rentrée des services, il y avait des coups de feu. Les hommes devaient décharger leurs armes en notre présence.

       Ou bien, c’était une balle de revolver dans le plafond ou une de mitrailleuse dans le plancher, tout cela par inadvertance.

       Finalement, nous dûmes aller au stand de tir de Marcinelle pour nous exercer au tir de ces armes. Là, avaient été fusillés le maréchal des logis Hocq et un Major de l’armée, dont je regrette de ne plus me rappeler le nom.

       En 1943, un de mes braves gendarmes, le maréchal des logis Halleux est abattu alors qu’il était en renfort à la brigade de Charleroi. Ce garçon, père de 2 enfants en bas âge était de Rémersdael et parlait bien l’allemand, il avait été désigné comme interprète à la kommandantur. Certain jour, il était venu me demander de le relever de ce service, d’après lui, il était suspecté par ses camarades. A la kommandantur, je parvins à le faire remplacer. Deux braves encore, les maréchaux des logis Vanderhulst et Herneupont – ce dernier – Lieutenant-Colonel à Namur – transportaient La libre Belgique clandestine et s’occupaient du transfert d’aviateurs alliés. Nous devions assurer le transport des explosifs qui se trouvaient à la poudrerie de X pour les charbonnages. Pour les sabotages, il fallait dynamite, cordon Bickford, détonateurs, tout cela était compté et recompté avant la sortie de la poudrerie. Mais des munitions disparaissaient. Grâce à ces camionnettes – transport d’explosifs – très dangereux – à l’occasion d’un survol de bombardiers, on demandait au service de la sirène d’alarme de prolonger l’alerte ; durant ce temps, les allemands étaient dans les abris, la camionnette prenait 1 ou 2 aviateurs alliés en charge pour les remettre à un endroit désigné ? Il y avait d’autres combines et les frères L. étaient des spécialistes en cette matière.

       Depuis le 6 juin 1944, tout le monde est en émoi, les alliés n’ont pas facile pour décrocher, mais la puissance de leur armement les aide et plus rien ne pourra les arrêter. Nos gendarmes disparaissent, certains de nos officiers sont en résidence surveillée ; d’autres, destination inconnue.

       On m’a demandé de rester avec quelques hommes. Responsable du couchage, je fais empiler matelas et couvertures inutilisés et les fait entreposer au dortoir du boulevard Roullier. Nous approchons de la fin du mois d’août. Paris a été libéré. Le 18 août, c’est un massacre à Charleroi, vous vous rappelez tous ces civils, y compris le chanoine Harmignies, doyen de Charleroi, qui furent assassinés dans une cave des environs de la ville. La dame, économe de l’U.T. me fait appeler un certain soir pour m’annoncer le départ prochain de la kommandantur.

       Il y a, dit-elle, environ 200 carabines dans une salle, les verrous sont dans une autre salle, ainsi que les munitions. Pourquoi tout cet armement ? D’après la kommandantur, aussitôt les allemands partis, ce sera la guerre civile et la gendarmerie devrait s’assurer de ces armes … Mais comment ? Pour la fin du mois, la kommandantur part. Il y a un grand noir qui garde l’entrée avec carabine et grenades. Le 1er septembre, la Reichbann s’embarque à la gare du Nord à Charleroi, la Feldgendarmerie part également. La gendarmerie de Charleroi a abandonné son casernement. Le soir, des officiers de police de la ville de Charleroi viennent demander de leur prêter main-forte pour l’occupation de l’hôtel de ville, mais il n’y a pour ainsi dire plus de gendarmes. Ils sont dans la résistance ou chez eux. Le 2 septembre, je suis à l’U.T. avec quelques gendarmes lorsqu’une troupe allemande, avec un général, demande d’être logée. Les hommes sont très fatigués, j’accompagne le général et lui montre le dortoir où mon couchage a été remisé. Tous les lits sont en place, mais il faut des couvertures. Cela ne suffit pas à certains soldats, ils éventrent des coffres de gendarmes à la recherche de je ne sais quoi. J’ignore s’ils vont rester longtemps et je préviens les hommes qu’ils gagnent les abris dès qu’ils seront sur pied. Après environ trois heures de repos, ils sont là et raflent tout ce qu’ils trouvent dans la cuisine : pain, beurre des gendarmes et reprennent la route. D’autres troupes arrivent, font arrêt dans la cour et repartent. Dans un camion, il y a quelques beaux porcelets et les allemands demandent si nous ne sommes pas acheteurs. On ne voit aucun chef, personne ou tout le monde peut donner des ordres. Le dimanche 3 septembre, tout est tranquille à l’U.T. Il n’y a plus de garde de police et aucun civil ne cherche à s’emparer de quelque chose. Pas de chef, on retourne chez soi. Suite à une réunion secrète dans les bureaux de la compagnie à Charleroi, il avait été convenu que la sirène d’alarme appellerait la résistance à l’action. A 17 heures, l’appel eut lieu. La fusillade à Charleroi avait commencé dès le début de l’après-midi du 3 septembre. On ne sait si c’était un combat ou des tirs de représailles. Ma section devait se trouver près de l’église de La Neuville. Casqué et armé, je me rendis au lieu convenu, personne n’y était. Après quelques minutes d’attente, je décidai de continuer jusque Charleroi. En cours de route, je voyais les gens joyeux arborer des drapeaux et de temps à autre, un groupe de trois ou quatre hommes, brassard au bras. Près du pont du chemin de fer sur la ligne du Nord, la fusillade est plus dense, j’hésite pour traverser le pont, il me semble que les balles ricochent sur le parapet, je me baisse et longe le parapet pour descendre sur les voies, lorsque j’aperçois l’adjudant Leroy et un gendarme, l’arme à la bretelle, qui suivent la voie et vont vers Montignies. Je n’y comprends rien, je crie pour les avertir, mais le bruit de la fusillade est plus fort ; lorsqu’à ce moment, j’entends qu’on frappe très fort à la vitre d’une maison. Je me retourne et je vois qu’on me fait signe de venir. Je me hâte d’aller vers cette maison, la dame m’explique que je suis vraiment stupide de m’embarquer seul, qu’il y a quatre soldats allemands de l’autre côté du pont, que j’attends un peu et qu’elle me conduira à la résistance, puisqu’elle en fait  partie. Et me voilà écoutant la radio avec la famille. Puis, le calme revient et la dame sort avec moi pour franchir le pont et m’indiquer la maison d’un 1er chef de gendarmerie, où se trouve le commandant. Je contourne la maison, je vois deux ou trois soldats allemands prisonniers, je rentre dans la maison et c’est le commandant Pierrard de la compagnie de Charleroi qui donne des ordres par téléphone. L’officier est en civil et il me fait signe de m’asseoir dans un coin, je suis comme un perdu. J’entends qu’il parle de caserne, de tanks allemands ; décidemment, je ne comprends rien. Il paraît que les gendarmes de la brigade de Charleroi avaient occupé la caserne des chasseurs et qu’on signalait une colonne de tanks allemands venant de Marchienne et qui ne purent passer, suite à la destruction d’un pont sur la Sambre par la résistance.

       Le Commandant décida alors de retourner à Charleroi, je l’accompagnai avec deux gendarmes. Dans les wagons de marchandises garés se trouvaient des résistants armés, certains de pistolet rouillé, qui attendaient qui – la gare du Nord était également occupée, nous traversâmes le boulevard et rentrâmes à l’U.T. Je rencontrai le maréchal des logis Martin avec un fusil-mitrailleur à tambour. Je lui demandai ce qu’il voulait faire tout seul : abattre un ou deux allemands. Alors, il mit sa mitrailleuse en action et tira sur une jeep qui remontait, il avait mal visé ; les allemands s’arrêtèrent et regardèrent de tous côtés ; finalement, ils tirèrent dans une fenêtre d’une maison et partirent. La mitrailleuse s’enraya et je fis rentrer ce maréchal des logis. Un peu avant midi, le 1er chef Latour qui était au courant de l’armement délaissé par la kommandantur avait pu récupérer quelques hommes, ils avaient distrait le noir de sa garde et l’avaient désarmé. Ils comptaient s’emparer ou cacher l’armement, mais en ce moment, les civils s’étaient infiltrés dans le bâtiment et se partagèrent les carabines, les gendarmes n’ayant plus d’autorité. Le 4 septembre, les tanks américains entraient à Charleroi. C’était la cohue, alors que la foule se trouvait rassemblée près du monument aux morts, un loustic cria « les allemands reviennent » et ce fut la panique. Pendant ce temps, la résistance ne chômait pas ; une colonne de prisonniers allemands – plus de 200 – était logée dans une salle de gymnastique.


Camille Helson

       A l’école des filles, on amenait les rexistes et tous ceux qui avaient eu des activités avec l’occupant ; je vis arriver Joseph Pireaux de Montignies qui venait à peu près toutes les semaines chez moi, on m’avait prévenu qu’il se rendait à la kommandantur. A sa demande, je lui avais fait délivrer une fausse carte d’identité. N’ayant rien sur la conscience, je n’avais plus qu’à attendre la suite des évènements. Une heure plus tard, un monsieur d’allure militaire qui exhibait une médaille « intelligence service » venait réclamer l’intéressé. On avait, dans l’intervalle, voulu rosser sa femme et sa mère et mettre le feu à la maison.

       Lorsque je puis rentrer à la maison, le dit « Joseph » m’embrassa de joie, en m’expliquant qu’il jouait sur les deux tableaux et qu’il était très content de sa bonne réussite. Puis, la vie ordinaire renaît, c’est le tour de l’Auditeur Militaire. La gendarmerie n’a pas encore en main le maintien de l’ordre. Dans un service célébré à Charleroi à la mémoire de ceux qui sont tombés pour la liberté, on remarque qu’un chef de la résistance a priorité sur le Major, commandant le groupe mobile. Un certain jour, sans pouvoir préciser la date, il y a effervescence du côté de la gare du Sud. Tous mes hommes sont rentrés des diverses brigades où ils étaient cantonnés. Comme je fais toujours faisant fonction de commandant de peloton, le Major me mande de partir avec le peloton pour faire régner le calme dans ce secteur. Je réunis mes hommes, leur fait comprendre le sérieux de notre mission, c’est notre première sortie dans la ville depuis les évènements. Des coups de feu retentissent du côté de la gare du Sud, des rafales de mitraillettes sont tirées. Nous parvenons, sans encombre, en bon ordre, au pont de l’Ecluse. Là, halte, des membres de la résistance qui occupent les cafés près du pont accourent et demandent pourquoi nous sommes là. Plusieurs sont sous l’influence de la boisson. On me dit que nous ne pouvons traverser le pont, que les allemands occupent la gare et que la résistance s’en occupe. Je passe outre et me présente devant la gare, où nous sommes à nouveau arrêtés. Je mets ma troupe en tirailleurs, l’arme à la main et ne pouvant attaquer de face, je décide de prendre la gare à l’envers par le pont de la prison. Pendant ce parcours, je remarque que les coups de feu diminuent. Après avoir dépassé le pont sans avoir éprouvé quoi que ce soit, il me demande de patienter avant d’aborder la gare par les voies. Je vois des hommes qui s’encourent vers la gare et après environ dix minutes, on vient m’annoncer que les allemands sont prisonniers, que la résistance a la situation en main. Sur la promesse formelle de ce chef dont j’ignore le nom, je remets mon peloton en marche et nous rentrons au cantonnement. Par la suite, nous apprenons que cette combine avait été montée pour que des civils puissent piller un train de ravitaillement. A partir de ce jour, tous les dépôts de ravitaillement sont installés en ville et gardés par la gendarmerie. Nous reprenons tout doucement les missions qui nous ont été dévolues par la loi. Nous avons un centre de prisonniers du côté de Lodelinsart dans une grande usine inoccupée. Le conseil de guerre fonctionne à plein rendement. L’auditeur militaire me fait parvenir une liste sur laquelle figurent tous mes hommes et je dois dire immédiatement par un oui ou non s’ils n’ont rien à se reprocher au point de vue civisme. A part un gradé d’élite, aucune observation à faire à ce sujet. Quelques jours plus tard, on signale encore des allemands qui errent dans les bois et c’est de nouveau conflit avec la résistance. Finalement, la résistance amène les derniers prisonniers.

       Alors que la machine est sur ses rails, l’offensive Von Rundstedt remet tout en question. C’est la gendarmerie qui garde les ponts, ouvrages d’art, etc.

       L’aviation alliée cloue les allemands au sol, puis, c’est la retraite définitive. Le 1er janvier 1945, un avion allemand vient lâcher quelques bombes sur la place de Montignies ; pas de victime. Des V1 et V2 passent de temps à autre et alors, c’est l’inquiétude, car on ne sait jamais où ils vont tomber.

Nous avons perdu le brave Commandant Fagnat et le vaillant candidat-officie Schmitz, nous saluons bien bas leur mémoire. Ils ont sacrifié leur vie pour notre liberté. Je me rappelle bien lorsque la gestapo est venue pour arrêter le Commandant ; nous étions tous les chefs de service dans une même salle, officiers compris. Lorsque les gestapistes demandèrent le Commandant, personne ne répondit. Le Commandant se leva, alla décrocher une clef au tableau et sortit en enfermant personnel et gestapo. Les gestapistes comprirent aussitôt ; ce n’est que quelques jours plus tard que ce brave officier fut appréhendé et conduit en Allemagne.

       Je m’excuse pour les dates, étant donné le temps écoulé. Je me suis borné à relater ce qui s’est passé réellement, sans aucune prétention.

       Si je puis dire quelques chose, je dirai que la gendarmerie s’est montrée à la hauteur de sa tâche, elle a fait tout son possible pour aider les populations saines et courageuses, elle a traqué les mercantiles, les voleurs qui ne pensaient qu’à remplir leurs poches, elle s’est montrée compatissante envers les familles nombreuses, elle a procédé à des saisies de denrées alimentaires vendues à des prix prohibitifs, elle a veillé sur les veuves et les orphelins et secouru comme a pu les prisonniers de guerre ; elle a perdu de bons éléments, elle est sortie de ce conflit mondial la tête haute, fière d’avoir accompli tout son devoir tel que sa conscience le lui permettait, lors de la défaillance de certains de ses chefs.

Thines-lez-Nivelles, le 12 février 1971 

HELSON Camille-adjudant retraité. »

       En 1971, le Capitaine de gendarmerie VAN CASSE est officier-stagiaire à l’Ecole de Guerre. Il est chargé d’un travail d’histoire militaire dont le sujet est « L’emploi de la gendarmerie pendant la campagne de dix-huit jours (10-28 mai 40), les régiments légers exclus »
       Lors de ses recherches, il se rend compte qu’il n’existe aucune trace de l’activité de la gendarmerie durant cette période, tant dans les archives de l’Etat-Major ou autres unités de gendarmerie, ni dans les dossiers du Service Historique de l’Armée. Il envoie un questionnaire assez impersonnel à Camile HELSON. Le 18 novembre 1971, ce dernier envoie un courrier à VAN CASSE où n’apparaissent que les réponses :

       « Grand Quartier Général – Les 3 s/officiers permanents + les 2 ordonnances – 2 chauffeurs de la gd territoriale et 2 motocyclistes avec vieilles motos – je ne puis préciser de quelle unité venaient ces hommes.

       2 détachements de surveillance – dg de diverses brigades – cap-cdts PARMENTIER et BAY – 1 détachement d’évacuation de prisonniers – cap Cdt QUEKEL – Je ne me rappelle plus la force de ces détachements. En outre, environ 500 s/off et soldats d’élite choisis dans toutes les armes.

       Le Grand Prévôt se rendait environ 2 fois par jour au G.Q.G. ; en auto. Nous n’avons rien reçu des autres prévôtés qui à peine installées quelque part, devaient se terrer ou déménager Les consignes étaient données verbalement ou par téléphone.

       Pendant la campagne ; nos services de bureaucrate ont été presque nuls. Il fallait essayer de maintenir le moral de la population où nous étions, c’est ainsi qu’il m’avait été commandé de prévenir le Bourgmestre de Varsenaere que le fort de Tancrémont tenait toujours. Dans l’école près de l’église, nous avions 250 prisonniers allemands qui ont été évacués par autobus vers le littoral avant le 28 mai. Au cours de notre déplacement du 27 au 28 mai, avant d’arriver à Ghistelles, nous avons rencontré une unité belge, il y avait un soldat étendu sur le bord de la route, blessé à la cuisse. Nous nous sommes arrêtés près du rassemblement, il n’y avait pas d’officier, il m’a semblé que les brancardiers n’étaient pas à la hauteur de leur tâche, j’ai envoyé un de nos motocyclistes à Jabbeke chercher un médecin ; ensuite, nous avons poursuivi notre route vers Middelkerke, il fallait rouler feux éteints. Nous avons rencontré une unité française qui refluait vers la frontière et des soldats armés barraient la route, sous prétexte qu’elle était soumise à bombardement aérien ; après palabres, nous sommes passés sans encombre.

       Le soir du 27 mai, nous partions pour Middelkerke et le 28 mai, vers deux heures du matin, nous étions face à la mer. On nous avait désigné la villa « Les Bambous » ; mais après inspection, pas d’eau potable, rien à manger, nous sommes retournés dans le camion de déménagement et vers 4 heures, un gendarme en civil est venu nous éveiller en disant : Le ROI a signé la capitulation de l’armée, restez où vous êtes et attendez les instructions. »

       Après la capitulation, nous sommes rentrés à Versenaere à la maison où nous avions séjourné, le 28 mai dans la soirée. Nous sommes resté là 2 ou 3 jours. Le Bourgmestre de la localité a demandé qu’on remette les fusils à la maison communale, ce qui fut fait, nous conservions nos revolvers. Nous étions au complet

       C’est le Colonel d’E.M. GILBERT, chef de Cabinet du Ministre de la D.M. qui me téléphone vers 6 heures du matin le 10 mai 40 en m’annonçant le début de la guerre. Je venais de passer la nuit à la caserne des Guides et toutes les troupes, sauf le personnel d‘entretien, l’avaient évacuée vers minuit. Le Colonel me dit que l’aviation allemande allait très probablement attaquer les casernes. A ce moment, j’entendais distinctement le bruit d’une escadrille et les batteries de la plaine des manœuvres ouvrir le feu. Des bombes au phosphore tombèrent dans la cour de la caserne, sans causer de dommages. Il n’en fût pas de même chaussée de Wavre, où le feu se déclare dans le magasin de fourrages.

       L’I.C. Gdrie étant supprimée ipso facto, les archives furent emballées et transportées à l’escadron-école de gdrie . Les prévôtés qui devaient accompagner les corps et divisions d’armée se constituèrent à la caserne de l’Avenue de la Couronne. Le 13 mai, nous occupâmes les locaux de l’E/M/Gdrie, afin d’établir les documents nécessaires aux réquisitions et superviser les déplacements des prévôtés. La subsistance des unités était assurée par l’Intendance. Le 14 mai, le C.Q.G était au fort de Breendonk. Nous faisons route pour Lippelo. Là, nous reçûmes l’ordre de détruire un élevage de volailles qu’on nous dit appartenir à la famille royale. Il y eut distribution de volailles aux habitants et à un convoi français (artillerie) qui traversait la localité. Le 15 mai, nous partions pour St Denys-Westrem et nous logions dans un château. Là, je réquisitionnai une camionnette de la commune d’Etterbeek pour la facilité de nos transports. Le 16 mai, nous étions à Varsenaere, près de l’église, chez les demoiselles DEMAN. Le ravitaillement n’était pas facile. Des bons de réquisition furent établis pour du matériel culinaire pour les détachements de gdrie qui nous accompagnaient. Nous logions sur de la paille dans les cafés ou dans un fauteuil dans les maisons ou bien dans le camion de déménagement. Les chefs n’auraient pu donner des directives précises ; à peine installés, il y avait alerte et l’on se sauvait où l’on pouvait. Pour ne pas rester inactif, on creusait des abris avec des outils nous prêtés par les habitants. Nous n’avons eu aucun contact avec les allemands.

       Notre rôle dans la formation de la Grande Prévôté nous a été expliqué par le Colonel DAELEMANS. Je me suis mis en rapport avec l’adjudant DEWILDE, de l’E/M de Gd qui avait occupé ce poste lors de la guerre 14-18. Les directives qui me furent données étaient assez confuses et je m’étonnais que nous ne disposions d’aucun charroi. Il me fut remis des ordres de réquisition pour pallier cette lacune Nous logions ; à tour de rôle, une nuit sur deux, dans le bureau à la caserne des Guides et ce depuis le 26 août 1939. »

       Le 30 septembre 1943, Camille HELSON obtient le grade d’adjudant d’infanterie de 1e classe.

 

 

 

 

 



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