erreur lors de la requete = update compteur set lien="bataille_de_baulers.php/trackback/images/objectifs.php" where nom="La Bataille de Baulers en Mai 1940." Maison du Souvenir - La Bataille de Baulers en Mai 1940.

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La Bataille de Baulers en Mai 1940.

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Un grand merci à Monsieur Joël Fery, Administrateur président de l'A.S.B.L. « DU COTE DES CHAMPS » et délégué du Souvenir Français pour la région de Nivelle, qui m’a permis de mettre le fruit de son travail sur le site de la Maison du Souvenir.


HOMMAGE AUX SOLDATS FRANÇAIS MORTS A BAULERS DURANT LES COMBATS DE MAI 1940

Avec l’aide du Petit Patrimoine Populaire Wallon et de la Cellule de Gestion du Patrimoine Funéraire

 

 A Lucien, Maurice, Roger et les autres

Georges et Josée ARTIGES

C’est par hasard que nous avons appris que, depuis plusieurs mois, afin de compléter ses travaux de recherches historiques, Monsieur Joël FERY essayait en vain de se procurer un exemplaire du livre de notre cousin Claude ARTIGES : « Avec ceux du 43ème Rgt d’Infanterie de la Belgique à Dunkerque ».

Nous savions que les chances de retrouver ce livre étaient très minces : il avait été imprimé en 1.000 exemplaires en 1972 et à compte d’auteur, donc sans possibilité de réédition. Le succès qu’il avait rencontré à l’époque auprès des anciens du 43 en avait vite épuisé le stock très limité.

Aussi, comme, outre notre propre exemplaire, nous disposions d’un livre récupéré chez des amis décédés, nous avons été heureux de l’offrir à Monsieur FERY afin qu’il puisse y trouver et utiliser les renseignements précis et détaillés contenus dans le livre de Claude et ainsi comparer les différents témoignages recueillis.

Claude a toujours aimé écrire et, même au cours des journées les plus dures des combats de 1940, il a eu à cœur de tenir son « carnet de route » au jour le jour en y donnant le plus de détails possibles, en y citant les noms de ses compagnons d’armes et en décrivant avec précision les lieux où se sont déroulés ces faits historiques et souvent tragiques.

Claude voulait en cela prouver que, contrairement à ce que certains défaitistes (souvent mal ou pas du tout renseignés d’ailleurs) auraient voulu faire croire, « ceux de 40 » avaient courageusement fait leur devoir de combattants, très souvent même de façon héroïque face à une armée allemande mieux préparée, suréquipée et d’une puissance largement supérieure à celle des alliés de 1940.

Toute sa vie, Claude est toujours resté très fidèle et très attaché au souvenir de ses camarades du 43 et des évènements vécus ensemble. Il est resté fort marqué par la mort au combat de certains de ses amis et le fait d’avoir, par son livre, pu témoigner et leur rendre hommage lui a apporté le sentiment de leur rendre justice.

Aussi, c’est par fidélité à la mémoire de Claude, décédé en 2005, qu’en son nom, nous avons tenu à apporter notre modeste contribution à Monsieur FERY dans la préparation de ce « devoir de mémoire ».


Nous présentons d’ailleurs à Monsieur Joël FERY, ainsi qu’à toute son équipe, nos vives félicitations pour cette courageuse initiative et à sa réalisation.

Nous reproduisons la dédicace que Claude ARTIGES avait écrite sur l’exemplaire de son livre « AVEC CEUX DU 43e RGT D’INFANTERIE » offert à son filleul Thierry, fils de Georges et Josée ARTIGES.


Jacqueline Bietz

(Sœur de Lucien Caudmont)

J'ai conscience que ma génération est la dernière pouvant témoigner des faits qui ont concerné nos deux pays devant l'agresseur.

La si courte vie de mon frère dont l'une des valeurs était la Patrie me donne à penser que sans le savoir il a un peu contribué au rapprochement des peuples européens et aussi à éviter d'autres conflits dévastateurs.

Merci à tous ces bénévoles qui ont pris le temps de faire des recherches qui les ont aussi probablement passionnés.

Préface

Janvier 2012

Xavier Deflorenne

Expert SPW, coordinateur

Cellule de gestion patrimoine funéraire (DGO4), Département de l’Aménagement du Territoire, Direction de l’Urbanisme et de l’architecture, en collaboration transversale avec le Département du Patrimoine (DGO4), la DGO5 (Département de la législation des pouvoirs locaux et de la prospective) et la DGO1 (Département des infrastructures subsidiées)

Par ce regard que l’on pose

« C’est bizarre un homme qui meurt : ça manque bien souvent de panache »

 Guy Sajer, Le soldat oublié

Avec le temps, nos sociétés portent un regard différent sur les deux conflits mondiaux. Un certain recul s’impose enfin et, au-delà de la vivacité des affects qui marquèrent en toute logique la génération des « survivants », un posture mémorielle se développe concernant l’ensemble des acteurs de ces conflits – et dépassant, pour le dire de façon sans doute trop abrupte, la seule « mémoire des vainqueurs ». Cette attitude conduit les historiens à créer progressivement une histoire de l’individu, de l’unité, non isolée mais aux prises avec le flux de l’histoire. Outre la diffusion de recherches relatives aux conséquences physiques, nerveuses et mentales qui frappent tout soldat ayant séjourné au front, depuis les poilus de 14-18 – « gueules cassées » ou pathologies post commotionnelles frappant le Système Postural d'Aplomb – jusqu’aux vétérans des conflits américanos-irakiens, il faudra prendre, entre autres preuves de ce glissement focal, les travaux s’attachant à retracer l’histoire des enfants issus de la collaboration et qui portèrent, en funeste héritage, la réprobation civique que s’étaient attirés leurs parents. Lorsque le phénomène historique global est maîtrisé dans ses grandes lignes, il convient de revenir à une échelle humaine préhensible. Bien mieux que l’étude de mécanismes politiques qui surplombent le commun des mortels, l’observation patiente des individus rétablit la part d’humanité dans ce qu’on ne serait plus tenté de voir qu’au travers de statistiques : un de ces aspects dérangeants, par exemple, de l’appellation toute militaire de « dégâts collatéraux ». Sans doute est-ce une des leçons qu’on tirera de ce type de recherche historique : la « grande histoire » – que certains soulignent encore, marquant bien la distinction de conceptualisation, par une majuscule – n’est pas une histoire d’hommes. Or, s’il est bien un domaine où l’addition des parties est définitivement plus riche que le Tout, c’est celui-là. En effet, par-delà un nom anonyme dans un listing funèbre, qui –ou que –furent  ces individus prélevés de leurs milieux familiaux et culturels, puis précipités sans autre choix dans une histoire qui, par son ampleur, dépassa rapidement chacun d’entre eux ? Faut-il accepter sans autre perspective qu’un soldat mort au front ne soit plus que cela ?

A ce titre, l’ouvrage que propose Joël Fery, témoignant lui aussi de ce nouvel axe qui estimerait que « le chas identifie l’aiguille », est passionnant pour au moins deux raisons. En premier lieu, le sujet lui-même, micro local tant il est vrai que la « Bataille de Baulers » ne fut qu’un de ces innombrables épisodes de ce qu’est « la Seconde Guerre Mondiale » – de surcroît : épisode du début du conflit et donc de débâcle –, interpelle et impose une autre façon de « faire l’histoire ». Pas de grande bataille ou de fait historique glorieux ici ; pas d’épisode aux enjeux et conséquences stratégiques décisifs. Par contre, des comportements militaires et humains s’affirment dignes de mémoire parce que, simplement et « banalement » – même si la mort d’un homme devrait toujours être hors banalité – tragiques.

En second lieu, le point de départ de cette histoire est un témoin en soi : une photographie ancienne, prise dans le cimetière de Baulers, le long de la nef nord de l’église, montre un cantonnier en sabots occupé à entretenir trois sépultures neuves de soldats français.

De ces trois croix blanches cocardées, aujourd’hui disparues, naît le travail de l’historien Joël Fery. Enquêteur, il invite ses lecteurs à une véritable promenade mémorielle, pas tant à la recherche de l’événementiel qu’à la rencontre des acteurs de ces événements. Trois soldats français, victimes des combats du 16 mai 1940, ont en effet été inhumés temporairement dans cet ancien petit cimetière paroissial. Ces tombes témoignent avant tout de destins certes anodins –au vu du coût mondial en vie humaines de la Seconde guerre –, mais leur examen ouvre une porte vers une proximité neuve et éclairante, produit un phénomène de questionnement. En dehors d’exceptions, de faits remarquables et de savants mouvements de stratégie, que reste-t-il des individus qui participèrent à ces événements ? Parfois, s’ils n’ont pas subi cette curieuse damnatio memoriae que rencontrent les victimes rendues anonymes par leur nombre, on peut lire un nom sur un monument aux morts, une citation d’honneur, être témoin d’une mémoire collective tronquée par l’oralité, la légende glorieuse, intentionnelle, mâtinée d’oubli et d’imprécisions[1].

En ce sens, c’est véritablement un livre de justice que propose ici Joël Fery. Rappel que nos cimetières restent les meilleures archives de ces destins croisés qui construisirent notre société contemporaine, chacun à son échelle[2], tout autant que Tombeau, au sens littéraire, pour trois soldats fauchés « dans la force de l’âge », au nom de leur patrie, mais loin d’elle, de leurs racines et de leurs proches.

Avant-propos

Paulette Pelsmaekers

(Cercle d’Histoire et Comité du Souvenir Franco-Belge de Court St Etienne.)

Après un conflit, une fois la paix retrouvée, il est de coutume d’honorer la mémoire de ceux qui y ont laissé la vie ; c’est ainsi que dans chacun de nos villages, chacune de nos villes nous trouvons un monument ou une stèle où sont inscrits « des noms ».

Sur un des monuments de Baulers, outre les noms des Baulersois, militaires et civils, sont inscrits les noms de trois militaires français tués dans le village en mai 1940.

Des contacts noués lors d’une journée du Souvenir Franco-Belge à Court Saint Etienne ont guidé mes pas il y a plus d’un an déjà, vers la ferme d’Hanneliquet dans laquelle se sont trouvés des militaires du 43ème Régiment d’Infanterie Motorisé en Mai 1940, cette démarche pour illustrer  le travail de recherche qu’a entrepris à Lille, le Lt Colonel RASCLE ; travail dont l’objectif est de mettre un visage sur un nom et donner la parole aux Combattants, via leurs souvenirs, carnets de route, journaux de marche etc.

Ce qui rendait Baulers important dans cette recherche, c’est que deux soldats du 43 y ont laissé la vie la nuit du 16 au 17 mai 1940, au cours d’un sérieux accrochage avec l’ennemi.

L’un d’eux, Lucien CAUDMONT avait à peine 20 ans

La troisième victime française périt lors du bombardement du château « Bouillon », où stationnait le 1er Parc d’Artillerie Divisionnaire qui ravitaillait en munitions les 15ème et 215ème R.A.D. positionnés sur la ligne de défense entre la Dyle et la ligne de chemin de fer Bruxelles-Namur.

On oublie trop vite sans doute, que derrière « un nom » se trouve une personne qui a laissé derrière elle des parents, des frères, des sœurs, une épouse, des enfants…Que cette personne avait un vécu, une histoire ; que sa disparition a modifié à jamais le cours de la vie de ceux « qui sont restés ».

Au fil des années, le temps patine les pierres et les bronzes…Les témoins directs se font rares et avec leur disparition, se referme doucement le livre de leur histoire, si nous permettons que ce livre se referme définitivement, c’est notre propre histoire que nous renions !

C’est pourquoi une action, comme celle qui suit, a toute sa raison d’être parce qu’elle contribue d’une manière concrète au Passage de Mémoire de génération en génération.

Note de l’auteur

Fery Joël

(Administrateur-président de l’A.S.B.L. « DU COTE DES CHAMPS »

Auteur de « Décors imprimés et peints sous les Mouzin », édition 2000)

L’A.S.B.L. fait partie du Comité de suivi des cimetières qui se met en place pour l’entité de Nivelles. Cette collaboration va lui permettre de partager avec les Autorités de la Ville une nouvelle approche des cimetières, elle espère pouvoir les rendre plus attractifs et plus conviviaux. Le but serait de pouvoir organiser des visites de notre patrimoine et de sensibiliser les jeunes générations à ces trésors du passé qui méritent tout notre respect.

Elle s’est investie dans plusieurs appels à projets qui lui tenaient à cœur, notamment celui intitulé « Nos mémoires vives » qui concernait les monuments de 1914-1918 et de 1940-1945 ainsi que toutes les sépultures afférentes de combattants, déportés et victimes civiles, pour les villages de Thines et de Baulers.

C’est un travail de mémoire, notamment par la sauvegarde, la rénovation et la restauration de ces témoins du passé.

En plus de cela, l’A.S.B.L. a introduit de nombreux dossiers à la Région wallonne concernant le petit patrimoine populaire wallon.

La documentation de Jean Dermonne, ancien baulersois, aujourd’hui décédé et à qui nous rendons hommage, a permis de dresser un inventaire du patrimoine funéraire local de Baulers et de relier des sépultures à l’histoire locale du village.

Le budget qui pourrait être dégagé par la région wallonne permettrait de restaurer notamment des sépultures des villages de Thines et de Baulers.

En accord avec la Ville de Nivelles, une cérémonie d’inauguration d’une plaque émaillée et d’une table d’orientation a été organisée le 16 mai 2011 à la ferme Hanneliquet.

Il faut savoir que de rudes combats ont eu lieu à Baulers en mai 1940 entre les armées française et allemande.

A partir d’une photo représentant la sépulture de trois soldats français inhumés au cimetière de Baulers, l’A.S.B.L. a réalisé cette plaquette retraçant la bataille qui s’y est déroulée.

Un des premiers projets de l’A.S.B.L. était de restaurer la tombe de ces soldats. Les bénéfices de la vente de cette plaquette ont permis de subsidier ce projet.

Ces soldats ont des noms mais nous n’avons pu mettre un visage que sur l’un d’eux, Lucien CAUDMONT, mort à Baulers à l’âge de vingt-ans. Grâce à du courrier et des photos envoyés par sa sœur Jacqueline, nous avons pu suivre son parcours depuis son engagement en 1938 jusqu’à son décès le 16 mai 1940.

Il est important de raviver la mémoire collective et aussi de la faire vivre le plus longtemps possible, de la remettre à l’honneur et de la sauvegarder. Cette mémoire locale est importante pour les générations futures qui n’auront peut-être plus la possibilité de faire ce travail.

La plupart des très anciens ont déjà fait leur dernier voyage. Il sera dès lors de plus en plus difficile d’obtenir des informations (récit, documents, ...), aussi, il faut travailler avec ceux qui restent et tenter de sauver ce qu’il peut encore l’être. C’est notamment ce que l’A.S.B.L. s’est donnée pour mission.

Cet ouvrage sera un des garants de la pérennité de cette mémoire auprès des générations futures, et contribuera à une certaine réhabilitation de l’image parfois négative qui avait été faite du combattant de 1940 à cette époque.

L’A.S.B.L. tient à remercier :

 

Madame BIETZ Jacqueline

Monsieur THEVENIN Roger

Madame PELSMAEKERS  Paulette

Monsieur et Madame ARTIGES Georges et Josée

Monsieur Thierry ARTIGES

Le Colonel Paul RASCLE

Monsieur et Madame GARIN 

La Ville de Nivelles pour sa participation.

MONUMENT 1940-1945


Comme beaucoup de villes et de villages, Baulers a son monument 1940-1945. Celui-ci est accolé au mur de l’ancienne école des Sœurs dans le bas de la rue de l’Eglise.


Projet du monument réalisé à main levée par l’architecte Anse


Les plans réalisés par l’architecte Anse sont datés du 20 avril 1947 « pour approbation du conseil communal de Baulers ».[3]


Cérémonie du 15 mai 1947


Sur le monument, on peut lire le nom des victimes civiles et militaires tant belges que françaises, mortes pour la Patrie.[4]

LA COMMUNE DE BAULERS

 

A SES HEROS

 

MORTS POUR LA PATRIE

 

1940-1945

 

AVERMAETE, GASTON.                  SOLDAT                 12-V-1940

BOURGUIGNON, FERNAND.              SOLDAT                 16-II-1941

VANWEZEMAEL, ETIENNE.               PRI. POL.             17-III-1944

CLAES, GEORGES.                                       SOLDAT F.I.          6-IX-1944

 

CIVILS

 

JANSSENS, VICTORINE.                           16-V-1940

DUBOIS, MARCEL.                                      16-V-1940

BAUDOUX, NESTORINE.                          6-VI-1940

MARCQ, VALERIE.                                       6-VI-1940

MARCQ, ELISABETH                .                              14-VI-1940

SEMAL, ODILE.                                            II-VIII-1940

 

SOLDATS FRANÇAIS

 

RICHE, ROGER.                                              15-V-1940

CAUDMONT, LUCIEN                               17-V-1940

VAN DAELE, MAURICE.                         17-V-1940

 


Photo du monument. On y voit Pierre PETITNIOT déposant des fleurs et Marcel LEVEQUE tenant le drapeau de la jeunesse sportive

Parmi les victimes baulersoises, on trouve notamment Fernand BOURGUIGNON, Gaston AVERMAETE, Georges CLAES et Etienne VAN WEZEMAEL


Trois soldats français ont été tués à Baulers. Ils ont d’abord été enterrés à l’endroit où ils ont été abattus : RICHE Roger dans le parc de RAMAIX, VANDAELE Maurice dans une prairie du hameau d’Alzémont et CAUDMONT Lucien dans une prairie proche de la ferme Hanneliquet. Leurs dépouilles ne seront rapatriées en France que plusieurs années après la fin de la guerre.[5]

Sœur Thérèse-Marie indique que le 10 octobre 1944, les corps ont été transférés au cimetière de Baulers et que le lendemain a eu lieu un service funèbre à la mémoire des trois soldats français.

Le 15 mai 1945, lors de l’inauguration du monument élevé à la mémoire des victimes de la guerre 1940-1945, le Capitaine GUILLARD, délégué de l’armée française, était présent et a prononcé un discours.[6]


Cette photo atteste que les dépouilles des soldats français ont été transférées au cimetière de Baulers ; pour preuve, la présence à droite de la tombe de RICHE Roger de la stèle de Maître Nicolas Bauwens, pasteur de Baulers au XVIIIème siècle. Cette stèle existe toujours, mais elle a été déplacée.


En observant bien les détails des joints du mur, nous avons retrouvé l’endroit exact des trois tombes, à savoir sur le mur gauche de la Sacristie


Stèle de Maître Nicolas Bauwens, pasteur de Baulers au XVIIIème siècle.


Curieusement, une plume a été plantée sur la tombe

ARRIVEE DES SOLDATS FRANÇAIS, PUIS DES SOLDATS ALLEMANDS A BAULERS

Le 10 mai 1940, le champ d’aviation de Nivelles est bombardé. Les hangars sont détruits. Trois victimes sont à déplorer et l’une d’elles est décédée.

Le lendemain, l’aviation allemande bombarde la gare de Baulers, les annexes sont détruites ainsi que deux habitations, tuant Victorine Janssens et son garçon de cinq ans.

Le 14 mai, à 15 heures, les premiers soldats français arrivent à Baulers, en particulier au château Bouillon, chez le Bourgmestre Amaury de Ramaix. Le 1e P.A.D. (Parc d’Artillerie Divisionnaire) y installe son Q.G.

Ce même jour, une bombe incendiaire explose près de l’Ecole des Sœurs et détériore le monument de 14-18. Le château Bouillon est bombardé à son tour, faisant plusieurs victimes parmi les soldats français.

Le 16 mai, le P.C. du 43e Régiment d’Infanterie s’installe dans la ferme du Chapitre.

La veille, une partie de la population baulersoise avait évacué vers la France. Cependant, face à la désorganisation du service des trains (absence d’aiguilleurs et de chef de gare), les autres habitants sont contraints de partir à vélo ou en chariot. Certains se réfugieront à la malterie proche de la gare.

Le 17 mai, les Allemands envahissent le village et Nivelles. Les réfugiés de la malterie et les Sœurs seront les premiers à rentrer. Madame Ceulemans est retrouvée morte dans sa cave. Elle sera enterrée, enveloppée dans un simple drap, car il n’y a pas de menuisier pour lui confectionner un cercueil. Il n’y aura pas de cérémonie funéraire, le prêtre étant lui aussi absent. Beaucoup de maisons ont été pillées, le linge, le savon, le sucre et la farine ont été volés.

Certains réfugiés rentreront bien plus tard, bloqués sur les routes de l’exode. A leur retour, certains retrouveront leur maison occupée par les Allemands.[7]

LE 43e  REGIMENT D’INFANTERIE A BAULERS

Le 43e Régiment d’Infanterie comprenait plus ou moins 3000 hommes. « Ce régiment dit « motorisé » possédait un nombre très limité de véhicules organiques (camions et camionnettes) pour transporter du matériel, des vivres, des munitions et des bagages, des chenillettes pour la traction des canons anti-char de 25, des voitures de tourisme, des motos solos, des side-cars pour les liaisons, mais il était tributaire d’un groupement de transport composé d’autobus, de cars, de camions mis temporairement à sa disposition par le Train des Equipages pour le déplacement du personnel, des matériels embarqués, et des chevaux.

[…] Le 3 SEPTEMBRE 1939, la mobilisation générale est décrétée et la guerre éclate. »[8]

Le 43e R.I. devra se placer sur la position DYLE-NAMUR en vue d’une attaque allemande.

Le 13 mai 1940, il occupe la position entre Mont-Saint-Guibert et Chastre (front de 3 Km). Ce même jour, l’ennemi a franchi la Meuse à Sedan. Ordre sera donné à la 1ère Armée de se replier pour éviter l’encerclement.

Du 16 au 19 mai, l’armée se replie vers la frontière française tout en s’arrêtant successivement à Bousval, Baulers, le Roeulx et Feluy.[9]

Les mouvements des troupes étaient difficiles à régler car la transmission des ordres s’avérait parfois impossible, suite à un manque de moyens, un important matériel avait dû être abandonné lors du repli et les routes étaient fortement encombrées.


Bray-Dunes, juin 1940, de gauche à droite : le Lieutenant LAVOINE, le Capitaine JABIOL, le Commandant CAILLARD. (Photo extraite du livre de Cl. ARTIGES)

« Cette période de repli vers la frontière française est caractérisée par l’extrême difficulté de coordonner l’action des unités, due à des liaisons défectueuses, parfois même impossibles à réaliser, à des changements fréquents de destination, quand ce ne sont pas des contre-ordres. Tous les déplacements se font à pied, sans repos, avec un ravitaillement de fortune, sous la menace de l’aviation ennemie qui signale les colonnes de fantassins et parfois les bombarde, et sous la pression de l’ennemi. A cela il faut ajouter l’encombrement résultant de la rencontre sur les grands axes d’unités diverses auxquelles se mêlent les voitures des réfugiés belges. »[10]

Dans son livre « Le Royal des Vaisseaux dans la tempête », le Colonel VEYRIER DU MURAUD, commandant le 43e R.I. en 1940, nous livre une série d’informations qui nous permettent de mieux suivre les évènements. Nous avons résumé très brièvement certains passages qui pourraient éclairer le déroulement de la bataille de Baulers.

Deux Bataillons du 43e se trouvaient à Baulers :

Le 1er Bataillon CAILLARD occupait la partie Nord-Est de Baulers et était composé de :
- la 1e Compagnie Lieutenant LEBLON (dont faisait partie le sergent CAUDMONT),
- la 2e Compagnie Lieutenant LAVOINE,

- la 3e Compagnie Capitaine OHEIX,


Défilé du 11 novembre 1939 à Orvillers-Sorel (dans l’Oise). Le Lieutenant POMMIER marche en tête de la C.A.1. Le sergent VOG porte le fanion du 43e R.I. (Photo extraite du livre de Cl. ARTIGES)

- la Compagnie d’Accompagnement du Capitaine JABIOL avec trois sections de Mitrailleuses et canons (25 mm), à savoir celle du Lieutenant POMMIER, celle de l’Adjudant Chef ALLAIES et enfin celle de l’Adjudant Chef MEMBRE.
Le 2e Bataillon MONNIER qui occupait la partie Est de Baulers et était composé de :
- la 5e Compagnie,

- la 6e Compagnie,

- la 7e Compagnie,

- la Compagnie d’Accompagnement du Lieutenant LEROUX.


Défilé du tricentenaire du 43e R.I. à Lille en mai 1938. Le Capitaine JABIOL monte à cheval en tête de la C.A.1. (Photo extraite du livre de Cl. ARTIGES)

Ces deux Bataillons venaient d’Hévillers-Court St Etienne-Bousval (où se trouvait le PC du Régiment), ils ont été dirigés vers Promelles (où la Division avait installé son PC à la Malplaquée), ensuite de Promelles vers Baulers. Ils étaient talonnés par les Allemands.

Le 16 mai, à 08h30, le commandant CAILLARD décide que le 1er Bataillon se replie en direction de Nivelles. En cours de route, il reçoit l’ordre de se diriger vers Promelles sur le plateau de la Malplaquée. Il ne reste que la 1e compagnie. La 3e avait été mise à disposition du 110e R.I.[11] et la 2e avait effectué un repli prématuré durant la nuit, ouvrant une brèche importante dans la défense.

Un premier point de regroupement du 43e R.I. s’effectue à Malplaquée. Le Régiment a ordre de développer un front devant Nivelles, aux lisières de Baulers, face à l’Est et de le tenir coûte que coûte jusqu’à la nuit. La mission de la 1ère D.I.M. est de ralentir l’ennemi par des coups d’arrêt.

A midi, tous les éléments du PC de la 1ère DIM quitte la Malplaquée. A partir de 13 heures, les 1/43 et 2/43 se déplacent de Promelles vers Baulers. Le colonel du  43e  part lui aussi sur Baulers pour y effectuer une reconnaissance du terrain.

Le 2/43 s’installe au hameau d’Alzémont et doit tenter d’entrer en liaison avec le 110e RI qui devait se situer à hauteur de Thines.

Cependant, l’unité encadrante est absente et ordre est donné au 2/43 de s’étendre jusqu’aux lisières Est de Thines.

Le 1/43 prend position sur les hauteurs de la ferme Hanneliquet. Son unité encadrante était le 1er R.I., il devait être positionné à l’intersection de la N6 et de la voie ferrée. La liaison ne pourra être établie car le 1er R.I. est absent.

Cela signifie que le flanc gauche du 1/43 et le flanc droit du 2/43 sont découverts.

Le CRME reçoit l’ordre de protéger le flanc droit et de surveiller la route Nivelles-Genappe et le débouché de la route Houtain-le-Val vers Jérusalem [entrée de Thines].

Pierre VEYRIER DU MURAUD fait le récit du déplacement du 43e R.I. de la Malplaquée et de son installation aux lisières de Baulers :

« Le 3/43, grossi de la 9e Compagnie libérée par le repli du 1/43 de Hévillers vers Faux, commence ce nouveau décrochage ; mais le large emploi de fusées fait par l’ennemi permet de situer son avance qui devient particulièrement menaçante, surtout vers le nord, laissant présager un contact prochain, et ce n’est en effet qu’après avoir repoussé une patrouille, que la 10e Compagnie parvient à entamer un repli accompagné presque constamment de tirs d’obus fusants. Mais ce repli n’est plus limité au Ry d’Hez, le 3/43 a reçu vers 10 heures l’ordre de se porter à Houtain-le-Val, à 7 kilomètres environ à l’ouest de Fosty, où ses derniers éléments, pressés par des patrouilles de contact ennemies, n’arriveront que vers 16 heures.

Le 3/43 qui a couvert jusqu’à Houtain-le-Val le repli du 110e, est maintenant chargé d’assurer la garde aux issues de cette localité où le Colonel commandant le 110e a regroupé ses unités.

L’ordre de la Division qui avait prescrit les divers regroupements qui viennent d’être exposés, précisait que les 1/43 et 2/43 se porteraient de Promelles sur Baulers à partir de 13 heures lorsque tous les éléments du P.C. de la 1ère D.I.M. - quittant la Malplaquée à 12 heures pour gagner le nouveau P.C. de Croiseau  -, auraient dégagé la route.

Le Colonel du 43, rassuré sur le regroupement de ses bataillons vers Promelles a rejoint Bousval où il a donné à 11 heures l’ordre de départ à son P.C. et aux unités qui formaient le point d’appui (C.R.M.E., 5e Compagnie) ; il ne marque qu’un court arrêt à Promelles et pousse à 13 heures sur Baulers pour reconnaître le terrain à occuper par ses bataillons. Ainsi, lorsque les premiers éléments se présenteront à Baulers, ils seront immédiatement dirigés vers la position à tenir.

Le terrain se prête d’ailleurs bien à la défense des lisières Est de Baulers confiée au 43e R.I. Les vues et les champs de tir sont excellents vers le plateau de la Malplaquée ; des talus importants, des chemins très encaissés favorisent l’organisation de la défense et les communications entre les divers éléments ; mais le front à tenir est vaste pour les effectifs dont dispose le Colonel.

Le 2/43 s’établira aux lisières Est du village et recherchera la liaison avec le 110e R.I. aux lisières nord de Thines à sa droite.

Le 1/43 à sa gauche s’établira aux lisières nord-est de Baulers et recherchera la liaison avec le 1er R.I. vers l’intersection voie ferrée- route nationale n° 6, au nord de Baulers. L’installation des deux bataillons sur cette nouvelle position se fait sans encombre. L’après-midi est calme, l’activité aérienne presque nulle ; c’est le premier instant de détente depuis le 15 mai. Les hommes peuvent enfin prendre un peu de repos ; des distributions de vivres trouvées sur place, sont organisées, à défaut de ravitaillement normal par les sections du train Régimentaire ; celles-ci ont été la veille dirigées de Noirhat sur Mons par erreur, à l’insu du Chef de Corps.

L’après-midi est superbe, dans les unités un roulement a été organisé pour qu’après 36 heures sans sommeil on puisse, tour à tour, travailler et dormir ; d’ailleurs quelques éléments d’un G.R.D. qui avaient reçu mission de rechercher le contact de l’ennemi, rentrent dans nos lignes et déclarent que devant le front du régiment, l’ennemi occupe Bousval d’où il n’avait pas encore débouché à 15 heures.[12]

Ce ralentissement de la pression de l’adversaire permet aux 1/43 et 2/43 de procéder à une organisation sommaire du terrain à défendre, mais le Colonel du 43e rend compte par l’intermédiaire du lieutenant Rombaud, officier de liaison avec l’I.D./1, de ce qu’il n’y a aucun élément du 1er R.I. à sa gauche, vers la voie ferrée indiquée comme devant être tenue par ce régiment, ni aucun élément du 110e R.I. vers Thines à sa droite. Ordre lui est alors donné de s’étendre un peu plus à droite et de prendre à son compte la défense des lisières Est de Thines en attendant que les unités encadrantes puissent se ressouder au 43e R.I.

En conséquence, le Colonel du 43e R.I. qui rentre d’une reconnaissance de tout son front et qui s’est rendu compte que les points d’appui des bataillons étaient déjà séparés par de larges intervalles, décide de confier à la C.M.R.E. la mission de défendre et de couvrir le flanc droit du régiment, de surveiller particulièrement sur ce flanc la grand-route allant de Nivelles à Genappe par les lisières sud de Thines et le débouché de la route de Houtain-le-Val vers Jérusalem »


Soldats tirailleurs algériens du 22e RTA. (Photo ECPAD)

Juste après avoir réaménagé les défenses, le 22e Tirailleurs Algériens se dirige vers le 2/43, des automitrailleuses allemandes suivies par de l’infanterie portée le talonnent.

« Ces modifications apportées à la défense se terminent lorsque les observatoires signalent des mouvements de véhicules suspects (nuages de poussière, bruits de moteurs sur le plateau s’étendant vers Malplaquée). Plus à droite, les mêmes indices semblent déceler l’avance d’engins blindés ennemis. Peu après on perçoit devant le front du 2/43 des bruits de fusillade et l’on distingue bientôt plusieurs petites colonnes de tirailleurs qui se replient serrées de près par l’ennemi. Par miracle, elles ont pu être identifiées avant d’être l’objet d’une méprise de la part des troupes amies.

Il s’agit d’éléments appartenant au 22e tirailleurs algériens sous les ordres du chef de Bataillon A[dam]. Cet officier se présente au P.C. du 43e et demande assistance pour plusieurs tirailleurs blessés, puis il s’efforce de regrouper ses hommes qui, peu à peu gagnent nos lignes sous le feu de l’ennemi. Cette petite troupe appartenant à la division qui était immédiatement à gauche (2e D.I.N.A.) n’a pas été touchée par l’ordre de repli de la veille ; elle n’a réussi qu’à grand-peine à échapper aux mains de l’ennemi et semble à bout de souffle. Puisqu’aux dires de son chef, elle est, pour l’instant, incapable d’apporter un appoint à la défense de Baulers, le Colonel estime que son contact ne peut être que déprimant pour son régiment et qu’elle doit s’éloigner au plus tôt vers Nivelles.

Du fait du repli des tirailleurs algériens sur nos propres lignes une certaine confusion a régné d’abord au 2/43. Fort heureusement le P.C. du 43e occupe au centre de Baulers un nœud de communications qui facilite grandement la surveillance de l’ensemble du front du régiment et le Colonel décèle de suite un fléchissement qu’il stoppe instantanément ; il ramène lui-même les quelques éléments défaillants, voulant par sa présence en première ligne aider chacun à reprendre conscience de la situation qui, pour l’instant du moins, n’a rien de tellement critique.

A quelques mètres de lui il voit un homme qui tire précipitamment puis se recule en rampant.

- Sur quoi tires-tu ? On ne voit même pas un Allemand !

- Oh ! si mon Colonel, j’en ai vu au moins quatre se glisser là-bas derrière la haie !

- Ainsi quatre Allemands suffisent à te faire filer alors que vous êtes là un bataillon prêt à les recevoir. Viens près de moi, regarde !... et maintenant rejoins ton poste, surveille bien, et ne tire que sur les objectifs que tu vois distinctement. L’homme à la fois confus et rassuré a repris son emplacement de combat dont il ne se laissera plus aussi facilement déloger.

D’ailleurs au fur et à mesure que le contact se resserre, les hommes qui constatent que l’avance ennemie est enrayée par leur feu se ressaisissent.

Mais si la présence du Chef de Corps a pu aider ces combattants à reprendre leur sang-froid, son départ peut risquer d’avoir un effet contraire et il ne doit pas cependant, sans inconvénient grave, rester plus longtemps absent de son P.C. Il décide alors de le regagner par une série d’allées et venues, s’amplifiant progressivement vers l’arrière, du pas lent d’un promeneur, jusqu’à ce que, dissimulé aux vues de l’avant, il puisse prestement l’atteindre. Il est désormais assuré que l’attaque se heurtera sur la droite d’où il vient à une solide défense.»[13]

Vers 18 heures, six automitrailleuses arrivent de Malplaquée par le Nord, le 1/43 n’ayant pu établir la jonction avec le 1e R.I., le flanc gauche du Régiment reste découvert et présente un point faible. L’ennemi va en profiter et tenter d’effectuer vers 19h30 un large mouvement d’encerclement en contournant la ferme Hanneliquet par le Nord.

Jabiol, le Commandant de la CA du 1/43 tient bon, son canon de 25 mm et les mitrailleuses auront raison de deux automitrailleuses allemandes. Celles-ci avaient déjà cherché le contact vers 20h00 avec le 2/43, probablement pour faire diversion.[14]

Le même mouvement d’encerclement est effectué à Alzémont par le Sud-est de Baulers. Le CMRE est pris à revers et plusieurs sections sont anéanties.

A Hanneliquet, jusqu’aux dernières lueurs du jour, les Allemands augmentent le tir et envoient des balles traçantes. Mais la Compagnie Oheix [3/43 R.I] garde vaillamment la position.

Les automitrailleuses allemandes sont arrêtées. Il va faire nuit.

A 21h30, les Bataillons reçoivent l’ordre de décrocher et de se replier vers l’Ouest, au milieu de la nuit, en direction du Canal de Charleroi (Petit-Roeulx, Mons, Valenciennes, …), et d’éviter Nivelles en la contournant par l’Est. Entre temps, Nivelles est bombardée par l’artillerie allemande.

« Il est 21h30, lorsque parvient au Colonel, l’ordre de décrocher immédiatement en évitant Nivelles, à contourner par l’est. Il s’agit d’un repli de grande amplitude qui doit porter le régiment par Croiseau-Braine-le-Comte-Soignies jusqu’à Roeulx. Tous les éléments du 43e R.I. (dernière unité à replier) devront avoir franchi le canal de Charleroi pour 3 heures du matin, au pont de Ronquières ; le Colonel préviendra l’officier du génie de faire sauter ce pont après franchissement du canal par les dernières fractions du 43e.

Il importe que cet ordre de repli parvienne d’urgence aux deux bataillons en ligne, mais qui pourrait dire si, à la faveur des ténèbres, une infiltration ennemie ne s’est pas produite, encerclant le 1er Bataillon du 43e ?


Side-car de la 2e Cie avec insigne peint. 1er rang de gauche à droite : Sgt Daniel CARELS, Robert CAEN (assis dans la voiturette), STAHO qui serait l’agent motocycliste de liaison évoqué par le Colonel V. DU MURAUD (sur la moto) (Photo J. CARDON)

L’agent motocycliste qui doit porter le pli est si persuadé de ce danger qu’il ne peut, avant de partir, se défendre d’une seconde de défaillance : « Mais mon Colonel, je vais tomber dans leurs pattes ! »

Son chef estime infiniment ce grand, robuste et si sympathique garçon, vedette aimée du football Lillois, il a déjà maintes fois fait preuve au cours de missions périlleuses d’un courage ardent et d’un grand sang-froid. Le Colonel lui remet lui-même le papier en main, et lui frappant l’épaule lui dit : «  Ne crains rien je te connais, tu passeras… va ! J’attends là ton retour. »

Sans un mot, serrant les dents l’homme, dans le vrombissement de sa lourde machine, s’enfonce dans la nuit… Quelques instants plus tard on a la joie de le voir réapparaître, rayonnant détendu : « Mon Colonel, ordre transmis ! »

Le Chef de Corps décide alors de se porter à la sortie ouest de Nivelles pour contrôler le passage de ses divers éléments après décrochage.

En ce lieu, l’attente est angoissante, les obus tombant sur les décombres de Nivelles qui brûle font monter vers le ciel des gerbes d’étincelles.

Dans l'ignorance où l'on se trouve de la situation générale, ne peut-on craindre de voir surgir au bout de cette rue, au lieu d'éléments amis, les « blindés » de l'adversaire ? Envisageant cette éventualité, le Commandant Chauvin, chef d'état-major, fait fort judicieusement dégager complètement tous les éléments du PC qui s'installe dans le jardin en terrasse d'une villa d'où l'on surveillera la route, à l'abri de toute incursion d'engins motorisés ennemis.

Cependant vers 22h30 se présentent des unités du 2e bataillon, puis des sections de la CRME transportant sur leurs chenillettes plusieurs blessés ; vient ensuite, une section du 1er bataillon ? Des comptes  rendus fournis au passage au Colonel, il résulte que le décrochage a pu s’effectuer sans trop de pertes, l’ennemi ayant réagi par le feu et non par le mouvement.

Toutefois, par suite d'une erreur d'itinéraire d'une part, (un nom sur le papier froissé était devenu indéchiffrable) et, d'autre part, d'un défaut de transmission de l'ordre du commandant du 1/43 à ses unités de première ligne, le repli de ce bataillon va s'effectuer dans des conditions extrêmement difficiles.

Les compagnies Lavoine (2e compagnie) et Oheix (3e compagnie), non touchées par l'ordre de repli, ne décrocheront qu'à 23h30, perdant contact avec leur chef de bataillon dont elles demeureront séparées jusqu'au 19 mai. Quant aux autres unités du 1er Bataillon, après une marche des plus pénibles sous bois, elles devront traverser le canal de Charleroi sur une écluse entre Ronquières et Arquennes ayant trouvé les ponts sautés.

Le 3/43 est demeuré durant toute la journée du 16 mai aux ordres du Colonel Commandant le 110e R.I. Ce bataillon regroupé vers 16 heures à Houtain-le-Val dont il avait la mission, comme on l’a vu précédemment, de garder les issues, a réparti sa compagnie d’Accompagnement aux lisières N.-E. et S.-E. de la localité.

Le 110e R.I. et le 3/43 étalés dans le village espèrent avoir rompu le contact avec l’ennemi par ce repli rapide d’une dizaine de kilomètres et comptent pouvoir souffler un peu. On procède à quelques ablutions et l’on recherche sur place de quoi s’alimenter ; mais, hélas le répit sera de courte durée.


Février 1940. Le caporal THEVENIN et son fils Jean-Claude âgé de 6 mois. Place de Tricot (Oise)

Vers 18 heures l’ennemi se manifeste de nouveau par des avions qui, au nombre d’une cinquantaine attaquent Houtain-le-Val à la bombe et à la mitrailleuse. Le Colonel Commandant le 110e prescrit de reprendre la marche en direction de Nivelles dès que l’alerte est terminée, le 110e en tête, le 3/43 formant arrière-garde, sa compagnie d’accompagnement en queue de colonne.

Il est environ 20 heures lorsque le Commandant du 3/43 donne l’ordre de départ. Se dirigeant à la boussole, comme on le lui a prescrit, vers La Louvière, située derrière le canal de Charleroi.»[15]

LES COMBATS A ALZEMONT

Le 16 mai 1940, les unités encadrantes n’ayant pas eu le temps de se ressouder au 43e RI et les points d’appui des bataillons étant séparés par de larges intervalles, le Colonel du 43e RI avait donné l’ordre au CRME de défendre et de couvrir le flanc droit du Régiment.

Des mouvements de véhicules avaient été signalés du côté du plateau de la Malplaquée (nuages de poussière, bruits de moteurs), ainsi que plus à droite. Etait-ce des engins blindés ennemis ?


Rue d’Alzémont, à l’époque le chemin était fort encaissé.

Le 2/43 se trouvait  à Alzémont face au plateau de la Malplaquée, et le CRME plus à droite vers l’entrée de Thines.

Devant le front du 2/43, des bruits de fusillade sont perçus. Des éléments du 22ème Tirailleurs Algériens tentent de rejoindre les lignes françaises, ils sont talonnés par l’ennemi.

Vers 20h00, deux automitrailleuses cherchent le contact, puis dégagent. Les soldats français s’attendent à une attaque frontale. S’agissait-il d’une diversion ? Ce qui est sûr, c’est que les Allemands ont entamé discrètement une manœuvre d’encerclement pour prendre à revers le flanc droit du Régiment.

Roger THEVENIN chef de pièce au CMRE se souvient : « On les attendait devant et c’est derrière que crépitaient les fusils-mitrailleurs allemands ; les balles ricochant dans le bouclier du canon risquaient de nous toucher à chaque instant[16]. Ce fut la lunette de tir la première victime celle qui coûtait si chère et qu’il fallait sauver à tout prix ! Hélas trop tard ! Vraiment pris au piège impossible de relever la tête. Je ne pense pas que leur intention était de nous tuer. Fort de leur supériorité, car une grenade tout de suite aurait suffit. C’est ce qu’ils firent comprendre à un de leurs prisonniers français qu’ils nous envoyèrent pour nous rendre ! L’avenir nous dira que nous ne serions pas les seuls dans ce cas. Tué ou blessé j’y avais songé ! Mais prisonnier, non ! Nous sommes donc sortis les mains en l’air Joos et moi… on s’imagine alors la réception ! L’aide conducteur Léon Gékière était grièvement blessé au pied alors qu’il s’était abrité sous la remorque de la chenillette avec le conducteur Julien Barois. Pendant un moment nous l’avons transporté sur une civière en suivant la progression du groupe allemand.


Tricot (Oise). Printemps 1940. Soldats du CMRE. De gauche à droite : caporal THEVENIN Roger tireur au 25, 2ème à gauche caporal-chef LIGOT blessé en Belgique, à droite caporal COPPENS. (Photo Roger THEVENIN)

Après avoir été désarmés, nous avons été alignés contre un petit mur, mains sur la tête. Nous n’étions plus que trois : Joos, Barrois et moi devant un petit peloton au garde à vous dont l’attitude n’était guère rassurante. Je crois que dans ce cas on est trop effrayé pour avoir peur, et j’ai envisagé, risquant le tout, à sauter le mur. Mais l’arrivée d’un officier fit mettre au repos ! Ouf ! Et tout changea le comportement des Allemands, ils nous donnèrent des rations de ce beau pain bis alors que nous finissions d’en manger du bien blanc ! Hélas pour un bon moment. C’étaient de beaux jeunes gars de plus de 1m80 ! Mais à l’époque notre moyenne ne dépassait pas 1m70. Très corrects ceux-là du moins sortaient de bonnes familles. Ils nous demandèrent des renseignements sur notre situation et des photos de femmes et d’enfants. Parlant un peu le français ils nous firent comprendre qu’ils ne nous en voulaient pas mais cherchaient surtout les Anglais ! Où Tommy ? Que répondre ! Une sentinelle nous conduisit dans une ferme pour la nuit où déjà se trouvaient une bonne vingtaine de gars de notre compagnie ainsi que notre capitaine Roubaud.»[17]


Lt. MAERTEN (mortiers de 81). (Photo 43e R.I.)

Selon le témoignage de HUTIN, le combat fut âpre et fort rapproché puisqu’un de ses camarades fut blessé par l’explosion d’une grenade.

«  Pour le Capitaine Roubaud, je me rappelle qu’au dernier point d’appui que nous avons tenu en Belgique, en présence du Lieutenant Valat, à l’instant où les Allemands nous tombaient dessus à coups de grenades, un homme m’a dit que le Capitaine partait au-devant d’eux avec un fusil-mitrailleur. C’était au moment où je me repliais avec mon 25. A cet endroit ont été blessés le caporal Godfroy et le soldat Hottechart. De ce point d’appui, Willot est parti avec un side-car trouvé et pas fameux, accompagné de Marchiennes, tombé blessé près de moi par une grenade. Je crois me rappeler que le Lieutenant Maerten accompagnait le Capitaine Roubaud. »

Suite à l’attaque allemande, le CMRE a subi de lourdes pertes. Ceux qui n’ont pas été faits prisonniers, ont décroché. Cependant, les 2/43 et 3/43 n’ont pas été touchés par l’ordre de repli et que ce n’est qu’à 23h30 qu’ils décrocheront à leur tour.

Le 2/43 laisse une arrière-garde afin de couvrir ce mouvement.

Le soldat Achille Georges Pierre COSTA de la 7e Compagnie 1ère section raconte : « Le 14 et le 15 furent des journées infernales, le bombardement atteignit les sommets. Le 15 notre premier tué GONDA, un père de famille de 4 enfants dont l’ordre de libération était au bureau de la Compagnie. Lors d’une accalmie nous avons essayé de retrouver son corps. Ce qui fut fait…

[…] Nous étions cloués au sol. A partir du 14 une saucisse énorme s’installa dans notre ciel. Tous nos mouvements étaient observés. Il y eut quelques sorties, l’une d’elles pour débusquer des « paras », sans succès.

Le soir du 15 vers 10-11 heures, un side-car arrive dans nos lignes. C’est le Commandant Monnier. Nous apprenons que le repli sur ordre supérieur aurait été ordonné. Et que sans doute nous étions oubliés… et nous partons à notre tour.

Ce sera déjà la débâcle. Nous serons placés en ligne défensive en un endroit entièrement découvert - un général passait.

Nous allons en direction de Nivelles et recevons un peu de nourriture grâce à une épicière qui abandonne son commerce. Après une journée de marche harassante (le 16) nous arrivons à Baulers où l’on nous place selon la coutume en pleine nature…

A peine arrivés, il faut se préparer à recevoir l’assaut et cela ne va pas durer bien longtemps. Vers 15 heures, nous entendons siffler les premières balles. Nous ripostons. L’ennemi est là tout près.

Jusqu’à la nuit nous tiendrons. Depuis le début des combats nous sommes sur la défensive et allons de repli en repli. Va-t-on continuer de la sorte ? Notre Lieutenant GAUCHET s’en informe auprès du Commandant MONNIER, lequel sans doute, navigue à vue, ne sachant trop ce qu’il doit faire.

J’entends encore la voix de GAUCHET lui disant : « Mais alors qu’est-ce qu’on fait ?» et l’autre exaspéré lui répondant « Vous avez la frousse. Allez en avant de votre section pour tenir l’ennemi en respect ».

Et GAUCHET le fera. Et il balancera quelques tirs de mortier. Mais ce sacrifice qu’on lui imposera ne servira à rien. Du PC du régiment, vers 8H-8H30, l’ordre viendra d’un nouveau repli avec constitution d’une arrière garde. Et c’est là qu’intervient le sergent BOSCHETTE. Je ne fais pas partie de son groupe. Chargé de désigner des hommes pour l’arrière garde il me choisit pour entrer dans une unité d’une dizaine d’hommes sous le commandement du Capitaine BALLEUX. Nous nous dirigeons vers un petit bois et nous installons dans le creux d’un fossé.

Nous ne connaissons pas les ordres reçus par le Capitaine, mais il n’est pas difficile de les deviner…

Après un certain temps, une ½ heure, une heure, nous tirons dans une direction imprécise : c’est la nuit et nous ne savons pas exactement où se trouve l’ennemi, mais c’est là, tout près. Après cette fusillade, une salve d’obus de mortier arrive très près de nous puis tout rentre dans le silence. Soudain sortant du fourré un homme crie « BALLEUX ». C’est le Capitaine ?... Les obus de mortier qui nous étaient destinés ont atteint son petit groupe et deux hommes sont blessés très grièvement.

Sur ce, arrive une estafette, c’est l’agent de liaison du Régiment Gilbert DUHAUBOIS. Il vient de découvrir ce fameux canon de 25 et lui signifier un repli qui a eu lieu voici deux heures !! Il faut partir. Au village un vieux cheval est là, tout seul. On l’attelle à un chariot, les deux blessés sont posés sur des matelas de fortune et nous partons vers notre destin.

A la sortie du village, deux routes. Le repli n’a pas été fléché. Nous allons vers la droite dans l’ordre suivant : les deux capitaines, notre groupe auquel s’est joint DUHAUBOIS, les servants du canon de 25 et le conducteur de chariot avec les deux blessés. Et nous allons dans un silence pesant direction BRAINE que nous découvrons après deux ou trois kilomètres.

Un pont de chemin de chemin de fer, examen de la carte d’Etat-major : nous sommes en direction des lignes allemandes. Il faut faire ½ tour.

Nous repassons à BAULERS où au bord d’un champ j’aperçois, raide comme un piquet un Allemand qui observe sans faire un mouvement. J’en dis un mot au Capitaine BALLEUX qui en vieux briscard me glisse à l’oreille « Ta gueule ».

C’était en effet la seule chose à faire si nous voulons essayer de retrouver notre unité, celle-là ou une autre…

Nous traversons Nivelles, la ville brûle. Le canon de 25 s’essouffle… […] Le chariot suit, le cheval semble avoir compris notre détresse… Les deux blessés appellent leur mère. Ce cri « Maman, Maman ! » je l’ai encore en moi en ce moment où je vous écris […]

Autour de nous pas de mouvement de troupe. Deux motards belges passent et se sauvent à toute allure.

Au petit jour, une ferme, près d’un petit village. Le Capitaine BALLEUX décide une halte pour récupérer un peu. Nous descendons les deux blessés. Le spectacle est atroce, les chaussures sont trouées par où passe la chair, tout est maculé de sang.

L’un d’eux exsangue trouve encore la force de nous dire : « Il faudra nous venger ! » L’autre se meurt. […] BALLEUX fait la revue de l‘effectif ; MABRIEZ a disparu. Un vieux vélo traîne. Il me demande de le prendre et de voir s’il n’est pas dans le secteur. Je reprends la route. Un silence inquiétant, lourd, m’accompagne.

Devant sa porte une dame âgée me regarde. Elle me fait signe : « Les Allemands sont dans les parages ». Je retourne, arrive à la ferme où le Capitaine m’attend, lui fait part de ce que la dame vient de me dire. Il m’indique un endroit où je vais pouvoir me reposer. A peine ai-je déroulé une bande molletière que retentit le cri « Aux armes ». Le fusil à la main j’approche. BALLEUX me regarde : « Il faut se rendre ». Sur la route, en bon ordre, les Allemands sont là, environ une compagnie. Que faire avec un révolver, un fusil et quelques hommes déjà endormis ? […]. »[18]

MABRIEZ qui appartenait à la 1ère section avait été blessé pendant la retraite, COSTA l’a vu à l’hôpital de Tongres, où il ne semblait pas trop sévèrement atteint.

Témoignage de Roger THEVENIN :

« Le lendemain matin, par petits groupes, nous avons dû suivre l’avance allemande. De nouvelles unités avaient déjà remplacé ceux de la veille. Pas de cars ! Mais que de troupes et de matériels engagés ! C’est là enfin que nous avons eu une surprise inespérée : tirs de barrage intensifs de l’artillerie française obligeant le repli de quelques centaines de mètres des Allemands qui nous firent mettre à l’abri.

J’ai le souvenir de groupes d’Allemands ayant atteints en plaine un petit hangar qui fut littéralement soufflé par un obus. A en juger le déploiement des secours, il devait y avoir beaucoup de tués et blessés.

Cette fois, nous étions sous le feu des nôtres et la sensation était toute différente.

Quelques jours plus tard, après avoir séjourné dans une caserne avec des Hollandais et des Belges, nous traversions la Belgique et la Hollande vers les camps de prisonniers. » 

VANDAELE Maurice

Maurice VANDAELE est né le 15 novembre 1916 à Steenbecque (département du Nord de la France). Il avait épousé LECHENE Marie-Henriette et était domicilié au 78, rue du Violon d’Or à Hazebrouck. Il faisait partie de la Compagnie Régimentaire de Mitrailleuses et d’Engins du 43e R.I.[19] et portait le numéro de matricule 626, recrutement de Dunkerque.

Le 16 mai 1940, Maurice VANDAELE est tué par les Allemands. Les circonstances de sa mort ne sont pas claires.[20]

Le Lieutenant LEBLON témoigne de la mort d’un soldat français, tireur au canon :

« Ces hommes qui voyaient le feu pour la première fois, donc non aguerris, ont tenu le coup, la rage au cœur de ne pas voir intervenir les avions de chasse amie (du 10 au 24 MAI, j’ai vu un seul avion allié… un Belge qui filait en rase motte). Et puis ils savaient s’enterrer, ces gars, et pendant les deux journées d’enfer, je n’ai perdu que trois malchanceux. Tous étaient magnifiques de courage, tous seraient à citer. Ils sont rentrés en France à pied, le ventre vide et matériel à dos, avec presque chaque jour un combat d’arrière-garde retardateur de l’ennemi, suivi d’un décrochage à la nuit, comme à BAULERS, où une automitrailleuse allemande stoppée par deux coups de canon de 25, a sorti un drapeau tricolore suivi de cris : « Ne tirez pas nous sommes français » et quand nous nous sommes dressés pour leur crier d’avancer, nous ont arrosés de balles traçantes, tuant le tireur du 25. »[21]

Nous savons que RICHE Roger est décédé la veille au château Bouillon. CAUDMONT Lucien a été tué à Hanneliquet. Sur les trois soldats français enterrés au cimetière de Baulers, il ne resterait que VANDAELE Maurice. Etait-ce bien lui ce tireur au canon ? Pas sûr :

Selon Claude ARTIGES, le Lieutenant LEBLON se trouvait bien à la ferme Hanneliquet lors de la destruction du canon de 25 par les Allemands : « Des voltigeurs, commandés par le Lieutenant Leblon, vont se poster dans une autre aile du bâtiment. Ainsi toutes les issues sont gardées ».

– Dans son récit, le Lieutenant LEBLON écrit « nous nous sommes dressés », il était donc  présent au moment de ce drame.

Par conséquent, le tireur au canon en question serait bien décédé à Hanneliquet.

Cependant, le lieu du décès de ce dernier reste malgré tout contestable car :
– Claude ARTIGES atteste de la seule mort du sergent CAUDMONT : « Le sergent Caudmont est couché dans la cour, mort, derrière les deux mitrailleuses »[22], et décrit précisément les blessures subies par les soldats.

– A aucun moment, Claude ARTIGES ne parle de la mort d’un tireur au canon de 25 mm à Hanneliquet, or, le seul canon présent était situé à quelques dizaines de mètres de l’enceinte de la ferme.

Plusieurs éléments nous permettent de conclure que Maurice VANDAELE n’était pas à la ferme Hanneliquet :

– Il appartenait à la Compagnie d’Accompagnement du Lieutenant LEROUX située à l’Est de Baulers, à Alzémont.

– Comme l’atteste l’acte de décès, Maurice VANDAELE est mort dans une prairie d’Alzémont. Les Allemands l’ont enterré le 19 mai 1940, quelques jours après son décès.

– Et enfin, le témoignage du Caporal-chef Roger THEVENIN du CRME, semble contredire l’hypothèse de la mort de VANDAELE derrière un canon de 25 :

 «  Je crois pouvoir situer l’emplacement de mon canon de 25 mm le 13 au soir et du 14 Mai à Mont St Guibert entre la 3e Cie (La Fosse et l’Espinette) et sur la gauche des 84 mm du Lt MAERTEN. Plan N° 1 Noté en bleu. Le caporal chef de pièce Marcel Ligot fut blessé dans les reins alors que nous terminions une tranchée reliant notre canon au chemin de terre. C’est le Capitaine ROUBAUD qui malgré les bombardements (artillerie et Stukas) est venu me demander d’assurer le rôle de chef de pièce et de tireur.

Dans mon secteur de surveillance, je n’ai jamais pu observer le moindre mouvement de troupes ni de véhicules après le repli de 3 chars belges sortant de la corne d’un petit bois.
Le 14 au soir, ordre de repli vers le P.C.R. avec le chargeur « JOOS », VANDAELE Maurice approvisionneur, le second approvisionneur Albert SMAGGHE fut blessé  quelques temps après Marcel LIGOT par un éclat d’obus dans la cuisse. Je l’ai transporté sur mon dos jusqu’au poste de secours situé après les 81 mm environ 200 m, et c’est un miracle d’y être parvenu tant les bombardements étaient intenses.

A mon retour, bien qu’intact, le 25 était en partie enterré et une partie des munitions éventrées. Repli accompli non sans mal, le filet de camouflage s’étant enroulé autour du moyeu de la roue gauche du canon.

Regroupement au P.C.R. sous les ordres du Cpt ROUBEAU et marche de nuit en direction de Nivelles. Nous avons pris position une partie de la matinée sur le bord d’une route mais nous n’avons effectué un nouveau repli sans avoir vu apparaître les engins ennemis.

J’ignore encore l’emplacement et le lieu que me désigna le Lieutenant DESPINOY pour le « 25 ». Je devais couvrir la droite de ma Cie ? Je vais essayer d’éclaircir cette lacune. Toujours est-il que ce n’était pas une trouvaille : aucune visibilité, à quelques centaines de mètres de terrains boisés : derrière nous une ferme et une route. Après avoir terminé notre emplacement pour la 4ème fois je crois et grâce à un louchet récupéré dans une ferme, un grand silence nous surprit : je ne vis pas revenir VANDAELE envoyé en éclaireur mais des fusées blanches se succédaient sur notre droite : aucun bruit, rien devant nous, notre encerclement commençait. J’ai appris par la suite que l’estafette motocycliste chargée de nous prévenir avait été blessée par les Allemands et contrainte de faire demi-tour. »

Selon le témoignage de la famille HAUTHIER et d’anciens Baulersois, deux soldats français auraient été enterrés dans la prairie de la ferme Hanneliquet. Le premier était Lucien CAUDMONT, mais alors, si le second n’était pas Maurice VANDAELE, qui était ce tireur de canon de 25 ?

Mireille VERHELST, bénévole à la S.A.N., a effectué des recherches sur Maurice VANDAELE dans les registres d'Etat civil de Baulers de 1931 à 1950, il existe bel et bien une trace de l’exhumation du corps de ce soldat, ainsi que de son inhumation au cimetière de Baulers.


Actes de décès de Maurice VANDAELE 

« Acte de Décès n° 19. L’an mil neuf cent quarante, le dix du mois d’octobre à deux heures de l’après-midi, par devant Nous, Amaury de Ramaix Officier de l’Etat Civil de la commune de Baulers Arrondissement de Nivelles, province de Brabant, ont comparu Ladrière, Joseph âgé de soixante deux ans, journalier domicilié à Baulers, non parent du défunt et Gouttenègre, Léon âgé de trente sept ans domicilié à Baulers, non parent du défunt lesquels nous ont déclaré que ce même jour à une heure de l’après-midi ils ont exhumé le cadavre de Vandaele, Maurice-Alfred-Marcel, né le quinze novembre mil neuf cent seize à Steenbecque, canton d’Hazebrouck-Nord, département du Nord, fils de Vandaele, Alfred René, et de Everaere, Lucie-Eugénie, époux de Lechêne, Marie-Henriette, domicilié à Hazebrouck, 78, rue du Violon d’Or, recrutement de Dunkerque, numéro matricule six cent vingt six. Enterré le dix-neuf mai mil neuf cent quarante par les soins de l’armée allemande dans une prairie du hameau d’Alzémont, tué au cours du combat qui a eu lieu la nuit du seize au dix-sept mai, soldat à l’armée française. Duquel acte il leur a été donné lecture. Jos. Ladrière et A. de Ramaix »


Actes de décès n° 12 


« Acte de Décès N° 12. L’an mil neuf cent quarante et un, le cinq du mois de novembre par devant Nous, Amaury de Ramaix, Bourgmestre Officier de l’Etat Civil de la commune de Baulers, Arrondissement de Nivelles, province de Brabant, avons inscrit sur le registre de l’état-civil l’acte de décès dont l’expédition que nous avons reçue du Procureur du Roi à Nivelles et que nous avons paraphée et annexée au présent acte est conçue comme suit :


Le tribunal de première instance de Nivelles, première chambre, affaires civiles a prononcé le huit octobre mil neuf cent quarante et un le jugement suivant : le tribunal constate que VANDAELE, Maurice-Alfred-Marcel, époux de Lechêne, Marie-Henriette, soldat à l’armée française, né à Steenbecque (Nord) le quinze novembre mil neuf cent seize, domicilié à Hazebrouck, 78, rue du Violon d’Or, fils de Alfred-René, et de, Everaere, Lucie-Eugénie, conjoints, est mort pour la France à Baulers dans la nuit du seize au dix-sept mai mil neuf cent quarante. Ordonnons que le présent jugement tiendra lieu d’acte de décès, où il sera transcrit au registre courant aux actes de décès de la commune de Baulers et que mention en sera faite en marge de la place que l’acte aurait dû occuper aux registres de la même commune pour l’année mil neuf cent quarante.

Dont acte fait à Baulers et que nous avons signé le Bourgmestre A. de Ramaix »

Aujourd’hui, Maurice VANDAELE repose au cimetière de Hazebrouck.

Monsieur BODDAERT, gardien du cimetière St Eloi à Hazebrouck nous a envoyé des photos de la sépulture de Maurice VANDAELE, ainsi que du monument aux Morts à Hazebrouck.

CAUDMONT Lucien


Lucien CAUDMONT, à l’âge de 18 ans, taquinant le poisson. Cette photo date de 1938.

Quelques photos de Lucien datées de 1938





Au dos de la photo de Lucien, sa sœur Jacqueline âgée alors de 13 ou 14 ans avait écrit ce texte : « Petit frère chéri Lucien. Cette photo me rappelle mon grand frère comme je l’ai connu. Son regard doux semble me dire ne m’oublie pas Son regard triste semble comprendre que la vie est de courte durée. Je t’aime petit frère chéri je pense à toi »

Lucien Caudmont  est né le 9 janvier 1920 à Istres (13) - Bouches-du-Rhône. Il résidait à Cambrai au 245 rue Saint Ladre. Il était le fils de Léon Félix et de Girard Lucienne.

Le 5 octobre 1938, Lucien est engagé volontaire à l’intendance de Cambrai pour une durée de trois ans.


Lucien est au 2ème rang, deuxième à droite

Lettre envoyée de Lille le 10 octobre 1938. Lucien y raconte son quotidien.

« 43e R.I. – Caserne Négrier
Lille, le 10 Octobre 1938

Chers parents, Cher frère, Chères sœurs,

J’ai reçu avec un grand plaisir votre première lettre. Elle m’est arrivée Dimanche matin et j’ai dû signer un cahier pour entrer en sa possession.

Tous les hommes de la chambrée prennent chaque jour un grand intérêt à la distribution du courrier et c’est vraiment amusant de les voir tous décacheter leur enveloppe avec des mains impatientes. La réception de mon paquetage n’est pas encore terminée, et, faute de tenue, je n’ai pas pu sortir hier. Nous avons passé presque toute la journée dans la chambre à deux engagés, malgré tout, nous ne nous sommes pas ennuyés, j’ai arrangé mon petit coin, fait quelques modifications utiles… Ma première corvée date de Samedi : corvée de chambre c’est-à-dire balayage et lavage de l’allée centrale de la chambre, opération qui se fait au matin et après la soupe ; comme il y avait revue de casernement, j’ai dû faire trois fois la chambre et repasser à la craie les lignes qui établissent une démarcation entre les rangées de lits et l’allée centrale.

Je suis heureux de savoir tout le monde presque consolé de mon départ : un jour ou l’autre, il faut être soldat… D’ailleurs Lille n’est pas si loin de Cambrai et nous pouvons toujours nous écrire ! Je pense que Léon doit s’étonner de mon absence et je serai très heureux de connaître ce qu’il dit.

Le Capitaine m’a d’abord interrogé sur la durée de mon engagement ; il m’a demandé pourquoi j’avais choisi le 43ème RI (cette question est, d’après ce que l’on m’a dit, posée à chaque engagé). Puis il m’a questionné sur mon degré d’instruction, sur ma préparation militaire : avez-vous le B.A.P. ? B.P.E.S.M. ? Quels sont vos brevets de spécialité ?

Il m’a également demandé mes occupations dans le civil et mon but dans l’armée. Il m’a souhaité de réussir : « Il ne tient qu’à vous de gagner des galons… Vous désirez peut-être préparer Saint-Maixent ? »

Je vous remercie de votre attention à mon égard. J’ai besoin de peu de choses : une paire de clous pour fixer un porte-serviette, un peigne métallique car le mien n’est plus de ce monde. Mais il est totalement inutile de m’envoyer cela par la poste… Je profiterai d’une permission pour compléter mon « barda ».

Je m’arrête quelques secondes pour chasser Griffart[23] qui joue du tambour derrière mon dos (il n’arrête pas de me taquiner !). D’ailleurs la soupe vient de sonner, il s’agit de se dépêcher pour avoir une place au réfectoire… Griffart a déjà dégringolé l’escalier avec son quart !

Je reprends ma lettre, le souper a été trop abondant : pâté, sardines, saucisson, pommes de terre soufflées, bœuf en sauce, fromage… il y a eu du « rab »en quantité et nous sommes remontés avec des tartines, du fromage, des sardines ! Et il y en a qui se plaignent !... En voilà juste un qui arrive des cuisines, son treillis est plein à craquer et il porte un bidon plein de bière, en passant à ma hauteur, il entrouve sa veste de treillis : il y a là une boîte pleine de tranches de pâté : 1 kg de pâté au moins ! Et 1 kg de pain !

La caserne (bâtiment marqué d’une croix) »

Lettre du 24 octobre 1938, envoyée de Lille. Lucien parle de sa première sortie en armes.

«  Lille 24 octobre 1938

Chers Parents, cher frère, chères sœurs,

J’ai reçu avec beaucoup de plaisir votre dernière lettre… Je vois que tout le monde attend avec impatience l’arrivée du soldat ! Moi-même j’aimerai beaucoup retourner un dimanche à Cambrai. Cela me permettrait de vous embrasser autrement que « par correspondance »… et de faire un bon dîner !

Vous serez peut-être un peu déçu en me voyant pour la première fois car la seule tenue autorisée pour retourner en permission à l’extérieur est la tenue bleue. La tenue kaki est mise pour sortir dans Lille ou pour aller à Paris.

Ma première sortie en armes date de Samedi matin. Nous avons été faire l’exercice sur la « Promenade du Préfet », sorte de terrain parsemé de gros arbres. Un jeune sous-lieutenant nous accompagnait et nous pouvons dire, que dès le début, il nous a pris en sympathie. Il nous a posé beaucoup de questions sur les termes topographiques et nous étions, Griffart et moi, en terrain connu ! Puis nous avons fait des exercices de pointage et, là encore, nous avons fait les frais de l’interrogation ; le sous-lieutenant m’a supposé caporal et m’a demandé d’expliquer à un nouveau la façon de prendre la ligne de mire. Je m’en suis tiré très bien, sans hésitation aucune. J’espère que vous excuserez la vanité de ces dernières lignes… Mais que voulez-vous, tout marche bien et c’est pour moi un plaisir véritable de me confier à vous… Je vous sens tous attentifs à chacun de mes actes, au développement de ma nouvelle vie…

Je vois Maman qui, matin et soir, fait la navette entre la cuisine et la boîte aux lettres, et j’espère de toutes mes forces satisfaire votre attente, plus même, devenir pour vous un objet de fierté…

La journée de Dimanche s’est passée calmement : j’étais de piquet - corvée qui revient très souvent par suite de la faiblesse des effectifs. J’ai rangé mes affaires, lavé une paire de chaussettes (bien qu’il m’en reste deux paires), une cravate, mon sac à brosses, ma gamelle et la toile de mes planches à paquetage. Le caporal m’a permis de descendre en ville, vers 10 heures du matin ; j’ai attendu vainement Barrez à la gare et je suis revenu juste pour satisfaire mon appétit car cette petite promenade m’avait affamé ! Je ne puis m’empêcher de sourire en songeant à la soupe d’hier soir. Nous avons ramassé les bouteillons aux cuisines, Griffart m’aidait dans mon petit travail et nous nous sommes aperçus qu’il y avait du « rab » de frites au fond du récipient, nous nous sommes aussitôt arrêtés et avons bel et bien fini le bouteillon ! Je viens juste d’apprendre que je suis affecté au peloton des sous-officiers de réserve. J’en suis très surpris et très heureux car je m’attendais tout au plus à un peloton de caporaux-chefs. Certainement, notre P.M. a arrangé les choses. Mais… chose formidable ! Philippe est seulement admis au peloton des caporaux-chefs ? Tout du moins jusqu’à présent. Je ne suis pas loin de croire que la page d’écriture que nous avons faite la semaine dernière y soit pour quelque chose. En plus de la copie, de la dictée et des quatre opérations, il y avait la question suivante : « Quels sont les évènements qui, jusqu’à présent, vous ont le plus frappé ? ». Philippe[24] a trouvé que le B.E. et sa 1ère place à la P.M. étaient pour lui les évènements dominants. Moi j’ai répondu « L’évènement qui, jusqu’à présent, m’a frappé le plus, est mon arrivée au régiment, l’attitude paternelle des chefs et la franche camaraderie qui règne à la caserne m’ont profondément touché » (en ne demandant qu’une simple réponse). En tous cas, ne parlez de cela à personne. J’espère avoir une permission de 24 heures dimanche dernier[sic]. Je vous confirmerai dans le courant de la semaine si ma permission est certaine. Je dois couper court à ma lettre. On demande des hommes de corvée pour le C.M.12 et je dois partir à l’instant. Je remercie les enfants de leur lettre charmante. J’ai 24 biscuits de soldat !

Lucien qui vous embrasse bien fort. »

Le 1er novembre 1938, Lucien écrit à ses parents, il n’a pas pu rentrer en permission. Il parle de sa nouvelle tenue kaki qu’il préfère à la tenue bleue.

« Lille, 1er Novembre 1938

Chers Parents,

Vous avez peut-être eu une déception en ne me voyant pas arriver lundi soir. Consolez-vous bien vite car je ne serai pas longtemps sans aller vous voir !

Griffart, qui a eu plus de chance que moi vous aura peut-être expliqué la raison pour laquelle je suis resté… une corvée de piquet de 48 heures qui entraîne l’interdiction de sortir, ne fût-ce qu’un instant, de la caserne. C’est donc dans ma chambre que je passerai cette journée de la Toussaint qui, pour ne pas changer, est pluvieux avec des feuilles qui tourbillonnent pour venir se coller sur le sol humide et boueux…

Mon retour à Lille s’est effectué le plus normalement du monde. Je me souviendrai longtemps de cette première permission ! Une journée vraiment heureuse où l’on sent que la famille base et couronnement de la « grande famille aimée » est resserrée autour de soi.

Il y a beaucoup de chances pour que je retourne maintenant en kaki : une nouvelle décision… Inutile de dire que cette tenue me plaît autrement que la tenue bleue.

Recevez, Chers parents, mes meilleurs baisers. Lucien »

Lettre datée du 15 novembre 1938, envoyée de Lille. Lucien est admis aux « S.O.R », tandis que son ami Philippe l’est aux « Caporaux chefs ».

« Lille 15 novembre 1938

Chers Parents, frère et sœurs,

Mon retour de permission s’est effectué le plus normalement du monde…

Un petit peu bousculé peut-être ! A peine arrivés, nous nous sommes dépêchés de regagner la caserne qui était vide et silencieuse. Nous nous sommes habillés rapidement, j’ai avalé mes chaussons, et « en route pour la gare ». Jusqu’à minuit moins vingt nous avons déambulé sur les quais.

La journée de Lundi a été marquée par un évènement : le Colonel nous a passés en revue. Il m’a adressé la parole, m’a demandé mes intentions, et a demandé « que l’on me fasse bien travailler ». J’avais reçu mon brevet matricule pour le présenter. Ce dernier contenait une page d’écriture sur laquelle était notée mon admission aux S.O.R. Philippe est seulement admis aux « Caporaux chef » ! Mon rhume est guéri maintenant et tout va pour le mieux. Les revues se font toujours plus nombreuses, mais ma place reste impeccable. Nous avons reçu nos masques… Nouvelle préoccupation !

Nous commençons à prendre du service, je prends le renfort de nuit demain soir avec Griffart ce qui signifie : ronde dans la cour avec le fusil sur l’épaule.

La soirée d’hier a vu un incident plutôt rude : un jeune s’est taillé les deux poignets avec un rasoir. Il a saigné pendant cinq minutes dans sa chambre et on l’a porté, assez mal en point, à l’hôpital.

Je veux finir sur un ton plus rassurant. L’ordinaire est véritablement « excellent ». Il y avait à midi des petits pois aux saucisses.

Le poilu embrasse tout le monde bien fort.

Lucien »

Le 3 février 1939, Lucien reçoit une lettre de son grand-père.

« Denain, le 3 Février 1939.

Cher Lucien,

C’est avec joie que nous avons lu ta lettre du 1er courant, et qui nous a fait un grand plaisir d’apprendre que tu es en bonne santé et de lire des choses qui nous a [sic] fait un grand plaisir surtout de ton bon goût pour ton métier de soldat, de ton assiduité et de ton bon travail avec persévérance ce qui dit en un mot que tu veux arriver au but qu’il te plairait d’atteindre.

Effectivement, nous te félicitons tous deux, Maman Caudmont et moi, de ta bonne réussite pour tes compositions dont tu as eu de la chance d’être classé le premier de classement général du peloton, ceci est très bien ! Et nous faisons vœux pour ta réussite à venir, dont nous avons maman Caudmont et moi, grand espoir que nos vœux seront exaucés.

Nous sommes très heureux aussi de savoir que tes Parents sont pleinement satisfaits de tes succès.

Nous osons espérer que prochainement dans une de tes permissions de 48 heures que tu puisses nous réserver une journée afin de venir près de nous et en même temps manger avec nous, chose qui nous ferait grand plaisir Lucien, et pour cela, il faudrait que tu puisses nous prévenir quelques jours à l’avance.

Nous n’avons pas eu de nouvelles de tes Parents depuis le nouvel an ; ton père nous avait dit qu’ils devaient déménager au commencement de Janvier et qu’il nous enverrait sa nouvelle adresse dès qu’ils seraient réemménagés dans leur nouvelle demeure ; alors nous ne savons pas à quoi nous en tenir, nous espérons recevoir de leurs nouvelles tantôt.
Ici c’est toujours la même chose, notre santé à tous deux, est assez satisfaisante pour le moment.
Je termine en te souhaitant bon courage et à bientôt de tes nouvelles.

Reçois, Cher Lucien, les bons baisers de tes grands parents qui t’aiment.

L. Caudmont »

En mars 1939, l’Allemagne envahit la Tchécoslovaquie. Le 15 mai, Lucien est nommé caporal-chef.

 

Lettre envoyée le 20 juillet 1939 de Lille. Lucien parle du résultat de ses examens. Il est le « Major » du peloton.

«  Lille 20 juillet 1939

Chers Parents,

Je viens juste de recevoir votre lettre et elle m’a surpris en plein déménagement…Maintenant tout est terminé. Je suis à Négrier et voici ma nouvelle adresse.

Cap. chef Caudmont

Caserne Négrier

1er Cie

Lille

Le Capitaine Deruelles nous a fait ses adieux. Il a justifié sa dureté au Peloton II. « Celui qui commande à des hommes doit être supérieur à eux. J’ai voulu vous donner l’accoutumance de l’effort. Rappelez-vous ceci : un homme ne vaut que pour son travail, l’oisif est un zéro, quelles que soient son intelligence et son instruction ». Ces quelques mots sont la conclusion très juste du Peloton II.

L’examen s’est terminé mardi soir ; tout s’est bien passé. Je ne connais que la note générale dans deux bureaux. Elles sont assez bonnes : 20 (mitrailleuse) 19 (pratique de tir) 19 (org. du terrain) 19 (armement) 18 (gaz) 18 ½ (service intérieur). Mais je viens d’apprendre une nouvelle magnifique. Juste au moment de partir, le Lieutenant de la 2ème section m’a accosté en me disant « Caudmont, toutes mes félicitations. Vous êtes le « Major » du peloton. Vous arrivez premier des Voltigeurs avec une très forte avance sur les suivants ». Je totalise en effet 1400 pts sur 1600 ce qui me fait une moyenne générale de 17 ½.  Le second arrive avec presque 90 pts de retard ! Le résultat dépasse de beaucoup mes espérances. 1er sur plus de 80 élèves. ! Inutile de dire que je suis heureux ! J’ai appris d’autre part que le Capitaine de la 1ère m’avait proposé pour le grade de sergent. J’ai aussi beaucoup de chances d’être nommé avant la fin de 1939.

Philippe a également très bien réussi. Il ne connaît rien à son classement qui est différent du mien.

J’ai pris une permission de 24 heures. Je reviendrai donc samedi soir, si aucun service ne m’échoit d’ici là.

A propos, il y avait une paire de gants dans ma tenue bleue, je suppose qu’elle est restée à la maison.

Je crois être dans une compagnie excellente. L’organisation est parfaite et le matériel est entretenu avec soin. Le départ en manœuvre ne se fait que Mercredi prochain et pourtant, tout est déjà prêt. Chaussures réparées, tenues bleues lavées, treillis, chemises réparées (un atelier de couture fonctionne en permanence au réfectoire). Les groupes sont déjà constitués.

Ainsi, tout va bien. En attendant samedi, recevez chers Parents, mes meilleurs baisers.

Lucien »

« Au mois d’AOUT 1939, le 43ème Régiment d’Infanterie était en manœuvres au camp de MOURMELON pour sa période annuelle d’instruction. Les officiers du régiment se souviennent que, le 21 AOUT, rassemblés au mess pour le repas du soir, ils ont vu le Chef de Corps, le Colonel MEYER, se lever de table, donner aux serveurs l’ordre de sortir et de fermer la porte, avant de dire : « Messieurs, nous allons dès demain regagner nos garnisons de LILLE et de VALENCIENNES, nous préparer à mettre sur pied de  guerre nos unités et à gagner nos cantonnements de desserrement.»[25]

Lettre datée du 7 août 1939, envoyée de Cambrai par le père de Lucien.

« Cambrai, le 7 Août 1939

Mon Cher Lucien,

Nous avons bien reçu tes trois bonnes lettres, dans lesquelles tu nous as si bien tenus au courant de ton raid sur Mourmelon, mais comme tu as pris le chemin des écoliers sur différents points n’étant pas situés sur le grand arc, avec des étapes tout à fait inattendues, il m’a été impossible de te répondre jusqu’à présent. Enfin te voilà arrivé dans le Roi des camps français et je pense fort que ce n’est pas encore pour vous laisser vous reposer sur vos lauriers.

Il est regrettable que le mauvais temps soit venu gâcher vos marches. Dieu sait s’il est pénible de marcher sous une pluie battante, telle que celle de mardi, jour de votre départ. J’en sais quelque chose pour avoir essuyé maintes fois ces intempéries et j’ai maintes fois pensé à toi en voyant la pluie tomber sans arrêt.

Mais c’est à la suite de ces dures épreuves que se forge le caractère de l’homme et c’est là où il comprend ses possibilités et sa résistance. Et il ne faut surtout pas oublier que c’est dans ces durs moments que les chefs apprécient la valeur de chacun et en tiennent compte pour les notes ultérieures. Donc, pour toi, Lucien, bonne humeur dans toutes les circonstances et volonté dans les moments les plus difficiles ne feront qu’augmenter tes chances de parvenir à ce que tu désires.

Nous sommes agréablement surpris que le Tableau d’avancement soit liquidé et que le prochain paraîtra en Août ; tu as de grandes chances, de ce fait, d’être nommé sous-officier à bref délai. Ce sera encore un échelon gravi et, ma foi, tu pourras te féliciter de ton accès au grade de sergent dans un temps record.

Je t’adresse un mandat de 150 frs. Au camp on a besoin d’argent et il serait désastreux que tu tires la langue pour quelques sous.

Ici, tout va bien, rien à signaler, tout le monde est en bonne santé. Nous sommes très heureux quand nous recevons tes lettres et celle-ci sont lues en grand comité, les oreilles démesurément ouvertes (surtout celles de Léon). Ensuite, chacun donne son avis et commente les différentes phrases. Tu te fais une idée de ce que cela doit être !

Après Mourmelon, nous espérons que tu viendras te détendre le plus possible à la maison. Il y aura bon manger et bon coucher.

A propos, ton appareil a-t-il souffert de l’eau, au cours de la traversée Lille Saméon ?

Reçois, mon Cher Fils, les meilleurs baisers de TOUS.

Ton père

Caudmont »

« Le 23 AOUT, le régiment quitte donc ses garnisons de LILLE (1er et 3ème Bataillons) et de VALENCIENNES (2ème Bataillon). Les dispositions prévues au journal de mobilisation du corps sont mises en œuvre et, dans les cantonnements de desserrement de la région de RAISMES, du 26 AOUT au 1er SEPTEMBRE, le régiment reçoit ses réservistes. Le 3 SEPTEMBRE 1939, la mobilisation générale est décrétée et la guerre éclate […] C’est l’époque de la drôle de guerre, mais au 43ème on ne s’endort guère. L’instruction est poursuivie sans relâche pour parfaire les connaissances militaires, l’aptitude au combat, l’entrainement à la marche avec le sac au dos chargé réglementairement, en plus de l’armement individuel et collectif. Plusieurs alertes marquent le stationnement du régiment dans cette région de l’OISE et l’une d’entre elles survient le 15 JANVIER 1940 alors que le Lieutenant-colonel VEYRIER DU MURAND vient de prendre le 14 au matin le commandement du régiment du Colonel MEYER » [26]



Dans un carnet intitulé « CONTROLE NOMINATIF » offert aux officiers par la marque Pétrole Hahn, Lucien a annoté des renseignements sur les membres du groupe dont il était responsable.

1ère Cie – 4ème Section – 12ème Groupe – St Caudmont L.

Matri -cule

Noms et prénoms

Grade

Classe

Recrutement

Date d’incorporation

Profession

Situation de la famille

223

Caudmont Lucien

St

40

Cambrai

5 oct 38

 

Célibataire

5976

Vander Snickt Emile

Cal

34

Lille

1935

Buraliste

Marié

372

Kauffmann Albert

2ème Cl

38

Thionville

27.10.38

Ferblantier

,,

2208

Fallain Edouard

,,

36

Arras

19.10.37

Mineur

Marié 2

598

Lemer Lucien

,,

35

St Omer

 

Cultivateur

Célibataire

1018

Artices Pierre

,,

38

CAen

14.11.38

P.B. En

,,

211

Duponchelle Maurice

,,

40

Lille

 

Magasinier

,,

159

Lefebvre Stéphane

,,

29

Cambrai

 

Tôlier

Marié

3881

Evrard Marcel

,,

34

St Omer

 

C. agricole

Célibataire

1741

Niowzynscki Michel

,,

36

Bethuwe

 

Tailleur

,,

178

Notter Georges

,,

37

Lille

3.11.38

Boulanger

Marié 2



Lucien y a aussi inscrit l’adresse de chacun d’eux.


Dans ce carnet, Lucien avait joint une note manuscrite récapitulative du contenu du sac supérieur, de la musette, des cartouchières et du ceinturon. Des signes cabalistiques représentent la fonction de chaque homme dans le groupe.


Du 24 août 1939 au 11 mai 1940, Lucien tient un cahier de route.

Sur la chemise, on peut lire plusieurs inscriptions dont « Souvenir du St Caudmont tombé au champ d’honneur le 16 Mai 1940 [une signature avec deux initiales J H] à Baulers derrière la ferme près de la haie, du côté de la ferme ».


« Jeudi 24 août 1939.

2 heures… Nous quittons Lille pour Beaucamp. Chaleur étouffante. Les hommes, accablés par le poids des équipements tombent sur le bord de la route.

Vendredi 25 août.

Nous menons à Beaucamp une vie heureuse. La section loge dans une ferme dont le patron est très chic… Hier, il nous attendait avec du café bouillant. Il met son poste à notre disposition et accepte de faire bouillir notre lait. Les hommes, reposés des fatigues de ces derniers jours, ont un moral excellent.

Samedi 26 août 39.

Il y a battage du blé à la ferme… Ce bruit de batteuse me rappelle bien des souvenirs. 6 heures. Un additif au tableau d’avancement vient de paraître à la 1ère Cie. J’y figure, avec Serge, Richard et Philippe.

Dimanche 27 août.

2 h du matin. Réveil brusque ! Il faut partir. Rassemblement des sacs inférieurs, confection des ballots de couvertures. A 3h, le bataillon quitte Beaucamp. Tant pis ! Nous arrivons à Lille au petit jour. L’esplanade est encore encombrée de boutiques foraines. Le Bataillon embarque à la Madeleine et, pour la 1ère fois, je vais voyager dans un wagon à bestiaux. Dieux, que l’on est mal ! Je m’endors néanmoins. Sommeil lourd qu’interrompt le bruit du train entrant en gare de Raismes-Vicoignes. La compagnie cantonne au château Mallard. Un grenier étouffant abrite la 1ère et la 2ème Section.

Mardi 29 août.

Le grenier n’a réellement rien de bon. On y étouffe le jour et on y gèle la nuit. En bas, la porcherie dégage une odeur nauséabonde le soir, nous avons commencé des abris aux abords du cantonnement.

Mercredi 30 août.

Nous quittons le maudit grenier. Le 6ème groupe occupe maintenant une petite ferme où la tranquillité est absolue. Les fermiers sont très aimables. Comme à Beaucamp, l’heure « du lait » succède à celle de la soupe. Il y a douche ce matin, à la fosse d’Arenberg.

Jeudi 31 août.

L’échelon nous a rejoint ce matin. Mon groupe compte deux nouvelles recrues : Balory et Baillez, l’un et l’autre gentils garçons. Le poste du fermier nous tient régulièrement au courant des [évènements] extérieurs.

Vendredi 1er septembre 1939.

Une nouvelle grave vient de nous parvenir. Celle de l’agression de la Pologne par l’Allemagne. En dernière heure, un décret loi décide la mobilisation générale dont le 1er jour est le samedi 2 septembre. Il y a à peine 25 ans… et les fameuses affiches vont réapparaître !

Dimanche 3 septembre.

Journée historique, à 11 heures, l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne. A 17 heures, la France imite son alliée… Je reverrai  toujours les hommes silencieux et graves se presser autour du poste, à l’annonce des terribles nouvelles… Quelles pensées s’affrontent derrière les fronts où s’accuse une ride ? La Femme, les Enfants, la France… Demain ? La mort, peut-être !... Nous marcherons !

Mercredi 6 septembre.

Je suis Sergent ! C’est Lhomme qui, ce matin, m’a appris la bonne nouvelle. Serge est également nommé et, tous deux, nous restons à la Compagnie.

Le Peloton II a porté ses fruits… Ma reconnaissance va au Capitaine Besmelles qui a su, plus que tout autre, faire de nous de bons soldats.

Midi. Je mange pour la 1ère fois à la popote. Quelle sensation délicieuse ! Comme on est bien dans la pièce aux vitres bleues, où le poste épand ses notes douces et discrètes ! J’ai l’impression de faire un rêve…

Vendredi 8 septembre.

Chaque matin, la Cie va prendre ses ébats dans la prairie. Les sections se livrent à des tournois de football, attentivement suivis… A 11h½, les sous-officiers se réunissent sur la terrasse du château. Melle Francine, gracieuse comme un papillon, taquine l’un et l’autre. Le temps est admirable et, insensiblement, on se sent gagner par une douce quiétude ? Nous sommes en guerre ? Allons donc… Il fait si bon vivre !

Samedi 9 septembre.

Réveil brusque à 5 heures du matin. Le bataillon quitte Bellaing. A ma grande joie, nous passons à Denain, rue de Valenciennes. Mes grands Parents sont à leur porte et j’ai le temps de les embrasser. Nous passons Denain transformée en véritable caserne. Depuis le départ, un épais brouillard restreint singulièrement notre champ de vue. 10 heures. Nous arrivons à Haspres, petite ville hospitalière. La 4ème Section loge dans un tissage. Le patron a préparé une immense cuve d’eau chaude et chacun prend un bain réconfortant. Entre temps, le Sergent Labeusse m’a conduit à la maison où je dois loger… 8 heures. Je suis dans une petite chambre blanche et confortable. Quel étrange sensation de se glisser dans un bon lit, alors que depuis deux mois, on couche sur la paille.

Dimanche 10 septembre.

Délicieux réveil ! Ma journée est partagée entre « Ma maison » et le cantonnement du groupe… Hélas, à 18 heures, ordre est donné de se préparer pour le départ. Je quitte la petite chambre à regret, à 8 heures ½, nous faisons nos adieux à Haspres. Les hommes paraissent énervés et en cours de route, plusieurs abandons se produisent. Baillez tombe à l’avant-dernière étape et je dois le garder en attendant l’ambulance. Celle-ci arrive, 5 minutes après la fin de la pause. Il ne me reste plus qu’à rattraper le Bataillon. Hélas, je me perds dans un village et s’est seulement au terme du parcours que j’arrive à rattraper la queue de la colonne. Chose surprenante, la 1ère Cie reste introuvable. J’arrive néanmoins au cantonnement, précédant les copains de plus de 20 minutes. Voulant prendre un raccourci, ils se sont perdus dans les champs ! Nous sommes à Bévillers, à 12,5 km de Cambrai…

Lundi 11 septembre.

J’ai eu, ce matin, la visite de mes parents. Ils m’ont cherché un peu partout, à force de renseignements, ils sont parvenus à Bévillers ! Hélas l’entretien est de courte durée. C’est à peine si j’ai eu le temps de parler à Léon…

Mercredi 13 septembre.

Il fait un vilain temps pluvieux. Et je revis ces automnes du Cambrésis, feuilles mortes, vent déchaîné, pluie fine et serrée qui tombe tout le jour, horizon gris… une âcre odeur de terre mouillée et remuée emplit l’air… arrachage de pommes de terre, fanes que l’on brûle dans une fumée opaque et odorante. Une foule d’impressions qui s’enchainent à une vitesse folle assaille mon esprit.

Je [peins] aujourd’hui le jour pour la 1ère fois. Barrez est venu me voir par deux fois. Il m’a rapporté quelques photos.

Vendredi 15 septembre.

Nouvelle visite de mes parents ? Papa me laisse son appareil photo. Je vais pouvoir illustrer mon cahier !

Samedi 16 septembre.

Journée heureuse marquée par le départ de Bévillers. Le déplacement se fait en camion (en autobus pour parler juste car nos véhicules sont les « bus » parisiens. Le temps est revenu au beau et nous passons St Quentin, La Fère, suscitant sur notre passage un fol enthousiasme. Nous passons la nuit à Brie, petit hameau entouré de hauteurs boisées. La paille sur laquelle je couche est vivante : maudites souris !

Dimanche 17 septembre.

Deuxième étape du petit voyage ; nous passons à Laon à peine éveillés, puis, c’est Reims, la Champagne où les villages s’espacent. Le camion passe à quelques kilomètres de Mourmelon, traverse Châlons. Une panne de moteur nous arrête entre Châlons et Vitry-le-François. L’arrêt définitif se fait à Maurupt-le-Montois, petit village de la Marne.

Lundi 18 septembre.

Organisation des cantonnements, commencement des abris. Voilà ce qui revient invariablement au début de tout stationnement. Toute la Cie loge dans une grange immense. Je couche, avec 7 sergents, dans une maison momentanément abandonnée.

Dimanche, 1er octobre 39.

La pluie a fait de nouveau son apparition. Regrettons ce beau mois de septembre, exceptionnellement ensoleillé. Jusqu’à présent la vie à Maurupt est restée calme. Quelques exercices (marches sous bois, manœuvre de bataillons ont rompu, de temps à autre, la monotonie des heures. Dernièrement le 16ème groupe a pris part à une corvée de fourrage et j’en ai profité pour chercher des ceps… Doux passe-temps ! Lors de la manœuvre de bataillon (28 septembre 39) nous avons traversé le village de Cheminon qui, plus heureux que Maurupt, n’a pas souffert de la guerre 14-18. Les maisons, très pittoresques, y sont très vieilles, leurs murs sont faits d’une espèce de torchis et les madriers mettent leurs membrures noires sur les façades blanches.

Lundi 2 octobre.

Vignaud, mon 1er Voltigeur, et l’un des meilleurs hommes de la Cie a du nous quitter précipitamment : affligé d’un phlegmon au bras gauche, il a été dirigé cet après-midi, sur Vitry-le-F.

Il est fortement question de partir demain.

Mardi 3 octobre (p.I ph1)

18 h du matin : nous quittons Maurupt, après un parcours de 50 km effectué en autobus. Le bataillon arrive à Aulnay-aux-Planches, dans les marais de Saint-Gond. Le débarquement se fait tard dans la nuit. Il fait un vent terrible.

Mercredi 4 octobre.

Les sous-officiers sont installés, comme à Maurupt, dans une maison momentanément abandonnée… Il y a une cheminée et, réunis autour de l’âtre, nous avons fait une flambée !

Le noyer voisin a eu fort à faire avec Hamdequin et moi !

Samedi 7 octobre

Ma première garde. 6h ½ du matin : la tuile.

Dimanche 8 octobre (ph[otos] 2-3-4).Ce matin, les gradés de la 1ère Cie ont battu ceux de la 2ème au football, 5 à 2… La victoire a été convenablement arrosée.

Mardi 10 octobre (ph[otos] 5-6-7-8).

Il y a de la boue partout et nous ressortons des abris, crottés comme des barbets [chiens d’eau]. Scène inénarrable chez les s. off.

Vendredi 13 octobre.

La journée a été consacrée à une manœuvre de Régiment, manœuvre particulièrement pénible faite par un temps maussade, dans un terrain détrempé… Partis à 10 heures, nous ne sommes revenus qu’à 19 heures. Le colonel Meyer nous a rendu visite sur l’emplacement de combat : ça a bardé !

Samedi 14 octobre.

J’ai reçu des nouvelles de Vignaud.

Lundi 16 octobre (ph[oto] 4 p.2]

Après-midi : marche d’approche.

Jeudi 19 octobre.

Les allemands [sic] ont attaqué sur une trentaine de kilomètres. L’ordre venant d’être donné de préparer les sacs, les commentaires vont bon train.

J’au reçu ce soir les photos faites à Mourmelon ainsi que le film I.

Vendredi 20.

Mon premier colis.

Dimanche 22.

Sergents d’active contre sergents de réserve au football : quelle pelle ! En trois jours, j’ai reçu 3 colis : un de Cambrai, un de Denain, un de Barrez.

Lundi 23 octobre.

Manœuvre de compagnie aux environs de Morains… Inconvénients du poste de surveillance ! Retour à 9 heures du soir…

Vendredi 27 octobre.

« Un peu d’alpinisme » au Mont Aimé.

Dimanche 29 octobre.

Sombre dimanche. Service de jour dans la boue…

Inconvénients des parties de « Banque ». Résolutions pour l’avenir !

Lundi 30 octobre (p II, ph[otos] 6-7-8-

Au retour d’un exercice (prise de contact) dans les environs de Morin, nous avons la bonne surprise de retrouver Vignaud.

Mardi 31 octobre.

10h½. Match de football contre les s.off. de la 2ème Cie. Gagné : 1 à 0.

Vendredi 3 novembre 1939.

Le départ d’Aulnay est maintenant certain… Quelques habitudes à rompre !

Samedi 4 novembre.

Les hommes ont passé ces deux dernières journées à rassembler et nettoyer leur matériel. Les feux ont été démontés. Toute l’organisation, fruit de plusieurs journées de travail est à refaire.

A 4 heures, les autobus font leur réapparition. Une dernière bonne nuit passée dans le grenier.

Dimanche 5 novembre.

Journée magnifique ! Au cours d’un voyage de 180 Km, nous avons le loisir d’admirer les beaux sites de Château-Thierry et de Coucy-le-C[hâteau].

Ce dernier est pour moi le rappel de visions vieilles de 5 ans ! Que de souvenirs évoque la route en lacet qui domine Soissons !

Vers 7 heures du soir, et après avoir traversé Nyon, nous arrivons à Orvillers-Sorel, petit village au nord de l’Oise. Le débarquement se fait dans une profonde obscurité.

Lundi 6 novembre.

Journée mal commencée et bien terminée : perte sur perte ?

La popote est établie dans un château : magnifique !

Je couche avec Leroy et Delcourt dans une petite maison agréable et propre, offrant toutes les commodités désirables.

Mardi 7 novembre.

Les cantonnements, admirablement bien organisés, assureront aux hommes un hiver au chaud.

La route nationale Paris-Lille traverse le village. Les autos, qui passent sans arrêt donnent une certaine animation.

Mercredi 8 novembre

Conférence sur la conservation du secret.

Jeudi 9 novembre.

« Une chasse à l’écureuil mouvementée » !

Vendredi 10 novembre.

13 heures : départ en camion pour Ressons-sur-Matz où nous devons creuser des tranchées-abris au P.C. de la D.I. Visite du général De Camas.[27]

 9 heures du soir : alerte.

Samedi 11 novembre :

Journée triste et pluvieuse… Pauvres aînés !...

Banquet à la popote s. off.

Dimanche 12 novembre.

Le soir, à 8 heures, le S Lieutenant Dulsem a réuni la 4ème Section et a fêté sa nomination.

« Repartir du bon-pied »…

Jeudi 16 novembre.

10 h : marche de bataillon interrompue.

Le Lieutenant me donne le 12ème groupe. L’installation se fait rapidement mais je dois chercher pendant 3 heures, des tuyaux sous la pluie !

9 heures du soir : un appel qui n’en finit plus !

Dimanche 19 novembre.

J’ai profité de la soirée pour faire une promenade dans la campagne. Certains sentiers avoisinants Orvillers ont un charme sauvage et rappellent un peu les landes de Chalosse. Biadala m’accompagnait et nous sommes revenus les poches bourrées de pommes.

Lundi 20 novembre 1939.

Marche de Bataillon (Cavilly-Méry-Mortemer). Je vais, chaque soir, boire du chocolat au 12ème groupe.

Mercredi 22 novembre.

Manœuvre de Compagnie à l’Ouest d’Orvillers.

Jeudi 23 novembre.

Manœuvre de Régiment dans les environs de Tricot. Nous partons à 09h30, la campagne est toute blanche de gelée. En passant à Cuvilly je vois le Lieutenant Mangin. Le soleil est incertain et une bise glaciale souffle. Nous nous installons en situation défensive. Tous les détails du paysage s’estompent dans une brume froide. Le crayon échappe de mes doigts raidis par le froid et les « consignes du groupe » restent inachevées. Le café distribué sur le terrain est à peine tiède. La manœuvre se termine à 16 heures. A 10 heures nous sommes de retour.

Dimanche 26 novembre.

11 heures : garde au Bataillon. 19h  avec trois de mes hommes, je disperse quelques « bagarreurs ».

Lundi 27.

3 heures du matin : les permissionnaires emplissent le poste de police. Quelle joie immense doit être la leur ! Chose surprenante. Je ne suis même pas touché par le cafard ! A 6h½, deux camions arrivent en une minute tout le monde est monté… et en route ! Je retourne à la lecture de « Monte Cristo ».

Mardi 28 novembre.

Installation de positions défensives sur les crêtes ; à l’ouest de Cuvilly.

Lundi 4 décembre 1939.

Après-midi consacrée à une marche de 18 Km. Pluie diluvienne en fin de parcours. Villages traversés : Couchy-les-Pots – Roye-sur-Matz – LaberlièreRicquebourg - Hameau de Sorrel.

de 5h½ à 08h½  du soir : service au foyer du soldat- 3/12/39. p III. ph 1

Jeudi 7 décembre 1939.

Manœuvre de régiment sur la position du 28 novembre. Stationnement prolongé dans un trou Gamelin.

Samedi 9 décembre 1939.

ph IV p. 1-2-3-4-5-6-7-8

Cinéma au foyer « la Bandera » « Puissance du jazz ».

Dimanche 10 décembre.

Déménagement : j’habite maintenant avec Daudricamt, dans une des salles du « château » (Là où la popote est installée).

Mercredi 13 décembre.

Reconnaissance de terrain dans les environs d’Hainvillers.

Jeudi 14 décembre.

8 heures : chasse à l’écureuil. Soir : douches bienfaisantes à Méry.

Samedi 16.

Vaccination.

Dimanche 17 décembre.

Repos… On demande des volontaires pour l’aviation…

Dimanche 24 décembre.

« Le réveillon au corps de garde! »

Lundi 25 décembre 1939.

Noël. Ce matin je me suis lavé avec de l’eau glacée. Le givre couvre jusqu’aux moindres objets.

Lundi 1er janvier 1940.

1er de l’an sous la neige. Les escaliers de notre « château » ont été témoins d’une terrible bataille à coups de boules de neige. Nous avons profité de la soirée d’hier pour faire une ample provision de bois. Il ne faisait pas bon sous l’avalanche glacée qui tombait des branches remuées.

Mercredi 3 janvier 1940.

Temps magnifique. Le soleil fait resplendir la neige. Partie de « Volley-ball » endiablée contre la CA1.

Jeudi 11 janvier.

Départ à 7h½ du matin pour le village de « Lataule » où nous devons lancer des grenades de guerre. « Frottons-nous les oreilles » car il gèle à pierre fendre.

Dimanche 14 janvier.

Je suis relevé de la garde à 11 heures. Toute la soirée, de 1h à 5h, je me consacre à une lessive monstre. A 7 heures, alerte ! Voilà qui n’est pas fait pour arranger les choses. A 10 heures du soir, mon groupe est prêt ; je pus enfin faire sécher mon linge. Dieux, que je suis las !

Tout est terminé à minuit et demi, juste au moment où Dudulle vient m’annoncer : «  En tenue, départ dans une demi-heure ! Malgré cela, je puis encore dormir plus de deux heures au cantonnement de mon groupe… 4 heures du matin : réveil pénible. Les vivres et le café sont distribués… près de l’église d’Orvillers ! A 6h, la compagnie gagne sa rame. Les groupes s’égrènent sur la route car des hommes on dû se charger de ballots supplémentaires. Confortablement installé dans le fond du car, je m’endors. Quand j’ouvre l’œil, le convoi marche bon train. Nous allons à Sailly, tout près de Cambrai. Nous passons Roye, Péronne, Metz-en-Couture – Marcoing. A 11h½, nous débarquons à Sailly. Mon groupe cantonne dans une maison excessivement froide. La fatigue aidant, je perds toute ardeur. 6 heures du soir, billet de logement en main j’arrive chez mes hôtes. Personnes très gentilles qui me préparent une bonne chambre. Je me couche à 8 heures dans un bon lit ! La bonne nuit !

Samedi 15 janvier.

Je me réveille à 8 heures, un tour d’horloge ! Je me sens très bien. Plein d’ardeur et de confiance pour l’avenir. Mon premier soin, en arrivant au cantonnement, est de chercher un poêle… (Mes hommes ont en effet passé une nuit affreuse). Le Colonel Rickenvaert qui se dépense sans compter m’accompagne, et mes recherches, particulièrement heureuses, aboutissent à l’acquisition d’un superbe poêle. Néanmoins, mon groupe change de cantonnement. Nous sommes maintenant dans une petite pièce qui possède toutes les commodités ! La propriétaire de la maison nous apporte du café et une bouteille de rhum. Entre temps, je reçois la visite d’un ancien camarade de classe : Margerin. A 11h½, le départ pour Orvillers est ordonné, quelle surprise ! A 12h, après une courte attente sous la neige, nous embraquons. Papa, venu pour me voir vient de reprendre le chemin de Cambrai (c’est ce que m’apprend Margerin.

L’état des routes est déplorable. Nous attendons plus d’une heure dans Sailly. Les remorques, les tracteurs, les camionnettes sont en difficulté et, jusqu’à l’arrivée, ce ne sont que véhicules bloqués dans les fossés.

22 heures.

Je retrouve ma chambre et… Daudricamt revenu de permission !

Mardi 16 janvier.

L’alerte a causé un véritable désordre. Plusieurs compagnies n’ont plus de roulantes et doivent se ravitailler à la 1ère. Il fait très froid, avec un petit vent aigu qui cingle douloureusement la face.

Lundi 22 janvier.

Marche de 12 Km (Mortemer – Boulogne-la-Grasse – Conchy). J’ai effectué le parcours avec les « planqués », rassemblés un quart d’heure après le départ de la Cie.

Mardi 23 janvier.

Préparation au départ en permission.

Mercredi 24 janvier.


Formulaire de permission

6h½ du matin : départ en permission (j’ai passé une assez mauvaise nuit …). Me voilà enfin monté dans ces fameux autobus ! Nous arrivons à Noyon vers 15 heures, avec le Colonel Laparty.  Je vais dans un café où il ya café et croissants tout chauds ! Nous prenons le train vers 8h½… Voilà plus de 3 mois qu’une telle chose n’était pas arrivée. A St Quentin, tous les permissionnaires sont rassemblés au centre d’accueil. Là, nous devons attendre jusqu’à 14h30 l’arrivée de notre train ! Attente pénible au possible. Un micro tient les hommes au courant de ce qu’ils doivent faire et annonce les départs « Les permissionnaires pour la direction Massy-Palaiseaux … ». La contemplation de cette foule où se mélangent tous les régiments et toutes les armes me distrait heureusement… image de guerre !

2h. Nous quittons avec joie le centre d’accueil et, en rangs serrés, nous descendons vers la gare. Il fait assez froid, du givre partout, un brouillard glacial… Puis c’est la dernière étape… Nous voici à Cambrai. Je quitte la gare… Je marche d’un pas toujours plus rapide… Voici le pont de la rue ! La vie… la maison blanche… le timbre résonne. La porte s’ouvre. C’est aussitôt un ouragan. La maisonnée se réveille et je suis submergé. Heureux permissionnaire !

Dimanche 4 février 1940.

Comme c’est court. Il ne reste déjà plus de la permission qu’un souvenir agréable. J’ai pris le train à midi. A Tergnier, j’ai attendu l’heure de départ dans la salle de lecture du centre d’accueil, et je ne me suis pas ennuyé. Reprenons nos petites habitudes !... en attendant le mois de mai !

Lundi 5 février.

Retour un peu brutal à la réalité consistant en une marche de 25 Km le soir. Je me sens très fatigué. Mauguet est revenu et je dois déménager. Très mauvaise nuit passée dans la maison de Sauvage…

Mardi 6 février.

Je décide de retourner avec Leroy dans la petite maison rouge du début.

J’ai vu Philippe au cours de la marche d’hier.

Mercredi 7 février.

Tout va pour le mieux. Je me félicite d’avoir regagné mon ancienne demeure. Partie de Volley dans la boue…

Dimanche 11 février.

Après-midi : cinéma. Banquet à la popote.

Lundi 12.

Marche miniature (CuvillyHainvillers).

Mercredi 14 février.

Lucy, Belcourt, Daudricamt et moi avons passé la soirée à faire des crêpes… Nous frisons l’indigestion !

Jeudi 15 février.

Il ne s’agit plus de crêpes… mais d’une manœuvre de régiment. Deux choses de saveur différente ! Nous sommes installés en défensive, dans les environs de Courcelles… Il neige à gros flocons et c’est sans regret (assurément) que nous quittons la position, après la sonnerie « Fin de manœuvre ».


Vendredi 16 février.

Matinée passée dans l’exercice du noble métier de chiffonnier ! En fin de perquisition un énorme mont de ferraille atteste de notre activité.

Dimanche 18 février 1940.

Magnifique champ de neige que celui où se déroule notre match de football contre la 1ère Section ! La partie se termine par la victoire de cette dernière. 5 à 4. Nous méritions mieux.

Lundi 19 février.

Marche de 15 Km. (Laberlière – Roye-s.-Matz- Conchy[-les-Pots]).

« Métier et devoir… »

Mardi 21 février.

Après-midi. Reconnaissance du terrain. 7h : coup de main dans un déluge de boue.

Samedi 24 février.

Ce matin, nous avons défilé à Ressous, où des remises de décoration par le Général de Camas ont eu lieu. Au retour, le 48ème R.I. a été présenté à son nouveau colonel, par le Général Jenoudet.[28]

Lundi 26 février.

Marche de 25 Km (itinéraire : Cuvilly – Gournay-sur-Aronde – St Maur – Cuvilly).

Mercredi 28 février.

Je suis élevé à la dignité de « popotier ».

Lundi 4 mars 1940.

Service de garde épineux…

Mercredi 13 mars.

Fin de stage de popotier. Je prends le jour deux fois consécutives.

Samedi 16 mars.

Les patrouilles…

Mercredi 20 mars.

Nous avons assisté cet après-midi à des tirs de mortiers.

Il ne manque plus qu’un voltigeur dans mon groupe.

Dimanche 24 mars 1940.

9h45 : Match de football. 1ère Cie contre 3ème Cie. Je joue « gardien de but ». Nous gagnons par 4 à 3. Aussitôt le match terminé, je dois m’équiper pour monter la garde. L’arrivée des propriétaires n’est pas sans rendre la situation épineuse. Enfin, à 12h½, je peux relever Serge qui commençait à s’impatienter !

Singulier dimanche de Pâques ! L’amélioration de l’ordinaire a des effets profonds. Garnier et Daudricamt qui dorment dans le foin le prouvent éloquemment ! A 20 heures, j’ai dû arrêter deux hommes de la 2ème Cie qui avaient frappé un planton (Kauffmann[29]). Visite du Lieutenant Jaunet qui donne l’ordre d’enfermer les fautifs aux locaux disciplinaires de la 3ème Cie.

Lundi 25 mars 1940.

La garde est relevée à 9 heures. Le 1er bataillon part à Sissonne où doit se faire une manœuvre de chars. Nous partons à 11h½ dans les cars habituels. Le déplacement ne peut manquer d’apporter une agréable diversion.

Les villes traversées, Noyon, Chauny, La Fère, Laon sont pleines d’animation. Il me semble revivre en partie le voyage du 16 septembre 39. Nous arrivons à 4 heures de l’après-midi dans un petit village adorable blanc et neuf : Aizelles.

Je loge, avec Daudricamt, dans une grande ferme. Notre chambre, très spacieuse, donne sur la colline qui domine le village au Nord-est. Au premier plan, une immense prairie, avec au fond un petit ruisseau. Une petite chute fait entendre sa chanson monotone et douce.

Mardi 26 mars 1940.

Nous avons passé une excellente nuit. Nous profitons du répit qui nous est laissé, avant le dîner, pour escalader la colline. Du sommet, nous découvrons un immense panorama. « Notre ferme » est presque cachée dans les arbres.

10h. Les cars viennent nous reprendre. Quelque trois quarts d’heure de route et nous sommes à Sissonne au camp des « Thuillots ».

La manœuvre se déroule très régulièrement. Le temps de voir évoluer des chars et nous repartons.

Aussitôt arrivés à la ferme, Daudricamt et moi prenons nos nécessaires de toilette, et, à la source voisine, nous goûtons la joie simple d’une toilette exécutée au fil de l’eau… Heureux moments. Les heures passent réellement trop vite et le départ d’Aizelles nous donnera certainement « le cafard ». Demain, réveil 6 heures !

Mercredi 27 mars 1940.

6 heures… Dehors, il fait un vilain temps pluvieux et froid, un temps de circonstance... Nous quittons la ferme à regret. Il est trop tôt pour que nous puissions dire « adieu » à nos hôtes. Peut-être que plus tard…

A 7h½, l’embarquement est terminé. Le convoi file bon train et nous arrivons à Orvillers vers 11h.

Un bon souvenir en plus !

Vendredi 21 mars 1940.

Installation de P.A. au bois d’Hainvillers.

Je me suis enfoncé un tournevis dans la main droite.

Dimanche 31 mars 1940.

9h½ : match de football contre la 3ème Cie. Résultat décevant (4 à 4).

14h½ : je reçois la visite de Philippe avec qui je passe toute l’après-midi.

17h : l’adjudant Dercaine arrose ses galons. Pauvre « petit chasseur » !

Lundi 1er avril 1940.

Bonne journée marquée par une séance de tir dans la forêt Compiègne.

Nous partons à 9h, dans les camions du bataillon. Vers 10 heures nous sommes arrivés. L’élément a traversé Compiègne. Je me retrouve assez facilement et les impressions du concours fédéral de gymnastique sont encore vivantes : Hôtel des Flandres – gare – Pont de l’Oise – cours Guynemer – caserne des Spahis – stade – forêt.

La lu[n]ette de tir fait une grande coupure dans la forêt, les tirs sont exécutés par sections.


Une des pages du cahier de notes de Lucien Caudmont

Après la soupe, suivie vers 11h½, nous nous rendons au carrefour de l’armistice, cruelle ironie ! Au retour, nous avons la stupéfaction de voir un fort troupeau de chevreuils traverser le champ de tir.

Dimanche 7 avril 1940.

9 heures : match de football contre la 3ème Cie : nous gagnons par 5 à 1.

16 heures : soleil + tabac + champagne : ……. !

Mardi 9 avril.

Invasion du Danemark et de la Norvège par l’Allemagne [sic].

Mercredi 10 avril.

Le Lieutenant JAUNET qui quitte la Compagnie, nous fait ses adieux.

Lundi 8 avril :

19 heures à Montdidier.

Séance du théâtre aux armées.

Jeudi 11 avril. 

Nous sommes en état d’alerte, les permissions sont supprimées.

Dimanche 14 avril.

Service de garde. Ce matin à 3 heures alerte n° 2.

Est-ce moi le dernier qui prendra la garde à Orvillers-Sorel ?

Nous quittons le poste à 8 heures. Le train est déjà arrivé. Les premières voitures sont à hauteur du calvaire.

Jeudi 18 avril.

Le train est reparti cette nuit. Nous ne partirons certainement pas.

Dimanche 21 avril.

Matin : match contre la 2ème Cie. Gagné : 6 à 1.

Soir : visite de Philippe… Quelques bouteilles de champagne.

Mardi 23 avril.

Marche de 22 Km (Cuvilly-La taule-Belloy- Mery- Courcelles- Hainvillers).

Jeudi 25 avril.

Manœuvre de régiment. Au retour, j’apprends mon départ en garnison pour demain matin.

Vendredi 26 avril.

Me voici permissionnaire pour la seconde fois.

Vendredi 3 mai.

Soirée heureuse passée à Aubigny avec Barrez et Platut. pI 1.2.

Dimanche 5 mai.

Un beau film plein de jeunesse et de fraîcheur : « Cet âge ingrat ».

Lundi 6 mai 1940.

Dernier jour de permission. Soirée passée à Aubigny avec mes parents et Platut. Promenade sur l’étang. I.3.

Mardi 7 mai.

Retour de permission. Orvillers[-Sorel] est méconnaissable, toute la végétation a progressé.

Mercredi 8 mai.

Journée de repos (piqûre antitétanique).

Jeudi 9 mai.

Matin : tri à Compiègne.

Soir : 5h½ : Service de garde.

Vendredi 10 mai.

L’allemagne [sic] attaque la Hollande, la Belgique et le Luxembourg. L’alerte est donnée. A 8 h, nous quittons le poste. A 10h, tout est prêt. Le groupe fait réellement preuve de bonne volonté. Nous embarquons à 2 heures. Cette fois-ci nous avons tous la sensation d’un grand départ. Il fait un temps magnifique et le convoi marche bon train. Nous traversons Roye – Péronne. La pause est faite à Gouzeaucourt d’où nous ne devons repartir qu’à 1h du matin.

Tant bien que mal, j’essaie de dormir sur le talus qui borde la rue. Quand on me réveille, à minuit, je suis transi.

Samedi 11 mai 1 heure.

Notter me réveille : « Alerte ! ». Des bombes incendiaires ont été lancées. Une maison est en feu, à la gauche du convoi ! On entend un ronronnement irrégulier et sourd… Le bombardier allemand qui s’éloigne. Première sensation de guerre…

A 1h¼, nous repartons. La route est balisée, des lanternes sont disposées de 20 m en 20 m sur le côté droit de la chaussée. Nous passons à Cambrai. Arrêt prolongé au carrefour … de la rue St Ladre !  4h du matin : arrivée à Douchy [-les-Mines (près de Valenciennes)]. La compagnie cantonne dans une grande salle de bal, près du pont de la Selle. »

Lettre de Lucien à ses parents datée du 28 août 1939. Il est repris au tableau d’avancement. Il sent bien que quelque chose se prépare. Il est consigné. Tous les écussons sont ôtés, les képis ont leur numéro voilé par un carré d’étoffe noire.

« 43e R.I. – Caserne Négrier

Chers Parents, Cher Frère, Chères Sœurs,

J’espère que ma dernière lettre vous a tranquillisés sur mon sort ! Jusqu’à présent, la mobilisation consiste pour nous en une cure d’air et de repos. Je dis bien repos, car, en dehors des revues d’armes et de casernement indispensables, nous restons libres d’employer notre temps comme il nous plaît. Ces revues donnent lieu à de petits concours où le vainqueur reçoit quelques paquets de gauloises offerts par le Lieutenant ! Inutile de dire que les cantonnements sont organisés d’une façon remarquable…

Maintenant, une bonne nouvelle, un additif à l’ancien tableau d’avancement vient de paraître et j’ai le bonheur d’y figurer. Les nominations ne se feront pas attendre et, pour le 1er septembre, il y aura certainement du bon ! Cette fois-ci encore, le nom de Philippe figure à côté du mien !... J’ignore où il se trouve en ce moment, car je ne l’ai pas revu depuis le retour de Mourmelon.

Nous avons changé de position. Mais il est interdit de dire où nous sommes… Vous vous rappelez peut être de ma lettre écrite il y a à peu près un mois, (celle où je vous relatais dans quelles circonstances j’avais pu aller voir papa et maman Caudmont…)

Il me serait presque possible d’en écrire une pareille ! Mais le quartier est consigné et il nous est impossible de quitter le village.

Tous les écussons sont ôtés, les képis eux-mêmes ont leur numéro voilé par un carré d’étoffe noire !

Nous sommes laissés dans une complète ignorance des prochains déplacements. Néanmoins, il y a beaucoup de chances pour que nous restions 5 jours dans notre nouveau cantonnement

Il m’arrive souvent de penser à Barrez, lui aussi connaît l’état d’esprit dans lequel j’étais il y a un an et il doit se faire un sang noir !...Enfin, ça continue à bien marcher !

Faisons des vœux pour que la vie reprenne son cours normal.


J’embrasse mille fois toute la famille

Lucien

Cap. chef  Caudmont

C.M.I. 12

43ème RI

1ère Cie Lille

P.S. Il est inutile d’affranchir les lettres que vous m’envoyez. Marquez F.M. dans le coin supérieur droit ».

Le 1er septembre 1939, Lucien envoie une lettre à ses parents. Il apprend que la mobilisation générale est déclarée. L’armée allemande a envahi la Pologne. Cette agression marque le début de la deuxième guerre mondiale. Le 43e R.I. stationne alors à Raismes (à 5 kilomètres du Nord-Ouest de Valenciennes).



« 43e R.I. – Caserne Négrier

Lille, le 1er Septembre 1939

Chers Parents,

Voilà 9 jours que nous sommes revenus de Mourmelon et notre situation ne change guère. Le Bataillon se livre à des travaux de terrassement et, dans tous les cantonnements, des abris, constitués par des fossés de 2 m de profondeur sur 0,80 m de long sont organisés, mon groupe qui vient d’être détaché de la Cie occupe une ferme offrant toutes les facilités, encore une fois, nous sommes favorisés !

Le travail commence à 7 h du matin et dure jusqu’à 10h1/2, après, c’est le rapport et la soupe.

à 1h1/2, on se remet à l’œuvre, à 4h1/2, notre journée est terminée, après la soupe du soir (5h1/2) le quartier est libre …

… Je viens d’interrompre ma lettre … Il est maintenant 12h1/2 et le poste du fermier vient de donner les informations … Mobilisation générale !

2 août 14. … 2 sept 1939 ! Ici, c’est la stupeur brusque. Mais on sent monter un océan de dégoût pour ces chefs allemands qui trouvent encore des raisons à leur agression contre la Pologne. Enfin, quoi qu’il arrive, les peuples honnêtes sauront museler et réduire le peuple mauvais.

J’ai écrit hier à Barrez et à Denain. Je peux vous donner le plus souvent possible de mes nouvelles c’est le meilleur moyen d’entretenir l’espoir et la confiance !

Je ne manque absolument de rien ; donc inutile de vous en faire sur ce chapitre.
La Compagnie a été aux douches hier et cela nous a fait un bien immense.
Recevez, chers Parents, cher Frères chères Sœurs mes meilleurs baisers.

Lucien

Voici ma nouvelle « adresse »

Cap. chef  Caudmont L.

43ème RI – 1ère Cie

Secteur Postal 83 »

Le même jour, son papa lui envoie un courrier. Le ton est solennel avec un fort accent patriotique.


« Cambrai, le 1er septembre 1939

Mon Cher Lucien,

Nous venons de recevoir ta lettre au moment précis où se déclenche la mobilisation générale. Je dois partir en vitesse au Centre pour mon travail. Nous sommes ici tous bien attristés car il reste bien peu d’espoir maintenant. En tous cas, si le grand fléau survient, mon Cher Enfant, fais ton devoir avec tout ton savoir mais sans témérité. Il ne faut pas risquer sa vie délibérément car la France a maintenant besoin de tous ses enfants. C’est la grande épreuve qui commence, nous en ferons partie tous les deux tel est notre destin.


Nous t’envoyons un mandat de 100 frs. N’hésite pas à nous demander ce dont tu as besoin, nous serons bien heureux de te l’envoyer.

Mon Cher enfant, sois assuré que notre cœur à tous ici est avec toi. Ton père, ta mère, tes sœurs et le petit Léon joignent toutes leurs pensées pour te les adresser…

Je n’en peux plus.

Reçois mon Cher Fils, tous nos meilleurs baisers,

Ton père,

Léon

Écris-nous souvent ! »

Jacqueline Bietz explique : « Pour comprendre le ton de ces documents il faut dire que mon père Léon Caudmont avait été mobilisé dans l'infanterie en 1914 alors que lui aussi avait 20 ans. Il avait connu des années de tranchées à Verdun et Douaumont où il avait été blessé plusieurs fois et obtenu diverses citations.

Sorti un peu miraculé de cet épisode, il avait été muté en 1917 dans l'aviation naissante où il avait poursuivi le combat. Après l'armistice, il avait décidé de rester dans l'armée en faisant une carrière complète d'instructeur pilote qui le conduisit à différentes affectations en particulier à la base d'Istres. C'est là que Lucien était né.

Il connaissait bien l'armée mais aussi les risques de vrais affrontements avec les Allemands… et en 1939 il fut remobilisé »

Le 3 septembre 1939, Lucien répond à sa famille. La France et l’Angleterre viennent de déclarer la guerre à l’Allemagne.



« 43e R.I. – Caserne Négrier

Lille, le 3 Septembre 1939.

Chers Parents, Cher Frère, Chères Sœurs,

J’ai reçu avec attendrissement votre lettre datée du 1er Septembre. Elle m’a fait un grand bien… Dans de tels moments, la pensée et l’amour des siens sont une source impérissable de courage et d’espoir. J’ai lu et relu tes lignes précises, cher Père. Elles resteront gravées dans ma mémoire ! Comme tous les français, je ferai mon devoir. J’ai déjà compris que seul, le courage mis au service de l’intelligence lucide est générateur de force. Pas de faiblesse. Pas de folle témérité non plus. La mère Patrie dispose intégralement de notre vie et chacun se doit de lui conserver ce bien suprême.

Votre mandat m’a fait un bien grand plaisir. Mais je le répète : «  Je ne manque absolument de rien, ne vous privez pas pour moi ».

Je n’ai pas encore revu Philippe … Il vous est possible de voir ses parents et je serais très heureux si vous pouviez m’envoyer de ses nouvelles.


Il est 1 heure, nous venons d’apprendre, par la T.S.F. l’entrée « en état de guerre » de la France et de l’Angleterre. Peut-être, en ce moment, des oreilles attentives se pressent autour du poste, dans une maison blanche, que je connais bien et que j’aime. Il me semble entendre l’horloge à la sonorité mystérieuse… c’est drôle tout de même ! Il y a une foule de petites choses auxquelles on ne fait pas attention en temps normal, et, quand on en est privé, on sent comme un obscur besoin qui monte doucement telle une marée sur les plages picardes… Je donnerais un empire pour écouter, une fois encore « vivre la maison », pour essayer de discerner, dans la sympathie confuse des bruits familiers, les pas légers de maman qui vaque à ses occupations, le trottinement du chien noir qui fait « sa ronde », le gazouillis des enfants en quête de jeux…

Jusqu’à présent nous n’avons reçu aucun ordre, et le séjour ici ne cesse d’être agréable. Nous avons quartier libre pour toute l’après-midi et je vais en profiter pour laver quelques effets.

Je m’efforcerai de vous écrire le plus souvent possible.

J’embrasse très fort Léon, Jacqueline et Odette. Je leur demande d’être courageux, de faire leur possible pour alléger les soucis de papa et de maman. Je demande à Odette, plus particulièrement, de seconder Maman dans son travail. Une grande fille doit être un exemple continuel pour les plus petits ! Je sais d’ailleurs qu’Odette a toutes les qualités d’une bonne ménagère et qu’elle sait fameusement se débrouiller. Je ne doute pas un seul instant que Jacqueline et Léon resteront dociles et continueront à obéir. Je serre une fois de plus, papa et maman, à la prochaine lettre !

Lucien »

Le 5 septembre 1939, Léon CAUDMONT écrit une lettre à son fils. Il est inquiet pour lui, même s’il se veut rassurant.


« Cambrai, le 5 Septembre 1939

Mon Cher Lucien,

Je profite de quelques instants d’oisiveté pour répondre à ta bonne dernière lettre. Nous sommes heureux que tu sois en bonne santé, cela est excellent par les temps que nous courons. Ici tout va pour le mieux, sauf notre tristesse de nous revoir de nouveau plonger dans cette horrible chose. Mais tout cela n’est rien et nous ne pensons qu’à toi, toujours à toi.

Je dois rejoindre le 20ème jour de la mobilisation le dépôt ; c’est encore du 17 demain matin, et à moi l’uniforme. Nous avons décidé que la famille ne se replierait sur St Satur que si les Boches pénétraient en Belgique, ce qui est peu probable pour le moment. Encore une fois n’hésite pas à nous demander ce qui pourrait te faire défaut. As-tu reçu mon mandat ?

Ecris-nous le plus souvent possible, cela fera beaucoup de bien à nous tous.
Mon Cher Lucien, excuse-moi voilà encore une journée de réserviste qui vient de se faire incorporer.

Reçois mon Cher Fils, les meilleurs baisers de tous,

Léon »

Le 6 septembre 1939, Lucien CAUDMONT est nommé sergent au 43ème R.I. (Infanterie Métro) -  Régiment d’infanterie et portait le matricule 223.


Photo prise le samedi 16 septembre 1939


« Dans cette valise gît le peloton S.O.R. ». Lucien est en haut, premier à gauche


« Lucien est au premier rang debout tout à gauche


Peloton  SOR, au centre le lieutenant MANGIN. Lucien se situe au 2ème rang tout à gauche avec le képi


Képi du caporal-chef Lucien CAUDMONT


Calot de Lucien CAUDMONT avec une inscription à l’intérieur : « 43e del »


Fourragère de Lucien CAUDMONT

La fourragère est aux couleurs de la Croix de Guerre attribuée au Régiment pour services rendus en 1914-1918. Le 43 et le 1er RI ont obtenu cette distinction. Elle était remise aux appelés admis au Régiment, après leur formation, cette cérémonie se déroulait sur l’esplanade du Moulin à Bruille St Amand au cours de la prise d’armes en juin, et cela depuis l’inauguration du mémorial le 22 novembre 1947. En 2009, le Colonel Hameury a remis cette cérémonie au programme, et plusieurs engagés se sont vus remettre cet insigne.[30]

Le 18 septembre 1939, Lucien envoie une lettre à ses parents, il raconte ses déplacements en bus parisiens.



« 43e R.I. – Caserne Négrier

Lille, le 18 Septembre 1939

Chers Parents,

Je viens seulement de recevoir la lettre d’Odette datée du 9. Il faut dire qu’aujourd’hui, il y a eu une arrivée monstre de courrier.

Certains de mes camarades ont reçu jusqu’à 19 lettres ! J’ai appris avec un grand soulagement que ma caisse était bientôt en sécurité chez la femme de Meur Baloy, le réserviste dont je vous ai parlé. Je lui ai transmis votre adresse et elle va faire le nécessaire pour vous envoyer le tout.

Bien entendu, je garde les frais d’envoi à ma charge. Je demande à papa de bien vouloir, aussitôt que possible, développer les deux films et me faire parvenir les positifs et le bonnet de police kaki. Quant à l’appareil, qui est chargé, gardez-le et finissez le rouleau, prenez autant que possible des clichés à l’intérieur de notre nouvelle et belle maison. Cela me fera bien plaisir.
Je suis très satisfait du linge que vous m’avez fait parvenir à Bévillers, il me rendra, cela est sûr, d’appréciables services.

Notre voyage en autocar a été très agréable, et il mérite d’être conté par le détail. Levés à 6 heures, nous avons quitté Bévillers enveloppé dans un brouillard opaque. (C’est à peine s’il nous est possible d’apercevoir la section de devant). Après un quart d’heure de marche, les masses confuses des cars émergeaient du brouillard et la répartition du bataillon commençait. Les véhicules qui nous ont conduits sont des cars parisiens, trapus et spacieux. (ils peuvent contenir une quarantaine de personnes), on peut lire encore, sur les parois intérieures, toutes les prescriptions relatives au service et aux itinéraires empruntés par les « bus » ... porte Chaillot… Montrouge… les Buttes Chaumont, les Champs Elysées etc…. Certains de mes camarades avaient un peu le cafard en montant dans les cars de Paname ! Le départ fut assez long car toute la division participait au déplacement. Les arrêts furent nombreux et il nous fut donné d’assister à des scènes réellement amusantes, avec ces diables de chauffeurs parisiens ! Vers 9 heures, le convoi, complètement formé, se mit à rouler à bonne allure, à 12 heures, nous attrapâmes la route de St Quentin, les hommes étaient fleuris des pieds à la tête… et tout le monde chantait. Nous passâmes les tournants à toute allure… Les cars se penchaient, et, au passage des mains se tendaient, l’air nous fouettait le visage… quel enthousiasme fou ! J’éprouvai tout de même un léger serrement de cœur en lisant aux bornes kilométriques : Cambrai 37 Km, Cambrai 38… Cambrai 40 km !

Je vous envoie les timbres qui ne me servent plus

Claude ARTIGES parle aussi de ces bus parisiens : « Sur la route nationale, une immense colonne de véhicules de toutes sortes stationne : des camions de tous tonnages, de toutes dimensions recueillis au hasard des réquisitions, des autobus parisiens (malgré la peinture de camouflage, on peut encore lire sur l’un d’eux « Porte de la Chapelle »), mais aussi les camions et camionnettes que le bataillon possède depuis la mobilisation. »[31]

Le 19 septembre 1939, Léon CAUDMONT écrit à son fils, il lui donne quelques recommandations.



« Cambrai, le 19 Septembre 1939

Mon Cher Fils,

Cette fois vous êtes partis pour une destination inconnue et dès maintenant nous attendrons de tes nouvelles tous les jours. Ici toute la famille t’embrasse bien fort. Comme d’habitude n’hésite toujours pas à nous demander ce qui pourrait te manquer notamment pour les films dont tu pourrais avoir besoin. Inutile de nous les adresser en retour car ils auraient beaucoup de chance de ne pas nous parvenir. Tu les rapporteras lorsque tu viendras en permission. Pour les chaussettes, si tu ne peux trouver ce qu’il te faut dis-le nous, nous ferions notre possible pour essayer d’en trouver à Cambrai.

Dans 3 jours, je serai à mon tour mobilisé, je te donnerai, à ce moment des détails sur mon ancienne et nouvelle vie.

Ici nous sommes tous en bonne santé et nous pensons bien souvent à toi. L’école va bientôt reprendre et la maison sera encore plus calme.

Reçois mon Cher Lucien, tous nos meilleurs baisers.

Ton père

Léon »

Etant nommé sergent depuis peu, Lucien annonce la bonne nouvelle à ses grands-parents dans une lettre datée du 23 septembre 1939.

« Samedi, 23 Septembre 1939.

Chers Grands Parents,

J’ai reçu votre lettre avec beaucoup de plaisir, dans de tels moments, les nouvelles qui viennent de la famille sont le meilleur réconfort moral.

Je suis sergent depuis le 6 septembre et les conditions dans lesquelles je vis maintenant sont excellentes. Là où je cantonne, il m’est possible de coucher chez l’habitant. Ainsi, je passe une nuit dans un vrai lit. Les personnes qui me logent sont, en général, très gentilles et je retrouve chaque midi, chaque soir, la douce atmosphère du foyer… Les repas sont pris avec les autres sous-officiers. Un cuisinier nous est affecté et nous pouvons améliorer l’ordinaire dans des proportions notables.

J’ai regretté amèrement de n’avoir pu m’arrêter plus longtemps, lors de mon passage à Denain. Hélas, nous sommes en guerre et chacun doit faire des sacrifices parfois pénibles. Enfin, je vous ai embrassé avant de partir, et c’est pour moi une grande consolation. Nous venions alors de Bellaing, le terme de l’étape était Haspres. Le lendemain j’ai logé chez un mutilé de guerre, dans une grande et belle maison. Le séjour y fut malheureusement de courte durée et après une nouvelle étape de 18 Km, nous arrivâmes dans les environs de Cambrai. Mes parents sont venus me voir à deux reprises.

Samedi dernier, nous avons quitté définitivement le nord. Le déplacement s’est effectué dans les autobus parisiens réquisitionnés. Il a duré deux jours et a été très agréable. Dans toutes les agglomérations où nous avons passé, les femmes, les enfants ont manifesté leur enthousiasme. Après une heure de marche, tout le convoi était fleuri et les hommes chantaient… Griserie, fierté immense de se sentir dignes de l’espoir des français !
Nous sommes maintenant cantonnés dans un petit village calme, entouré de prairies et de bois et la vie est des plus régulières.

Je termine : Bon courage, Bonne santé et surtout Gardez l’espoir, car la victoire est sûre. Ce sera peut-être long mais, une fois de plus, les français sauront mettre en évidence les qualités d’un peuple libre. Recevez, chers Grands Parents, les meilleurs baisers de votre petit-fils

Lucien »

L’adresse reprise au recto est « Sergent Caudmont Lucien 43ème RI – 1ère Cie Secteur Postal 83 »


Photo prise le mardi 10 octobre 1939

Lucien ignore où il se trouve lorsqu’il écrit cette lettre datée du 15 octobre 1939. En fait, le 43e R.I. séjourne alors à Fère-Champenoise pour un mois.



« ? 15 octobre 1939.

Chers parents,

J’ai reçu votre « sommation ». Elle est assez méritée. Je dois dire aussi que la vie n’a jamais été aussi monotone, un pays maussade au possible, un temps pluvieux, voilà de quoi abattre toute ardeur – j’ai envoyé il y a quelques jours une assez longue lettre, elle vous est certainement parvenue, à l’heure présente. Pignaud (mon 1er Voltigeur], un des meilleurs hommes de la Cie a été envoyé à l’hôpital pour se faire opérer. Il a un phlegmon de la main gauche. Je lui ai écris et j’ai reçu hier de ses nouvelles. Il a eu la main gauche ouverte deux fois en 5 jours. La 2ème fois, les chairs entraient en décomposition ! Maintenant, ça va un peu mieux. Il garde néanmoins un moral excellent… je vous ai déjà parlé de ce soldat, un type sûr au possible, endurant, bon compagnon, véritable modèle. Il a fait 16 mois de son service à Tatahouine[32] (pour une affaire de contrebande). Sa conduite exemplaire lui a valu d’en sortir si vite. Il a perdu ses parents et n’a plus que deux frères, un de 25 ans (actuellement sur le front) et l’autre, 15 ans, travaille à Paris. Jamais de mandat, jamais de colis, jamais de consolation véritable, et toujours le sourire aux lèvres et les bras au travail ! J’ai organisé n’accord [sic] avec les chefs, une petite collecte à l’intérieur de la section et parmi les s-off, j’ai ainsi ramassé une centaine de francs qui vont lui être envoyés. Il y a eu avant-hier, manœuvre de régiment, ce fut assez pénible étant donné l’état du terrain, complètement détrempé. Nous revînmes métamorphosés, boueux des pieds à la tête et fatigués. Le colonel du 43, venu vérifier notre emplacement, surprit un mouvement malheureux d’un groupe de ma section. Ce fut aussitôt une violente semonce dirigée contre le chef de section, le Colonel me voyant à proximité, occupé à déterminer un emplacement de batterie pour F.M me fit appeler (il m’avait pris pour le chef du groupe fautif). Nullement troublé, je réussis à préciser ma position et sauver la mise. La pluie continuelle a transformé les alentours de notre maison en marécage et il ne fait pas bon y passer de nuit, on est certain de s’enliser »

Dans une lettre que Lucien adresse à sa famille le 12 novembre 1939, on retrouve un grand frère qui fait la morale à Odette, la cadette de la famille. Sur une des pages, Lucien a griffonné un dessin représentant le convoi des cars emmenant les troupes. Le 5 novembre, le 43e R.I. arrive à Tricot (Oise). « Ces derniers déplacements effectués par convois automobiles du Train des Equipages, permettent une mise au point de la technique de ce mode de transport, ainsi que l’entraînement aux manœuvres rapides, d’embarquement et de débarquement. Le séjour du régiment dans l’Oise va, cette fois se prolonger plus de six mois. »[33]



Sur la route de la Marne vers l’Oise (novembre 1939) Le camion de la Compagnie et la « roulante » (Photo extraite du livre de Claude ARTIGES)

« 12 Novembre 1939.

Chers Parents, cher frère, chères Sœurs,

J’ai reçu la petite lettre d’Odette, elle est excellente. Chère Odette, ton classement est bon. Reste dans une bonne moyenne ; travaille avec méthode chaque matière et dis-toi bien qu’une bonne instruction est une fortune. Tu ne peux t’imaginer à quel point on regrette le temps perdu… Papa et maman auraient tout fait pour me garder au collège, et, en persévérant, je serais peut-être arrivé à Saint-Cyr, les conditions étaient alors excellentes pour arriver. Maintenant, la réalisation de mon désir se heurte aux difficultés les plus grandes. Combien je maudis cette insouciance de jeunesse !... Regrets superflus hélas !



La popote n’a jamais si bien fonctionné que maintenant. Nous mangeons mieux que dans un restaurant : pain frais, viande fraîche, cuisine au beurre (oui Madame !), salade, frites, etc… Tous les matins, café au lait avec … tartines beurrées.

Le 11 novembre a été particulièrement fêté. Moyennant 20 francs par tête, nous avons pu composer un repas pantagruélique (le menu est joint à ma lettre, menu fantaisiste en vérité). Aujourd’hui nous avons fêté la nomination de notre chef de section qui, d’aspirant, devient sous-lieutenant.


Photo de famille de janvier 1940. Au second rang, Lucienne et Léon, parents de Lucien, au premier rang, en partant de la gauche, leurs enfants Jacqueline, Léon et Odette.

Il y a beaucoup de pommiers par ici, et chaque fois que je dirige une corvée de bois, j’emplis mes poches de pommes mûres à point et presque comparables aux fruits magnifiques venant de Californie. Beaucoup d’arbres sont chargés de gui et les hommes en ont orné leurs cantonnements. L’autre jour, j’ai vu un magnifique écureuil, à mon approche, il a fui, l’agilité de ce petit animal est merveilleuse et m’a stupéfait (je me rappelle en avoir vu un dans le parc du château de Versailles, il y a douze ans).

Philippe est très content de sa nouvelle situation, il pense se marier le 24 décembre.

Vendredi soir, ma section a été transportée en camion au P .C. de la D.I. pour creuser des tranchées-abris. Le général de division est venu nous rendre visite.

Pourriez-vous mettre dans ma prochaine lettre un peu de fil kaki ?

Espérant bientôt vous revoir, je vous embrasse tous bien fort.

Lucien »

« L’un des premiers problèmes qui se pose à l’arrivée du Régiment dans l’Oise, est de parer, autant que faire se peut, à la médiocrité des cantonnements qui lui sont affectés. Les locaux disponibles se prêtent mal, tant par leur nombre que par leurs dimensions, au logement d’unités constituées […] les trois bataillons du 43e doivent s’échelonner sur 12 kilomètres […] L’exercice du Commandement s’en trouve singulièrement compliqué et le même inconvénient se reproduit aux échelons inférieurs qui, à défaut de locaux suffisamment spacieux et susceptibles d’être chauffés, subissent un fractionnement rendu nécessaire pour abriter convenablement les hommes à l’entrée de l’hiver. »[34]


Lucien CAUDMONT. Hiver 1939-1940


Lucien CAUDMONT. Hiver 1939-1940

La veille de l’An 1940, Lucien écrit à ses grands-parents. Il s’imagine que la guerre ne durera pas. Il est de garde la veille de Noël. Il a neigé et il fait très froid.



« Dimanche, 31 décembre 1939.

Bien chers Grands-Parents,

Au seuil de la nouvelle année, je vous adresse mes meilleurs vœux de bonne santé, de courage et d’espoir. Je formule le souhait de fêter, avec vous, le prochain jour de l’an qui sera le premier d’une longue période de paix.  Gardez confiance dans un avenir que notre génération s’efforcera, même au prix de son sang de rendre heureux et sans nuage.

« Une bonne et heureuse année »… Oui, l’année sera bonne si, chacun animé du désir de contribuer à la grande victoire, garde le bon moral, condition première du succès… l’année sera aussi heureuse si elle voit le début de la grande ère de paix et d’entente cordiale.

Je situe ma permission autour du 27 janvier. Encore un petit mois à attendre et j’aurai le bonheur de vous revoir J’ai passé la nuit de Noël au corps de garde. Plus tard, je repenserai au réveillon de 1939 avec un certain sourire !

Nous essuyons en ce moment une forte vague de froid. Depuis avant-hier, nous avons une bonne couche de neige peu décidée à fondre. Aussi, le principal souci est d’amasser du bois. Les corvées fonctionnent régulièrement. Il s’agit d’aller dans les bois et de ramener de pleines charrettes d’arbres abattus, c’est un travail qui me plaît particulièrement.
Griffart Philippe qui est aussi sergent retourne en permission le 2 janvier. Il compte bientôt se marier.

Sur ce, je vous embrasse bien fort, et vous dis : à bientôt.

Lucien »


Retour du bois. Fin décembre 1939. Photo prise par Daudicourt.


Photo intitulée « Les pluches » datée de fin décembre 1939, on aurait aussi pu l’appeler « la corvée patates»


Lucien CAUDMONT. Janvier 1940

Le 10 janvier 1940, des officiers allemands sont capturés, ils portaient des plans d’invasion de la Hollande et de la Belgique. La veille, Lucien fêtait ses vingt ans. Le jeudi 11 janvier, Lucien envoie une lettre à sa famille et lui raconte son anniversaire.


« Jeudi 11 janvier 1940,

Chers Parents, Cher frère, Chères sœurs,

J’ai reçu vos souhaits de joyeux anniversaire avec une grande émotion … Joyeux vingtième aussi !

Je ne vous le cache pas, ça me fait un drôle d’effet d’avoir vingt ans… le sentiment de quitter définitivement la paix de la jeunesse insouciante peut-être.

Mon premier tour, le jour de mes vingt ans, a été de sauter sur la glace, désillusion ! Moi qui pensais, du jour au lendemain, avoir une barbe de sapeur ! Ca sera pour une autre fois !
Félicitations ! Félicitations ! Tel a été le mot des s. off lorsque je leur ai payé l’apéritif. Quelle vilaine plaisanterie !

Chère maman, mille remerciements pour le pull-over. Inutile de me l’envoyer, 1e) Parce que ma permission approche 2e) Parce que, malgré le vent du nord, je n’ai pas froid ! et pour cause ! J’ai sur moi un maillot de corps, une chemise, 2 pulls, une vareuse une capote très chaude … et une fourragère ! Sans compter les couvre-écussons, véritables volets, dont l’efficacité bien connue de tous, est incontestable ! Il y a bien aussi le ceinturon – La protection qu’il assure est assez faible et je ne le cite ici que pour mémoire.

Ce matin nous nous sommes livrés au lancement de grenades réelles. Rien de formidable !

J’ai touché une paire de brodequins neufs et une magnifique vareuse – me voilà ainsi complètement équipé de neuf !

17ème Voilà un rude bond, chère Odette, la 1ère n’a plus qu’à bien se tenir.

Je prends la garde de samedi 11 heures à dimanche à 11 heures.


Match de volley le 3 janvier 1940


Lucien se trouve au 1er rang, 3ème à droite. Début janvier 1940

Voici une photo prise dans la neige, derrière la popote, particulièrement bien réussie. Voilà une autre photo prise lors d’une partie de Volley-ball.

Meilleurs baisers à tous et à « bientôt »

Lucien

Bonjour amical à Philippe »

Mercredi 17 janvier 1940, Lucien envoie une autre lettre à sa famille. La nuit a été rude.[35]



« Mercredi, 17 janvier 1940.

Chers Parents, Frère et Sœurs, Me voici de nouveau devant ma bonne cheminée ! Et je trouve, sous la contemplation des flammes joyeuses, matière à douce rêverie. J’essaie de rassembler, d’ordonner les évènements de ces jours derniers. Ai-je rêvé ? Il me semble qu’en cette occasion, ma mémoire fasse complètement défaut ! Reprenons donc tout dans l’ordre chronologique.
Samedi 11 heures : je prends la garde en remplacement d’un sergent qui a reçu la visite de sa femme. Nuit tranquille. 3 heures de sommeil seulement : de 10h à 1h du matin.

Dimanche 11 heures : la relève. Je compte faire ma lessive ce soir. Mon retour en permission approche (vendredi sans doute) et je tiens à avoir tout mon linge propre. 5 heures du soir, lessive terminée, le linge sèche devant un bon feu. Je me reposerai bien cette nuit ! 7 heures, une sonnerie, la « Soupe des officiers disent les uns, le « Rassemblement » disent les autres. Je cours au bureau, bientôt tous les officiers et les s. off sont rassemblés. Le Lieutenant Cdt, [La Cie], très calme, donne ses ordres : « Ballots de sacs et de couvertures rendus pour 8h1/2, distribution munitions, vivres de réserve, tubes de Chlorure de chaux, à 8 heures, confection des sacs, puis repos, nous devons être prêts à minuit, allez ».

Et tout mon linge qui est mouillé ! Ce n’est pas le moment de dormir, jusqu’à minuit ½ je reste assis devant l’âtre, tenant une chemise ou tout autre chose le plus près possible de la flamme. Bien des fois mes yeux se ferment. Enfin, tout est sec. Je monte mon sac en vitesse. Il ne me reste plus qu’à m’étendre un peu.

- « En tenue. Départ dans une ½ heure ». C’est « dudule » le Lt de jour qui vient d’apparaître à la porte… Dix minutes après, je suis harnaché, les équipements sont terriblement lourds ! Je fais se préparer mes hommes, mais de nouveaux ordres arrivent, à 2h du matin, corvée par section, ramener des roulantes, qui sont établies à quelques 500 mètres de là, le café et un repas froid. Me voilà reparti, aussitôt revenu. Je me suis laissé tomber sur la paille, lorsque je me réveille à 4 heures, je suis transi, la porte est ouverte et il fait très froid, quel malaise.

5 heures. Rassemblement de la compagnie, nous gagnons la rame des autobus qui nous attend à la sortie du village, nous devons faire plus de 1.500 mètres pour arriver à notre voiture. Puis c’est l’embarquement. Confortablement installé sur la banquette du fond, je m’endors bientôt. Quand je me réveille il est à peu près 8 heures, et « ça roule » bon train. Les endroits traversés sont familiers, à 12 h, nous débarquons. J’aperçois les trois clochers !

Puis c’est l’installation. Mon groupe, réellement défavorisé habite une grande pièce glaciale. Un verre de vin pris à jeun. Je me sens terriblement las ! Et par surcroît, complètement découragé. Je reçois mon billet de logement. Mon hôte s’appelle Meur Legrand, adjudant de gendarmerie retraité. Personnes très sympathiques. Je prends le café avec eux, à plusieurs reprises, ma tête se penche vers la table. N’insistons pas ! Je prends congé et je gagne ma chambre, le feu ronfle, le lit éclatant de blancheur m’attend. Et me voici parti pour le pays des rêves. 8 heures du soir !… 8 heures du matin : Mme Legrand me réveille, elle pose sur la tablette un bol de café fumant… La cuvette est  déjà pleine d’eau chaude. Ca va mieux qu’hier, après ces 12 heures de vrai sommeil, je me sens d’attaque !

M. Legrand, qui doit aller à Cambrai me demande l’adresse de papa, afin de l’avertir.

9h. Les hommes ont eu froid cette nuit, j’appelle mon Caporal et nous nous mettons en quête d’un poêle, nos recherches sont fructueuses, à 10 heures, la chambre est habitable. Mais le lieutenant arrive, le 12ème groupe va déménager ! Nous ne perdons pas au change, on nous donne une pièce où il y a eau, chauffage, lumière, les hommes sont heureux, la dame à qui appartient la salle est très gentille, elle nous prépare du café, et met la bouteille de « gnôle » à notre disposition, l’ancien cantonnement est habité maintenant par la 8ème Section, eux aussi n’avaient pas de chauffage, et leur lieutenant vient me trouver « Caudmont, vous êtes un chic type vous [Nous ne possédons pas la suite de cette lettre] »

Une lettre du 22 avril 1940, où il est fort question de détente.




« Lundi, 22 avril 1940.

Chers Parents, cher frère, chères sœurs,

Votre dernière lettre m’est parvenue et elle m’a bien fait plaisir. Comme les précédentes, elle m’a trouvé dans ma « petite maison rouge » laquelle porte maintenant le n° 38.

La permission ? Mon dieu, on attend toujours – les exceptionnelles sont rétablies - mais, jusqu’à présent, on n’a pas encore parlé des détentes. J’y gagne au moins quelque chose : la jouissance d’un temps, qui, je l’espère ne cessera d’être splendide. J’ai reçu hier la visite de Philippe, nous avons passé une agréable soirée ensemble. La matinée, il est vrai n’a pas été moins agréable. La 1ère Cie (S.off) a battu la 2ème au football par 6 à 1. J’ai passé, nu jusqu’à la ceinture, et en petite culotte, dans une avalanche de soleil. Je suis spécialisé dans le jeu du demi-centre et papa doit certainement connaître cette place comme particulièrement difficile à tenir. Il faut être partout, en avant, en arrière, et distribuer le jeu à la ligne d’avants, mais je me surprends moi-même. J’arrive, en fin de partie, presque aussi frais qu’au début et en souffle.

Je vous envoie une des photos promises, l’autre a été mal cadrée, et on ne voit que la partie inférieure de mon visage.

D’après ce que vous pouvez voir, je me porte toujours très bien (le cliché a été pris pendant mon « stage » de popotier).

Félicitations, cher Léon ! Voilà un autocar que je voudrais bien emprunter pour retourner en permission ! Mais il lui faudrait une remorque, car il me paraît singulièrement « bondé ». En échange de ton autocar je t’envoie un avion, qui n’est pas un Messerschmitt, mais un Potez[36] de bombardement.

Quel temps magnifique n’est-ce pas. Ici, les sous-bois sont pleins de fleurs … et d’escargots de Bourgogne. J’ai repéré du muguet qui n’attend que le premier mai pour fleurir ».

Le 9 mai 1940, des soldats allemands passent la frontière belge déguisés en touristes, ils préparent l’invasion. Le même jour, Lucien reçoit une lettre de Ginette Lançon de Paris, cette jeune fille de vingt ans, avait accepté d’être sa marraine de guerre. Lucien ne connaîtra jamais son visage.



« Paris, le 9 Mai 1940

Monsieur,

Je ne voudrais pas faire attendre ma réponse à votre aimable lettre et je m’empresse de venir me présenter, quoique mon cousin Riquet a certainement dû me devancer.

Geneviève de mon prénom, je réponds plus fréquemment à celui de Ginette, 20 ans comme vous, cheveux plutôt blonds, yeux bleus, assez grande, élancée au dire de mes compagnes. Vous jugerez plus facilement en voyant une de mes photos, mais je n’en ai pas en ma possession pour l’instant sitôt que j’en aurai une je vous l’enverrai. Je travaille à La Banque de France en qualité de secrétaire. Papa est employé de chemin de fer, région nord, étant natif des environs de Douai, Maman elle ne travaille pas. Je n’ai pas comme vous la chance d’avoir un frère et une sœur, même deux. Je suis toute seule. C’est très gentil à vous de m’avoir répondu si vite. J’ai longuement hésité devant l’adoption d’un filleul, mais en toute confiance je me fie au bon jugement de mon cousin et je vous nomme déjà Monsieur « mon filleul ».

Quelle belle carrière préparez-vous Monsieur, étant militariste dans l’âme, je ne puis que vous féliciter et vous admirer d’être entré dans l’armée. Malheureusement, nous vivons une cruelle époque. Mais avec confiance je me fie en l’avenir de notre pays.

Je m’aperçois que je suis très bavarde. Qu’allez-vous penser de votre Marraine ? J’oubliais de vous parler de mon caractère. Mais vous le jugerez très vite car je suis de nature très franche, caractère très ouvert, un tantinet moqueur. J’attends très vite une longue lettre de vous, Monsieur, et dans cet espoir je vous prie d’accepter l’expression de ma bonne amitié. Votre Marraine Ginette »

DEPLACEMENTS DU 43e R.I. ENTRE

LE 10 ET LE 15 MAI

« C’est le 10 MAI, vers 10 Heures du matin, que l’ordre d’alerte N° 3 parvient au poste de commandement du 43e à TRICOT. Cet ordre entraîne immédiatement des préparatifs de départ et c’est un mouvement qui doit porter les unités sur la position DYLE-NAMUR en vue de la bataille défensive. Il faut remarquer que l’hypothèse DYLE a été préférée par le Haut-Commandement à l’hypothèse ESCAUT qui consistait à attendre l’attaque ennemie sur les positions défensives le long de notre frontière.»[37]

L’itinéraire suivi par le 43e R.I. passe par Valenciennes, Mons, Soignies, Braine-le-Comte, Ronquières, Nivelles, Genappe, Bousval, Noirhat, Court-Saint-Etienne, Le Chenoy point de débarquement.

« Au passage à Nivelles, la 2e Compagnie du 43e a été laissée à la disposition du Général commandant le 3e C.A Elle a reçu pour mission d’occuper le terrain d’aviation de cette localité et de le défendre contre les attaques possibles de parachutistes »[38]

« L’INSTALLATION SUR LA POSITION (12 et 13 MAI 1940)

Le 12 MAI au matin, 48 heures après l’alerte, le 1er Bataillon est arrivé à pied d’œuvre sur la position et le 13 MAI, le sous-secteur attribué au 43e R.I. est occupé entre MONT-SAINT-GUIBERT et CHASTRE (ces deux localités exclues). Pour tenir ce front de 3 km environ, le Colonel met en ligne, du Nord au Sud, ses 1er et 2e Bataillons accolés qui organisent respectivement les quartiers de HEVILLERS (au 1/43e) et BLANMONT (au 2/43e) face au Nord-est. La mission du régiment, comme celle des régiments qui l’encadrent (1er et 110e R.I.) est de résister sur cette position « sans esprit de recul » avec l’appui du 3e groupe du 15e R.A. divisionnaire et le bénéfice des feux de la compagnie antichars divisionnaire sur son flanc droit surveillant la large dépression qui s’abaisse en direction de VILLEROUX attribuée au 110e R.I.



A Hévillers, le tunnel de la ligne de chemin de fer Bruxelles-Namur est au centre du secteur du 43e R.I. Photos prises en 1945 par Cl. ARTIGES aux emplacements de la base de feu. (Photos extraites du livre de Cl. ARTIGES)

La journée du 13 MAI est consacrée à l’organisation de la position : travaux de terrassement, tranchées, boyaux de liaison, dépôts de munitions, pose de mines antichars. Les postes de commandement sont installés, celui du 1/43 à la sortie Nord de HEVILLERS, celui du 2/43 aux lisières Est de HEVILLERS, le P.C. du Régiment à SART MESSIRE GUILLAUME à proximité des P.C. des 15e et 215e R.A.D.

LA PRISE DE CONTACT (14 MAI 1940)

Dans la matinée du 14 MAI des éléments du 7e G.R.D.I. suivis d’unités du 1er Cuirassiers appartenant à la 3e Division légère mécanique (Corps de cavalerie) se replient derrière nos lignes. Le Colonel commandant le 1er Cuirassiers prévient que ses blindés sont les derniers éléments amis à franchir nos lignes. Il donne des précisions sur le procédés d’attaque ennemis : actions extrêmement violentes de l’aviation adverse maîtresse absolue du ciel, reconnaissances suivies d’attaques en piqué sous un bruit strident de sirènes (avions stukas) à la bombe et à la mitrailleuse, menées par des vagues d’une cinquantaine d’avions, attaques des P.C. et des dépôts par des bombes incendiaires, pendant que des parachutistes lâchés sur les arrières prennent à revers des points d’appui qui sont au même moment attaqués de front par des chars.



Maisons détruites à Hévillers lors des bombardements des 14 et 15 mai 1940. (Photos prises en 1945 et extraites du livre de Cl. ARTIGES)

Vers 12 Heures 30, le P.C. du 2eBataillon (quartier de BLANMONT) signale l’apparition aux lisières Nord-Est de BLANMONT des premiers éléments ennemis qui se retirent sous le feu de nos armes automatiques. Le bilan au soir du 14 MAI est le suivant : l’ennemi a recherché le contact sur tout le front du sous-secteur par de simples patrouilles, ses bombardements (canons et stukas) n’ont eu que de faibles effets sur des troupes déjà enterrées et n’ont entraîné que des pertes légères. Par contre, dans le sous-secteur de droite (110e R.I.) et plus au Sud, sur la D.I. Marocaine, les chars sont passés à l’attaque et ont été rejetés au-delà de la ligne principale de résistance. Désormais, les forces ennemies sont maintenant à pied d’œuvre et il faut s’attendre, dès l’aube du 15 MAI, à les voir, tous moyens réunis, chercher à rompre notre dispositif sur un large front. 

L’ATTAQUE DE LA POSITION (15 MAI 1940)

La journée du 15 MAI débute par une situation confuse résultant d’une information erronée, d’après laquelle l’ennemi s’étant infiltré entre le 1er R.I. et le 43e R.I., la gauche de celui-ci se serait repliée. En réalité, le contact a été pris par l’ennemi tout le long de « la ligne principale de résistance » qui n’a été franchie en aucun point. La mise à sa disposition de la 9e Compagnie permettra au Commandant du 1er Bataillon de renforcer son dispositif à la charnière des 1er et 43e R.I.

Les pertes sont légères eu égard à la violence du bombardement de l’aviation ennemie (environ 10 %, dont beaucoup de blessés légers par éclats de bombes). Les bombardements de l’aviation adverse presque continuels et les attaques en piqué des stukas éprouvent le moral. Les combattants qui scrutent le ciel et le voient vide de toute aviation amie ne comprennent pas qu’on laisse ainsi l’aviation agir en toute impunité.

A 16 Heures, l’infanterie ennemie passe à l’attaque. Deux compagnies ennemies sont bloquées par nos feux à hauteur du talus de la voie ferrée NAMUR-BRUXELLES derrière laquelle est installée notre ligne principale de résistance. Notre artillerie exécute des tirs si précis sur les mouvements de l’ennemi qu’ils contribuent à stopper son avance et à empêcher l’arrivée de ses réserves. Mais les sections des 5e et 6e compagnies qui tiennent les points d’appui importants de BLANMONT à l’Est de la voie ferrée, se trouvent en difficulté.

Vers 17 Heures, l’attaque est stoppée sur le front du 43e. Mais l’opération ennemie a remporté plus de succès sur les deux ailes de la 1ère D.I.M. et ; spécialement, sur le flanc droit du régiment, dans le dispositif du 110ee R.I. où les unités blindées auraient pénétré profondément en débouchant du secteur de la Division Marocaine.

Le Général commandant la division prescrit au Colonel, en appuyant sa gauche sur le 1er R.I. formant pivot, de s’établir face à l’Est, le P.C. du 43e se portant à FAUX. Le décrochage de nos unités s’effectue sans réactions violentes de l’ennemi pourtant au contact immédiat et sans intervention sur notre flanc de ses engins blindés. La raison a eu finalement raison de la ruée des chars allemands et les a empêchés, en fin de journée, de passer à l’exploitation de succès trop localisés […].

Au soir de cette journée du 15 MAI, il faut constater que sur le front des 1er et 43ème R.I. l’ennemi, malgré les bombardements intenses de ses stukas, a été arrêté devant la ligne principale de résistance. Face au 110ème R.I. et dans le secteur de la Division Marocaine, il n’a pu obtenir, grâce à ses blindés, que le repli partiel de quelques unités.

C’est ici qu’il faut se rappeler que les Allemands ont passé la Meuse à SEDAN, le 13 MAI à 15 Heures et que le Haut Commandement français va prescrire prochainement le repli de toute la 1ère Armée sur notre frontière du Nord pour éviter son encerclement. Ainsi, sur ce point du champ de bataille, les forces françaises ont été contraintes, par ordre supérieur, d’abandonner un terrain que des assauts répétés n’avaient pu réussir à leur ravir. »[39]

Claude ARTIGES témoigne de l’âpreté des combats à BLANMONT :

« Les bombardiers s’acharnent davantage sur les positions d’artillerie que sur les nôtres. Je les vois  piquer comme des flèches ; ils font alors entendre cet épouvantable hurlement de sirènes. Les bombes sont larguées, minuscules pointes, parfois brillantes, parfois noires, dans le grand ciel. Puis, presque verticalement, ils remontent, décrivent un vaste cercle et se regroupent, tout cela à une vitesse vertigineuse. Ils sont maîtres absolus du ciel. Aucun appareil allié ne vient contrecarrer leurs missions. Seules les mitrailleuses 13,2 et 20 mm du régiment et du 15e R.A.D. crachent sur eux, avec beaucoup de cran, des centaines de balles qui semblent peu efficaces. Le bourdonnement scandé diminue. Ils s’éloignent. Je suis anéanti, vidé, sans réaction, mes nerfs raclés à vif. Cependant une accalmie relative semble se manifester. Une pensée soudaine me vient… Si c’était l’attaque ! Mais rien ne semble bouger en face.

Par contre sur notre droite, en direction de BLANMONT où se trouve le 2/43 le combat fait rage, nous attendons malgré la canonnade le crépitement furieux d’un grand nombre d’armes automatiques… Une nouvelle vague de stukas vient de faire son apparition. Ils se divisent en deux groupes, l’un vers notre arrière, l’autre au-dessus de nous, sur notre gauche, en direction du 1er R.I. Ils recommencent leur œuvre de destruction. Nous ne sommes plus rien que des loques humaines essayant de survivre contre une force inhumaine ; je prie pour me raccrocher à la seule intervention qui puisse, me semble-t-il, nous empêcher d’être anéantis. La terre vibre comme sous l’effet d’un tremblement de terre. Les avions se regroupent pour repartir. Heureux pour nous qu’ils doivent aller se ravitailler, sans quoi ! »

Cette lettre de Lucien CAUDMONT est datée du 15 mai 1940, elle sera la dernière. Lucien l’a rédigée la veille de sa mort. Il y décrit les bombardements allemands et la mort d’un parachutiste.



« Quelquepart en Belgique

Mercredi 15 mai 1940

Bien chers Parents,

« Tout va bien »

« La santé est bonne »

« Le moral est d’acier »

Je voudrais bien vous envoyer des dragées car nous avons eu le baptême du feu.

C’est du fond de mon abri de FM que je vous écris (mains sales, effets souillés par l’argile naturellement).

Par le créneau, une vallée ensoleillée, où des oiseaux chantent encore, mais on entend d’autres oiseaux chanter. Nous essuyons depuis ce matin un rude pilonnage (très curieux le sifflement de l’obus). Un essaim de Heinkel dont les moteurs font un bruit de sirène trouve plaisant de nous envoyer des bombes.

En ce moment, l’accalmie est très sensible et je trouve le temps de vous écrire (je me demande bien quand elle vous parviendra).

Tout à l’heure un parachutiste est descendu, mitraillé de toutes parts, il a atterri, tête pendante sur la pâture, comme un pantin désarticulé.

Sinistre image que cet homme mort, tout habillé de noir, descendant lentement et se balançant sous le parachute blanc.

Botin a profité de la trêve pour me rendre visite. Il me rapporte de bonnes nouvelles : aucun dégât dans la section. Mon groupe a 2 FM, j’en dirige un, et mon Caporal l’autre.
Nos deux emplacements sont reliés par un boyau sinueux.

Espérant bientôt recevoir de vos nouvelles, je vous embrasse bien fort.
Je m’efforcerai de vous tenir au courant dans la mesure où les évènements le permettent.

Nombreux baisers à Colette, Jacqueline et Léon.


Lucien
 »[40]


Claude ARTIGES en Battle-dress

Claude ARTIGES a aussi assisté à la scène du parachutiste, il y a même participé [« je fais le coup de feu avec les copains »]. Elle s’est déroulée à Hévillers. Le 43e R.I. s’était placé en face de la ligne de chemin de fer Bruxelles-Namur quand soudain :

« -« Là ! Là !... hurle soudain Dumont en armant son mousqueton.

Où là ?... Qu’y a-t-il, je lève la tête… un parachutiste !...

Il se balance mollement sous l’énorme rond blanc de son parachute. D’où vient-il ?... Nous n’avons pas entendu de combat aérien, ni vu d’appareil abattu… Mais alors, est-ce un lâcher de parachutistes ?...

Mon esprit se fixe sur cette crainte et, sans plus chercher à comprendre, je fais le coup de feu avec les copains. Cela me soulage presque ! Depuis le temps que nous nous laissons écraser par les obus sans rien pouvoir faire ! Des coups de feu claquent dans tous les coins, un fusil mitrailleur a même ouvert le tir. Là-haut le parachutiste touché se laisse pendre, tel un pantin désarticulé [mêmes termes que ceux utilisés par Lucien CAUDMONT]. Il est presque à terre… son parachute l’emporte sur quelques mètres, le traînant au sol. A sa combinaison, nous reconnaissons un aviateur.

Ainsi, sans nous en rendre compte, nous avons tiré sur un homme qui normalement aurait dû être fait prisonnier !... Pourtant je suis persuadé que tous nous étions de bonne foi dans notre affolement. Avec l’abrutissement provoqué par les bombardements, nous avons cru à une vague de parachutistes et que celui-ci était tombé trop en avant…

L’Allemand est couché à quelques mètres de notre trou, des voltigeurs bondissent pour le chercher ? Ils traînent son corps inanimé avec eux.

Négligeant le tir de contre-batterie, le barrage s’abat brusquement sur nous. Sans doute des guetteurs ennemis ont-ils signalé que nous avons abattu un des leurs ?...

Une pluie d’obus percute, nous voilà repris dans la fournaise ! Ma tête va éclater, je voudrais crier, pleurer, que sais-je moi, faire n’importe quoi pour détendre mes pauvres nerfs. Mais non, il faut rester là à attendre. »[41]

Le Colonel Pierre VEYRIER DE MURAUD est conscient du danger que représentent ces parachutistes largués derrière les lignes françaises :

« En outre, il n’est bruit que de la présence sur nos arrières de parachutistes ; plusieurs soldats du service de la circulation routière de la Division, dont on aurait retrouvé les cadavres dévêtus, seraient tombés sous leurs coups… Bien que non confirmés, ces faits exigent que chacun soit prévenu et puisse se prémunir contre ce danger très vraisemblable. Cependant, cette mise en garde nécessaire, va engendrer parmi les troupes dans cette période de début des opérations, une véritable psychose allant parfois jusqu’à l’hallucination causant même en certains cas mort d’hommes »

LES COMBATS A LA FERME HANNELIQUET


Claude ARTIGES «  A mon cher cousin Georges et à sa charmante fiancée avec mes meilleurs vœux de bonheur. C. ARTIGES »

Passé les ruines de l’Abbaye de Villers-la-Ville, Claude ARTIGES a rejoint la route nationale vers Nivelles. Un convoi d’artillerie hippomobile avait été bombardé, il s’attarde sur l’horreur du carnage :

« Le spectacle est affreux. Plusieurs chevaux gonflés, les pattes raides et écartées, sont restés sur la route, empêtrés dans leurs traits. Des canons et des caissons renversés sur le côté sont criblés d’éclats de bombes.

Les projectiles (sans doute à fusées instantanées) ne sont pas enfoncés dans l’asphalte de la route, si bien que tous les éclats ont porté.

Sur le bord de la chaussée des cadavres sont étendus. Ils sont tout raides. Un grand artilleur a encore les yeux ouverts, le masque effrayant, sa poitrine défoncée n’est plus qu’un mélange de sang noir et de lambeaux d’uniformes… Nous voyons les entrailles bleuâtres d’un autre, sorties de son ventre et puis du sang tout noir sur la route, et des mouches bourdonnantes. Trois autres corps sont cachés par une toile de tente, seules les jambes dépassent.

Une odeur ignoble s’élève de ce charnier… Nous n’osons plus regarder, pour un peu nous nous bousculerions pour avancer plus vite et quitter cet endroit de cauchemar. »
A la lecture de ce témoignage, les vivants ne s’encombraient pas des morts. Ils n’avaient pas le temps de les enterrer et de leur rendre un dernier hommage. Leurs dépouilles restaient souvent sur place pendant plusieurs jours.

Claude ARTIGES nous livre quelques informations sur l’arrivée du 43e R.I. à Baulers et sur les possibles circonstances du décès de Lucien CAUDMONT :

Jeudi 16 mai 1940.

« […] Une halte nous abat tous à l’ombre des murs d’un café où est installé le P.C. du colonel. Cela fait cinq heures que nous marchons, sans arrêt, en plein soleil. Avec quelques délices, j’enlèverai tout ce pesant harnachement qui me coupe les épaules et les hanches … Compatissant, un motocycliste du P.C. distribue quelques biscuits et on remplit des bidons. Sans doute avons-nous de tristes mines ? …

- « Allez ! en avant !... » Péniblement nous nous remettons sur nos pattes, d’un coup de pouce la bretelle de l’arme reprend sa place. Premiers pas, les plus pénibles, et nous voilà repartis…

- « Att… » le reste se perd dans un vrombissement tonitruant de moteur et dans le crépitement d’une mitrailleuse. Comme ce matin, nous nous sommes laissés surprendre par un avion en rase-mottes, mais cette fois ce n’est plus un Belge, mais un Messerschmidt ! La rafale est heureusement passée beaucoup trop haut.


Canon antichar de 25 mm Mle 34 Hotchkiss. En service au 43e RIM, ses obus perçaient jusqu’à 40 mm de blindage, ce qui était insuffisant face aux chars allemands les plus lourds. (Photo ECPAD)

- « Ah ! la vache ! Faudra commencer à faire gaffe si on veut pas s’faire dégommer » constate l’énorme Pépin, un tireur de la 2e section. Après encore bien des kilomètres, nous arrivons en vue d’un petit village où paraît-il, d’après le capitaine, nous trouverons non seulement un cantonnement mais encore une distribution de soupe y sera faite. Nous n’osons même plus rêver qu’un tel bonheur fût encore possible. A l’entrée du village, sur un pignon de maison nous lisons : Baulers. Il semble en effet qu’ici une résistance s’établisse. A une sorte de carrefour nous voyons le colonel diriger lui-même la mise en place de plusieurs sections du régiment. Il y a là des compagnies du 2/43 et aussi quelques Tirailleurs du 22e, certains sont blessés. Un cantonnement est assigné à notre compagnie[42]. - « Veine qu’est-ce qu’on va en écraser » jubile Dumont.

- « Et pis s’caler les gencives » renchérit Bernard.

Nous traversons une voie ferrée. Un petit chemin aux pavés ronds et inégaux nous conduit à une grande ferme évacuée. D’ici nous dominons la région, sauf d’un côté où un mamelon nous surplombe légèrement.

Le capitaine et le lieutenant Pommier disposent un groupe de mitrailleurs derrière une haie touffue et notre dernier canon anti-chars (l’autre, je viens de l’apprendre, a été détruit par une bombe d’avion à Hévillers) est mis en batterie face à une route qui descend de la colline. Des voltigeurs, commandés par le lieutenant Leblon, vont se poster dans une autre aile du bâtiment. Ainsi toutes les issues sont gardées.

- « Drôle de pause » grogne un gars en rejoignant son poste.

Plus chanceux, je fais partie de la section qui prendra la relève. Il nous est naturellement interdit de nous déséquiper. Mais nous pouvons dormir. La soupe sera distribuée plus tard… pour ma part je commence à en douter, l’endroit ne me paraît pas propice, ni les circonstances. Ah ! la délicieuse impression de se coucher dans cette paille, de s’étendre et de se laisser gagner par le sommeil ! »[43]

Le Colonel VEYRIER DU MURAUD complète le récit de Claude ARTIGES :

« Vers 18 heures six automitrailleuses pressent fortement le 1er Bataillon dont le flanc gauche est découvert. Le Commandant de la Compagnie d’accompagnement (capitaine J[abiol]) usant de ses canons de 25 millimètres[44] et de ses mitrailleuses se défend avec acharnement, détruisant plusieurs engins.

Vers 19h30, l’ennemi tente en vain de prononcer un large mouvement d’encerclement menaçant le poste de Commandement du 1/43, sans parvenir à faire reculer un seul élément de ce bataillon.

Le Colonel, qui par un chemin défilé peut rester en liaison étroite avec le Commandant du 1/43, lui prescrit de tenir coûte que coûte jusqu’à la nuit qui maintenant est proche, escomptant que l’ennemi cessera sa pression lorsque l’obscurité sera venue. Il le prévient en outre de l’envoi, vraisemblablement très prochain, d’un ordre qui lui est annoncé par le lieutenant Rombaud, officier de liaison avec l’I .D., ordre comportant un repli du 43e R.I. dans la 1re partie de la nuit.»[45]

Claude ARTIGES qui se reposait dans la grange de la ferme Hanneliquet raconte :

« Un tumulte indescriptible me réveille en sursaut.

- « Alerte !... Alerte !... Tout le monde dehors » hurle une voix.

Une bousculade… Nous nous précipitons encore à moitié endormis. Des interrogations anxieuses se croisent, mais il est impossible de savoir ce qui se passe. Une sale angoisse me pince désagréablement le cœur. Soudain des cris retentissent… une volée de détonations... La toiture de la grange où nous sommes vient d’être traversée par un obus de char, la saleté et la poussière volent partout, des bouts de tuiles tombent. En même temps des rafales de mitrailleuses crépitent. Des balles traceuses de gros calibres viennent, en sifflant, s’aplatir contre les murs. Nous sommes complètement abasourdis.

- « Chargez vos armes !... Baïonnette au canon !... » « Baïonnette au canon » ?!...

Tout en exécutant l’ordre j’échange un regard incrédule avec mon voisin. Je dois être pâle comme un mort. Que pouvons-nous faire avec nos coupe-choux mal aiguisés de mitrailleurs ?...


Peloton des sous-officiers en mai 1939. 1er rang, de gauche à droite : Cl . ARTIGES, DOMISE, CARIN, Joseph. (Photo extraite du livre de Claude ARTIGES)

L’adjudant-chef Allaies a pris le commandement de notre section.

- « Nous allons sortir de la ferme et essayer de prendre les automitrailleuses allemandes à revers. Grouillez-vous hein ! »

A la sortie de la ferme le chemin est en déblai, ce qui nous protège, seul un passage d’une vingtaine de mètres est soumis aux vues et par conséquent aux tirs ennemis, nous courons aussi vite que nous le pouvons, courbés, l’arme à la main. Déjà nous sommes à l’abri du talus, haletants, nous nous jetons dans l’herbe. »

La détonation rageuse et sèche de notre 25 retentit… avec stupeur j’entends un bruit de  klaxon, qui va s’amplifiant, tout à fait comme lorsqu’un faux contact se produit dans une  voiture de tourisme, et ce bruit, étrange en ces lieux, d’avertisseur se prolonge et nous vrille les oreilles. Une seconde fois... puis une troisième fois notre canon claque… Les fortes détonations des mitrailleuses lourdes d’engins blindés se font à nouveau entendre. Le klaxon s’est tu.

- « En avant ! En haut du talus. Ouvrez le feu dès que vous pourrez le faire. »

Nous grimpons la colline et débouchons dans un champ de blé… l’arme prête à faire feu… l’œil aux aguets, nous avançons craignant d’être fauchés par la brusque rafale d’un tireur invisible. En haut de la crête nous distinguons environ à trois cents mètres deux automitrailleuses gris foncé. L’adjudant-chef d’un geste impératif nous fait coucher… ce n’était guère nécessaire… à la vue de l’ennemi, la plupart d’entre nous ont déjà le nez dans l’herbe… Mais d’autres ouvrent le feu et bientôt une fusillade nourrie éclate, cela détend les nerfs de tirer. Aucune réaction du côté allemand. Plus rien ne bouge, l’ennemi s’est-il retiré, abandonnant là ses blindés mis hors d’usage par notre canon de 25 mm ?... Nous sommes dans la position du tireur à genou.


A gauche, le Sergent LEZANNI qui détruisit deux automitrailleuses allemandes en deux coups de canon de 25, à droite le Sergent Roger BRADY. Photo prise à Orvillers-Sorel. (Photo J. CARDON)

Notre chef de groupe me tend ses jumelles, je vois alors plus nettement les deux automitrailleuses embossées dans un petit chemin de campagne. Sur l’une d’elles, à l’arrière, je distingue une croix noire soulignée de blanc. Aucune présence humaine cependant. Assez loin de nous, et dans diverses directions, nous entendons des bruits d’armes automatiques.

L’adjudant-chef, après avoir encore observé en direction des blindés, nous donne l’ordre de repli. Lorsque nous arrivons à la ferme nous comprenons aussitôt que l’engagement a été meurtrier pour notre compagnie.

Le sergent Caudmont est couché dans la cour, mort, derrière les deux mitrailleuses. Colino, un des tireurs, est blessé à la jambe et au poignet. Le lieutenant Pommier le panse pour éviter une trop grande perte de sang. Notre pauvre camarade est pratiquement évanoui. Je vais aider Carin qui lui s’occupe du caporal Fertin, tireur au 25, blessé au pied. Nous retournions souvent ensemble à Bruxelles en permission.

- « Alors t’as le filon ?... ça c’est la bonne blessure. L’hostau assuré… et la convalo… ».

Naye, le chargeur du canon de 25, est couché sur le dos, blessé à l’aine, c’est son frère qui le soigne, aidé par notre capitaine et le sergent Lezanni. L’ennemi cependant a aussi eu à souffrir du tir de nos camarades. Pacos a d’un seul coup de mousqueton en pleine tête, abattu un Allemand parvenu jusqu’au mur qui ceinture les bâtiments. Je vois affalé près d’un abreuvoir le caporal Andoche[46]. Il semble commotionné. - « Alors vieux ?... je peux t’aider ?... »
Il fait signe que non de la tête.

- « J’étais à côté du sergent… alors tu comprends… La première rafale des boches a été pour nous… Puis ils ont tiré sur le 25…

Fertin et Naye ont été à terre de suite. C’est le capitaine Jabiol et le sergent Lezanni qui ont alors bondi sur le canon.

Le sergent comme tireur, le pitaine comme chargeur. Tu vois, là, les boches avançaient sur nous du haut de la colline… Lezanni a tiré deux fois… Deux fois il a fait mouche. On aurait pas dit ça de lui. Ce klaxon s’est mis à gueuler… pour moi l’obus de 25 a touché les accus ?!... Mais les Allemands ont aussi tiré… J’ai vu les balles traçantes ricocher sur le bouclier du canon qui a été bousillé. Le capitaine et Lezanni sont revenus alors que les balles pétaient partout !... Tu parles d’un boulot !... moi j’en ai vachement marre de tout ce fourbi. »
Il n’est pas le seul !...

Au moment où je me dirige vers Pacos, occupé à expliquer à Joseph comment il a tiré sur l’Allemand qui gît toujours sur les pavés de la cour, le lieutenant Pommier m’appelle. C’est à mon tour de prendre la relève aux pièces. Un sentiment mal défini m’empêche de me placer là où se trouvait Caudmont. Le capitaine fait descendre, avec beaucoup de précautions, les blessés dans la cave. N’y a-t-il vraiment pas moyen de trouver des ambulances ? Cela nous démoralise très fort de constater que nos blessés ne reçoivent pratiquement aucun soin. D’un instant à l’autre nous pouvons être dans leur cas !... Alors !...


Mitrailleuse d’infanterie Hotchkiss. De gauche à droite : Cl. ARTIGES, GAMBIER et GONDON. (Photo extraite du livre de Claude ARTIGES)

- «  Ca va durer encore longtemps c’fort Chabrol à la manque » grogne un gars entre ses dents.

Nous sentons tous que notre position est dangereuse et il nous semble être les seuls du bataillon encore dans le secteur.

Plus aucun coup de feu ne retentit. La soirée est pleine de quiétude à la fin de cette belle journée de printemps. Alors que nous sommes impatients de voir arriver la nuit, et avec elle l’arrêt de la progression ennemie, le jour semble vouloir s’éterniser par un flamboyant coucher de soleil. Les oiseaux s’égosillent, toutes sortes de petits insectes font entendre leurs crissements. Indifférent à notre présence un gros merle sautille à deux pas de nos pièces, la nature connaît en cet instant une paix profonde… Mais Caudmont a été tué et nos blessés souffrent. Le lieutenant Pommier observe toujours notre secteur à la jumelle. Je m’étonne beaucoup qu’il ne prenne la tête d’une patrouille pour aller jusqu’aux blindés allemands, qui semblent avoir été définitivement abandonnés. Une initiative comme celle-là serait assez dans son genre d’humour, le sergent comme tireur, le pitaine comme chargeur d’humour. »[47]

Le Colonel VEYRIER DU MURAUD exprime ses craintes sur l’action ennemie et espère la nuit : « Cependant, l’ennemi cherche à utiliser les dernières lueurs du jour pour resserrer son étreinte, ses tirs augmentent d’intensité, ses balles traceuses qui maintenant sifflent au-dessus du P.C. du Régiment, indiquent que le débordement par le nord s’accentue. Mais la Compagnie de gauche (compagnie O[heix]) tient bon, répond au feu par le feu et, dans le jour qui décline voit les automitrailleuses s’embosser, sur son flanc sans pousser leur mouvement plus avant. La nuit venue, leur action ne sera plus à redouter dans ce terrain extrêmement coupé.

Effectivement tout se borne maintenant, de part et d’autre, à des tirs de harcèlement, l’artillerie ennemie bombarde violemment Nivelles où l’on voit des incendies s’allumer. »


Chenillette Renault de ravitaillement. Lors de la retraite de Hanneliquet, ce type de véhicule a servi à transporter les blessés. Au centre, appuyé sur la chenillette, Robert CAEN. (Photo 43e R.I.)

Claude ARTIGES raconte le départ de la ferme Hanneliquet : « Au loin une longue rafale vient couper ce quart d’heure de calme… puis une autre lui répond, nous avons déjà appris à discerner leurs armes des nôtres… et allez donc, voilà la sérénade qui recommence !...


Claude ARTIGES

- « Y-z-ont fini c’achez ch’croûte eux autres » remarque avec philosophie Menu en pensant sans doute aux Allemands prenant leur casse-croûte du soir.- «Nous en tous cas comme soupe, y a pas, on a été servi… J’le retiens le pitaine !... » lui répond Delaval. Nous entendons tirer maintenant de tous les côtés. Au moins notre impression d’isolement s’est-elle dissipée… faible consolation !... L’obscurité est venue. Le capitaine fait remonter les blessés de la cave pour les installer le mieux possible sur notre chenillette conduite par Dalmasso.

- « Trouve une ambulance pour eux, débrouille-toi mais il faut les faire soigner. Prends le frère de Naye avec toi » commande notre capitaine au chenillard

Pendant ce temps nous avons rechargé le matériel sur les voiturettes. La compagnie est rassemblée et nous quittons cette ferme de triste mémoire où nous laissons un camarade… notre dernier canon antichars hors d’usage et un cadavre allemand.

Par un petit chemin encaissé nous descendons vers Nivelles. Nous marchons en colonne par un de chaque côté de la route, la chenillette au milieu. Une dernière fois je serre la main de Fertin. Le ciel au-dessus de la ville rougeoie aux lueurs des incendies. Par là aussi le canon tonne […] ».

« LE REPLI ET LES COUPS D’ARRET (16 Au 19 MAI)

Après les premiers combats sur la position de la DYLE, toute une série de replis successifs vont se dérouler, marqués par des coups d’arrêts dont les principaux se situent à BOUSVAL (où sera tué le Lieutenant ROYEZ, officier de renseignements), BAULERS, ROEULX, FELUY. C’est là, dans le point d’appui qu’il commandait, que succombera le Capitaine ROIDOT commandant la 10e Compagnie ; on retrouvera son corps couché à côté de ceux de plusieurs de ses hommes, ayant encore contre lui le fusil mitrailleur échappé de ses mains et, devant lui, les cadavres de plusieurs soldats allemands dont il avait eu raison avant de succomber lui-même. Cette période de repli vers la frontière française est caractérisée par l’extrême difficulté de coordonner l’action des unités, due à des liaisons défectueuses, parfois même impossibles à réaliser, à des changements fréquents de destination, quand ce ne sont pas des contre-ordres. Tous les déplacements se font à pied, sans repos, avec un ravitaillement de fortune, sous la menace de l’aviation ennemie qui signale les colonnes de fantassins et parfois les bombarde, et sous la pression de l’ennemi. A cela il faut ajouter l’encombrement résultant de la rencontre sur les grands axes d’unités diverses auxquelles se mêlent les voitures des réfugiés belges. Dans de pareilles conditions, il faut souligner le courage de ces petits détachements qui, bien encadrés, reçoivent à plusieurs reprises des missions de résistance dont ils s’acquittent à l’entière satisfaction des divers chefs qui les emploient.»[48]


1er rang assis : Slt VANDORPE, Ltn POIRE, Slt de LIPSKI, Slt RUFFY DE PONTEVES, Slt WERY, Cpl RYNKOWSKI (interprète) 2e rang : Cne DEWIDEHEM, Cne JABIOL, Cne TARTAR, Lcl CAILLARD, Lcl V. DU MURAUD, Cdt CHABROLLES, Cne NICOLI, Cne COQUET, Cne LEJEUNE. 3ee rang : Lt, LAVOINE, Slt BONAVENTURE, Slt SEXE, Ltn SENECHAL, Ltn DESPINOY, Cne OHEIX, Slt MARTINIE, Ltn DUBOIS, Slt BONFILS, Ltn BOUDRY, Slt MAURRAS, Slt PEYRON, Ltn LANCIEUX, Ltn WILHEM. 4ee rang : Slt PUCHE, Ltn BOULENGER, Slt TETU, Slt TARDIEU. (Photo 43e RI)

Parmi les prisonniers du 43e R.I., on peut relever :

Pierre VEYRIER DU MURAUD, commandant le Régiment

Le Lieutenant Colonel CAILLARD, commandant le 1er Bataillon

Le Commandant CHABROLLES, commandant le 3e Bataillon

Le Lieutenant LAVOINE commandant la 2e Compagnie

Le Capitaine OHEIX, commandant la 3e Compagnie

Le Capitaine DEWIDEHEM, commandant le 6e Compagnie

Le Capitaine JABIOL, commandant la Compagnie d’accompagnement 1


Acte de décès de Lucien CAUDMONT

« Acte de Décès N° 10 L’an mil neuf cent quarante, le vingt trois du mois de mai, à onze heures de l’avant-midi, par devant Nous, Amaury de Ramaix, Bourgmestre, Officier de l’Etat Civil de la commune de Baulers Arrondissement de Nivelles, province de Brabant, ont comparu Levêque, Victor âgé de septante trois ans, secrétaire communal domicilié à Baulers, non parent du défunt et Istas Léon âgé de quarante-sept ans garde champêtre domicilié à Baulers, non parent du défunt lesquels nous ont déclaré que est décédé à Baulers à une heure inconnue au cours du combat qui a eu lieu du seize au dix sept mai près de la ferme de Joseph Havaux, le nommé Caudmont , Lucien-Léon-Charles, né le neuf janvier mil neuf cent vingt à Istres, département des Bouches du Rhône, résidant à Cambrai, deux cent quarante cinq, rue Saint Ladre, fils de Léon-Félix, et de Gérard, Lucienne-Eugénie, sergent à l’armée française, numéro matricule deux cent vingt trois.

Duquel acte il leur a été donné lecture ; les comparants ont signé avec nous V. Levêque L. Istas A. de Ramaix ».

Jacqueline Bietz nous a transmis le carnet militaire de son frère Lucien. Dans un courriel, elle déclare : « On y voit la trace de l’objet qui a traversé son portefeuille et le livret de part en part.  Il n’est pas certain que ce projectile lui ait été fatal car des personnes ayant assisté à son exhumation ont rapporté à mes parents qu’il avait été enterré avec son masque à gaz et son casque et que ce dernier avait été percé par un projectile … »



Livret militaire de Lucien CAUDMONT transpercé par un projectile


Cette photo de Léon Caudmont a été prise en 1925. Lucien la portait dans son portefeuille lorsqu’il a été tué. En haut à droite, on voit l’impact de la balle. C’est sur cet avion que Léon effectuait journellement ses missions

LEON CAUDMONT

Après trois années de tranchées de 1914 à 1917, lorsqu’on a demandé des volontaires pour l’aviation naissante, Léon s’est engagé, il est devenu pilote puis instructeur. Il a fait de la photo aérienne au-dessus de l’Allemagne où il avait été envoyé en 1920 suite à l’occupation du pays. Il a effectué tout son temps dans l’aviation militaire pour être ensuite affecté à un emploi réservé jusqu’à sa mobilisation en 1939. 


Le 29 décembre 1941, le Commandant MALDERET, Commandant du Centre de Mobilisation d’Infanterie N° 13 et Dépôt d’Infanterie N° 13 et ancien Capitaine chargé du personnel du même Centre, dresse un portrait élogieux de Léon CAUDMONT :

« Agent militaire principal de tout premier ordre sur lequel l’on peut compter en toutes circonstances. Affecté à la Section du personnel a toujours donné entière satisfaction dans son service. Désigné pour l’exécution des travaux très secrets, je n’ai eu qu’à me louer de l’avoir choisi.

Ponctuel, intelligent, travailleur, de belle tenue, CAUDMONT fut toujours le modèle à citer à tous, et c’est avec entrain que ses camarades travaillaient sous ses ordres, jamais il ne fut indisponible et souvent il laissa ses permissions. Chargé du lotissement des ordres d’appel il s’en acquitta d’une façon très élogieuse, ainsi que de la formation des unités mobilisées, les mobilisations de 1938 et 1939 ont permis de constater que tout ce qui ressortissait de son service était parfait. A ma prise de commandement du centre de Mobilisation d’Infanterie N° 13, CAUDMONT fut chargé par moi de mettre au courant du service du personnel mon successeur, le Sous-lieutenant VANDERPOTTE, il le fit avec entrain et ne ménagea ni son temps, ni son travail pour arriver à un résultat satisfaisant.

Pendant la mobilisation, CAUDMONT était présent à son travail jour et nuit et c’est surtout là que j’ai pu apprécier la haute valeur de cet agent principal.

Après les évènements du 10 mai 1940, je le retrouve à St MALO où je commandais le Dépôt d’Infanterie N° 13, par ses propres moyens et au péril de sa vie il était arrivé à rejoindre le nouveau dépôt. Manquant d’Officiers qualifiés, c’est à CAUDMONT que j’attribuais la direction du fichier déjà il en avait commencé la reconstitution quand le nouveau dépôt fut pris par l’ennemi.

A la suite des opérations de 1938 a obtenu une lettre de félicitations du Ministre et un avancement au choix.

En résumé, après l’avoir eu sous mes ordres pendant 13 ans, je ne puis le qualifier que « d’agent Militaire d’Elite ».

Signé : Malderet

Commandant MALDERET Commandant le Centre de Mobilisation d’Infanterie N° 13 et Dépôt d’Infanterie N° 13 et ancien Capitaine chargé du personnel du même Centre.

Pour copie conforme au manuscrit du Chef de Bataillon  MALDERET.

Amiens, le 29 Décembre 1941

Le Directeur Régional de l’Intendance LILLE-AMIENS,

P/O Le Chef d’Escadron Molé, adjoint administratif »

Le 23 mai 1940, par l’entremise de la Légation de Suisse à Bruxelles, le Bourgmestre Amaury de Ramaix informe Léon CAUDMONT que Lucien est décédé.

Le 3 septembre 1940, Madame ST AUBERT, une voisine qui habitait en face des parents CAUDMONT, envoie une lettre au grand père maternel de Lucien chez qui la famille s’était réfugiée. Elle leur apprend que Philippe GRIFFART est toujours vivant. Cependant, les parents ne savent toujours pas que Lucien a été tué.


A noter au passage le cachet de l’Administration communale de Baulers


Amaury-Marie-Joseph-Edouard-Paul-Ghislain de RAMAIX. Bourgmestre de Baulers le 16 octobre 1931. Officier de l’Ordre de Léopold. Chevalier de l’Ordre de la Couronne. Né à Berlin, le 11 mai 1881. Mort à Baulers le 4 janvier 1955

« Cambrai le 3 sept. 1940.



Monsieur,

Excusez-moi, je voue prie, de vous charger d’une affaire très délicate.
Vous êtes, je crois, le parent de Mr Caudmont et par conséquent, plus qualifié que moi pour lui parler. Mr Caudmont nous demande par lettre, s’il nous est possible de lui donner des nouvelles de son fils et vu notre bon voisinage je crois ne devoir rien lui cacher.

Son fils Lucien était, paraît-il, à la frontière de Hollande avec le jeune Griffart quand le malheur a voulu qu’ils soient pour toujours séparés. Je conçois la douleur des parents en apprenant une pareille nouvelle, aussi je compte sur votre délicatesse pour prévenir le père avec tous les ménagements nécessaires. Lui de son côté, jugera s’il doit le dire maintenant à Mme Caudmont et aux enfants.

Le mortuaire est arrivé à la mairie de Cambrai, mais on doit attendre leur retour pour leur remettre. Soyez persuadé, que mon mari et moi, prenons une large part à la souffrance de toute cette famille si éprouvée et leur envoyons nos plus sincères condoléances.

Recevez, Monsieur, avec nos remerciements nos salutations empressées. St Aubert »

Le 26 décembre 1940, Amaury de Ramaix, Bourgmestre de Baulers, envoie un courrier au papa de Lucien. Il explique les circonstances dans lesquelles le corps de Lucien a été retrouvé. Celui-ci ne pourra pas être rapatrié car le service qui s’en occupe a suspendu ses activités.


« Baulers, le 26 décembre 1940.

Monsieur,

J’ai bien reçu avant-hier votre lettre du 20 novembre et je ne puis que vous renouveler mes condoléances pour le décès de votre fils, tombé à Baulers, au champ d’Honneur, probablement dans la nuit du 16 au 17 mai. On n’a retrouvé son corps, le long d’une haie, que plusieurs jours après et l’a identifié d’après ses papiers personnels et surtout son carnet militaire. Le portefeuille ne contenait pas d’argent, ce qui, hélas est usuel.

A la demande de la Croix-Rouge Française, le corps a été exhumé, placé dans un cercueil de chêne et transféré au cimetière communal ; les tombes des militaires sont toutes entretenues convenablement. Le service français de rapatriement des victimes de la guerre a suspendu ses opérations.

La Croix Rouge de Belgique s’est fait envoyer les souvenirs des décédés pour les envoyer à la Croix Rouge de France.

Veuillez recevoir, Monsieur, mes salutations distinguées,

Le Bourgmestre A. de Ramaix »

Plusieurs amis de Lucien tenteront d’avoir de ses nouvelles, ils ignorent encore qu’il est mort.


Le 9 juin 1941, le Ministère de l’Intérieur  envoie une lettre au Maire de Saint-Satur et le prie d’informer avec ménagement la famille du défunt de lui présenter ses condoléances.


Le 18 septembre 1941, le chef du bureau des successions militaires informe Léon CAUDMONT que des recherches ont été entreprises pour retrouver les effets personnels de Lucien.


Le 22 décembre 1941, Joseph Burton Thomas[49] qui habitait au 126 du hameau d’Alzémont envoie une lettre au papa de Lucien.


« Baulers le 22 Décembre 1941

Monsieur,

J’ai bien reçu votre lettre et ce que j’ai fait pour votre cher disparu, c’est par des sentiments sincères que je nourris pour votre pays.

Je ne sais pas exactement les circonstances dans lesquelles votre cher enfant a trouvé la mort, toutefois vu la position du corps la mort a dût [sic] être instantanée et provoquée par une rafale de balles de mitrailleuse.

Je crois que ce garçon de part sa position, avait, lui, chef de groupe, pris possession de la mitrailleuse et tentait d’arrêter l’ennemi. Vous pouvez être sûr qu’il a fait son devoir.

Si vous obtenez l’autorisation de venir en Belgique, venez chez moi, et je serai heureux de vous recevoir.

Je vous prie d’agréez Monsieur Caudmont mes bien sincères salutations.

Joseph Burton Thomas

Alzémont 126

Baulers Brabant

Belgique »

Joseph BURTON avait découvert le corps de Lucien CAUDMONT. « Toutefois, vu la position du corps, la mort a du être instantanée et provoquée par une rafale de balles de mitrailleuse ». Cela laisse supposer que le corps n’avait pas été bougé de place depuis la fusillade et le départ du 43e R.I. vers Feluy, or après l’attaque allemande, Claude ARTIGES prend la relève aux pièces « un sentiment mal défini m’empêche de me placer là où se trouvait Caudmont ». Ce dernier n’était donc plus derrière les mitrailleuses, son corps aurait été déplacé, probablement contre la haie.

CAUDMONT Lucien aurait du se trouver dans la cour de la ferme, lorsque Claude ARTIGES s’installe derrière la mitrailleuse desservie par Lucien, il peut voir les blessés descendre dans la cave dont l’entrée est située dans la cour intérieure de la ferme. Si la mitrailleuse s’était trouvée le long de la haie, il lui était impossible de voir les blessés.

Le récit de Claude ARTIGES sera partiellement contrarié par le témoignage du Sergent GRIFFART Philippe de la 313ème Compagnie de G.P.G. de Marles-les-Mines (Pas-de-Calais) dans une lettre datée du 25 juillet 1945. Lucien a été tué lors de l’attaque d’un char allemand situé à une quelques centaines de mètres de la ferme Hanneliquet. Une explication serait que son corps a du être ramené et déposé près d’une mitrailleuse que Claude ARTIGES devait desservir lorsqu’il est revenu de sa sortie avec l’adjudant-chef ALLAIES.

D’après Henri HAUTIER, avant 1956, deux familles françaises se sont présentées à Baulers et ont réclamé les corps de deux soldats français.

« Etant dans le Cher, il était impossible pour les parents de retourner dans le Nord, zone rouge que les allemands interdisaient »[50], ils ne pourront se recueillir sur la tombe de Lucien qu’en 1945. Ils effectueront ensuite les démarches pour  faire exhumer son corps en 1950 pour le rapatrier dans le caveau familial à Douchy les Mines (59). La sœur de Lucien se souvient qu’un de ses camarades avait été exhumé également, mais elle ignore duquel il s’agissait.

Le 5 août 1943, le secrétariat à la Défense informe Léon CAUDLONT que l’acte de décès de Lucien a été adressé au Maire de Cambrai


En janvier 1942, le Secrétaire général aux Anciens Combattants informe le Président de la Croix-Rouge que la succession de Lucien CAUDMONT a été adressée au Maire de St-Satur.


Le 27 janvier 1942, la Croix-Rouge française transmet à Léon CAUDMONT copie de la lettre du Secrétaire général aux Anciens Combattants.

CITATION


Le 21 novembre 1946, la République française cite Lucien CAUDMONT à l’ordre de la Brigade :

«  Chef de groupe, a fait preuve pendant les combats en BELGIQUE des plus belles qualités de courage et d’allant. A été tué glorieusement le 16 Mai 1940, à BAULERS, en assurant personnellement le tir du Fusil-Mitrailleur de son groupe lors d’un engagement très vif contre des engins motorisés et des éléments portés ».

RECIT DE PHILIPPE GRIFFART SUR LES CIRCONSTANCES DE LA MORT DE LUCIEN CAUDMONT

Dans une lettre datée du 25 juillet 1945, le Sergent GRIFFART Philippe de la 313e Compagnie de G.P.G. de Marles-les-Mines (Pas-de-Calais), indique que Lucien CAUDMONT n’est pas mort dans la cour de la ferme Hanneliquet, mais bien en attaquant un char situé dans un petit bois. Lucien avait été envoyé en reconnaissance avec son groupe avec mission de rapporter quelques renseignements et aussi de se défendre à la grenade contre des chars. Lors d’un contact avec l’un d’eux, il a été tué. GRIFFART parle de plusieurs morts du côté français, selon lui, seulement quelques hommes de son groupe ont pu rejoindre les lignes françaises.
Alors que GRIFFART est prisonnier dans un cantonnement, il fait connaissance d’un soldat de la 1ère Compagnie du 43e R.I. dont Lucien était le chef de groupe. Il était à côté de lui lorsqu’il est tombé. Ils se sont trouvés en présence d’un char et Lucien CAUDMONT en tête de son groupe a ordonné l’attaque à la grenade. Il a couru vers le char pour se placer le plus rapidement possible dans son angle mort afin de placer une grenade sous les chenilles.
Lucien n’a pas eu le temps d’arriver car le char avait manœuvré la tourelle et une balle le frappa en plein front. La mort fut instantanée. Les faits se sont passés entre 19 et 21 heures. Le corps de Lucien aurait donc été ramené et déposé d’abord dans la cour de la ferme Hanneliquet, derrière les mitrailleuses, puis déplacé contre une haie.




« Marles les Mines le 25/7/45.

Chers Amis,

Vous avez du me trouver bien impoli et ingrat de ne pas encore avoir reçu de mes nouvelles. C’est que voyez-vous je suis assez paresseux et je remets toujours au lendemain. Ce n’est pourtant pas que je vous ai oublié, rassurez-vous. A la pensée que ma lettre va à nouveau vous rappeler un souvenir de ce cher Lucien et ainsi vous rouvrir une plaie si douloureuse je repoussais chaque jour ma lettre jusqu’au jour où j’ai pensé que j’allais paraître impoli. Excusez-moi de parler du passé qui vous est si triste mais je sais ce que vous attendez de ma lettre. Hélas ! Je ne pourrais vous donner plus amples détails que ceux que vous connaissez déjà sur la mort de Lucien. Si vous le permettez je vais vous dire ce que j’en sais. Le lendemain de la mort de Lucien, j’étais arrêté dans un petit village couché sur un trottoir  quand tout-à-coup je me senti réveiller par un sergent de sa section m’annonçant cette triste  nouvelle, je ne pouvais en croire mes oreilles. De suite j’ai été trouvé son chef de section qui était cantonné dans une rue voisine, lui demandant de plus amples détails. Il me répondit ceci : «  Nous avions devant nous des chars ennemis qui devaient nous attaquer d’un moment à l’autre, ils étaient dans un petit bois[51] devant nous. Caudmont fut envoyé en reconnaissance avec son groupe avec mission de rapporter quelques renseignements et aussi de se défendre à la grenade contre les chars s’ils se trouvaient en présence d’eux. C’est ce qui se produit. Nous avons vu Caudmont tomber  et devant l’attaque imposante de chars nous nous sommes repliés. De son groupe, quelques hommes seulement ont pu rejoindre nos lignes, nous apportant la confirmation des morts ».

Après avoir repris un peu de mon courage je me suis informé de son sac inférieur ou plutôt j’ai essayé de trouver son sac pour vous faire parvenir ce qui restait à sa propriété. Mais hélas ! Pas plus le sien que le mien n’étaient retrouvables puisque les camions avaient filés devant pour des destinations inconnues.

Puis je n’ai plus rien su jusqu’au jour où je fus prisonnier. Il s’est produit, dans un cantonnement pour prisonnier dans une espèce de couvent, j’étais couché à côté d’un soldat du 43 et la première chose que je lui ai demandé : quelle compagnie es-tu ? Il me répondit de la 1ère - donc tu connais le sergent Caudmont – je pense bien me dit-il c’était mon chef de groupe. Pour savoir si le malheur était réel car j’en doutais encore un peu, je lui ai demandé : qu’est-il devenu, est-ce qu’il est prisonnier – Il me répliqua : «  Non malheureusement il n’est pas prisonnier ; j’étais à côté de lui lorsqu’il est tombé. Nous nous sommes trouvés en présence d’un char et Caudmont en tête de son groupe a ordonné l’attaque du char à la grenade, il a donc couru vers le char pour se mettre le plus rapidement possible dans son angle mort afin de placer une grenade sous les chenilles mais le char manœuvra sa tourelle rapidement et le frappa d’une balle en plein front, la mort fut instantanée, sans aucun cri, aucune plainte, aucune souffrance ». Ceci vous le savez se passait devant Baulers un jour dont j’ai oublié la date entre 7 et 9h du soir, si mes souvenirs sont exacts.

Comme vous voyez d’après mon adresse j’ai demandé à rester dans l’armée mais je le regrette déjà. Je garde les prisonniers allemands et le service est assez dur, de plus, je suis encore séparé de ma famille, et il n’y a rien à faire pour être muté à Cambrai car je voudrais être instructeur à la préparation militaire «  La Cambrésienne. » Au point de vue avancement, vous voyez je suis encore sergent et je ne vois rien venir de toutes les promesses qui nous ont été faites aussi vais-je demander l’intendance et puis après si possible préparer un emploi civil.

Je termine en vous envoyant toutes mes bonnes amitiés en attendant d’avoir le plaisir de vous revoir. Sergent Griffart Philippe 313e Cie de G.P.G. Marles-les-Mines Pas-de-Calais »

Le nom de CAUDMONT Lucien est repris sur le Monument aux morts de Saint-Satur.

Sa dépouille a été rapatriée en France et repose dans le caveau familial au cimetière de Thauvenay (18) dans le Cher.

Sur les trois soldats français tués à Baulers, nous ne sommes parvenus à mettre un visage que sur le nom de Lucien CAUDMONT, grâce à sa sœur Jacqueline, en vie et de dix ans sa cadette.


Ferme Hanneliquet jusqu’en 1949

On remarque qu’il existait une haie sur la gauche de la photo en bord du chemin qui longeait la grange, probablement celle où Joseph BURTON aurait retrouvé Lucien CAUDMONT.

A droite du mur d’enceinte de la ferme [du côte de la chapelle] était positionné le canon de 25 du 1/43. L’affût du canon est toujours présent et enterré à +/- 4 mètres de profondeur [voir plan ci-après].

Interview de Lucien GLIBERT, dernier bourgmestre de Baulers :

«  Les Baulersois ont vu arriver les troupes françaises en particulier dans le château de Monsieur de Ramaix qui était bourgmestre et dans la ferme du chapitre occupée par mon père. Les Français ont pris leur position sur le dessus de Baulers au lieu dit Hanneliquet, c’est l’endroit le plus élevé de Baulers qui domine la plaine s’étendant vers l’est, c’est-à-dire vers Genappe, vers l’Allemagne d’où les troupes ennemies devaient arriver. Là, il y eut un combat qu’on a appelé la bataille de Baulers. Au cours de ce combat, 3 Français ont été tués qui ont été enterrés sur place. On les a déterrés par la suite pour les mettre dans le cimetière de Baulers avant qu’ils ne soient rapatriés en France. Il y eut aussi un ou deux Allemands tués[52]

Selon le témoignage de Henri HAUTIER, époux Marie-Louise SEUTIN et Henri Firmin HAUTIER, son père, deux soldats français auraient été abattus et enterrés dans la prairie située à l’arrière de leur ferme dans la portion cadastrée section C 3c le long du chemin du Trou du Bois, quasi à la limite entre deux terres et sous un arbre [qui aujourd’hui a disparu].


Lors de récentes et très succinctes fouilles, plusieurs éléments ont été retrouvés, ils sont resitués sur la carte ci-après :

  1. une lame de chargement de 5 cartouches MAUSER
  2. une munition de 7,92 m/m MAUSER
  3. une douille de 8 m/m LEBEL
  4. une tête de balle
  5. une tête de balle
  6. une tête de balle
  7. une douille de 8 m/m LEBEL


LES COMBATS AU CHATEAU BOUILLON

Nous reproduisons ci après des extraits du « Journal des marches et opérations du parc d’artillerie divisionnaire n° 1 »[53] :

Pages 8 et 9 :

« 13 mai     - le P.A.D. stationne à Baulers à 3 kms N.E. de Nivelles. 

14 mai     - Mêmes cantonnements.

Vers 11h. le P.A.D. est violemment bombardé par avion à trois reprises différentes, par des avions volant assez haut.

Il y a un tué le chauffeur RICHE et 14 blessés dont 12 ont été évacués par le médecin du P.A.D. entre 12h. et 13h. 4 ou 5 blessés sont dans un état grave. Dégâts matériels : 1 touriste hors de service, 1 touriste abimée, 3 camions incendiés, 2 camions hors de service, 2 motocyclettes hors de service. Rien à signaler à la S.A.M.

16 mai      - Suivant ordre verbal donné sur place par le Colonel commandant P.A.D., le P.A.D. doit se tenir prêt à faire mouvement.

L’ordre est envoyé vers 1 heure du matin ; le P.A.D. se transporte au bois de Baudemont en évitant Nivelles.

A 17h. le P.A.D. reçoit l’ordre de se transporter par un premier mouvement sur le bois de la Houssière sortie ouest de Henripont, où il attendra la 2e partie de l’ordre de mouvement.

Nouveau cantonnement : Maisny-St-Jean. »

Pages 22 et 23 :

«  Les Combats de la Dyle.

Pour le mouvement vers la Belgique, où la 1re D.I.M. doit prendre position, le P.A.D. est rattaché au 3e échelon de la division, dont le départ est fixé au jour J3 – le 12 mai. Initialement, le mouvement était prévu en deux étapes ; en raison de l'attitude de l'ennemi, il est prescrit en une seule étape, celle-ci est amorcée le 12 au soir, elle se poursuit au cours de la nuit du 12 au 13, pour s'achever le 13 au matin. Itinéraire par Péronne, Cambrai, Valenciennes, Mons, Soignies et Nivelles.

Pour l'étape de nuit, l'itinéraire est balisé par une série de lanternes électriques posées à même le sol sur la bordure de la route ; la colonne se déplace tous feux éteints. Survol par de nombreux avions que recherchent les projecteurs de notre D.C.A. ; on entend un certain nombre de bombardements, pas d'accidents dans la colonne, au passage on discerne les trous de bombes.

Néanmoins, parcours relativement aisé et coulant, mais au delà de Braine-le-Comte, la conduite des camions exige bon nombre d'acrobaties de la part des conducteurs du fait des routes étroites et tortueuses avec de multiples raidillons.

Au début de l'après-midi du 13, arrivée à Baulers, splendide accueil de la population, si bien que l'installation au cantonnement-bivouac est particulièrement facilitée.

De suite s'organise le ravitaillement en munitions des batteries déployées à une quinzaine de

kilomètres de Baulers, sur la position de la Dyle. Le soir même, le « détachement de munitions » et la S.M.A. entrent en action, les opérations de ravitaillement se poursuivront sans interruption jusqu'au 15 après-midi.

Le 14 au matin, la compagnie d'ouvriers, pourtant bien camouflée sous les arbres du parc du château, est en butte à des mitraillages d'avions ; elle doit, sans plus tarder, s'occuper sérieusement de l'aménagement d'un nombre suffisant d'abris.

Le 15 mai, à partir de 11 heures, à trois reprises différentes, le cantonnement est sévèrement bombardé par l'aviation ; les escadrilles volent assez haut, elles larguent généreusement des bombes incendiaires, puis des bombes explosives. L'occupation des caves et abris est immédiatement ordonnée, mais une partie du personnel ne peut s'abriter avec assez de célérité; de lourdes pertes s'ensuivent : le chauffeur RICHE est tué, le brigadier-chef BAUDUIN et l'ouvrier RAVAUX, grièvement blessés, succombent peu après, 12 hommes sont blessés[54].

Les dégâts matériels sont sérieux, 7 véhicules sont mis hors service ou incendiés. De graves accidents sont évités grâce à la présence d'esprit et au courage de chauffeurs qui, animés par les officiers et les cadres, parviennent à éloigner des incendies les camions chargés de munitions.

Au début de l'alerte, le P.C. fonctionnait au château ; cédant aux conseils – à peine respectueux, dit-on – ses occupants avaient, en rechignant, émigré vers les caves voisines : déplacement fort opportun ! Peu après le P.C. se trouvait en effet complètement écrasé, mais sans accident de personnes.

Le 15 au soir, à la nuit tombée, ordre est donné au P.A.D. de quitter Baulers et de se porter au bois de Baudemont, 5 km plus à l'ouest, en évitant la traversée de Nivelles où des incendies sévissent depuis plusieurs heures. Le repli est consécutif à celui qu'effectue la division.

Le mouvement s'achève le 16 au matin ; vers 17 heures, il est prescrit de le reprendre et de se porter dans un premier temps au bois de la Houssière, situé sur la rive ouest du canal de Charleroi. En fin de journée, ordre est donné de venir stationner au nord de Mons, à Masnuy et les Bruyères. Simultanément, le P.C. de la division vient s'installer à Casteau, sur la route de Mons à Soignies.

Arrivé au cantonnement vers 3 heures le 17, le P.A.D. doit se tenir prêt à poursuivre son reflux vers l'ouest à partir de 16 heures.

Vers 20 heures, arrive l'ordre de départ, avec première destination Péruwelz (7 km nord de Condé-sur-Escaut). Arrivé en ce point le 18 au petit jour, le P.A.D. s'installe au bivouac à proximité immédiate de la frontière, au bois de Bonsecours. Le mouvement est repris en fin de matinée, avec seconde destination Vieux-Condé, rive nord du canal de Mons, où la formation doit cantonner. En fin de journée, le commandant du P.A.D. est informé que la destruction du pont sur le canal peut être ordonnée à bref délai ; la prudence conseille donc de se reporter en rive sud, même en l'absence d'ordre à ce sujet. Cette solution est adoptée, le parc fait mouvement dans la seconde partie de la nuit et vient stationner dans la forêt de Vicoigne le 19, puis aux environs de Marchiennes où se regroupent des éléments du 215e R.A.

Au total : les 12 et 13 mai, étape vers la Dyle ; les 14 et 15 mai, opérations de ravitaillement sur la position Dyle, du 16 au 19 mai reflux vers l'Escaut de Condé où commence une nouvelle phase de combats, en vue de la défense immédiate du territoire français. »

« A tout instant, on est obligé de se réfugier à la cave. Une soixantaine de bombes tombent au village à différents endroits, entr’autres une au coin du château de Monsieur de Ramaix et une autre en face du monument, celui-ci a été ébréché à plusieurs places. Deux camions de munitions des Français cachés sous les arbres des allées du château sont bombardés. Un soldat français, blessé à mort, a heureusement le temps de recevoir les derniers sacrements. Il a été enterré provisoirement dans le parc »[55].


Château Bouillon du temps de DE RAMAIX

RICHE Roger

Né le 26 avril 1912 à Fourmies (59), Roger RICHE appartenait au 1er P.A.D. (Parc d’Artillerie Divisionnaire). Il décède le 15 mai 1940 à Baulers dans le parc du château DE RAMAIX, suite aux bombardements de l’aviation ennemie. Tout comme Lucien CAUDMONT et Maurice VAN DAELE, il a été inhumé dans le cimetière de Baulers en octobre 1940.





Son corps a été exhumé le 15 septembre 1949 et inhumé à Nogent-sur-Marne (tombe familiale). Ses obsèques eurent lieu le 27 octobre 1949. Son épouse Gabrielle habitait 59 rue d’Avon à Fontainebleau (Seine et Oise).[56]

BAUDUIN Maurice et RAVAUX Pierre

Le « Journal des marches et opérations du parc d’artillerie divisionnaire n° 1 », nous apprend que deux autres soldats français ont trouvé la mort suite aux  bombardements, il s’agit du brigadier-chef BAUDUIN et de l'ouvrier RAVAUX, d’abord grièvement blessés, ils succomberont à leurs blessures peu après.

BAUDUIN Maurice Armand Victor est né à Lille (59-Nord) le 21 mars 1911 et décédé à Cambrai à l’Hôpital Parmentier le 25 mai 1940. Il était Brigadier-chef à la 1ère Compagnie du Parc d’Artillerie Divisionnaire d’Infanterie n° 1.

Le nom de ce militaire est inscrit sur le Monument aux Morts d’Haubourdin (59-Nord)


Dans l’ancien cimetière de Baulers, il ne subsistait qu’une croix en béton sans inscription à l’endroit précis de l’ancienne croix en bois de Lucien CAUDMONT.

Ce qui porte à cinq le nombre de victimes françaises décédées des suites de la bataille de Baulers.

L’A.S.B.L. « DU COTE DES CHAMPS » a rénové la tombe des trois soldats français et a remplacé notamment la croix de béton par une croix de bois sur laquelle est peint le nom des victimes, en se rapprochant le plus fidèlement possible du modèle original. Une plaque émaillée a été placée à la ferme Hanneliquet en souvenir de la mort de Lucien CAUDMONT.

De plus, en collaboration avec la Ville de Nivelles et l’A.S.B.L. « N.H.M.A. », une journée du souvenir a eu lieu le 16 mai 2011 à la ferme Hanneliquet, elle a été honorée de la présence de Roger THEVENIN, probablement le dernier soldat français ayant combattu à Baulers en mai 1940 et de Jacqueline BIETZ, sœur de Lucien CAUDMONT.









LISTE DES ABREVIATIONS

C.A.                            Corps d’Armée

D.I.                             Divisions d’Infanterie

D.I.M.                                    Division d’Infanterie Motorisée

D.M.                           Division Marocaine

D.I.N.A.                     Division d’Infanterie Nord-Africaine

D.I.M.                                    Division Légère Mécanique

R.I.                             Régiment d’Infanterie

R.T.M.                                    Régiment de Tirailleurs Marocains

R.A.D.                               Régiment d’Artillerie Divisionnaire

R.I.F.                          Régiment d’Infanterie et Forteresse

G.R.D.                                   Groupe de Reconnaissance Divisionnaire

D.C.A.                                   Défense contre Avions

C.A.C.D.                    Compagnie Antichars Divisionnaire

C.R.M.E.                    Compagnie Régimentaire Mitrailleuses et Engins

C.H.R.                                    Compagnie Hors rang

2/43                            2e Bataillon du 43e

III/15e                                     IIIème groupe du 15e d’Artillerie

C.A./1                         Compagnie d’Accompagnement du 1er Bataillon

S.M.                            Section de Mitrailleuses

F.M.                            Fusil-Mitrailleur

(Extrait de l’ouvrage Royal des Vaisseaux dans la tempête de Pierre VEYRIER DU MURAUD, Colonel en retraite, commandant le 43ème R.I. en 1940)

BIBLIOGRAPHIE

 

Ouvrages et autres écrits

 

  • Journal des marches et opérations du parc d’artillerie divisionnaire n° 1, Artillerie 1939-1940. Référence 34N744, Dossier 1, transcrit par Paul CHAGNOUX, 2008, disponible sur www.ancestramil.fr.
  • Le 43e R.I. dans la bataille de France 1940, plaquette réalisée sous l’égide de l’ « Amicale des Anciens 43e RI » à l’occasion du cinquantième anniversaire des combats de mai-juin 1940.
  • ARTIGES (Cl.), Avec ceux du 43ème RI, de la Belgique à Dunkerque, Bruxelles, Editions DEREUME, 1972.
  • LORY (J.) et BURNOTTE  (E.), La seconde guerre mondiale dans le Brabant wallon : Baulers 1989-1990. Séminaire d’histoire contemporaine.
  • RASCLE (P.), Colonel - Officier d’active, Mère, voici tes fils qui se sont tant battus, ouvrage à paraître qui traitera des combats du 43e R.I. en 1940.
  • Sœur Thérèse-Marie, Cours d’histoire locale de la commune de Baulers, Etablissements I.P.C.A., Ixelles, 1949.
  • VEYRIER DU MURAUD (P.), Colonel en retraite, Royal des Vaisseaux dans la tempête, Rennes-Paris, Imprimeries Oberthur, 1954.

Témoignages, informations et photos recueillis

  • ARTIGES Georges et son épouse Josée, photos offertes, photos extraites du livre de Cl. ARTIGES (avec l’autorisation de Georges ARTIGES) et copie de la dédicace réalisée par Cl. ARTIGES à l’attention de son filleul, Thierry.
  • BIETZ Jacqueline (sœur de Lucien CAUDMONT, sergent du 43ème R.I.. ayant combattu à Baulers, décédé le 16 mai 1940, à l’âge de 20 ans), photos, courriers et témoignage.
  • BODDAERT Jean (gardien du cimetière de Hazebrouck), photos.
  • CARDON J., photos.
  • COSTA Achille, témoignage.
  • Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle des Armées (E.C.P.A.D.), photos.
  • GARIN Denise et Christian, photo de la collection de Jean DERMONNE.
  • MARIN Joseph, témoignage.
  • PELSMAEKERS Paulette (Cercle d’Histoire et Comité du Souvenir Franco-Belge de Court St Etienne), informations.
  • Photos du 43e R.I.
  • RASCLE Paul, photos et témoignages de tiers.
  • THEVENIN Roger (dernier soldat survivant ayant combattu en mai 1940 à Baulers), photos, témoignage et courriers.
  • VERHELST Mireille (bénévole à la S.A.N.), informations.
  • DEFLORENNE (X.), « Aux oubliés de l’Histoire, Approche de l’impact des conflits sur le paysage funéraire de Wallonie », dans Les Cahiers de l’Urbanisme, n° 65, septembre 2007, pp. 77-81.

PLANS DE LA BATAILLE








 

Le livre est en vente au prix de 25 € au siège de l'ASBL :

rue de Dinant, 69
1401 Baulers
Tf 067/842198.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] DEFLORENNE (X.), « Aux oubliés de l’Histoire, Approche de l’impact des conflits sur le paysage funéraire de Wallonie », dans  Les Cahiers de l’Urbanisme, n° 65, septembre 2007, pp. 77-81.

[2] On lira avec plaisir le remarquable ouvrage des historiens BOUCKHUYT (M.) et WALLE (J.Cl.), Sépultures des victimes de guerres inhumées dans les cimetières communaux de Comines-Warneton, Etudes et documents édités par la Société d’Histoire de Comines-Warnetont de la Région, t. XI., Warneton, 2007.

[3] Cependant, Sœur Thérèse-Marie situe la date de l’inauguration du monument le 15 mai 1945 (voy. Sœur Th.-M., Cours d’histoire locale de la commune de Baulers, 1945).

[4] Selon Sœur Thérèse-Marie, il faudrait ajouter à la liste : GOSSIAUX Fernand et LESOIL Joséphine [dénommée Fine Cacar] (Sœur Th.-M., op. cit.). Le 15 mai 1940, la population a du évacuer suite aux bombardements. D’après Joseph Marin, baulersois, Joséphine ne serait jamais rentrée de France (témoignage recueilli par l’auteur).

[5] Dans les années 1967-1969, les corps des soldats français non réclamés (dont ceux de Cortil-Noirmont) ont été exhumés pour être inhumés à Chastre. Il n’y reste aujourd’hui que six soldats du 43ème R.I. sur la cinquantaine décédée en Belgique.

[6] Sœur Th.-M.., op. cit..

[7] Extrait de l’ouvrage La seconde guerre mondiale dans le Brabant wallon : Baulers, J. LORY et E. BURNOTTE, Séminaire d’histoire contemporaine, 1989-1990.

[8] Le 43e R.I. dans la bataille de France 1940, plaquette réalisée sous l’égide de l’ « Amicale des Anciens 43e RI » à l’occasion du cinquantième anniversaire des combats de mai-juin 1940.

[9] Ibidem.

[10] Ibidem.

[11] Selon Claude ARTIGES, « [l]e 1/110e a été aux trois quarts anéanti et le chef de bataillon Chuillet, tué » (Cl. ARTIGES, Avec ceux du 43ème Rgt d’Infanterie de la Belgique à Dunkerque, Bruxelles, Editions DEREUME, 1972.

[12] Le témoignage d’Achille COSTA de la 7ème Cie, 2ème Bat, semble contredire cette heure : « Nous arrivons à Baulers où l’on nous place selon la coutume en pleine nature. A peine arrivés, il faut se préparer à recevoir l’assaut […]. Vers 15h00, nous entendons siffler les premières balles, nous ripostons. L’ennemi est là, tout près» (extrait de Mère, voici tes fils qui se sont tant battus, ouvrage en cours d’écriture du Colonel P. RASCLE, Officier d’active).

[13] P. VEYRIER DU MURAUD (Colonel en retraite - commandant le 43e R.I. en 1940), Le Royal des Vaisseaux dans la tempête.

[14] Témoignage du Capitaine DEWIDEHEM, 6e Cie, 2e Bat. : « Vers 20h00, deux automitrailleuses ennemies tombent dans mon sous-quartier sous le feu des armes automatiques. Elles font demi-tour et se représentent ensuite sur le front du 1er Bataillon » (cité par le Colonel P. RASCLE, op. cit..).

[15] P. VEYRIER DU MURAUD, op. cit..

[16] Roger THEVENIN se rappelle que lors de l’attaque, il n’aurait pas tiré un seul coup de canon (témoignage recueilli par l’auteur).

[17] Colonel P. RASCLE, op. cit..

[18] Extrait d’un courrier transmis par Monsieur Achille COSTA à Monsieur CARDON le 24 juin 1994.

[19] COMPOSITION DU C.M.R.E. :

« Commandant de la Compagnie : Capitaine (TT) ROUBAUD Victor

Aspirant BARTHELEMY Roger

Chef de section de Mitrailleuses de 20 mm : Lieutenant VALAT André

SOA : Sous-lieutenant GUELTON

Chefs de groupe

Chef de section mitrailleuses : Sous-lieutenant ® GUELTON Henri

SOA : SCH VANDENBERGHE

Chefs de groupe : Sgt CAPIAUX Pierre

Chef de section Canon 25 : Lieutenant DESPINOY Pierre

SOA : Adjudant-chef HOUZIAU

Chefs de groupe : Sgt SCREVE, Sgt DESWARTE, Caporal LIGOT

Chef de section Mortiers 81 : Lieutenant ® MAERTEN

SOA : Adjudant CUVILLIER

Chefs de groupe : Sgt CALONNE, Sgt HOTELART 

[20] Le corps de Maurice VANDAELE a été exhumé le 10 octobre 1940 pour être inhumé au cimetière de Baulers.

[21] Le 43e R.I. dans la bataille de France 1940, plaquette réalisée sous l’égide de l’ « Amicale des Anciens 43e RI » à l’occasion du cinquantième anniversaire des combats de mai-juin 1940.

[22] Cl. ARTIGES, op. cit..

[23] Dans une lettre datée du 25 juillet 1945, Philippe GRIFFART raconte que son ami Lucien CAUDMONT n’est pas mort dans la cour de la ferme Hanneliquet, mais bien en attaquant un char (document transmis à l’auteur par Madame J. BIETZ).

[24] Il s’agit de Philippe GRIFFART, un ami avec lequel il a passé une partie de ses études.

[25] Le 43e R.I. dans la bataille de France 1940, plaquette réalisée sous l’égide de l’ « Amicale des Anciens 43e RI » à l’occasion du cinquantième anniversaire des combats de mai-juin 1940.

[26] Le 43e R.I. dans la bataille de France 1940, plaquette réalisée sous l’égide de l’ « Amicale des Anciens 43e RI » à l’occasion du cinquantième anniversaire des combats de mai-juin 1940.

[27] Chef du Corps d’Armées.

[28] Commandant la 1ère Division d’Infanterie Motorisée.

[29] KAUFFMANN Albert soldat de 2e cl, recruté à Thionville le 27 octobre 1938, classe 38, matricule 372, ferblantier de profession, marié, originaire de la Moselle, faisait partie de la 1ère Cie, 4e Section 12e Groupe.

[30] Renseignements fournis par Madame Paulette PELSMAEKERS.

[31] Cl. ARTIGES, op. cit..

[32] Tatahouine est un camp disciplinaire de la légion étrangère, situé dans le Sud tunisien. Ce camp portait le nom de « bat d’Af » ou « batdaf »  Bataillons d’Afrique.

[33] P. VEYRIER DU MURAUD, op. cit..

[34] P. VEYRIER DU MURAUD, op. cit..

[35] En fait, le branlebas dont parle Lucien s’est produit le 15 janvier suite à une alerte qui conduisit le régiment à Caudry, près de Cambrai. Le lendemain après-midi, c’est le retour aux cantonnements de l’Oise.

[36] Un « POTEZ » est un avion français civil ou militaire. Henri POTEZ a produit notamment des bombardiers pour l’armée française.

[37] Le 43e R.I. dans la bataille de France 1940, plaquette réalisée sous l’égide de l’ « Amicale des Anciens 43e RI » à l’occasion du cinquantième anniversaire des combats de mai-juin 1940.

[38] P.VEYRIER DU MURAUD, op. cit..

[39] Le 43e R.I. dans la bataille de France 1940, plaquette réalisée sous l’égide de l’ « Amicale des Anciens 43e RI » à l’occasion du cinquantième anniversaire des combats de mai-juin 1940.

[40] Ce que décrit Lucien se serait donc passé entre Blanmont et Hévillers. Avant de se trouver à Baulers, le 43e R.I. était à Blanmont-Hévillers - Court St Etienne (Sart-Messire-Guillaume) où se situait le PC du Chef de Corps, le Colonel Veyrier du Muraud.

[41] Cl. ARTIGES, op. cit.. : De père belge, lui-même ancien combattant et prisonnier de guerre en 14-18, et de mère française, Claude Artiges est né en France, chez ses grands-parents maternels, dans les Pyrénées, mais il a toujours vécu en Belgique.
A dix-huit ans, il a opté pour la France et, devançant l’appel, il s’y est engagé à l’armée. Mobilisé en 1939, il a participé en 1940 avec le 43e Régiment d’Infanterie, aux rudes combats en Belgique.

Evacué vers Dunkerque, puis embarqué vers l’Angleterre, il est revenu en France avec son Régiment pour y continuer le combat. Mais, la capitulation française est intervenue, il a été fait prisonnier par les Allemands et déporté dans une ferme de l’Allemagne profonde.

Au cours de cette captivité, qui a duré cinq ans, il a tenté de s’évader en compagnie de l’un de ses camarades. Mais, comprenant très vite que les chances de réussir une évasion à deux étaient très minces, ils ont décidé de se séparer. Ne possédant qu’une seule boussole, ils l’ont tirée au sort et, Claude ayant perdu, il a néanmoins réussi à parcourir de nombreux kilomètres jusqu’au jour où, caché dans un bois, il a été repéré par les chiens d’une patrouille allemande et repris.

Envoyé d’abord en « Strafkommando » [commando de répression] pour y travailler en usine, il a été par après, et heureusement pour lui, renvoyé dans la ferme d’où il s’était enfui. Ceci, d’après les Allemands, pour prouver aux autres prisonniers qu’une évasion était inutile et toujours vouée à l’échec.
Il a été libéré à la fin de la guerre par les Américains. Ceux-ci, devant son complet dénuement, lui ont offert un Battle-dress. Et c’est d’ailleurs en Battle-dress qu’il a assisté au mariage de son cousin Georges en janvier 1946 [voir photo ci-dessus]. Après la guerre, Claude a fondé une famille à Bruxelles où il a développé et dirigé une importante firme d’encadrements. Il y est décédé en 2005 à l’âge de 87 ans.

[42] Joseph MARIN d’Alzémont raconte l’arrivée des soldats français : « Mon père était fermier, il avait des vaches à l’étable et des chevaux à l’écurie. Lorsque les Français sont arrivés le 16 mai 1940 dans l’après-midi, notre maison a été réquisitionnée. Nous avons du enlever nos bêtes, même les cochons et les mettre en prairie. Les soldats ont installé leurs chevaux dans l’écurie et dans l’étable, puis ils ont répandu de la paille sur le sol de la maison pour s’y reposer. Nous sommes allés passer la nuit chez le fermier Henri Lambert. Lui et mon père avaient décidé de quitter le village dès le lendemain pour se rendre en France. Au hameau d’Alzémont, il ne restait que deux familles, les autres étaient tous partis. Le chariot était prêt à partir vers 8 heures du matin. Les Français avaient déjà quitté les lieux, j’ignore à quelle heure ils sont partis et s’ils avaient  passé la nuit sur place. Arrivés à la chaussée, nous avons été arrêtés par les Allemands, ils nous ont demandé de rebrousser chemin car il était impossible de passer, Nivelles avait été bombardée et était en feu » (témoignage recueilli par l’auteur).

[43] Cl. ARTIGES, op. cit..

[44] Il ne restait qu’un seul canon de 25 mm selon Cl. ARTIGES : « l’autre, je viens de l’apprendre, a été détruit par une bombe d’avion à Hévillers».

[45] P. VEYRIER DU MURAUD, op. cit..

[46] Louis ANDOCHE, caporal chef de pièce au 43e R.I., né à Tressin (59-Nord) le 5 juillet 1918, est décédé à Bruxelles (probablement à l’hôpital militaire 1/164) des suites de ses blessures le 6 juin 1940. Inhumé dans le cimetière de Bruxelles-capitale où son nom est toujours inscrit dans le Carré Militaire, sa dépouille mortelle a été rapatriée en France le 12 septembre 1949. Son nom figure sur le monument aux Morts de Tressin et sur le mémorial du 43e R.I. à Bruille St Amand (informations transmises à l’auteur par Madame Paulette PELSMAEKERS).

[47] Cl. ARTIGES, op. cit..

[48] Le 43e R.I. dans la bataille de France 1940, plaquette réalisée sous l’égide de l’ « Amicale des Anciens 43e RI » à l’occasion du cinquantième anniversaire des combats de mai-juin 1940.

[49] Joseph était le père de Jean. Ce dernier, prisonnier et résistant durant la guerre de 1940-1945, est en 1920 et décédé en 1987. Il avait été capturé à Boulogne le 22 mai 1940 et envoyé en captivité à Sandbostel et Hambourg. Il sera libéré le 1er juin 1945.  Joseph était le grand-père d’André BURTON, acteur, comédien, chanteur, compositeur, professeur. Celui-ci avait écrit pour Nicole Croisille et Plastic Bertrand. Il est né à Nivelles le 28 avril 1946 et décédé à Nivelles le 26 septembre 1995. Il a été enterré au cimetière de Baulers. Julos Beaucarne, qui assistait à son enterrement, lui avait lancé un dernier « Adieu, vieux fou ! ».

[50] Témoignage de Madame Jacqueline BIETZ,  recueilli par l’auteur.

[51] Le bois où se trouvaient les chars dont question dans la lettre de Philippe GRIFFART se situe le long de la chaussée de Bruxelles, au « Croissant ».

[52] J. LORY et E. BURNOTTE, op. cit..

[53] Journal des marches et opérations du parc d’artillerie divisionnaire n° 1, Artillerie 1939-1940. Référence 34N744, Dossier 1, transcrit par Paul CHAGNOUX, 2008, disponible sur www.ancestramil.fr.

[54] « Le souvenir du séjour du P.A.D. 1 à Baulers a donné lieu à une série de touchantes manifestations de sympathie de la part des autorités communales et de la population, envers les combattants français de mai 1940.

Le canonnier RICHE Roger avait été hâtivement inhumé par ses camarades le 15 mai au soir dans le parc du château ; son corps fut transféré au cimetière communal le 11 octobre suivant, à l'occasion d'un service funèbre organisé à la mémoire de RICHE et de deux autres soldats français également tués à Baulers.

Le nom de RICHE et de ses deux compagnons figure sur la plaque commémorative, dressée face au Monument de 1914-1918, par la commune à « ses héros morts pour la Patrie en 1940-1945 » ; quatre soldats belges et six civils. Le monument fut inauguré le 15 mai 1945, date anniversaire des combats sur la Dyle.

En mai 1950, lors du Pélerinage sur la Dyle effectué par les « Anciens artilleurs du 15e de Douai », une cérémonie fut spontanément organisée en leur honneur par les autorités communales et la population de Baulers, en présence du représentant du Gouverneur de la Province, venu lui aussi par une attention particulièrement appréciée accueillir la délégation que conduisait le colonel A[rdouin]-D[umazet], le commandant du 15e R.A. de mai 1940. Le ton des allocutions de bienvenue, les chants de la Marseillaise et de la Brabançonne repris en chœur par les grands et par les enfants ont profondément ému les artilleurs visiteurs de Baulers.

La Sœur supérieure de l'école paroissiale a fait don aux artilleurs de Douai du « Cours d'histoire locale de la

commune de Baulers », une magnifique plaquette qui évoque tous les aspects et les fastes de Baulers ; une place de choix y est consacrée au souvenir des combattants français de mai 1940 et à la commémoration des faits patriotiques locaux, auxquels la mémoire de nos camarades est constamment associée.

De tout cœur merci à nos vaillants amis belges.» (Journal des marches et opérations du parc d’artillerie divisionnaire n° 1, Artillerie 1939-1940. Référence 34N744, Dossier 1, transcrit par Paul CHAGNOUX, 2008, disponible sur www.ancestramil.fr).

[55] « Une bombe tombe sur le château de Bouillon où un Français est tué », in J. LORY et E. BURNOTTE , op. cit..

[55] Sœur Th.-M.., op. cit..

[56] Photos Sébastien-EYCHENNE, Maire-Adjoint du Devoir de Mémoire et de la Sécurité Nogent-sur-Marne.



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