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Les étranges transports des paquebots
Elisabethville I en 1917 et II en
1945 Le paquebot Elisabethville N°1
transportait, en 1917, 12 kg de diamants et le N°2, en 1945, six cents épouses
dont Renée Many… L’Elisabethville N°1 Le trésor de l’Elisabethville 1 Le paquebot Elisabethville 1 eut
une fin tragique puisqu’il fut torpillé le six septembre 1917 au large de
Belle-Ile. Le navire parti du Congo avait, peu de temps avant, livré à La Pallice, le port de la Rochelle un chargement de noix
palmistes et se dirigeait vers l’Angleterre. Quand le capitaine en second
découvrit le sous-marin U71, à 150 mètres de son bateau, le capitaine Dorchain décida de l’éperonner. Le navire manqua l’abordage
de quelques mètres puis fut malheureusement rapidement torpillé au niveau de sa
salle des machines. 13 hommes qui étaient de quart s’y sont noyés (1 officier
mécanicien belge, 1 officier mécanicien anglais, 11 chauffeurs et soutiers
noirs) Heureusement les passagers eurent le temps d’être évacués dans les
barques de sauvetage qui furent tractées par une vedette (V30), accourue au
bruit de l’explosion, jusque Palais, le port de Belle-Ile-en-Mer. Le navire
coulé possédait dans ses cales 30 tonnes d’ivoire et, caché quelque part sur le
pont, 12 kg de diamant.
11 ans plus
tard, le 3 juillet 1928, le navire Artiglio localisa
l’épave et envoya une équipe de scaphandres explorer l’épave. Une aventure
dangereuse car les scaphandriers utilisaient des bonbonnes d’oxygène pur très
toxique et susceptible de provoquer des convulsions déjà à quatre mètres de
profondeur. Ces plongeurs réussirent cependant l’exploit de remonter son
coffre-fort. Le coffre-fort fut ouvert la nuit même de sa découverte en
présence d’un officier ministériel. Il ne contenait que de l’argent, un peu
d’or et des paquets ficelés dont le contenu ne fut jamais précisé dans un
compte-rendu officiel. Le 3 novembre 1928, l'ancien chalutier, chercheur de
trésor, leva l’ancre après quatre mois de plongées. Il avait rempli ses cales avec l’ivoire remonté mais
les diamants ne furent pas retrouvés !
Le coffre remonté par les plongeurs ne contenait pas de diamants
Le trésor de
diamants reste donc à trouver ! Avis aux amateurs ! Pour les marins
de l’Artiglio, les recherches des épaves se
terminèrent mal. Le 7 décembre 1930, le navire est appelé au large de Quibéron pour la destruction de l’épave du Florence-H[1] qui constituait un
gros danger pour la navigation. Les cales du navire sont vidées par les
plongeurs puis des explosifs sont placés pour disloquer l’épace.
Malheureusement, l’explosion est beaucoup plus importante que prévue et l’Artiglio est aspiré par les remous.12 des 18 marins
périssent.
Le Florence-H L’Elisabethville
N° 2
En mai
1940, face à l'invasion allemande, l'Élisabethville II fuit Anvers avec à son
bord la direction et le personnel de la compagnie maritime. Il rejoint le port
de La Pallice en France, avant de s'échapper vers la
Grande-Bretagne le 6 juin 1940.Transport de troupes : Réquisitionné à Londres
par le ministère britannique des Transports de guerre (MoWT),
il est repeint en gris militaire et sa gestion est confiée à la Lamport & Holt Line. Le Débarquement de Normandie :
Équipé pour le combat, il participe activement au débarquement de Normandie en
juin 1944. Intégré aux premières vagues d'assaut, il effectue de nombreuses
rotations périlleuses pour acheminer des troupes britanniques et américaines
vers la plage d'Utah Beach. Le pavillon
britannique : Vendu en 1947 au gouvernement britannique, il est rebaptisé
Empire Bure. La période grecque : En 1950, il est racheté par la célèbre
compagnie grecque Chandris (via la Charlton Steamship Co.) et prend le nom de Charlton Star. Il navigue
alors comme navire de transport d'émigrants et de croisière. Lors de la crise
de Suez en 1952, il sert de navire d'hébergement militaire à Tobrouk (Libye).
Fin de carrière : Transféré sous pavillon libérien en 1958 sous le nom de Maristrella, il est finalement revendu pour la ferraille et
démantelé à Osaka au Japon à partir du 19 janvier 1960. 600 femmes sur
le bateau en avril 1946 : Renée Mahy, l’une
d’entre- elles témoignera…
Renée (alias Ghislaine dans son livre)
Renée Mahy a
raconté dans un petit livre (600 femmes sur un bateau ou la relève des
ménagères, Editions Goemaere, 1988) son voyage
sur l’Elisabethville en 1945. La guerre avait séquestré les coloniaux au Congo
pendant quatre ans et il fallait maintenant assumer leur relève. Ils revinrent
en masse et durent être remplacés par de nouveaux agents qui s’embarquèrent,
dès septembre 1945, en célibataires car il fallait donner d’abord aux
travailleurs. Les épouses et enfants ne furent autorisées à rejoindre le Congo
que six mois plus tard. C’est ainsi que la jeune mariée de 23 ans, Renée Many, pu s’embarquer le 20 avril 1946 pour rejoindre son
mari, ingénieur des eaux et forêts qui lui, avait
embarqué le 18 octobre 1945 à bord de l’Alex Van Opstael.
Elle n’était pas la seule : il y avait plus de 600 femmes qui
s’embarquèrent ce jour-là sur l’Elisabethville 2. Les cabines furent réservées
aux épouses avec enfants tandis que les femmes seules logèrent dans une cale
aménagée en dortoir avec des hamacs. L’atmosphère y était sombre avec seulement
de petits hublots et l’aération déficiente. Les bagages eux dans des malles-requins
étaient confinées dans un local séparé. Les malles étaient peintes en noir avec
leur adresse écrite en grosse lettres blanches. Les passagères n’y avaient
accès que certains jours de la semaine.
Le papa de Renée
Zoé Pour une jeune femme, que de découvertes
dans ce voyage cependant mêlés avec la nostalgie de sa famille et de son
village ardennais (Sugny) voisinant la Semois (Sugny). La jeune femme pensait à son courageux père,
brigadier-forestier qui à 17 ans avait combattu comme volontaire dans l’armée
du roi Albert, à sa mère Zoé qui avait été aussi son institutrice dans la
petite école de son village. Heureusement, sur le bateau, les moments de cafard
sont interrompus par les causeries des passagères qui font connaissance puis
s’encouragent. Renée se souvint de plusieurs d’entre elles, notamment de Madame
Duchâtelet qui se rendait à Tschikapa
pour un dixième terme (3 ans X 10) ou encore de cette dame qui rejoignait son
mari après sept ans de séparation avec un fils de 17 ans et une fille de
16 ans et qui ne se souvenaient qu’avec peine de leur père. Sur le bateau, les
distractions étaient rares et les promenades sur le pont occupaient une bonne
partie de la journée. Parfois, une soirée dansante sur le pont des canots,
entre femmes et petit à petit avec l’un ou l’autre des membres de l’équipage.
Parfois aussi, un commissaire de bord invitait plusieurs jeunes femmes à venir
prendre un apéro dans sa cabine et à raconter leurs vies. Au fil du temps, le bateau ne
ressemblait plus à rien. A l’arrière,
séchaient des langes et les sous-vêtements féminins et on en voyait jusque dans
les couloirs. Un jour, les passagères rirent de bon cœur en apercevant la
combinaison de madame X s’envoler et qui, gonflées par le vent, rendait très
bien les formes de sa propriétaire !
Renée Mahy rêveuse sur le bateau Une escale à Ténériffe coupa la
navigation et permit aux jeunes femmes de visiter la ville de Santa Cruz. Puis
en approchant des tropiques, le commandant invita les passagères à porter leur
casque blanc. Un accostement
à Freetown pour charger du charbon. Renée allait rejoindre son mari et se
souvenait de leur première rencontre dans le bureau de l’ingénieur principal
des Eaux et Forêts où elle cherchait certains renseignements pour alimenter le
mémoire (Les Richesses de la forêt ardennaise) qu’elle rédigeait pour
clôturer ses études de régente. Renée fut éblouie par l’ingénieur de cinq ans
son aîné. Ils se revirent et le mariage fut décidé rapidement puisqu’il devait
rejoindre le Congo. Apres un mois de mariage, Serge partit. Un départ rapide
sans avoir effectué de voyage de noces car pris par les préparatifs… avec
seulement une soirée d’adieu à l’institut agronomique de Gembloux… En six mois, Serge n’avait écrit que
deux lettres ! Pourquoi ? Renée se posait beaucoup de
questions : sous quel jour se montrera-t-il à son arrivée ? Le navire s’arrêta en face de Lobito. Débarquèrent
des Portugaises mais aussi les compatriotes qui se rendaient au Katanga via Dilolo (gare frontière entre l’Angola et le Katanga) en
train. Des jeunes indigènes dénudés venus en pirogues montaient sur le pont et
proposaient aux passagères de lancer des pièces de monnaie qu’ils ramèneraient
après avoir effectué un beau plongeon ! Ce fut une distraction mémorable
de regarder ces jeunes gens si souples qui paraissaient si joyeux de
vivre ! Enfin, on aperçut l’embouchure du Congo
avec son port de Banane. Boma, l’endroit où elle résiderait était tout proche
Mais le bateau continua jusque Matadi. Les mugissements de la sirène
annoncèrent la joyeuse entrée au port. Renée se jeta dans les bras de son mari
et celui-ci lui dit je t’ai réservé une surprise ! Son cœur battit et puis
il acheva sa phrase : nous sommes invités chez Mme R… pour cette
nuit ! Déception pour Renée qui pensait à une nuit de retrouvaille dans
l’intimité ! La voici donc ave Serge en visite chez un grand planteur de
bananes sur la route de Léopoldville. Après le repas, les hommes jouèrent au
bridge et Serge oublia sa femme en la rendant ainsi fort désappointée…. Le lendemain, le couple redescendit à
Matadi, rejoignit le bac pour traverser le fleuve puis son pick-up roula jusque
Gimbi où le couple s’arrêta chez un ingénieur
agronome solitaire et pressé de rentrer en Europe. C’est là que Renée comprit
que beaucoup d’Européens vivaient en compagnie d’une Dumba,
c’est-à-dire d’une ménagère africaine, qui veillait à leur vie quotidienne Jour
et nuit… Elle réalisa tout d’un coup que
beaucoup des six cents passagères, allaient en fait effectuer « la relève
des ménagères ». Elle s’amusa de
cette réflexion qui donna plus tard le titre dans son livre.
A la grande satisfaction de Renée, Serge
reprit la route en début d’après-midi pour rejoindre à 70 km de là leur maison
située à Boma.
La maison de Serge et Renée à Boma Serge était responsable du reboisement
de la région. Il partait souvent en brousse pour examiner les progrès réalisés.
Renée eut l’occasion d’accompagner son mari notamment à Kisundi
où les attendait un poste rudimentaire où ils pouvaient installer leurs lits
pliants après avoir reçu le chef du village afin d’organiser l’inspection du
lendemain.
Renée s’amusa à observer la vie dans le
village. Une très vielle dame lui rappela les vieilles bonnes femmes que l’on
disait hanter les ruines du très vieux château de la roche de Sugny
Le Gîte de Kisundi
Chez le chef du village En regardant les huttes du village, elle
ne put s’empêcher de penser au bûcheron solitaire qui habitait en plein
bois au lieu dit Bellefontaine
près de Sugny et à qui elle avait rendu visite avec
son papa. Cet homme vivait seul en compagnie d’un chien. A côté de sa hutte, un
potager de trois ares. Cet homme se nourrissait essentiellement de potée
ardennaise (pommes de terre, carottes et pois) Le matin il régnait l’ardeur du
feu de telle sorte que son repas soit prêt dès qu’il rentre. En hiver, le
solitaire confectionnait des paniers et réparait ses outils.
Hutte du bûcheron à Sugny Serge et Renée vécurent dans la Mayumbe pendant trois ans jusqu’à leur retour en congé
accompagnés par leur premier fils Pierre. De retour au Congo, Serge fut promu
et désigné pour Kalina dans le centre de
Léopoldville. La famille s’agrandit encore et elle comptait trois garçons
lorsque le Congo prit son indépendance. Les douloureux évènements qui suivirent
obligèrent la plupart des coloniaux à rentrer. Renée rentra avec ses trois
garçons en avion et son mari suivit
quelques mois après. Au retour du Congo, la vie se montra très difficile. Elle
perdit son fils aîné décédé à l’âge de vingt ans d’un accident et se trouva
souvent seule pendant que son mari effectuait des missions à l’étranger pour la
F.A.O. Serge mourut d’un cancer et après son décès, Renée écrivit avec
nostalgie le récit des premiers pas de son aventure africaine.
Renée sur la plage de Vista ou de Moanda
L’Elisabethville N° 3 Commandé en août 1945,
l'Élisabethville 3 est mis en service au tout début de l'année 1949. Il partage
ses plans et ses caractéristiques avec quatre navires jumeaux de la même classe
: l'Albertville VI, le Léopoldville VI, le Baudouinville
II et le Charlesville. Chantier : Il a été assemblé
en Belgique au célèbre chantier naval John Cockerill à Hoboken (Anvers). La
mission principale de l'Élisabethville 3 était d'assurer la ligne régulière
reliant Anvers (Belgique) à Matadi (Congo belge). Vitesse et modernité : Grâce
à sa motorisation diesel moderne, il a révolutionné la ligne du Congo en
réduisant la traversée à seulement 14 jours (deux semaines). Le navire navigue sur cette ligne
historique tout au long des années 1950. Cependant, l'indépendance du Congo en
1960 et l'essor fulgurant de l'aviation commerciale (qui rend les liaisons
maritimes de passagers obsolètes) précipitent le déclin des Ville-boats. L'Élisabethville 3 est définitivement retiré du
service par la CMB aux alentours de 1968, marquant la fin de l'âge d'or des
lignes maritimes belgo-africaines.
A partir de juillet 1960, de nombreuses
femmes et enfants quittèrent le Congo laissant les maris et pères attendre sur
place des jours meilleurs… Un pont aérien fut établi mais les navires de la
Compagnie Maritime Belge furent aussi mis à contribution. Il est vraisemblable
que ces navires eurent alors comme passagers une majorité de femmes et
d’enfants. Dr
Patrick Loodts [1] Réquisitionné par l’U.S.Shipping Board pour le transport militaire, en raison de sa vélocité avec port d’attache New-York. Le 29 mars, le navire charge trois milles cinq cents tonnes de poudre blanche et noire destinées aux Forces Alliées. Avec 39 autres vapeurs, le 1 avril 1918, il part rejoindre l’Europe dans un convoi escorté par des destroyers. Le convoi se divise en deux à Brest. Une partie prend la route au nord, en direction des ports de la Manche, l’autre avec le Florence-H au sud, en direction de Lorient et Nantes. Le 17 avril, le Florence-H mouille en rade de Quiberon pendant le temps que les chasseurs de mines vérifient la sécurité de l’estuaire de la Loire. Soudain vers 23 heures, le navire s’embrase comme une torche. Les destroyers les plus près, les USS Stewart et Christabel, recueillent les survivants. Ils n’en repêcheront que trente-quatre sur les 77 membres de l’équipage dont quatorze sont grièvement brûlés. On ne connaîtra jamais les causes de l’accident. Nombre de Visiteurs depuis le 15 Juin 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
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