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La Force publique empêchée de combattre en Europe et…
l’infirmière Daisy Nisot En mémoire aux courageux
porteurs congolais enrôlés par la Force publique durant la Seconde Guerre
mondiale. Le Congo belge restera libre pendant la
durée de la Deuxième Guerre mondiale. La Force publique congolaise ne resta pas
inactive durant le conflit. Elle mit sur pied deux campagnes militaires
impressionnantes. 1) La première campagne militaire en Abyssinie
Sur cette carte, on peut voir le trajet effectué par la Force publique pour rejoindre l’Abyssinie. En tout 3.850 km ! La première fut dirigée contre les
Italiens en Abyssinie. Elle aboutit à une grande victoire à Saio
le 3 juillet 1941. Cette victoire fit plusieurs milliers de prisonniers
italiens comprenant 8 généraux et elle rapporta un butin impressionnant dont 18
canons, 200 armes automatiques, 7.600 fusils, un important matériel de
communication et plus de 250 camions. En termes de bilan, la campagne se solde
par la mort de 4 soldats belges et 6 blessés graves ; du côté africain, on
compte 42 victimes et 5 disparus tandis que 193 soldats sur un total de 3380
sont morts des suites de maladies ou de blessures. Du côté des porteurs, le
bilan est plus lourd encore puisque 274 d’entre eux sur un total de 2328 sont
décédés d’épuisement ou de dysenterie. Trois médecins accompagnèrent
l’expédition : les docteurs Dubois, Wary et Dussart.
J’ai retrouvé l’identité de trois soldats Belges (sur les quatre) qui
décédèrent dans cette campagne qui fut la seule bataille gagnée par les Belges
durant la seconde guerre mondiale. Le lieutenant Simonet est né à
Liège le 9 septembre 1911. Engagé volontaire au Régiment de Forteresse de
Liège, il entrait en 1929 à l'Ecole Militaire et était nommé sous-lieutenant le
26 décembre 1932. Nommé lieutenant le 26 juin 1932, il prend du service à la
Force Publique au Congo Belge deux ans plus tard. En avril 1941, revenant à
peine d'un congé de convalescence, il arrive en Ethiopie pour participer à la
lutte aux côtés de ses camarades et monte immédiatement en ligne, où il devait
trouver la mort, le 15 avril, dans une embuscade près de la rivière Bortai alors qu’il rejoignait son peloton après avoir
assisté à une réunion chez son commandant de bataillon.
Le cadre belge du VIème bataillon en Abyssinie
Le mémorial construit par l’adjudant Luc Renson en souvenir du lieutenant Simonet à l’endroit où celui-ci tomba
Tombe du lieutenant Simonet dans le cimetière de Gambela
Tombe commune de soldats et de porteurs dans le cimetière de Gambela L'aspirant Lucien Dorgeo
était né à Aubry (Bertrix), le 9 juin 1912. En janvier 1939, il s'engage à la
Légion Etrangère Française et participe à la campagne de Norvège et à Narvik.
Il s'engage ensuite dans la Légion du général de Gaulle et prend part à la
campagne de Libreville. En janvier 1941, il demande de reprendre sa liberté et
offre ses services à la Force Publique et est affecté à une unité opérant en
Abyssinie. C’est aussi non loin de la rivière Bortai
qu’il périt, le même jour que Simonet, lors d’une attaque des positions belges
par les Italiens arrivés de Saio par un sentier
laissé sans surveillance. Dorgeo va remplacer un
mitrailleur tué à son poste. La suite, est racontée par Georges Delhougne : Deux Italiens se présentent les bras
en l’air, en criant : We are English (« Nous
sommes Anglais»). Dorgeo se lève pour parlementer
malgré les instances de son sergent indigène. Un coup de feu tiré par un autre
Italien caché abat le trop confiant sous-officier, qui s’écroule touché au
ventre. Ses hommes sautent sur la mitrailleuse et le vengent immédiatement par
une rafale. A un autre peloton, un tireur F. M. est tué, mais l'ennemi, qui
s'est infiltré jusqu'à une cinquantaine de mètres, ne parvient plus à
progresser. Les hommes, magnifiquement tenus en main, manœuvrent comme à
l'exercice. De nombreux agresseurs tombent, dont un Européen. Le Père infirmier
(NDRL : il s’agit vraisemblablement du Père Van Hoof
des Pères blancs de Bunia) enlève Dorgeo agonisant
et le fait transporter par deux brancardiers. En route, le Père, se voyant
impuissant devant l'hémorragie, ordonne aux brancardiers de continuer à marcher
doucement pour ne pas faire souffrir le blessé et se lance au pas de course vers
le poste de secours pour chercher le nécessaire. Quand il revient, il ne trouve plus
rien. Les brancardiers se sont enfuis sous prétexte que le Blanc était mort et
on ne les retrouvera que des heures plus tard. Quant à Dorgeo,
on n'a jamais retrouvé ses restes, soi-disant enterrés par l'ennemi. Le lieutenant Lambrechts parvint
à Saïo avec son peloton mais épuisé doit être évacué
à Gambela où il décèdera. Voici un extrait de
l’hommage que lui rendit Georges Delhougne, attaché
de presse qui accompagnait le corps expéditionnaire. Non content des lourdes
responsabilités de chef de peloton, tu t'offrais pour les corvées les plus
rudes et les plus difficiles. Grâce à tes reconnaissances audacieuses et à
celles de quelques-uns de tes compagnons et amis, nos chefs ont pu réunir des
renseignements de toute première valeur qui les ont guidés et éclairés dans
leur tâche difficile. Toutes ces fatigues, toutes ces privations ont sapé ta
santé ; sans que tu ne te sois jamais plaint, sans que tu aies cherché à te
faire évacuer dans un endroit plus confortable. Je te revois encore, dans la
paillotte d'un camarade, à Gambela, quand le soir
nous allions y écouter les nouvelles de la B. B. C. après une rude journée. Tu
étais toujours d'une humeur égale, toujours ardent, toujours enthousiaste. On
sentait que ton âme claire transpirait dans tes paroles. Tu nous étais un
réconfort. Et c'est l'image parfaite que nous garderons de toi. Celle d'un «
camarade » dans toute l’acception du terme. Tu resteras pour nous un exemple de
patriotisme et de sentiment du devoir. Souvent, nos pensées iront vers ce petit
coin de la « terre inhospitalière d'Ethiopie » où tu reposes. Elles seront
notre hommage à ta mémoire, à la mémoire de celui qui a servi « comme il se
doit ». Comme toi, le même courage, le même dévouement, la même force
indomptable restera en nous et toujours, en tous lieux, en toutes
circonstances, nous serons prêts à faire notre devoir « comme il se doit ».
(George Delhoigne, La guerre dans les hautes herbes,
pages 150 et 151, Editions Soledi 1945).
Fanion du XI bataillon : « Comme il se doit » fut la devise de la Force publique engagée dans la Seconde Guerre mondiale. Elle fut proposée par le commandant Herbiet commandant du onzième bataillon de la force publique en partance pour l’Abyssinie 2) La seconde campagne militaire du Nigeria
(la Nigérie…) jusqu’en Palestine en passant par l’Egypte. Ce fut d’abord une
victoire de la logistique ! Au début d’octobre 1942, 13.000 hommes
furent dirigés vers le Nigéria avec mission de participer à l’attaque du
Dahomey, qui était sous le contrôle du Gouvernement de Vichy. Suite au
débarquement américain en Afrique du Nord en novembre 42 le Dahomey se rattacha
à la France Libre. La question se posa alors de l’utilité de la brigade de la
force publique présente au Nigéria. On décida de l’envoyer en Egypte. Comme les
navires disponibles ne pouvaient qu’embarquer les hommes mais non le charroi,
le commandement décida de l’envoyer par voie terrestre jusqu’au Caire. Contre
toute attente, les 800 véhicules convoyés par 2.000 hommes parvinrent à
effectuer les 6.OOO kilomètres sur pistes via Fort-Lamy, El Fasher,
Khartoum et Assouan avec seulement la perte d’une quarantaine de camions. Ce
fut un véritable exploit !
Soldats de la Force publique en gare D’Apopa, Nigeria 27 juillet 1942. (Coll.KLM-MRA 201070937) En 1943, le Lieutenant Général Paul Ermens, s’étant rendu au Caire pour y rencontrer le
Commandant en Chef britannique pour le Moyen-Orient. Il fut décidé d’utiliser
le Corps expéditionnaire colonial belge pour des opérations de guerre en
Europe, en conjonction avec les troupes britanniques. Le Quartier Général des
Troupes du Congo Belge au Moyen-Orient (Q.G./TCBMO) sera installé au Caire. La
première colonne du corps expéditionnaire en Nigéria quitta Zaria le 18 mars 1943
tandis que la 17e colonne arriva au Caire le 20 juillet 1943. Le
corps expéditionnaire fut alors temporairement baptisé « 1ère
Brigade Motorisée Coloniale Belge » (1 BMCB)
et s’installa le 18 juin 1943 à Fayid dans la zone du Canal de Suez.
Soldats de la force publique en excursion aux pyramides (coll. KLM-MRA 01070958) Malheureusement
le temps passa sans affectation pour aller combattre en Europe et la brigade
fut seulement chargée de la ‘garrison duty’, c’est-à-dire, de la garde des prisonniers, de la
surveillance des dépôts, à l’exception du Groupe de Chasseurs motorisés qui
était autorisé à créer un escadron (Special Raiding Squadron) pouvant se
consacrer à un entraînement au combat. Suite à l’inaction, on observa le 23
février 1944, au sein du 3e Bataillon, une espèce de grogne et l’on
décida alors de transférer, à partir du 1er mai 1944, la brigade
belge en Palestine. Elle s’installa à Isdud, sur la
côte, à la hauteur de Jérusalem. Les soldats profitèrent de leur séjour pour
visiter les lieux saints. Ils y reprirent l’entraînement et la « garrison duty », en défendant
notamment les installations militaires contre les voleurs d’armes arabes ou
juifs. Malheureusement, contre toute attente, le 28 juillet 1944, le Général
Major Auguste Gilliaert, venant de Londres, annonça
aux officiers du Corps expéditionnaire au Moyen-Orient que le Ministère
britannique de Guerre, estimait impossible d’utiliser les troupes coloniales
belges sur un théâtre d’opération européen. Le gouvernement belge s’était vu
alors obligé d’entamer des pourparlers pour le retour au Congo. Cette décision
bouleversa les officiers qui après une longue période d’attente vivaient dans
l’espoir de collaborer à la délivrance de leur pays. Il semble que l’une des
raisons du refus britannique de voir les troupes coloniales belges utilisées
sur le terrain européen fut leur encadrement européen jugé insuffisant. Suite à
cette décision, le lieutenant général Paul Ermens
démissionna et fut succédé au poste de commandant en chef de la F.P., en
date du 14 août 1944, par le général Auguste Gilliaert.
Le Général Ermens était convaincu que le gouvernement de RYCKMANS n’avait pas assez
insisté auprès des britanniques sur la valeur de la force publique.
Le lieutenant général Paul Ermens Sans avoir combattu, les troupes
congolaises du corps expéditionnaire rentrèrent donc au Congo, à partir du 22
septembre 1944, en quatre contingents Le dernier contingent foula le sol
congolais en janvier 1945. L’aventure des soldats congolais et de leurs
officiers belges au Nigeria puis en Egypte et en Palestine mériteraient
certainement d’être racontée beaucoup plus longuement. Avis donc aux futurs
doctorants en histoire ! En Egypte, près du Caire, les Belges
avaient installé un hôpital pour leurs soldats. J’ai retrouvé trace (R.
Pétré, In Memoriam, Bulletin officiel de l’Union des Fraternelles Coloniales « Urfracol ». Année 2011, N°201) d’une infirmière
remarquable qui y travailla. Il s’agit de Daisy Nisot :
Daisy Nisot Daisy Nisot
(1923-2011) Elle passa sa jeunesse dans la
luxueuse habitation de ses parents à Thysville que
leurs voisins appelaient « le château » Grande sportive, elle était une
excellente cavalière. En 1943, elle s'engagea à la Force Publique comme
volontaire pour la durée de la guerre, en qualité d'ambulancière, avec le grade
de sous-lieutenant. Ayant rejoint les troupes coloniales belges au
Moyen-Orient, elle y fut affectée à I 'Hôpital belge n° l (près du Caire) qui
ne soignait que les militaires congolais. Les Belges blessés ou malades étaient
accueillis dans un hôpital militaire britannique. C'est là qu'elle rencontra
Roger VAN HOECK (1909/1981), agent sanitaire mobilisé comme sous-officier et
qui avais réussi l’examen de sous-lieutenant en 1942, et qu’elle épousa. Et lui
donna deux enfants Paul et Marcel. Apres la guerre, elle apprit à piloter un
avion et fut admise ultérieurement comme membre de la prestigieuse association
des « Vieilles Tiges de Belgique ». Elle se distingua également comme une
golfeuse émérite.
3) L’hôpital Thomas : L’hôpital Thomas de la force publique fut la
troisième mission hors du Congo de la Force publique. Le lecteur trouvera ici un article complet relatant ses pérégrinations jusqu’en Asie. 4) Conclusion : Les victimes les plus nombreuses des expéditions de
la Force publique congolaise furent les porteurs, des civils innocents engagés
pour survivre à la misère et sans doute pour aider leur famille laissée au
Congo. Ces jeunes civils congolais ne se sentaient pas concernés par la guerre.
Puisqu’ils n’étaient pas soldats, certains avaient même la croyance que les
balles ne pouvaient leur être destinées comme en fait foi le récit de Philippe Broussemiche, adjudant au XI bataillon : La mentalité
des porteurs était spéciale : ils étaient là en spectateur ; ils ne
se sentaient pas concernés. J’avais un porteur qui transportait des vivres en
réserve. Nous étions, sous le feu, repérés et lui restait debout avec sa petite
mallette sur la tête. Je me retourne et dit « Amotta,
couche toi, tu ne vois pas qu’on nous tire dessus ? Et lui me regarde et
me dit « Mais moi, je ne suis pas un soldat » Beaucoup de porteurs moururent
d’épuisement ou de maladies. Nous leur devons le plus grand des
respects ! Dr Loodts Patrick
Sources 1) Lisolo
na Bisou, 1885-1960, « Notre histoire », Le Soldat congolais de la
force publique, Edité par le Mudée royal de l’Armée, 2010 2) Philippe Brousmiche, « Bortai,
campagne d’Abyssinie-1941 », Editions l’Harmattan, 2010 3) Georges Delhougne, « La
guerre dans les hautes herbes », Editions soledi,
1945 4) Pamphile Mabiala Mantuba-Ngoma, » Les soldats
de Bula Matari1865-1960, Histoire sociale de la Force publique du Congo belge,
Editions culturelles africaines, Kinshasa, 2019 Nombre de Visiteurs depuis le 08 Juillet 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
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