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Le pont de Remagen.

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Le pont de Remagen[1]

Introduction

       L'article que nous publions est extrait de la Revue du Génie du 1er trimestre 1975. Son auteur est inconnu. Dans sa forme, il a été modifié pour rendre compréhensibles et plus lisibles les nombreuses abréviations et conventions militaires qu'il utilise. Les photos annexées ne sont pas celles de l'article original, qu'il nous a été impossible de copier.

       La bibliographie qui suit le texte est celle de l'auteur en 1975. Elle ne mentionne pas les deux ouvrages suivants, le second ayant d'ailleurs été publié après l'article que nous reproduisons :

– Ken HECHLER. 'The Bridge at Remagen, The Amazing Story of March 7, 1945The Day the Rhine River Was Crossed". Pictorial Histories Publishing Company, Missoula (MT) USA. 218 p. La première édition remonte à 1957, mais la septième édition révisée est de 2004.

– Manfred MICHLER. Die verhexte Brücke, Die Wahrheit über den Brückenkopf von Remagen. 1ère éd. En 1981, 2e éd. En 1992, 43 p. Imp. Graphoprint Koblenz.

       La photo montrant les dégâts subis par le pont, dont nous donnons la légende en anglais, est extraite du livre de Ken Hechler (p.116). Elle figure aussi dans la plaquette de Manfred Michler, mais assez curieusement avec une légende différente. Pour Ken Hechler, p.29, les dégâts sont ceux de la charge de secours, qui seule a explosé ; pour Michler, elle est une preuve de ce que les câbles de la mise à feu électrique avaient été coupés par un obus, ce qui aurait empêché les charges principales d'exploser. Cette photo figurait, sans commentaire, sur la couverture de la revue où l'article a été publié.


Remagen Bridge showing damage from the German demolition attempts, taken from the east side of the Rhine. (U.S. ARMY SIGNAL CORPS NATIONAL ARCHIVES)

       Commençons par rappeler brièvement la situation générale.

       Après l'échec de la contre-offensive allemande de l'hiver 1944, les forces Alliées ont repris leur progression vers le Rhin. Le 3e Corps de la 1ère Armée US a franchi la Ruhr à partir du 25 février et poussé vers l'est. Dans la nuit du 5 au 6 mars, sur ordre de l'Armée, le Corps a infléchi son mouvement vers le sud-est, pour saisir des points de passage sur l'Ahr, afin de permettre la jonction avec la 3e Armée qui avance au sud.

       En exécution de cet ordre, tandis que la 1e Division Inv et la 9e Division d'Infanterie progressent respectivement en direction de Bonn et de Bad Godesberg, la 9e Division Blindée, articulée en trois groupes de combat, pousse vers Bad Neuenahr et Remagen.

       Le groupe de combat B, qui a pour objectif la région de Remagen, s'est scindé en deux "Task Force" dont celle du nord, constituée d'un bataillon de tanks (moins une compagnie), d'un bataillon d'infanterie motorisée et d'éléments de reconnaissance et du génie, reçoit le 7 mars au matin la mission de s'emparer de Remagen.

       Du côté allemand, la situation est beaucoup plus confuse. L'ordre donné par Hitler au Commandant en chef de l'ouest : "le Rhin sera défendu sur la rive ouest ; il est interdit de replier des unités sur le Rhin et d'aménager une position sur la rive est" est appliqué à tous les échelons.

       Le 67e Corps, à deux divisions, défend la rive ouest du Rhin de part et d'autre de Schleiden (à une cinquantaine de Km à vol d'oiseau du Rhin).

       Le 6 mars au soir, il reçoit de la 15e Armée l'ordre de monter avec une de ses divisions et une du corps voisin de droite, une contre-attaque contre le front sud de forces US, contre-attaque qui devra donc être exécutée en direction générale du Nord.

       Le Commandant de Corps estimant cet ordre inexécutable faute de temps et d'espace, conscient d'autre part de la grave menace que font peser sur Remagen les forces US débouchant d'Euskirchen, fait une contre-proposition : envoyer rapidement des éléments mobiles vers Remagen pour y renforcer la tête de pont et mener un combat retardateur jusqu'au Rhin avec la masse de ses moyens.

       Cette proposition se heurte à un refus catégorique du Commandant de la 15e Armée.

       Mais celui-ci, tout en maintenant ses ordres de défendre vers l'ouest et de contre-attaquer vers le nord, fait passer sous les ordres du Commandant du 67e Corps la tête de pont de Remagen. Celle-ci, qui était depuis le 26 février sous l'autorité de la 15e Armée, venait d'être – le 6 mars après-midi – incluse dans un "périmètre défensif Bonn-Remagen" commandé par un général installé à Bonn.

       Ces deux modifications successives de la chaîne de commandement perturbèrent les liaisons de la tête de pont. A la réception de l'ordre lui subordonnant la tête de pont, le Commandant du 67e Corps désigne pour exercer le commandement en son nom un officier de son Etat-Major, le major Scheller, à qui il donne les instructions suivantes :

  1. Organiser une tête de pont limités avec les effectifs qu'il trouvera sur place (de la valeur d'un bataillon, croit-il).
  2. Etoffer progressivement cette tête de pont à l'aide des éléments qui se présenteront dans le courant de la journée pour refranchir le fleuve.
  3. faire préparer le sautage du pont et, si la situation l'exige, donner l'ordre de mettre à feu.

       Retardé dans son déplacement, notamment par le manque de carburant, le major Scheller n'arrive au pont de Remagen que le 7 mars à 11 h. Il ne parvient pas à entrer en contact radio avec son Commandant de Corps.

       Pendant ce temps, l'extrême pointe de la Task Force du Groupe de combat B de la 9e Division Blindée US est entrée à Remagen depuis 7 h et à 11 h elle a vue directe sur le pont.

*          *          *

       Examinons maintenant de plus près ce pont et les dispositions techniques et tactiques qui avaient été prévues pour sa défense et sa destruction éventuelle.

       Le pont-rail à double voie, appelé pont Ludendorff, construit de 1916 à 1918 dans un but stratégique, était du type cantilever, à maîtresses-poutres en treillis métallique, appuyé sur deux piles en rivière et deux culées (celles-ci couronnées par deux tours en maçonnerie) et prolongé sur la rive gauche par un viaduc comportant deux travées d'inondation en maçonnerie et un remblai d'accès (croquis n° 2 - non disponible).

       Sur la rive droite, au débouché du pont, la voie ferrée traversait, par un tunnel de près de 400 m de long, le massif d'Erpeler Lei qui s'élève à quelques 125 mètres au-dessus du niveau du fleuve. Durant l'occupation de la Rhénanie après 1918, les forces alliées coulèrent du béton dans toutes les chambres de mines aménagées dans les piles, à l'exception de la chambre aval de la pile gauche. En 1939, une "Compagnie de Garde de Pont" chargea le pont en vue de sa destruction éventuelle.

       Celle-ci avait été soigneusement préparée et comportait supports de charges, charges en augets, câbles électriques permanents pour les compassements, moyens d'accès, etc... L'installation des câbles électriques fut même améliorée lorsqu'il apparut que les vibrations dues au passage du trafic ferroviaire risquaient de les endommager.

       La victoire allemande à l'ouest en 1940 ayant écarté toute menace sur le Rhin, explosifs et artifices furent retirés et stockés dans un dépôt de munitions près de Darmstadt. Après le débarquement allié en 1944, la Compagnie du Régiment de Génie Territorial, renforcée par une Compagnie de Protection (constituée de convalescents) reçut mission de préparer à nouveau la destruction du pont. Elle eut la désagréable surprise de constater que les charges en augets entreposées à Darmstadt quatre ans plus tôt avaient disparu.

       Ayant reçu 600 kg de TNT en pétards et en vrac, la Compagnie, avec l'aide de firmes civiles des environs, reconstitua toutes les charges prévues au dossier de destruction. Cette destruction était conçue pour faire basculer vers l'aval la travée centrale, longue de 150 m environ et haute de 28 m. Pour obtenir ce résultat deux plans de rupture étaient prévus : un à hauteur de chacune des piles. Le croquis n° 3 indique les pièces métalliques qui devaient être rompues. En outre, une charge concentrée de 200 kg, bourrée à l'eau, était placée dans la seule chambre de mine encore utilisable (pile gauche, côté aval).

       Enfin, une "charge d'accès" dans le remblai d'accès rive gauche devait empêcher l'irruption de véhicules sur le pont ; la valeur d'arrêt de l'entonnoir qui serait ainsi creusé était estimée à 72 heures.


Croquis n° 3

       A partir d'octobre 1944, le pont fut atteint à plusieurs reprises au cours de bombardements aériens. Il subit des dégâts très importants, notamment à la maîtresse poutre amont près de la pile de droite et à une travée d'inondation sur la rive gauche qui s'effondra, mais à chaque fois ces dégâts furent réparés et au début mars 1945, il était à nouveau en service.

       Fin 1944, après le sautage prématuré du pont de Kôln-Mühlheirn, attribué à l'impact d'une bombe sur une charge, le Commandant du Groupe d'Armées B ordonna que les charges ne soient mises en place et les compassements raccordés que le plus tard possible.

       Le 5 mars, le Commandant du Génie du Groupe d'Armées B transmit à la 12e Compagnie de Génie l'ordre suivant : "Mise en place d'un dispositif de destruction d'urgence, côté rive droite, pose sur le pont d'un platelage permettant le passage de tous types de véhicules. Travaux à terminer pour le 6 mars à 24 h.".

       La pose du platelage, malgré l'ampleur du travail qu'elle constituait, fut achevée 3 heures avant le délai fixé (Remarquons que ce travail, s'il permit le repli de nombreux véhicules allemands dans la matinée du 7, facilita ultérieurement le franchissement du pont par les véhicules américains).

       Mais la préparation de la destruction en urgence se heurta, elle, a des difficultés d'approvisionnements. La Compagnie de Génie ne reçut en effet que 300 kg d'explosif commercial "Donarite", qui n'arrivèrent d'ailleurs sur place que le 7 mars à 11 h.. Or, en application des formules de destruction, ce dispositif d'urgence nécessitait 420 kg de Donarite.

       Entretemps, dans la matinée du 6 mars, le Commandant de la tête de pont avait décidé, sous sa propre responsabilité, de faire charger le pont, sans toutefois raccorder les compassements. L'Etat-Major de la 15e Armée, mis au courant de sa décision, le rassura d'ailleurs en lui disant que la poussée américaine vers Remagen n'était qu'un effort secondaire, l'effort principal ayant pour objectif la région Düsseldorf-Köln.

       Du point de vue tactique, la défense du pont était assurée, sous les ordres du Capitaine de réserve d'infanterie Bratge, par la "Compagnie de Protection" qui comptait en tout et pour tout 36 hommes. L'autorité du Commandant de la tête de pont s'exerçait également, dans le domaine tactique, sur :

  1. La 12e Compagnie de Génie (Capitaine Friesenhahn), forte de 120 hommes environ.
  2. 6 unités diverses (Compagnie de renfort, Compagnie de Propagande) stationnée à Remagen ou aux environs immédiats, d'une valeur combative très limitée et qui furent d'ailleurs retirées avant la capture du pont.

       Des pièces de FLAK (artillerie antiaérienne) étaient également présentes dans la tête de pont mais n'étaient pas subordonnées au Commandant de celle-ci (elles relevaient directement du Commandement de la Luftwaffe) et elles seront d’ailleurs, soit surprises en flagrant délit de changement de position, soit incapables d'intervenir au bénéfice de la défense. Enfin nous ne mentionnerons que pour mémoire les Volkssturmiaqers, Hitlerjugend et autres volontaires russes qui ne se présenteront jamais, ou seront chez eux faute d'armes, ou déserteront.

       Toutes les demandes de renfort du Capitaine Bratge restèrent sans suite. Les échelons supérieurs, rassurés par la présence de la FLAK et confiants dans l'utopique Volkssturm, estimaient les effectifs de la tête de pont suffisants. Enfin la tâche du Commandant de la tête de pont était encore compliquée par la présence, dans le tunnel sous l'Erpeler Lei, de civils qui y avaient cherché refuge contre les bombardements, mais aussi de trois wagons-citernes remplis d'essence.



[1] Tiré de la revue « Union Royale des Croix de Guerre Belges section provinciale de Liège » revue trimestrielle n° 1 / janvier 2007



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