Maison du Souvenir

Marguerite Trussart, la fée héroïque des prisonniers de Namur.

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Marguerite Trussart, la fée héroïque des prisonniers de Namur



       Marguerite Trussart fut une véritable fée pour les prisonniers politiques et résistants enfermés dans la prison de Namur pendant la deuxième guerre mondiale. Marguerite fêtait ses 15 ans, le 2 juillet 1942, quand se présenta chez elle une certaine Madame Serin accompagnée de son bébé. Cette maman avait fréquenté la voisine de la famille Trussard et celle-ci lui avait confié que, du haut de l’annexe de la maison Trussard (43 rue Delemoy, aujourd’hui rebaptisée Rue Denis -Georges Bayar, 43), on apercevait très bien les fenêtres d’une des ailes cellulaires. Madame Serin rêvait de présenter son bébé à son mari emprisonné qui ne l’avait encore jamais vu. La famille Trussard se montra compréhensive et permit à Madame Serin de monter sur le toit de l’annexe et de crier le nom de son mari. Miracle, il apparut derrière les barreaux d’une fenêtre ouverte. Les époux purent se voir et même se crier quelques mots et la maman put présenter à son mari leur nouveau-né. Madame Serin, émerveillée de la chance que lui avait donnée la famille Trussard, ébruita partout son aventure et bientôt des dizaines de parents de prisonniers se présentèrent devant la maison de Marguerite pour pouvoir apercevoir leur malheureux proche. Le père Trussard était un homme juste et bon et un patriote qui avait combattu dans le boyau de la mort au temps de la Grande Guerre. Son salon ne se désemplissait pas et il offrait sièges et boissons aux familles qui à tour de rôle montait sur le toit de l’annexe pour crier le nom de leur prisonnier. Bientôt cependant le mouvement des personnes sur le toit devint trop voyant et donc dangereux et il fallut trouver un endroit plus discret. Ce fut par les fenêtres de la chambre des deux filles que les familles furent autorisées à voir leurs détenus. Marguerite, émue du sort malheureux des prisonniers qu’elle avait maintes fois entendu raconter dans son salon, se chargea de faciliter la communication entre sa maison et la prison. Après les paroles émises en criant, elle mit au point une communication silencieuse au moyen des cartons sur lesquels étaient écrits les lettres de l’alphabet. Peu après, elle n’utilisa plus que deux cartons, un rectangle et un rond représentant le point et le trait que comprend le langage morse. Le système fut encore amélioré et simplifié par Marguerite qui, à hauteur de ses yeux, levait simplement un poing fermé ou une main ouverte pour envoyer un message en morse. Bientôt, en dehors des heures de passage des familles, Marguerite eut elle-même des interlocuteurs privilégiés qui pouvaient eux-mêmes propager les messages reçus dans toute la prison grâce à la tuyauterie qui la parcourait. Elle passa des heures et des heures à communiquer ainsi et cela pendant de longs mois.



Photo parue dans le journal vers l’avenir du 6 janvier 1946 avec un article consacré à Marguerite sous le nom « Une jeune fille à sa fenêtre ».

       Un véritable réseau de communication s’installa donc entre Marguerite et la prison. Elle eut comme interlocuteur d’abord un surnommé « Macadam » puis, lorsqu’il fut transféré dans une autre prison, Pierre Adam suivi par le surnommé « Spada[1] » (Robert Van Gremnerghe) dont la fiancée devint sa grande amie. Malgré que « Spada » fût fiancé, Marguerite (de son nom de guerre Micheline) par ses longues conversations gestuelles avec lui, commença à éprouver une grande amitié pour le jeune homme. On comprend dès lors son grand chagrin quand il lui annonça qu’il allait être fusillé le 1er juillet 44. La pauvre Marguerite orna alors sa fenêtre de chrysanthèmes à la place des roses qu’elle y mettait. Elle dut sans doute entendre partir tôt le matin le convoi qui conduisit le jeune homme à la caserne de Flawinne où il fut exécuté. L’adolescente continua cependant d’être la messagère de la prison. A chaque interlocuteur qui disparaissait, un nouveau succédait. Il y eut Adolphe de Saint-Hubert puis Paul Depaire de Namur, Marcel Nassogne de Bonsin, Léopold de Hulste qui était journaliste au journal « Le Peuple » et ex-échevin de Saint-Servais (il fut finalement déporté en Allemagne et périt à Monthausen).

       Marguerite n’arrêta de communiquer avec les résistants emprisonnés et cela jusqu’à la libération de Namur. Remarquons que l’Armée Secrète fut avertie par elle que l’emplacement du maquis de Jannée avait été divulgué sous la torture par un prisonnier et qu’il fallait dès lors se préparer à un assaut imminent. Effectivement, les Allemands l’attaquèrent avec plus de deux mille hommes le 27 août 1944 mais ils ne s’attendirent pas à une farouche résistance bien préparée puisque 187 soldats allemands y périrent !   

       Peu avant la libération de Namur, Marguerite connut l’angoisse d’avoir sans doute perdu son père qui se trouvait dans le centre-ville quand, le 18 août 44, les alliés le bombardèrent par erreur en causant 322 morts. Par bonheur il en revint indemne.

       Le jeune frère de Marguerite, José[2] écrivit raconta l’exploit de sa sœur dans un récit émouvant que vous pouvez lire en entier ici

       José, à la fin de son récit, se pose une question :

       Que sont-ils devenus ces résistants et ces martyrs qui, durant leur séjour à la prison de Namur, ont gardé espoir, grâce à la colombe ? André de Ryckman de Betz, André Legrand, Raymond Marchand, Paul Spierts, Pol Depaire, Paul Staes, Paul Lambotte, Paul Régnier, De Vogelart, de Liedekerke, Léopold Renard, les Decloux, père et fils, le droguiste Keffer, Pierre et Jean Oger, Charles Paquet, Renier, Jean Calozet, Etienne Pochet, Georges Barbason, M.Oger et M.Kiend de Bouge, l’abbé Servais, Vicaire de Vedrin, R.P Arysostone Eeckhout de Maredsous, de Wasseige, Bourgmestre de Wépion, Joseph Lelaboureur de Wierde, André Gilbert de Sart-Bernard ,Georges Barbason, Fernand Ogez et tant d’autres…Certains ont survécu, beaucoup sont morts en déportation dont les deux derniers télégraphistes, Marcel Nassogne et Léopold De Hulster..

       Nous possédons aussi d’autres témoignages sur Marguerite que le Père Leloir surnomme colombe. Leloir était aumônier de l’Armée Secrète. Libéré le 10 avril 1945 du camp de Buchenwald, il  écrivit le "sonnet de colombe"  dédié à :

"A Melle Marguerite Trussart qui risqua mille fois sa vie pour sauver les nôtres".

Le sonnet de colombe
Hardie elle se tient debout dans l’embrasure
Sa menotte se ferme et s’ouvre en barre et point
C’est par là que le monde veule nous rejoint
Par le geste nerveux de l’enfant grave et pure.
Vois son corsage rouge et sa main droite sûre.
Elle émet : elle lance et resserre son poing.
Seigneur, serait-ce vrai ? Je ne me trompe point.
C’est la débâcle et la déroute, elle l’assure.
Sais-tu enfant, qu’un jour plus tard, un jour plus tôt.
C’est cent hommes de plus ou de moins au poteau.
Ton message, est-il vrai, fillette aux boucles blondes ?
Reprends, répète, ô main sans bague ni rubis,
Main qui reçut et qui transmis nos alibis…
Patience ! Encore vingt jours, et je vous rends au monde !

 

31/07/44

       Plus récemment, Vincent Gérard écrit dans son livre[3] consacré à Marcel Bourguignon, bourgmestre et résistant du village de Gros-Fays, mort en déportation, que ce dernier eut vraisemblablement l’occasion de revoir son épouse Anna une dernière fois grâce à Marguerite.



       On ne sait pas grand-chose de la vie de Marguerite après la guerre. Il faut savoir que Marguerite entendit et éprouva les misères d’un nombre impressionnant de prisonniers dont la plupart n’avaient que quelques années de plus qu’elle. Est-ce pour cela qu’elle se montra toujours taiseuse sur son passé de résistante dont elle attribuait tout le mérite à son papa ?

       Un père qui se rendait tous les jours auprès de la statue de Notre-Dame du rempart pour invoquer la protection de sa famille….



La chapelle ND du Rempart à Namur

Dr Loodts Patrick

 

 

 

 

 



[1] Qui était Robert Van Gremberghe, alias « Spada » ?

• Rôle : Il était le sous-chef du Groupe D de la mission nationale de sabotage appelée Service Hotton.

• Actions : Avec son groupe (parfois lié au groupe Franckson), il a mené de nombreuses opérations de sabotage, des attentats à l'explosif et des actions de guérilla contre l'occupant nazi, principalement dans les régions de la Thiérache et de Namur.

• Destin : Arrêté par les forces allemandes, il a été fusillé à Flawinne le 1er juillet 1944 à l'âge de 23 ans. Son nom figure aujourd'hui sur les plaques commémoratives dédiées au Service Hotton, notamment à la Chapelle du Maquis à Brûly-de-Pesche.

[2] José Trussart est né à Namur (Belgique) en mai 1931 et est décédé à Bruxelles en juin 2013. Après des études d'assistant social à l'École Ouvrière Supérieure de Bruxelles, il est engagé en 1956 par l'Institut de Sociologie lié à l'université libre de Bruxelles, avec pour mission de créer un centre communautaire dans la région de l'Équateur, au Congo Belge. Suite à l'Indépendance, c'est dans le cadre de la coopération au développement belge qu'il poursuit son activité au Zaïre, puis en République Démocratique du Congo. Il rentre définitivement en Belgique en 1983.

     Il a écrit et publié, de 1949 à 1983, une dizaine de recueils de poèmes, sous le nom de plume de José Tairhumène, et un roman : « Les remous du grand fleuve ». L'auteur se reflète dans l'histoire d'un « jeune célibataire parachuté en brousse, au Congo belge, dans la forêt vierge de l'Équateur, isolé de tout, pour y lancer un projet pilote de développement. » Cette subtile mise en abyme du personnage d'Antoine, jeune poète belge fraîchement diplômé en sociologie, pour qui l'écriture est « une question de survie » permet de mêler fiction et réalité. Le récit s'ouvre en 1956 et s'achève en 1962, avec le retour du héros en Belgique après la déclaration d'Indépendance. Il est le témoin des événements de la période instable de transition. Il assiste impuissant à la désillusion du peuple congolais face à la faillite de leur État et à ce qu'il nomme « la perfidie de l'Occident ». Brutalement initié aux réalités du terrain, il dresse un portrait accablant des colons belges qui exploitent les richesses locales. Dans ce climat d'insécurité permanente, sa vie est devenue un véritable calvaire. Sans compter que sa liaison avec une congolaise vire au cauchemar puisqu'elle va même jusqu'à lui retirer la garde de sa petite fille.

[3] Vincent Gérard, Marcel Bourguignon, bourgmestre de Gros-Fays et héros de la résistance en Basse-Semois, Editions namuroises, 2025




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