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Jean de Sélys Longchamps.

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Jean de Sélys Longchamps[1]


Baron Jean de Sélys Longchamps, officier de réserve au 1er régiment de Guides, Flying officier R.A.F., né à Bruxelles le 31 mai 1912, tué le 16 août 1943. Chevalier de l’Ordre de Léopold avec Palme ; décoré de la Croix de Guerre avec Palme et de la distinguished Flying Cross.

       Lui non plus n'est pas rentré nous raconter l'odyssée de sa vie montante, et c'est doublement déplorable, car ses amis étaient frappés de son art de raconter les anecdotes et de donner de l'intérêt à tout ce qu'il disait.

       Il allait avoir vingt-huit ans quand la guerre éclata. Il nous en voudrait de ne pas l'avouer avec l'humble sincérité qu'il savait y mettre, il n'avait pas trouvé le moyen de remplir sa jeunesse d'une manière aussi belle et utile que l'auraient demandé sa foi, son éducation et ses traditions ancestrales ; elles ne donneront tout leur fruit que dans la tourmente où il se ressaisira.

       Comme plusieurs des nôtres il avait fait son service militaire au 1er régiment de Guides où il était sous-lieutenant. C'est à ce titre qu'au mois de mai 1940, les bicyclettes ayant remplacé les chevaux, il était détaché au groupe cycliste de la 17e division d'Infanterie.

       Pendant la campagne des Dix-huit Jours il prend une part active à de rudes combats : d'abord la défense de la Meuse et du canal Albert aux environs de Lanaeken, puis, après un premier repli, divers combats sur la nouvelle position de la Gette ; le 27 mai enfin, au cours de la réaction suprême de l'armée belge, il défend avec ses cyclistes les abords de la Lys.

       La capitulation ouvre une phase particulièrement mouvementée de son existence. Il est un des rares combattants belges qui parviennent à s'embarquer immédiatement pour l'Angleterre.

Comme il n'est pas homme à renoncer à la lutte, il repasse en France : on espérait à ce moment que sa résistance permettrait la constitution d'une nouvelle unité blindée belge. Frêle espoir, vite anéanti par l'armistice de juin entre la France et l'Allemagne. Jean parvient alors à s'embarquer clandestinement à Marseille sur un cargo grec et débarque à Gibraltar. Seulement les Anglais ne savent que faire de lui. Ils cherchent pourtant un homme capable de passer en Afrique et d'y porter les plans de leur nouvel aérodrome. Les aviateurs français désireux de poursuivre la lutte pourraient ainsi rallier les forces britanniques. Enchanté d'être mis d'emblée à si périlleuse épreuve, Jean accepte la mission et s'embarque.

Il arrive ainsi en rade d'Oran le jour de la bataille de Mers-el-Kébir, et, du pont de son bateau, assiste à toute la canonnade.

       Sa mission remplie. Jean se disposait à rallier l'Angleterre, quand un devoir familial l'oblige à différer son projet : son frère François, gravement blessé, est en danger à l'hôpital militaire de Pau et l'appelle. Jean parvient à le rejoindre, le réconforte et assiste, tout heureux, au début de sa convalescence.

A peine rassuré de ce côté, il se l'embarque pour l'Algérie. Après de nombreuses péripéties (on devine combien tous ces déplacements exigent d'audace, de sang-froid, de souplesse et d'endurance), il parvient à Tanger, d'où il gagne l'Angleterre. Nous sommes au début de 1941. Sa vie dès lors va se stabiliser, – pour autant que la vie d'un pilote de chasse puisse être stable. Car c'est l'aviation qui le tente le plus.

Par malheur sa carte d'identité atteste qu'il atteint la limite d'âge. Nous ne reconnaîtrions plus notre ancien élève si le respect d'un règlement venait à le paralyser ! Sans hésitation, il se rajeunit et arrive à ses fins : souple et nerveux comme il est, il conquiert rapidement ses grades. Il apprend désormais à vivre en présence de la grande éducatrice, la mort.

       Un jour son âme se recueille, survole les événements quotidiens et les activités fébriles, prend de la hauteur et explore l'ensemble de sa vie : « Vendredi-Saint 1941, note-t-il en son journal de guerre. Pourquoi en ce Vendredi-Saint suis-je triste ? Ai-je le pressentiment que je ne reverrai jamais ici-bas les êtres qui me sont chers ?

Peut-être aussi parce que davantage aujourd'hui j'envisage la mort sans inquiétude. Elle sera pour moi, non une fin, que je redoute, mais, si elle peut me surprendre en vol, mieux encore en combat, le point fina1 tel que je le souhaite, d'une époque de mon existence où j'ai cru vivre comme je croyais devoir le faire.

       » J'écris cette page ce soir afin que papa et maman sachent que j'ai eu la grâce d'achever cette vie, dont la jeunesse leur avait donné quelque inquiétude, comme je suis sûr qu’ils aimaient que je l'achève. J'ai vécu près de trente ans sans me soucier des devoirs que j'avais à remplir. Par atavisme et par éducation uniquement, il m'a été donné de ne point faire de tort autour de moi.

Je ne me suis guère efforcé de faire le bien ; la guerre m'a obligé de penser aux autres, je l'ai faite du mieux que j'ai pu.

       » Je remercie mes parents de m'avoir inculqué le sens de l'honneur, l'amour de mon Pays et de mon Roi, la foi en 1a doctrine catholique.

       » Je remercie mes parents encore et mes éducateurs de m'avoir aidé à être le chrétien que je suis. C'est grâce à eux que j'ai pu donner à la guerre que je mène le caractère que je veux qu'elle ait : de lutte pour la sauvegarde de l'Eglise catholique romaine dans mon pays.

       » A tous ceux qui m'ont ! fait tel que je suis aujourd'hui, j'offre ma vie pour ce qu'ils m'ont donné, afin que ce que j'ai reçu d'eux ils puissent le donner à ceux qui me suivront.

       » Je n'envisage pas la mort comme une fuite, comme une solution facile à une vie qu'il est parfois si difficile de mener droite et claire. Mais, si la mort doit venir, je la désire utile à quelque chose de grand et de beau, afin qu'elle rachète un peu ce que ma jeunesse a eu de mesquin et de terne. »

       On ne saurait trop admirer la droiture d'une âme capable de jeter un regard si sincère sur elle-même et de se peindre sans fard. De fait Jean n'avait pas la patience qu'exigent la routine et l'ennui des petites besognes quotidiennes, il n'avait pas le don d'en saisir la noblesse ou d'y mettre de la beauté, mais il avait les qualités fondamentales qui poussent à faire mieux que la moyenne dans les circonstances exceptionnelles. Grâce à Dieu elles lui seront abondamment offertes désormais, et nous pouvons être sûrs que l'ascension spirituelle dont il traçait l'esquisse en 1941 l'avait déjà mené à d'étonnantes hauteurs quand Dieu l'accueillit deux ans plus lard.

       Il appartient à la fameuse 609e escadrille, chaude encore du souvenir et de l’exemple de Rodolphe de Grunne. Il prend ainsi part à toutes sortes d'opérations de la R.A.F., tant de jour que de nuit, sur les côtes françaises et belges, collabore à la défense des côtes anglaises, de la Manche, du Pas-de-Calais, de la mer du Nord ; il bombarde les voies de communication en Belgique et en France, abat plusieurs avions et coule de nombreux bateaux ennemis. Heures exaltantes ! Ses grandes passions sont les courses en Belgique et les émotions de l'aviateur de chasse. Un jour, dont les Bruxellois ont gardé le souvenir (c'était le 20 janvier 1943), il se laisse tenter par le désir de frapper un coup d'éclat : sa mission de bombardement sur les chemins de fer belges terminée, il vole vers Bruxelles, y simule une chute retentissante, se redresse brusquement et mitraille l'immeuble de la Gestapo, aux fenêtres duquel les Allemands s'étaient précipités pour assister à la dégringolade.

       De telles initiatives cependant sont moins appréciées des chefs que du public. Ils savent mieux le prix de la discipline, le danger des actions non concertées. Si Jean est peu après nommé capitaine et décoré, c'est indépendamment de son exploit, en raison d'une valeur personnelle extraordinaire faite de courage, de persévérance et de volonté de réussir.

       Entre temps à Londres il fréquente des groupes très divers ; partout on aime le voir arriver, car il est charmant causeur et excellent ami, encore qu'il ne livre pas volontiers au premier venu le secret de sa séduction, l'enrichissement de sa vie intérieure dans le don total de soi.

       Le 16 août 1943, rentrant d'une mission, son appareil, sans doute endommagé, s'écrase au sol. Jean est tué et scelle d'une garantie de n'en pas déchoir la plus belle époque de son existence. Fixé pour l'éternité au niveau de l'héroïsme chrétien, elle recevait du Seigneur le point final qu'il avait souhaité.

       La gloire humaine ne lui fit pas défaut. Après que la presse eut narré maintes fois ses exploits, une cérémonie officielle eut lieu en son honneur le 20 janvier 1947, à Bruxelles. Une plaque de bronze fut posée sur l'immeuble de l'avenue Louise qu'il avait canonné, et son geste fut exalté par le bourgmestre de la ville et par le ministre de la Défense nationale.

 

 



[1] Cœurs des Belges du 15 septembre 1947. Organe de la Résistance fondé sous l’occupation allemande.



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