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        Maison du Souvenir

La famille Taminiaux sur les routes de l’exode en Mai 40.

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La famille Taminiaux sur les routes de l’exode en Mai 40.

point  [article]
Certificat d’identité

Confirmation de nationalité belge par la commune de Furnes

Le Dr Taminiaux pendant son service militaire

Le mariage de Benjamin Taminiaux avec Susy.

Les enfants

Le Dr Arsène Taminaux

Le Dr Arsène Taminaux

Denise Danel son épouse

Ausweis

Famille

Sur la voiture

En voiture

La grosse voiture

La ferme de Marbiseul – Gozée : 1912-1915

La ferme de Marbiseul – Gozée : 1999

Lettre

Lettre

Un fils « scout »

Ham sur Heure

Brou – Hôtel du Plat d’Etain

Brou – Hôtel du Plat d’Etain – Recto de la carte

Autorisation de circulation

Une prescription

Le conseil communal de Gembloux

Pose par le Roi Baudouin, de la première pierre de la maternité provinciale de Namur

Pose par le Roi Baudouin, de la première pierre de la maternité provinciale de Namur

Pose par le Roi Baudouin, de la première pierre de la maternité provinciale de Namur

Pose par le Roi Baudouin, de la première pierre de la maternité provinciale de Namur

Coupure de presse concernant le décès du Dr Taminiaux

Coupure de presse concernant le décès du Dr Taminiaux

Coupure de presse concernant le décès du Dr Taminiaux

Une page du carnet tenu par le Dr Taminiaux

Souvenir (recto)

Souvenir (verso)

La famille Taminiaux sur les routes de l’exode en  Mai 40

Carnet de voyage du Dr Arsène Taminiaux[1], médecin à Gembloux

En possession de  son petit-fils le Dr  Patrick Loodts

Vendredi 10 mai

 

       La TSF de 7 heures ½, nous annonce que les Boches sont entrés à la frontière à 5 h du matin, sans avertissement diplomatique comme de véritables bandits.  Tout le monde est calme, on a confiance ; notre ligne canal Albert, la Meuse (…) à Namur, Dinant, Givet doit résister aux hordes germaniques et la racaille n’entrera pas. En famille, rien n’est changé, on continue la médecine mais sans grand élan car c’est la mobilisation générale et les dures séparations s’imposent. Nous songeons à Benjamin seul aux « Arts « à Erquelinnes et avec ma Ford, je décide à 10h1/2 matin de rejoindre Benjamin. Pierrot m’accompagne et sans aucunes difficultés, sans rencontrer aucune troupe française, je gagne Erquelinnes et trouve Benjamin en gare attendant un train. Les premiers chars blindés de l’armée française passent en ce moment à Erquelinnes à 11h ¾ environ et viennent au secours de la Belgique. Nous regagnons  Gembloux sans encombrement de route et la fin de la journée est calme.

 

Samedi 11 mai

 

       L’atmosphère de guerre surgit ; les bombardements par l’aviation ennemie commencent et dans ma tournée, j’apprends que le petit pont sur la ligne Lignez-Sombreffe a été visé sans résultat, sinon de tuer deux vaches dans la prairie. Plennevaux Gustave et Rufine Dardenne voient aussi 7 à 8 vaches tuées dans les prairies. A Gembloux, commencent les bombardements sur la gare. Ils n’atteignent que l’usine à gaz et l’usine Melotte sans destructions  ni morts ni blessés. Le carrefour de la Croisée Tirlemont-Bruxelles-Namur est également visé. Les appréhensions sont justifiées et déjà nous apprenons que les positions du Luxembourg sont abandonnées et que doucement on se replie sur la Meuse. Les forts de Liège tiennent bon, le canal Albert résiste mais les Hollandais fléchissent et les bombardements sont … par l’aviation boche. Je prépare dans la cave l’évacuation de quelques pièces précieuses de mariage, la verrerie etc …mais en espérant qu’on ne quittera pas Gembloux ! On était prêt depuis six mois et les Français passant en grand nombre de charrois blindés et de munitions, la confiance est grande. 

 

Dimanche 12 mai

 

La nuit avait été également calme. Aucune alerte, pas de sirène, pas d’effroi. On[2] se préparait à s’habiller, à aller à la messe de première communion des enfants à 7h1/2.

       Subitement à 8h20 du matin, après le bruit lointain d’un bombardement, nous sommes surpris par des explosions violentes et nous gagnons notre abri dans le fournil de maman que Tasiaux, notre entrepreneur avait garni de 25 cm de béton armé et que les enfants avaient entouré de 200 sacs de sable. Plusieurs bombes tombent dans le voisinage immédiat, aucun enfant ne pleure, nous sommes tous tassés avec la servante Yvonne Priechorst et sans aucune défaillance, nous prions sous le bruit strident des bombes et les explosions qui donnent un jet de lumière au travers des petites fissures des portes et des sacs de sable. L’alerte cesse après 2 heures et rapidement nous courons chercher quelques linges et vêtements, une valise de papiers et les bijoux et pêle-mêle nous entassons la voiture Ford.

       Nouvelle alerte cinq minutes après et à nouveau réfugiés dans l’abri, nous assistons à un bombardement effrayant, des bombes tombent dans le jardin, tout tremble, des bruits de vitres cassées et nous examinons dans la tranchée en chicane de sable si nous pouvons sortir. Les carreaux de la maison en arrière sont très cassés, une partie du plafond de la cuisine est tombée, des morceaux de verres plein les pièces, le désastre commence !

Les enfants  me supplient de partir, sont atterrés mais courageux.

       Denise n’est pas habillée, ni maman et au plus vite je cherche des vêtements et dans l’abri à nouveau sous un bombardement, on complète une toilette indispensable, résolus à fuir avec les deux voitures sitôt ce nouveau bombardement terminé.

       En effet à 12h1/4, le feu cesse et rapidement nous partons avec les deux voitures. Je conduis la Talbot avec nous tous sauf Pierrot qui conduit la Ford avec Emile à ses côtés. Nous subissons  l’handicap d’Emile bloqué avec une jambe impotente. Il venait d’être opéré le mercredi 8 mai par le Dr. Laderun Edouard d’une souris articulaire du genou droit et pouvait à peine marcher. Le commissaire de police sourit en voyant passer le jeune chauffeur Pierrot, conduisant la Ford bourrée de bagages fourrés pèle mêle et  combien encore incomplets ! nous quittons ainsi Gembloux à 13h ½ et gagnons Tongrenelle par le bois de Muzy, Mazy, Balâtre Saint Martin et Boignée… Dans le bois, après le pont de (Falnuée) des avions boches nous obligent à stopper et nous masquer sous les peupliers longeant la route. Nous arrivons à Tongrenelle chez tante Madeleine sans autre inconvénient et sans grand appétit nous mangeons sommairement. La Ford était placée contre la façade de la salle à manger, la Talbot entrée sous le seuil. Six camions français plus ou moins camouflés occupaient le hangar de Tongrenelle et se trouvaient aussi disséminés sous le gros arbre près de l’écurie des chevaux et dans le chemin allant au Quartier Noble. Cet ensemble devait nous être fatal et servir de cible aux avions allemands. Sitôt notre collation finie, nous rangeons à la salle à manger tous nos colis contenus dans la Ford (dans la Talbot, il n’y avait absolument rien puisqu’elle avait servi à nous véhiculer tous) et dans l’interruption de plusieurs alertes nous préparons ce qu’il était indispensable que chacun emporte s’il nous fallait fuir définitivement. Notre grande valise en cuir contenait nos papiers d’assurance-vie, un agenda de visites faites en 1940, le coffret à bijoux  contenant les colliers de Denise, montre en or et décorations, et aussi 800 francs en pièces de 50 francs.  Nos vêtements de valeur étaient tous rangés afin de les sélectionner, la belle robe de communiante de Marguerite, le manteau de fourrure de Denise, ses plus beaux habits et ceux de nos chers petits gosses !  Nous nous étions déjà réfugiés plusieurs fois dans les caves avec tous les soldats français des camions militaires et malgré mes sollicitations de garnir le poste d’entrée et les soupiraux avec des sacs de terre (nous étions très mal protégés par les ouvertures contre les éclats), les soldats étaient beaucoup plus occupés à se sauver et à occuper la bonne cave qu’à nous rendre ce service. Des réfugiés venus de la région de Liège emplissaient également la cave et nous mêmes en famille trouvions difficilement place pour nous protéger…Que devait-il se passer dans les abris publics à nombre limité de places ?

       Tout à coup surviennent trois avions boches à très faible altitude ; heureusement tous nous descendons à nouveau et moi même ayant traîné à ranger les bagages, j’arrivais à peine en bas des escaliers qu’une détonation et un tremblement formidable avec fumée épaisse nous donne la certitude qu’une bombe vient de nous atteindre. Tous nous sommes atterrés et nous prions tout haut la très Sainte Vierge.

       Une odeur de poudre et une fumée légère nous fait penser à l’incendie de la maison. Un à un nous sortons et un spectacle de destruction complète s’offre à nos yeux ; la grange est pulvérisée, la petite maison des voisins y attenant et toute la partie gauche du corridor de la maison de Léonard est effondrée ensevelissant complètement les choses les plus précieuses que nous y avions préparées ! Toutes nos chères photographies emportées, nos bagages et nos valeurs étaient anéantis !

       C’était pour nous un coup nouveau très dur : dépouillé de tout !

       Affolés, nous n’avions pas encore remarqué que notre auto Ford était criblée d’éclats, les pneus éclatés, le châssis déformé : elle gisait dans les décombres du garage et de la maison. Heureusement la Talbot à une certaine distance était intacte sauf une vitre cassée et quelques « contusions » sans importance. Une seule idée s’emparait de moi : sauver à tout prix la Talbot d’un nouveau bombardement, sauver ainsi notre seul moyen de locomotion qui nous restait et grâce à lui sauver la vie de ma chère famille. Pour ce faire, je décide de quitter Tongrenelle qui restait à cause de ses camions français un point de mire et une cible pour les avions ennemis.. Evitant le chemin de Boignée qui avait subi un bombardement  nous allons par le Quartier Noble jusqu’au vieux château de  L… Plennevaux et par le mauvais chemin des « chapelés » nous gagnons le cimetière de Tongrinne et allons dire un court bonjour à tante augustine. Nous recevons chez elle deux pardessus de Célestin et deux couvertures pour les enfants qui par la frayeur étaient grelottants et n’avaient d’autres vêtements qu’un léger costume ou une petite robe. Toujours pour protéger notre voiture Talbot, devenue notre seul espoir de nous échapper de la fournaise infernale des Boches, nous gagnons alors Boignée et nous nous réfugions dans le petit chemin boisé entre Jules Barraux et le trou du Balâtre ;  nous y arrachons  et coupons des feuillages et ainsi nous camouflons l’auto. Des avions ennemis passent et repassent et nous entendons au loin des détonations de bombardements qui étaient, nous l’apprenons dans la soirée, dirigés à nouveau sur le Bocq, Mazy et Gembloux. De 4 heures à 8 heures du soir, nous nous étions ainsi réfugiés dans ce petit bois et au crépuscule bien « avancé », repassant par Tongrenelle, nous emportons avec nous Ernest Plennevaux, le frère de Léonard, rhumatisé des jambes, laissant la famille de tante Madeleine, décidée à gagner en vélo le lendemain notre lieu de ralliement : Erquelinnes. Tongrenelle avait subi en plein centre la chute d’une bombe et la femme d’Edmond Winand et sa mère avaient été tuées. En pleine nuit, sans aucune lumière et très péniblement nous arrivons à Fleurus avec l’intention de passer par Montigny-sur -Sambre voir Achille Sottiaux et peut être y loger.

       Hélas à Fleurus, l’autorité militaire Française nous oblige à obliquer vers Wangenies et Ransart et ainsi nous arrivons à 11h1/2 du soir à Gosselies. De là, toujours déviés de la ligne droite par ordre des armées, nous ne pouvons gagner Charleroi directement et sommes dirigés par un dédale de rues sombres vers Jumet et Roux. N’y voyant plus, nous nous trouvons seuls et perdus dans une région inconnue où heureusement nous trouvons une voiture en panne qu’un taxi remorquait.  C’était un garagiste de Souvret , qui nous permit de le suivre et qui nous hébergea chez lui dans la cuisine après nous avoir aimablement fait une tasse de café ! Quelle amertume et quelle fatigue ! Nos pauvres petits affalés sur des chaises et la tête appuyée sur la table mais résolus quand même et maman heureusement résistante à l’épuisant voyage et à des émotions indescriptibles, reprenaient courage. Au petit jour et tous nous primes place à 3h1/2 du matin dans la Talbot. Nous nous étions réchauffés et le problème était de gagner Erquelinnes.

 

Lundi 13 mai

 

       De Souvret nous arrivons à Fontaine l’Evêque et nous gagnons Binche, rencontrant de nombreux convois français. Tout est calme dans le ciel, nous arrivons (après ?) Binche à Marbes-le-Château et là pour laisser la libre arrivée des Français venant directement d’Erquelinnes, nous sommes dirigés vers Solre s/Sambre où à nouveau des avions allemands apparaissent et nous obligent à sortir de la voiture et à nous cacher le long du fossé !

       Nous sommes en face du receveur des contributions, sa famille nous offre le déjeuner et nous trouvons un ami du receveur qui me revend 10 litres d’essence, impossible à trouver à aucun garage. Un problème angoissant se pose maintenant : où trouver de l’essence pour gagner la France et cependant nous avons laissé à Gembloux 80 litres. Vers 10 heures du matin, nous arrivons à Erquelinnes chez tante Catherine, nous y dînons avec les pauvres réserves de pommes de terre et le pain impossible à trouver. Une foule innombrable de réfugiés y est massée dans les rues, la gare est pleine de malheureux qui attendent des trains pour Paris et j’y vois le tailleur Simons de la rue du Coquelet à Gembloux qui me raconte que plusieurs maisons sont effondrées rue du moulin, Spierneux à la chaussée de Charleroi, que Madame Pirotte et sa mère, rue de la Corderie ont été tuées. Après-midi, Madeleine, Léonard, Elvire et Denise arrivent en vélo, venant de Tongrinne avec un peu de linge et  quelques couvertures. Ensemble avec Léonard, nous décidons de regagner Gembloux et Tongrinne puisque nos familles sont en sécurité relative. En « Talbot », vers 7 heures du soir, sans avoir mangé depuis midi, nous quittons Erquelinnes pour aller rechercher à Gembloux les nombreux objets que nous pourrons encore reprendre à Gembloux puisque chez Léonard, tout était enseveli. Le problème aigu est celui de l’essence mais grâce à un siphonage fait le matin à Solre s/S à une vieille voiture du voisin du receveur de contributions nous pourrons gagner Gembloux et là j’ai 8 bidons pleins dans la réserve qui m’attendent…

       A l’entrée de Binche, providentiellement un garage donne de l’essence et je puis y mettre 80 litres ! nous sommes parés pour atteindre Gembloux et par après la France ! Sans aucunes difficultés nous arrivons directement à Fleurus par la route ordinaire de Marchienne, Charleroi, Gilly et Sart (Hallet ?). La nuit tombe et à « Mathias », Léonard descend pour regagner Tongrenelle.  A partir de ce moment, les réfugiés nous croisent nombreux à pied, en vélo, en tombereau, en chariot avec chevaux ou vaches. Interrogés, ils viennent  de la campagne de Perwez, Petit-Rosière et de Jodoigne. Les Allemands approchent à toute vitesse et de nombreux camions militaires français avec des cars de soldats nous croisent.  Au Bocq, 6 voitures automobiles brûlées sont au bord du fossé, il y a des trous profonds sur la chaussée, c’est le résultat du bombardement d’hier.

       Plus nous approchons de Gembloux, plus la désolation est intense, la route est vraiment obstruée par les attelages de ceux qui fuient et nous nous demandons s’il est prudent de persévérer dans notre tentative tant il y a des fuyards.

       Cependant nous avons envie de revoir la maison et d’y emporter vite ce que nous pourrons. La réserve d’essence est moins importante puisque nous avons fait le plein à Binche, cependant le voyage en France est long et trouverons-nous pour poursuivre notre route ?  

       Nous voici à Malplaqué, beaucoup de maison sont ouvertes, abandonnées, d’autre brûlées mais il fait noir et le temps passe. Rue Haute bise, silence glacial, pas un être vivant ! Rue Damseaux vite nous frappons chez Auguste, personne ne répond mais en face chez Charles et chez Vlaminck, on accourt terrifié me supplier de les emmener à Gentinnes ! Comment accepter ce devoir avec de l’essence limitée et risquer des crevaisons et peut-être  être rejoint avant le jour par les Boches.

       Nous arrivons chez nous anxieux ; la maison est encore debout mais pas moyen d’y entrer, quel désespoir ! Denise a fermé la porte de derrière et ce trousseau de clefs était dans une valise ensevelie à Tongrenelle ! Debucher est accourue et nous annonce qu’on aura cette nuit un bombardement intense, si on peut l’emporter…Nous répondons que nous allons chercher notre essence dans la remise, il nous répond que Bouffioux l’a emportée… !

       A ce moment nous sommes effarés, je pense à Emile qui a voulu nous accompagner songeant à 2 albums de timbres dans le buffet et si nous étions empêchés de retourner avec l’auto comment faire avec lui dans l’impossibilité de marcher ! Je suis franchement bouleversé et disant adieu à notre chère demeure, les larmes aux yeux, nous quittons sans pouvoir rien emporter à cause des portes closes. Nous sommes tous trois avec Emile et Benjamin uniquement occupés à penser au retour, à rejoindre maman et bonne maman et nos petits qui angoissés nous attendent. Il est minuit ! Laborieusement, au milieu des convois militaires et des réfugiés nous  faisons la file et lentement nous gagnons Fleurus. En face de Tongrenelle, nous pensons à Léonard qui a décidé de passer encore la journée de mardi et de rejoindre comme il le pourra Charleroi et de prendre un train pour Erquelinnes : un piéton dans ce cas s’en tire mieux qu’une auto encombrante et dont la moindre panne avec Emile, invalide du genou, avait absolument besoin pour se sauver. A Fleurus, comme la nuit précédente, nous sommes dirigés vers Ransart et Gosselies au milieu de convois militaires français faisant route pour la retraite vers Charleroi. Hélas, à l’entrée de Gosselies, embouteillage complet par les camions français rangés sur deux rangs et arrêtés pour une durée indéterminée afin de reposer les chauffeurs. Ils reviennent de Petit-Rosière où sont les Allemands c’est à dire à 15 km de Gembloux. Nous avons bien fait d’accélérer notre retour mais sommes-nous bien en queue des convois militaires en retraite ?

       Nous ne pouvons rester là et dans une nuit complète nous cherchons un chemin vers Gilly et difficilement nous gagnons la place des Haies et enfin Charleroi. La nuit est extrêmement noire, je suis exténué d’un voyage de nuit, phares éteints strictement et nous garons dans le terre-plein du boulevard de la place du manège à Charleroi puis nous nous étendons un peu tous trois et sommeillons ½ heure. Il est 2 heures du matin. Une alerte sérieuse oblige une patrouille militaire à sonner à une maison pour y trouver refuge ; nous en profitons pour y trouver refuge avec les soldats dans un vestibule d’un immeuble. Je crève de soif, nous n’avons plus bu ni mangé depuis lundi à midi. Le tenancier ne peut pas m’offrir un verre d’eau, c’est un jeune homme dont le père a fermé la conduite d’eau et il ne sait pas où se trouve le robinet ! Où en sont les gens de Charleroi svp s’ils ne savent même plus procurer un verre d’eau ?

       Sortis, nouvelle alerte, et cette fois, je profite d’une lumière d’un appartement pour frapper à la porte ; on m’ouvre après m’avoir demandé mon nom et ma profession et celle là invita la tenancière à m’ouvrir : c’était une accoucheuse qui me donna 3 verres d’eau : j’étais désaltéré !

 

Mardi 14 mai

 

        A 3 h ¼ du matin nous quittons le Boulevard du Manège et un  officier belge au viaduc, désemparé, visiblement perdu par la connaissance des événements très mauvais du front militaire, voulait nous envoyer par Marchienne à Binche mais nous empêchait de prendre la route…de Marchienne. Il n’était pas du pays visiblement et un agent de police de Charleroi aurait été beaucoup plus utile que lui. Des convois français nombreux rentraient de Binche vers  Marchienne et Charleroi et nous ne pouvions prendre cette route .Connaissant très bien la route par Mont sur Marchienne et le M de Bourée nous sommes enfin libres du cauchemar et sans aucune difficulté, sans rencontrer aucune espèce de troupes françaises, nous arrivons par Gozeée, Thuin, Biercée, Fontaine-Valmont, et La Buissière à Merbes-le-Château. Sachant très bien qu’il fallait éviter le poste de garde sur la place de Marly le Château qui allait nous interdire la route de Binche., nous avons pris un chemin de campagne nous arrivons à Merbes-Ste-Marie. C’est que nous voulions aller refaire un plein d’essence chez le garagiste de l’entrée de Binche qui nous avait promis d’être encore là le mardi matin. Et sur cette route, seuls civils dans les convois de camions de campagne français, nous avons encore pu à 5 heures du matin  gagner Binche et  compter aussi sur les réserves d’essence de 120 litres ! Nous étions sauvés pour 400 km.

       Demi-tour nous repassons à Merbes-le-Château , Solre s/S et nous resiphonons les 10 litres d’essence empruntés la veille chez un brave militaire qui nous avait tirés d’ l’embarras près du receveur de contribution .A six heures du matin nous sommes à Erquelinnes et définitivement tous réunis nous promettant de ne plus nous séparer. Madeleine, Ernest, Elvire et Denise décident de rester à Erquelinnes en attendant Léonard et tante Catherine.  Dès la première heure je vérifie l’auto, un pneu est presque plat, nous trouvons heureusement un mécano qui le répare. La maison communale nous annonce que c’est à  Leers-Fosteau que se délivrent les passeports indispensables pour la France et qu’en tous cas le passage de la frontière ne peut se faire à Erquelinnes.

       Nous dînons sommairement et j’ai l’appréhension d’une fameuse queue à faire pour l’obtention des passeports pour autos et vélos.

       Nous disons adieu à tout le monde avec la convention de nous retrouver à Paris à un pied de la tour Eiffel ou à l’hôtel du P.L.M. entre 1O h et 11 h. Nous voici à Leers-Fosteau à piétiner devant cinq bureaux par passeport. Quelle belle proie pour les avions boches si l’un deux avait possédé des bombes à  nous servir ! Nous étions là massés à cinq mille personnes tassés à attendre des passeports ! Vraiment les Français étaient lents à comprendre la situation et ne dnnaient pas l’impression d’être des alliés ! Cartes d’identité, formulaires à remplir pour chaque individu au dessus de  16 ans. Enfin nous passons la frontière belge à Thirimont et la Française à Bousigny par un petit chemin étroit. De villages en villages, laissant les grands routes de côté pour les usages militaires et nous atteignons laborieusement  Consolre et Solre-le-Château. Ici, halte nouvelle et nouveaux papiers pour le dédouanement de la voiture, dont le coût 20 francs Belges et une pose prolongée pendant laquelle les vélos et les piétons reprenaient de  l’avance que nous avions laborieusement gagnée dans les petits chemins poussiéreux et affreusement encombrés de malheureux fuyant avec toutes sortes de véhicules.         Toujours à l’allure de 5 à 10 km à l’heure, nous sortîmes laborieusement de la grande foule des évacués et (…) des files d’autos nombreuses. Par monts et par vaux, de nuit, nous  roulons  par des chemins de détours laissant à notre droite Martelange, Landrecies et Le Cateau, et à notre gauche Avesnes, Le Nouvion, La Capelle et Guise. Après une croûte cassée dans un sale cabaret français de village avec de la bière infecte et chaude, servie par des gens aussi sales que les tables, nous avons une première fois fait la différence radicale entre notre ordre et notre propreté belges et le laisser- aller français apparemment dans beaucoup de domaines. A part cela le voyage s’est effectué normalement et à Saint Quentin nous arrivons à cinq heures du soir. Un peu plus loin que la gare, chez de braves belges faisant le commerce de porcs  (…), nous avons retrouvé notre milieu belge avec du bon café, une table impeccable et la propreté qui nous manquait tant déjà et nous vivions notre première journée en France !

       Très bien repus de bonnes tartines avec confiture et fromages, nos mains bien lavées, nous quittons ces braves gens pour sortir de Saint Quentin dont la proximité de la gare ne nous disait rien qui vaille pour les bombardements. Nous arrivons rapidement à 10 km de St Quentin sur la route de Ham  à la tombée de la nuit et suivant notre inspiration, nous demandons à loger dans une petite ferme où on nous offre immédiatement du cidre au tonneau un peu aigre, mais très rafraîchissant quand même en raison d’une soif intense que les poussières du voyage nous avait procurée. Les enfants boivent aussi du lait, on nous redonne du cidre en bouteille beaucoup meilleur et nous gagnons notre logement. Maman et Pierrot logent dans un bon lit à la ferme même mais nous sommes installés dans un baraquement (genre de baraquement de Flamands pour les betteraviers de nos fermes wallonnes) à odeur de moisi mais avec toute leur bonne volonté les fermiers nous avaient mis de la paille pilée et des couvertures de coton.

       Les cinq enfants y sont étendus bien couverts mais évidemment tout habillés car la nuit était froide et nous deux Denise avons un lit de camp à ferrailles rouillées et bruyantes mais nous permettant de nous étendre.

       Nous sommes à 10 mètres de la grand-route et la nuit durant nous n’entendons que le ronflement des moteurs d’autos militaires qui ravitaillent vers le front ceux qui nous défendent.

       Nous avons appris la veille le bombardement de la gare de Terguier à 20 km au sud. La proximité des champs d’aviation de St Quentin à 5 km ne nous inspirait que trop d’inquiétudes.  Les sirènes marchaient toute la nuit et Denise surtout dormait très mal désireuse de voir au plus tôt notre départ ; les enfants dormaient heureusement à poings fermés et se reposaient. Heureusement, aucune bombe ne fut jetée dans nos parages et à 5 heures du matin nous  nous sommes levés…

 

Mercredi 15 mai

 

       Nous déjeunons avec pain, beurre et oeufs chez nos braves fermiers très gentils et même très charitables…puisque nous  recevons un veston pour Jacquot, une petite  robe qui servira à Loulou et un peu de linge de corps ! Nous, ne possédons plus que nos vêtements et linge de corps strictement personnels et le moindre don était accueilli avec la plus grande joie. Relativement joyeux, nous quittons nos hôtes décidés maintenant à ne pas essayer de gagner Paris certainement très encombré par les mouvements d e réfugiés et de militaires et où vraisemblablement dans un avenir prochain les mêmes dangers nous guetteront.

       Nous avions fait depuis Erquelinnes 130 km à cause des détours imposés et nous étions avec un réservoir d’essence relativement bien garni. En route pour Ham que nous gagnons rapidement, j’espère faire le plein et la première pompe exigeant des bons de la mairie, celle-ci étant encore fermée (il est huit heures du matin) nous en obtenons sans bon 15 litres, nous achetons une carte Shell de la ½ nord  de la France et nous arrivons à Noyon où nous reconnaissons encore des restes de la grande guerre 14-18.

       Pauvre Noyon qui sera à nouveau un champ de bataille ! Là nous (tâchons) de faire le plein d’essence, nous remettons encore 5 litres à la sortie de Noyon et en route pour Compiègne !

       De Noyon à Compiègne, 24 km de bonne route comme le sont d’ailleurs toutes les routes françaises et ( ?) abondamment les routes bordées de pommiers ; nous voyons Compiègne et son réseau de fils téléphoniques assez typiques par une disposition serrée en larges files. Nous ne sommes guère à contempler les caractéristiques de la ville et à la sortie de celle-ci au lieu de nous permettre la route naturelle par Beauvais, la police routière nous emmène par des routes secondaires vers Rantigny, Mouy et Noailles et nous arrivons à Beauvais vers 10 h ½ Grand Place. Les enfants aperçoivent le gros camion de la firme Léopold Renson et nous trouvons dans un café Fernand et Théodore Renson, leurs enfants et Spineux père et fils et Clarinval. Nous leurs parlons de Gembloux, la maison de Mr Specieux a été détruite, beaucoup de maisons ont été endommagées à l’avenue de la gare mais les nouvelles sont peu précises, tout le monde s’est sauvé comme on a pu et Dieu sait avec quel désarroi !

       On achète une paire de soquettes aux petites qui ont déjà les bas troués et dans ce magasin une très courtoise dame française voyant qu’on me refuse une pièce d’argent belge  m’invite à la suivre au Credit Lyonnais où on m’échange bien volontiers 4.000 francs belges à 144 francs. Heureuse aubaine pour des réfugiés, tracassés des moyens de subsistance qui seront bien vite épuisés ! Nous remettons à nouveau de l’essence ; nous avons fait 115 km depuis Noyon ce qui nous permet de remettre 50litres et nous voici à nouveau tranquilles pour 400 km s’il le faut. Notre décision  est maintenant claire, nous ne gagnons ni Paris ni la Bretagne mais nous irons à Luçon où habite un de nos cousin et  une de nos cousines  Paul Wauthier et Yvonne Plennevaux et leurs enfants Guy et Claude.

       Partis pour la Vendée, nous gagnons, désormais sur les routes nationales Auteuil, La Houssoye et nous sommes à Gisors à 1 heure. Le moral est meilleur, les dangers  écartés et nous dînons de bon appétit dans un petit café accueillant avec un bon camembert, du pain, du beurre et des radis. Sitôt fini, sitôt partis. Une bouteille à eau minérale de Gembloux par hasard dans la Talbot avec nos … nous vient à point. Il fait chaud et nous la remplissons d’eau gazeuse pour le voyage. Nous dépassons les Thilliers, Vernon, Pacy-sur-Eure. Nous traversons l’Eure (après la Seine à Vernon) et nous voici à Evreux. Nous devons accomplir une bonne étape et sans discontinuer, la Talbot marche à merveille. Emile parvient avec son mauvais genou à conduire certaines étapes. Marguerite n’a pas eu un seul moment son mal de mer habituel, tout le monde a trop chaud ; beaucoup dorment copieusement sauf les deux conducteurs alternatifs et nous défilons par  Evreux, Nonancourt, Château-Neuf, la Loupe, Nogent-le-Rotrou, la Ferté-Bernard et voici le Mans. Y logerons-nous ? On nous conseille certains hôtels, cela nous coûtera fort cher, j’hésite et une idée me préoccupe, gagner du terrain. Nous achetons chez un juif un blaireau, du savon à barbe et trois chemises pour Emile, Pierrot et moi-même ainsi qu’une pour Benjamin. La ville est pleine d’Anglais où se trouve paraît-il leur Etat-major. Il est 7h1/2 du soir et je risque de partir quand même loger plus économiquement qu’au Mans. Nous allons à La Flèche  et nous y arrivons à 8 h ½. Pas  moyen de manger ni de loger ; les hôtels et restaurants et cafés sont très peu accueillants, cette petite ville me fait un très mauvais effet à mentalité égoïste. Dans un café, trois officiers français jouent aux cartes  un bon verre dans le nez et pour tous renseignements nous envoient à la mairie ! il est 9 heures du soir c’était vraiment nous envoyer …à la gare ! Je me suis permis de leur dire à ma façon que nous Belges aurions  encore notre lit et nos aises, si nous avions dit simplement à Hitler ‘Passez, Monsieur, vous serez ainsi encore un peu plus vite à Paris ! »

       Ils le mériteraient tellement leur morgue était visible…Heureusement quelle différence nous allions trouver chez les Français de Vendée ! Je ne pouvais pas rester sur la rue, je m’adresse à la gendarmerie qui me conduit chez le maire : « Un médecin  »  qui, j’aurais été à sa place vis à vis d’un confrère, aurait reçu une large hospitalité chez moi, nous envoya loger à l’hôpital avec ses regrets de ne pouvoir trouver autre chose. Par de petites rues, nous trouvons une école transformée en « hospice », ce que l’on appelait l’hôpital. Dans un réfectoire à odeur caractéristique, on nous sert la soupe aqueuse avec pain flottant …à laquelle les petites ne veulent pas toucher. Heureusement que nous possédons du beurre et nous avalons une bonne tartine avec quatre bouteilles de bière que j’étais allé chercher dans un café très proche.  L’infirmière survient prévenante et voyant un peu notre décadence…nous offrit de nous héberger non pas dans la salle commune des femmes ou des hommes, où il y sentait le fumet caractéristique  des pauvres et des infirmités des vieillards qui s’y trouvaient, mais dans sa propre chambre spacieuse.

       En pleine nuit nous transportons les lits de la chambre commune vers la chambre particulière et vers 10 heures du soir, nous nous endormons avec chacun un lit très confortable et dans lequel, harassés nous nous promettons de dormir. Bonsoir tout le monde, nous avons fait 465 km.

 

Jeudi 16 mai

 

       Nous nous réveillons dans notre hospice après avoir tous bien dormi ; notre déjeuner de cacao au  lait bien chaud, notre pain beurré nous semblent succulents, l’infirmière bénévole  est très prévenante et nous quittons la Flèche presque réconciliés avec un endroit dont la mentalité d’accueil de la veille était bien déprimante. Nous traversons la ville d’Angers de bonne heure, et sans trop penser au vin d’Anjou, nous quittons le département du Maine.  Nous avons ainsi parcouru  divers départements à savoir, le Nord, l’Aisne à St Quentin, l’Oise par Compiègne, Beauvais et Gisors, l’Eure par Vernon, Evreux et Nornancourt, l’Eure-et-Loire par Dreux, Château-Neuf et La Loupe, la Sarthe par Le Mans et la Flèche. Nous sortons du Maine et Loire en quittant Cholet ou plus exactement Montagnes-sur-Sèvre et nous entrons en Vendée ! notre terminus !

       L’heure de casser la croûte, comme on dit en France, approche et nous nous arrêtons après Les Herbiers aux quatre chemins pour y dîner sommairement.

       Nous avions acheté à Cholet de la Crossette du jambon cuit à l’eau, malgré les résistances du boucher qui ne pouvait rien délivrer un jour sans viande et avec cela du pain et du beurre emportés et deux bouteilles de petit vin du pays.

       En sortant du petit café nous voyons notre pare-choc devant détaché à droite et un bout de fil de fer obtenu « gracieusement » de la patronne très grincheuse du café qui nous tire d’embarras avec une gueule peu accueillante !

       En route maintenant pour Luçon par St- Vincent, Chantonnay et Ste- Hermine ; une petite prière dans une petite église à saint Jean de Beugné, nous arrivons à Ste Gemme-la-Plaine  on tourne à droite, quelques km encore et nous sommes à Luçon à 4h ½. Nous avons fait aujourd’hui 191 km. Nous sommes heureux de trouver sans trop de difficultés avenue Wilson  …..Yvonne et le cousin Claude. Notre cousin Paul Wauthier était en voyage d’affaire et peu de temps après avoir goûté avec du bon pain, du fromage frais et de l’excellent café, il rentrait et nous nous trouvions dans une atmosphère familiale et sereine. Quel réconfort pour nous qu’une hospitalité très large, un bon souper avec une excellente salade de haricots et de bons œufs. Yvonne nous prépare un bon lit : le sien d’ailleurs, tous nos enfants seront logés dans un lit confortable en ville que Paul Wauthier nous trouve chez des amis. C’est ainsi que Benjamin et Pierre logeront à part chez Mr Faure tandis que tous les autres restent chez Yvonne. Le soir on peut se débarbouiller, on peut  se raser et coucher dans un lit bien frais. Quelle différence entre l’intérieur confortable et propre de nos cousins et les cabanes vendéennes vues dans la plaine de Chantonnay ou dans le bocage. Les enfants jouent avec Claude, c’est le plein bonheur ; Pierrot connaît bien vite les jouets intéressants. Quelques achats indispensables de linge et de pantoufles à Luçon. Le soir est venu et très tard après avoir écouté les nouvelles du front, peu rassurantes d’ailleurs, nous décidons de passer une bonne  nuit.

 

Vendredi 17 mai

 

       Nous sommes réveillés très tard après une nuit calme loin des bruits de bombardements qui retentissent encore par habitude à nos oreilles. On s’habille presque heureux, les enfants sont vite à jouer, Claude prépare  en retraite sa communion solennelle pour dimanche, Pierrot inspecte la ville, Denise vaque au ménage avec Yvonne, Emile soigne son genou avec un nouveau pansement et maman prépare la soupe. Je vais avec Paul à la mairie où on nous inscrit officiellement comme réfugiés à Luçon chez lui et ses amis afin de leur éviter de nouvelles réquisitions de chambres. Je fais la connaissance du commissaire de police très aimable et très serviable ainsi qu’en sortant de la mairie de Mme Pabeuf de  Luçon à qui je demande un rendez vous avec son mari le Dr Pabeuf le soir afin de l’entretenir de mes intentions médicales. Je jette un coup d’œil sur le joli jardin du maire, avec Paul nous visitons le Crédit Lyonnais pour affaires personnelles de Paul et nous buvons une bière de France dans un café bien tenu de la place de la cathédrale. Les petites ont besoin de sandales pour courir et avec quelques vêtements de Guy et Claude, ils sont un peu moins déguenillés et se trouvent très heureux à Luçon.

       Un télégramme  suivi d’un autre annonce l’arrivée de Hautecœur et de Julia et de la cousine Louise, veuve de Jean Colon avec son fils Yves.

       Ils arrivent d’ailleurs tous le soir et avec eux la cousine Albine, fille de Julia, accompagnée d’une amie de Jumet et avec Louisa, un Mr Léopold Vandeputte que j’avais déjà vu chez elle à Erquelinnes et une madame Marcoux avec sa fille fiancée d’Yves Colon. Henriette Colon, fille de Louisa était rentrée à Nantes près de son mari.

       Ils n’avaient malheureusement aucune nouvelle à nous donner de tante Catherine, ni de Louise Debauche ni de Madeleine Léonard et leurs enfants qui étaient cependant tous à Erquelinnes le mardi soir 14 juin. Qu’étaient-ils devenus ? Avaient-ils gagné Paris comme convenu ? Nous avaient-ils cherchés à l’hôtel du P.L. M. comme indiqué comme lieu de rencontre ?

       L’avenir nous l’apprendrait peut être et en tout cas, ils connaissaient l’adresse d’Yvonne et pourraient écrire à Luçon pour nous retrouver.

       Paul nous restaure tous abondamment et le soir avec lui, je rends visite au Dr Pabeuf. Très gentiment, il me propose de rester à Luçon, quoique ne voyant pas moyen lui-même de m’occuper dans sa clientèle mais me propose la combinaison d’aller m’installer à Chaillé les Marais à 15 km de Luçon. Cette région possédait un médecin actuellement aux armées et vraiment là je pourrais gagner ma vie rapidement. Nous décidons d’aller le lendemain dans ce fameux chef-lieu de canton marécageux avec Paul qui connaît bien le maire, Mr Albert et qui peut être touché favorablement avec les recommandations du Dr Pabeuf. Soirée en famille à écouter des mauvaises nouvelles du front où les Allemands gagnent chaque jour et rapidement du terrain mais nous ne nous inquiétons plus en comparaison des émotions subies !

 

Samedi 18 mai

 

       Sitôt levé, avec la permission de la veille du Dr Pabeuf, je vais à l’hôpital de Luçon enlever les fils opératoires du genou d’Emile dans une salle d’opération peu luxueuse mais propre dans un vieil hôpital mais très accueillant plein de roses déjà très charmiées et odorantes ; nous sommes nettement dans une région plus méridionale que notre Gembloux quand même !

       La plaie d ‘Emile est très normale mais le genou est encore gonflé en raison des fatigues du voyage et des obligations de grimper et de se coucher dans les alertes d’avions dans un fossé ou dans un bois. Nous profitons de la proximité des baraquements pour réfugiés de Luçon pour y pousser une pointe et nous plaignons ceux qui sont obligés de vivre, couchés désormais sur des lattes de bois plus ou moins flexibles avec une paillasse peu élastique !

       Une visite au garage pour y mettre 30 litres d’essence et nous partirons après-midi faire la connaissance de Chaillé-les-Marais. Un bon dîner où Paul nous fait encore mieux connaître les bons haricots de Vendée. Tôt dans l’après-midi par la route de Nantes à La Rochelle en passant par Moreilles dans un paysage très plat de prairies découpées par des canaux multipliés à l’infini, de sections différentes mais très couverts d’une mousse onctueuse et de roseaux nombreux, nous gagnons la problématique oasis de Chaillé où peut-être nous fixerons notre résidence d’exilés…

       La route nous amène en contrebas d’un bourg relativement élevé  ancré dans une falaise de calcaire découpée dans laquelle s’incrustent les maisons longeant la route que nous suivons. Une église à vitraux bien colorés et à silhouette bien dégagée domine le centre du village et nous la rejoignons par une côte escarpée qui de là nous mène à la mairie. Les chemins sont rocailleux et poussiéreux de ce calcaire friable qui constitue le sous-sol. Nous sommes incorporés nettement à la Vendée. Le Maire est à son domicile particulier et nous le trouvons, petit vieillard trapu, à lunettes métalliques, chapeau de paille du pays mais encore très vivant pour ses 80 ans ! Il paraît très heureux de ma visite, enchanté de m’accueillir mais ne pouvant me donner un conseil très franchement positif, attendu qu’il ne possède pas de maison pour me loger, le village étant envahi par les réfugiés de Signy le Petit, un petit village des Ardennes françaises dont le lieu d’évacuation avait été fixé depuis longtemps.  Il fera cependant l’impossible pour me trouver un logement convenable et me donna un coup de téléphone chez Paul à Luçon lundi 20 juin au matin. Nous sommes déjà deux amis et je sens que nous pourrons nous établir à Chaillé. Cependant en sortant de chez le Maire, je rends visite au pharmacien Mr Pineaud juste en face. Celui-ci me déconseille Chaillé, en me faisant observer que le médecin local, Mr Eugène Herand a été remplacé par son frère Georges Herand qui, de Marans à 10 km, le remplace et fait ses consultations chez  Madame Herand dans le fond du village. Il m’indique d’ailleurs des  coins plus avantageux à proximité à Champagné ou à Trieuze. Je saurai plus tard que j’ai eu le tort chez lui d’indiquer le Dr Pabeuf comme référence, ce dernier étant un conseiller d’arrondissement Rad socialiste et le pharmacien un enragé du Parti Social français.  Pour des raisons similaires, le vétérinaire local MMR    pendant ce temps parlait avec Emile et Denise et expliquait précisément que notre arrivée à Chaillé serait chaudement accueillie, le Dr Herand  de Marans étant très peu estimé à cause de sa pédanterie et sa négligence.  Deux avis pour, un avis contre et (je sors de ma bonne étoile) je décide fermement que je viendrai à Chaillé si toutefois Mr le Maire me trouve un abri. Avec Paul et Denise et les enfants, nous regagnons  Luçon,  heureux de notre visite au chef-lieu du marais…Sud.

       Entre-temps le cousin Guy que nous n’avions pas encore vu, est rentré de Loudun où il est maître d’internat (surveillant dans un lycée et d’où il poursuit des études supérieures à Saumur) Tout le monde est ainsi rentré et tout doucement on va tous essayer de travailler ! Yves avec sa fiancée et Mme Marcoux, Mr Léopold et Louisa vont travailler à La Rochelle et louent un appartement. Albert va travailler à St Brice en pleine Bretagne mais Julia malade restera à Luçon près de sa sœur. Elle souffre visiblement d’une (…) nerveuse de (..) ?

       Georges Plennevaux a aussi donné de ses nouvelles à Nantes où il comptait travailler. Malheureusement nous sommes toujours sans nouvelles de Marguerite, de Loulou et ses enfants, de Léonard, de tous les …

       Enfin c’est la loi de la guerre : se débrouiller chacun et dans sa sphère et selon sa préférence.

 

Dimanche 19 mai

 

       Tous à la messe de communion du petit Claude, la maison est en fête et nous vivons une belle journée formidable en famille. On oublie les tracas, les peines et les mauvaises heures, nous assistons aux offices d e l’après-midi et nous sommes heureux.  Une petite promenade en ville nous permet d’admirer le parc communal appelé jardin Dumaire avec de beaux sous bois, de belles plates-bandes et un petit étang plein de fraîcheur avec quelques promeneurs et beaucoup d’enfants ravis de pouvoir courir au grand air. A la terrasse d’un café de la place de la cathédrale nous assistons au défilé de nombreuses autos d’émigrés : Belges et Français et j’y rencontre le Monsieur Delchef de Bruxelles avec sa famille et très peu de bagages comme nous : il ne pensait jamais devoir quitter Bruxelles qu’il comptait regagner. Il va gagner Bordeaux et essayera de s’occuper chez le professeur Rucher, 91 rue Judaïque téléphone 81190. En famille, nous passons la soirée, les nouvelles de T.S.F. sont de plus en plus mauvaises et les Allemands qui ont créé une poche de percée à Sedan et Dinant  gagnent un terrain précieux vers St Quentin et Arras et visiblement essayent d’encercler l’armée du Nord en gagnant la mer ! Leur gros atout est le nombre fantastique de chars d’assaut et de divisions blindées.  Monsieur le Maire de Chaillé ayant déjà téléphoné le matin qu’il tenait deux maisons à ma disposition, nous décidons d’aller le lendemain à La Roche s/Yon à la préfecture de la Vendée afin de régulariser notre exercice de l’art de guérir à Chaillé.

       Plein d’espoir, on s’endort dans les bons lits d’Yvonne et sans le cauchemar des alertes, la nuit sera bonne.

 

Lundi 20 mai

 

       Assez tôt nous partons en Talbot avec Paul et Emile pour La Roche s/Yon. C’est ici le vrai bocage vendéen, sitôt sorti de Luçon. Le paysage est essentiellement différent du sud de Luçon, c’est le pittoresque boisé et plein de verdure des prairies intermittentes en monts et vallées très fraîches et arrosées à Mareuil par le Lay aux rives rocailleuses et …Le long de la route nous rencontrons les chariots de paysans rentrant leur foin et aiguillonnant d’une longue perche de beaux bœufs puissants et roux.

       Çà et là un champ de vigne jamais très étendu mais visiblement suffisant à la provision et même à une certaine vente de vin de bocage. La route excellente nous mène vers Laroche par St Florent-des-Bois et nous voici aux abords de la ville dont la place centrale est immédiatement repérée de loin par la statue équestre de Napoléon 1. C’est une petite ville symétrique aux rues parfaitement découpées et parallèles donnant certainement aux aviateurs l’image d’un tas de rectangles parfaitement juxtaposés. Paul m’invite à entrer chez son patron fabricant de monuments funéraires dont il est l’agent vendeur pour la région de Luçon et là j’y rencontre le médecin soignant de Privat : le Dr Chayaux président du syndicat des médecins de Vendée. Cette nouvelle connaissance est bien utile car immédiatement il me propose de me conduire dans les bureaux du département  d’hygiène de la préfecture et ainsi j’obtiens rapidement la feuille de réquisition individuelle qui me désigne comme médecin de la population civile à Chaillé - les - Marais. J’étais en ordre de marche médicale ! et pourvu aussi d’un sauf-conduit qui a bien des reprises devait nous être utile.  Je reviens avec plaisir par des chemins de détours dans le bocage afin de passer dans un village dont j’ai oublié le nom et où, Paul ayant des connaissances, nous obtenons 1 litre d’huile d’olive rare à trouver et chez le père Renaux ( un brave vieux) 17 kg de haricots secs qu’on appelle dans le pays des « mogettes », chaque maison nous oblige à boire un coup de vin, voire du Pernaud et pour nous achever à Mareuil-sur-Lay, Paul nous fait  (illisible)

       Je suis à  juste titre tenté par le prix avantageux d’un tonneau de 55 litres à 2 frs 25 le litre et nous le chargeons  dans la voiture. Le brave viticulteur nous oblige à déguster une vieille …et cette fois nous sentons en remontant en auto qu’il est temps et même grand temps de regagner Luçon pour y manger et diluer un peu nos vapeurs cérébrales.

       Sitôt après dîner, en Talbot ultra chargée des derniers vestiges de vêtements échappés, resquillés ou achetés nous gagnons notre fameux Chaillé dans l’inconnue maintenant de la demeure qu’on nous réserve. Le dur aspect des maisons vendéennes nous donne quelque appréhension mais nous nous fions à la bonne volonté du maire qui semblait tout à notre service .Nous le trouvons à la Mairie et il s’empresse de nos donner à visiter une maison vide dans un petit chemin collé aux bâtiments communaux mais qui hélas est en pleine dévastation. Il n’y a que des lits réquisitionnés probablement un peu partout, à paillasses de toile d’emballage et déchirés lamentablement ; il n’y a que peu ou pas de lumière, une cuisine sans chaise ni table, pas de poêle et les tapisseries vétustes aux murs tombent en lambeaux soutenus par les toiles d’araignée ! Un misérable jardin de 20 mètres carrés dans un parfait désordre et la mesure est comble et  nous invite à quitter ce refuge et demander à Mr le Maire de voir l’autre solution. C’est paraît-il la cure qui ne sera pas vaste assez pour nous abriter tous mais qui nous plaira peut être mieux .Heureusement , nous arrivons devant une grande porte cochère en fer avec à côté une petite porte métallique servant d’entrée habituelle et donnant vue sur une large avant-cour bordée de vieilles remises, de tas de cailloux vendéens et couverte d’une herbe irrégulière et piétinée. De nombreux grands tilleuls et quelques noisetiers cependant donnent à l’avant-plan du presbytère une allure reposante et champêtre au logis que d’avance je choisirais afin de trouver l’espace nécessaire pour les chats des enfants. La cure est une large maison à façade délabrée, à volets extérieurs garnissant les fenêtres de l’étage et celles du bas, mais à couleur grise ternie par l’âge et combien différent de nos maisons belges aux couleurs fraîches et vivantes ! Cependant Mr le Doyen nous reçoit à l’entrée et très gentiment nous fait visiter ce qui sera notre gîte : la partie gauche de la cure sera notre appartement avec une cuisine, petite arrière cuisine et une grande salle à manger ; le tout est bien peu appétissant comme propreté mais les armoires sont remplies de vaisselle et d’ustensiles courants, il y a une cuisinière, un support de feu à charbon de bois et une large cheminée ouverte à crémaillère. Les chaises  sont de toutes sortes, la salle à manger comporte une grande table à allonges, et deux meubles pratiques.  Deux chambres en haut contiennent 3 lits, une chambre à deux lits pour bonne maman et les deux petites, l’autre pour Denise et moi, les gamins pourraient loger chez Mr le Maire et tout s’arrange au mieux pour des réfugiés que nous sommes. Nous voyons d’emblée  qu’il y aura de l’espace pour nos enfants car les jardins derrière sont très vastes avec des parterres divers. Quelques arbres fruitiers et de vastes prairies faisant partie d’un ensemble commun avec une maison d’éducation voisine pour jeunes gens à vocation religieuse tardive  tenue par deux pères d’un ordre que j’ignore.  Un puits très profond avec chaînes et treuil nous assure l’eau potable paraît-il et à part la propreté de tout cela que nous voyons moyen de corriger, tout va s’arranger dans le meilleur décor. Les quatre gamins vont prendre possession de leurs appartements chez Mr Albert qui les ramène et nous nous partageons nos maigres bagages. Puis le soir même, beaucoup de choses étaient lavées et nous pouvions déjà souper avec une bonne salade  chez nous. L’électricité existe dans toutes les pièces et tard  au soir nous nous couchons très fatigués d’avoir tous procédé à notre installation.

 

Mardi 21 mai

 

       Notre premier réveil à Chaillé les Marais. Nous avons tout à apprendre de ce village composé en plusieurs hameaux relativement lointains : Aison (à 1 km), le Sableau à 2 km ½, les fermes perdues dans le marais, l’an VII, la Garenne etc…

       Les clients n’étant pas fort nombreux le premier jour, j’ai tout le temps de donner à Denise une aide au ménage ainsi que tous les enfants qui s’emploient comme ils peuvent. Je vais à la Mairie donner tous les renseignements d’identité de mon petit monde et je vais voir aussi le secrétaire communal et l’adjoint du Maire ; j’en profite pour demander des bons d’essence qui ne sont délivrés que selon la catégorie professionnelle. Les médecins sont de la catégorie A et j’obtiens 100 litres pour 10 jours, cela me suffira amplement. Nous faisons une connaissance plus ample de Mr le Maire, de madame et Mlle Marguerite, sa fille, de Mr le pharmacien Pincoud devenu très gentil et des plus serviables, de Madame Pincoud et de ses enfants trois filles. Nous connaissons aussi Mr le Vicaire et sa sœur qui nous rend le service de  nous faire part des  us et coutumes locales et nous procure un peu de sucre déjà rare, des pommes de terre etc…

       Après-midi, je suis demandé pour une première visite à domicile chez le facteur Bonhomme où il y a de nombreux enfants. Voilà mes premiers quinze francs gagnés en France quoique le tarif soit de 25 frs pour un avis au cabinet et de 30 frs pour les visites à domicile : je tenais ainsi compte de mon premier client de famille nombreuse.  Pour épargner l’automobile coûteuse, j’emprunte jusqu’à nouvel ordre, le vélo de Mr le Vicaire.

       Mr l’abbé Ordonneau, notre doyen nous invite à entendre sa T.S.F. et ainsi nous connaissons hélas la suite quotidienne des mauvaises nouvelles, les Allemands persévérant dans leur avance grâce aux divisions  blindées formidables qu’ils emploient et grâce surtout à une supériorité d’aviation évidente. On espère d’ailleurs maintenant que cela ira mieux, le Général Weygand remplacera le Général Gamelin et le Maréchal Pétain  entrera dans le cabinet de Paul Raynaud pour occuper la vice-présidence.

 

Mercredi 22 mai

 

       On s’habitue aux nouveaux lits et les nuits sont bonnes ; c’est à Chaillé le calme plat sauf les bruits des klaxons et des trompettes d’autos de réfugiés nombreux qui passent sur la grand’ route. Aucun avion ennemi, aucune n’alerte : nous sommes dans une sécurité bien méritée.

       Les quatre gamins se plaisent bien à loger chez Mr le Maire et sa demoiselle très gentille nous procure des essuie-mains, des draps de lit supplémentaires et accompagnant Denise chez son oncle Mr Albert, près de l’église, nous pouvons obtenir une marmite à  soupe beaucoup plus grande, un seau en étamé et quelques casseroles supplémentaires. Notre ménage s’organise de jour en jour et nous connaissons le bureau de tabac où j’achète une pipe et du « caporal dénicotinisé » Dame les bons cigares hollandais sont restés à Gembloux et la pipe sera plus économique !  Denise achète des pantoufles et moi aussi, Denise en plus achète de beaux sabots à 32 francs svp ! Maman mendie chez Mr le Maire une chaise, du linge indispensable et hérite même d’un manteau et d’un …chapeau.

       Je fais la connaissance du Dr Georges Herand de Marans et de Madame Eugène Herand et je fais l’arrangement de consulter dans le cabinet du Dr Herand de Chaillé et d’en partager le fruit avec Mme Herand. Je ferai tout Chaillé avec Aisne et le Sableau aussi ainsi que Moreilles. Le docteur Herand gardera Ste Radegonde, Puyravault, Champagné, Vouillé etc…

       Aujourd’hui je fais cinq visites et je vois à Puyravault en consultation avec le Dr Herand un enfant à septicémie pneumococcique : le montant de cette journée me rapporte 220 francs. Je suis déjà connu de tout le monde à Chaillé et je suis heureux d’être certain de pouvoir nourrir ma famille : grande consolation.

 

Jeudi 23 mai

 

       J’ai un client en consultation chez le Dr Herand et 6 visites à domicile. Il existe l’assistance Médicale (assistance publique en Belgique) qui donne 15 frs pour chaque prestation  et les invalides de guerre ayant le même tarif sont pourvus d’un carnet un peu plus compliqué qu’en Belgique. Ceux-ci ne peuvent être soignés que pour l’affection qui a déterminé l’invalidité. Les réfugiés obtiennent également très facilement des feuilles d’Assistance médicale et ceux de Chaillé sont environ 300 de Signy-le-Petit (Ardennes) qui depuis longtemps connaissaient leur endroit d’évacuation.

       Denise  est tout à fait entrée dans le nouveau ménage ; certains objets comme « une loque à rloq’ter », un torchon en français de Belgique, un « … » en vendéen n’est trouvable qu’à La Rochelle grâce à la bienveillance de Mme Herand. Paul avec sa famille et Julia viennent nous voir en auto et sont heureux de nous voir installés et bien installés. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

 

Vendredi 24 mai

 

       J’ai une clientèle qui se confirme et je gagne 150 à 250 francs par jour.

       La vie est d’ailleurs très chère en France sauf les œufs et le lait : le litre 1,2 et la douzaine d’œufs 7 Frs en moyenne. La viande est très chère et mauvaise, le café rare et cher, le sucre à 10 Frs le kilo et introuvable presque. Nous buvons notre vin  de Mareuil à bon compte, de l’eau, du café léger et du cacao. Nous sommes habitués au pain français qui ne me semble plus aussi sur mais dont les croûtes restent dures. Les pommes de terre (seules les nouvelles se vendent) coûtent 4 Frs 50 le kilo .Mais ces préoccupations passent au second plan puisque la rémunération médicale les compensent. Mlle Albert ayant confié à Madame Liet (notaire honoraire à Chaillé) notre manque de vêtements, celle-ci nous apporte des draps de lit et un manteau pour maman. Mes petites reçoivent aussi d’un anonyme du linge de corps et Pierrot avait reçu un pantalon long de Guy.

 

Samedi 25 mai

 

       Une petite vie de médecin avec beaucoup de temps libre me permet de veiller à certains détails familiaux cependant que cette journée est chargée : 11 visites à domicile et trois en cabinet : 360 francs !

       Bientôt on pourra faire fortune !

       Il fait très chaud pour faire du vélo et je demande au tailleur local un pantalon plus léger : il m’en faut bien un de rechange !

       Les événements militaires se précipitent par une trouée des Allemands faite à Sedan et qui s’est prolongée jusqu’à St Quentin ; Amiens et Abbeville. Une armée alliée du nord est aussi séparée du reste de l’armée Française. Elle se compose de l’armée belge, d’un corps expéditionnaire britannique et de quelques divisions françaises.

 

Dimanche 26 mai

 

       Nous assistons à trois offices et nous sommes heureux de nous reposer en famille. Quelques bricoles obtenues de ci de là contribuent à parfaire notre organisation de ménage et au point de vue médical j’ai pu à grand peine compléter une trousse très sommaire d’ampoules, de seringues en verre et de quelques misérables instruments. Quels regrets que je puisse compter sur ma valise d’accouchement, d’urgence et de voyage !

       Des regrets semblables, nous en formulons encore beaucoup et hélas ces saveurs des photos abandonnées, des collections de timbres et de revues nous empoisonnent notre vie d’exilés.

 

Lundi 27 mai

 

       La vie médicale reprend selon la petite moyenne locale et sans difficultés de diagnostic spécial. Beaucoup de rachitiques, quelques cancers. Des gosses en général à ganglions cervicaux et à tempérament scrofuleux.

       Quelques grippes avec débuts de broncho-pneumonie soignés au Dageman. Les enfants ont pris le chemin de l’école sauf Emile, Benjamin et Pierrot ; (sans issue). Tous les enfants logent maintenant chez nous au presbytère en raison d’une chambre récupérée et ainsi nous sommes tous réunis en famille…

 

Mardi 28 mai

 

       Il me faut gagner Luçon pour régulariser nos cartes d’identité. Cérémonie un peu fastidieuse par laquelle un commissaire s’assure d e notre identité rigoureuse et oppose sur nos cartes un visa réglementaire.

       J’y rencontre un médecin de Bouillon dont j’ai oublié le nom qui nous donne une sérieuse émotion en prétendant savoir que nos fils Emile et Benjamin devaient rejoindre Tubize pour les camps de concentration des jeunes gens qui  seront aptes au service militaire. Au contraire les avis de T.S.F. avaient publiés que ces jeunes gens, en lieu sûr en France non occupée, restaient dans leurs familles. Renseignements pris chez le Maire de Chaillé, c’était bien cette dernière version la bonne et heureusement nous n’étions pas séparés de nos grands inutilement.

       Denise ne possédant plus sa carte d’identité reçoit une formule d’identification qui a du être signée de 2 personnes la connaissant depuis plus de vingt ans : c’est évidemment Paul Wauthier et la cousine Yvonne qui fournissent cette attestation. Tout ceci n’est rien vis à vis de l’émotion créée dans les milieux de réfugiés Belges par la capitulation du roi Léopold et de l’armée belge dont l’opportunité se discute ; les Français et nos généraux sont accablants et cependant n’a t- il pas vu la partie perdue par cette armée du Nord complètement emprisonnée ?

       Les pires histoires circulent pour l’accuser de préméditation : nous saurons plus tard la vérité sur cette question ! Cette capitulation sera cependant le commencement d’une suite de défaites pour les alliés dont la grande cause paraît le manque relatif d’aviation et le manque complet de chars d’assaut que possèdent les Allemands en très grand nombre.

 

Mercredi 29 mai

 

       On est encore à commenter violemment la capitulation de Léopold III et notre sort de réfugiés belges perdus dans un village français nous est pénible. Visiblement nous sommes accusés de tous les maux et les difficultés des armées franco-britanniques sont énormes: elles décident de tenir le mieux possible et d’embarquer tout ce qu’on peut par le port de Dunkerque.  La gendarmerie m’avertit que nous devons présenter notre automobile pour le recensement à La Roche s/Yon, préfecture de Vendée. Nous devons donc refaire la route faite quelques 8 jours auparavant avant mon installation à Chaillé les Marais.

 

Jeudi 30 mai

 

       Nous faisons notre tournée des malades le matin et sitôt dîné en route en Talbot avec tout le monde sauf maman. Notre recensement était bel et bien une mise en parc c’est à dire que tous les Belges devaient abandonner leur voiture sauf des exemptés rarissimes dont je faisais partie .En effet un billet de réquisition individuelle pour exercer à Chaillé me servit à obtenir un « exeat » pour ma pauvre Talbot ! Nous repassons par Luçon et le petit Claude vient chez nous passer quelques jours : il en est pleinement heureux !

       Nous  profitons du passage à Laroche pour y prier et nous confesser. Nous sommes relativement tranquilles dans nos appréhensions quant à l’envahissement de la France car le Général Gamelin a été remplacé par le Général Weygand et la bataille se poursuit très âpre pour tenir Dunkerque. Cependant qu’on fortifie la Somme et l’Aisne et qu’on paraît décidé à y tenir.

 

Vendredi 31 mai

 

       Nous voilà à trois semaines de notre exode et acclimatés à Chaillé. Les gens commencent à me connaître et le temps passe. J’ai l’occasion d’aller à Champagné, Puyravault, Ste Radegonde, Moreilles, Vouillé, Aisne et le Sableau. Nous mangeons des huîtres de Vendée qui goûtent imparfaitement à Emile et à Pierrot : les autres s’abstiennent sauf Benjamin et Loulou qui y prennent un certain goût mais n’en réclament plus une autre fois.

       Par contre les sardines fraîches présentées dans des paniers en osier avec verdure sont excellentes à 3 Fr 50 la douzaine.

 

Samedi 1 juin

       Je gagne à Chaillé vers 300 francs par jour. Les fermes sont éloignées dans le marais et le tarif y est de 60 francs par visite mais elles sont rares, cependant je fais de la bicyclette achetée par Mr le maire à condition de lui verser des acomptes successifs ; un petit paquet me permet d’y loger un Pachon et une valise avec une trousse sommaire ! (Dans quel état grand dieu  se trouvent les instruments rouillés du Dr Herand) Je fais jusqu’à 13 km jusqu’à la ferme de Clairvent au bout de Ste Radegonde le long du canal se rendant à Charron et servant à drainer le marais.

       Les vivres sont régulièrement pourvus sauf le sucre dont on est rationné nettement à 750 gr pour une durée indéterminée. Le pharmacien y supplée par 1 kg de temps en temps pris sur sa provision pharmaceutique. Benjamin  fait de la pêche de temps en temps fructueuse surtout en anguilles. On écoute anxieux à  la T.S.F. de Mr le Doyen les difficultés des alliés qui reculent de la Somme et de l’Aisne tandis que l’armée du Nord entame un pénible embarquement à Dunkerke avec dieu sait quel désastre en hommes et en armements !

 

Dimanche 2 juin

 

       Nous assistons aux offices, on se repose et l’essence à 4 frs 89 ne nous permet pas des promenades inutiles

 

Samedi 3 juin

 

       La vie médicale continue identique. On y note que des réfugiés sont malades mais l’état sanitaire est bien en général. Il fait très beau et très sec en Vendée.

 

 Mardi 4 juin

 

       Je vois quelques malades aux alentours, j’enrichis mon vocabulaire des fermes qui toutes portent un nom particulier plus ou moins folklorique et je puis situer celles-ci dans tout le détail en obtenant à consulter une carte très détaillée chez Mlle Brénaud propriétaire de prés salés aux environs de Charron.

 

Mercredi 5 juin

 

       La bataille de la Somme et de l’Aisne devient ardente. On se rend nettement compte du recul des Alliés et de la force gigantesque du matériel allemand. Le général Weygand annonce que l’offensive allemande se déclenche depuis la côte jusqu’à Montmedy et dans peu de temps jusqu’à la Suisse.

 

Jeudi 6 juin

 

       Nouvelles toujours alarmantes sur l’avance allemande et progrès évidents de ceux-ci.

 

Vendredi 7 juin

 

       Ma bicyclette commence à devenir familière et je me corse aux kms journaliers.

 

Samedi 8 juin

 

        Je voie à ma consultation un Mr Maricot  grossiste en cuirs à Uccle mais de nationalité française qui me parle heureusement en bien de la Belgique car la plupart des gens du pays remettent sur le compte de la capitulation du roi Léopold tous les déboires de l’armée française et cependant l’organisation allemande et son matériel préparé de longue date  vis-à-vis de l’imprévoyance française en sont visiblement la cause essentielle. Tous cependant nous sommes bien portants et quoique la victoire allemande s’annonce pour nous certaine nous espérons voir la Paix se décider avant l’arrivée des allemands à Paris.

 

Dimanche 9 juin

 

       Je fais 8 visites dans Chaillé ; les malades sont peu nombreux mais me permettent de vivre. Paul Reynaud Premier Ministre nous envoie des messages radiophoniques peu encourageants en espérant un « miracle ». Weygand nous dit que c’est l’heure « cruciale » pour la France, qu’il faut résister le dernier quart d’heure, que la consigne est de ne pas abandonner un pouce de terrain !

 

Lundi 10 juin

 

       Les allemands débordent de chaque côté de Paris, les Alliés se replient en abandonnant sans combat la région parisienne. La Seine a été traversée à Vernon, à Roncee et à Mantes !

 

Mardi 11 juin

 

       Paul Reynaud nous fait attendre un message qui ne vient qu’à 11h ½ du soir et avait été annoncé à 5h ½ ? Ce message est bien déprimant et annonce la défaite de la France en termes édulcorés. Les optimistes trouvent que rien n’est perdu, que Paris n’est pas la France et qu’on se bat héroïquement.

 

Mercredi 12 juin

 

       L’armée française est séparée en 4 armées. Le front est débloqué et la victoire allemande paraît, à mes yeux, certaine.  Cependant tous les jours j’accomplis ma tache de médecin mais le nombre incalculable de voitures de réfugiés de Bretagne, de l’Eure, de la Seine inférieure et de la Sarthe nous rend le moral sombre et nous prépare à une incertitude de plus en plus grande sur l’arrivée possible des Allemands jusqu’à la Vendée.

 

Jeudi 13 juin

 

       Paris est virtuellement encerclé par l’est et l’ouest. Leur grosse trouée s’avance à pas de géant vers les arrières de la ligne Maginot. Tout espoir  de vaincre est devenu impossible.

 

Vendredi 14 juin

 

       Malgré la tourmente, je reste philosophe dans ma besogne. Les réfugiés à grande vitesse défilent vers le sud, passent une nuit chez nous à Chaillé, sont nombreux abrités dans la maison de retraite de l’Immaculée mais pris de panique se sauvent vers Bordeaux et Toulouse.

 

Samedi 15 juin

 

       Entrée des Allemands dans Paris ! Tout paraît consommé et cependant l’armée française résiste héroïquement. C’est cependant un coup  pour la France et il devient très clair que les événements vont se précipiter. Les nouvelles deviennent très problématiques et le gouvernement français réfugié à Bordeaux nous annonce que des pourparlers vont être engagés entre la France et l’Allemagne en vue d’un armistice. Dans une visite faite à l’ile d’elle je rencontre sur la route le Dr Alexandre de Hamer qui fuit de Bretagne vers Toulouse et me dit avoir vu en Bretagne Boever, Maisin et van Goitsenhoven !

 

Dimanche 16 juin

 

       Le Maréchal Pétain devient chef du gouvernement avec Weygand comme vice  président et y entre avec l’Amiral Darlan. Ce triumvirat demande l’armistice.

 

Lundi 17 juin

 

       Les nouvelles sont confuses, l’Italie est entrée en guerre mais n’attaque nulle part. Il semble bien que le führer veut terminer sa victoire sur la France seul ! On nous dit que des plénipotentiaires s’en sont allés vers le commandement allemand mais en attendant l’armée française combat toujours et les bombardements allemands nous font peur…Arriverons-nous encore à devoir subir ces émotions terribles ?

 

Mardi 18 juin

 

       Nous voudrions voir cet armistice au plus tôt, les pourparlers avancent lentement car il faut aussi se mettre en relation avec l’Italie. On nous annonce que les troupes allemandes sont tout près, à la Lovée, c’est à dire à 100 km de chez nous.

       Un avion allemand a survolé très bas notre sommet boisé du bourg de Chaillé et je suis très inquiet de ce que la nuit peut nous réserver car il a pu voir une dizaine de soldats français du  …. de détection aérienne et ne serons nous pas bombardés la nuit prochaine ?

       Aussi je décide d’aller passer la nuit chez un petit fermier Pascal (Bonnin…) qui se trouve en dehors de la région boisée que nous habitons, au presbytère. La nuit est froide et de gros nuages rendent une visibilité aérienne nulle. A deux heures du matin nous regagnons notre lit en espérant des jours meilleurs.

 

Mercredi 19 juin

 

       Toujours pas d’armistice conclu mais on sent un grand ralentissement dans le vol des avions.  Les parlementaires sont entrés en contact par l’intermédiaire du général Franco en Espagne et nous espérons voir tout danger écarté pour la Vendée. Cependant nous assistons à la retraite de ce qui reste de l’armée française, camions en désordre, soldats de toutes armes disséminés et démoralisés. Visiblement, il n’y a  aucun combat possible sauf des noyaux réduits de quelques héroïques défenseurs français. Mais comme les Allemands ne sont plus qu’à 50 km de (…) et que les hostilités ne sont pas arrêtées totalement, je me réfugie avec tous les miens dans une ferme dans les marais « La Plaisance » à 2 km du bourg ; il me paraît certain que si la moindre hostilité existait encore dans la région, ce serait sur notre sommet boisé de Chaillé que serait déversées quelques bombes. En effet nous dominons dans l’ombre des arbres toute une plaine de marais visible dans le calme de ses champs de prairies et de canaux. Nous passons la nuit sur des matelas du fermier Gérard avec Mr et Mme Martin et deux Parisiens qui habitent avec nous au presbytère. Denise et moi logeons avec Benjamin dans l’auto et ma pauvre femme souffre bien de rhumatisme sacré (du sacrum). Denise fait de la sciatique rhumatismale et cette sortie fatiguante donne une recrudescence à son mal traité au salicylate de Na.

 

Jeudi 20 juin

 

       J’ai l’impression que nous serons envahis par les Allemands à la dernière heure avant la conclusion officielle de l’armistice. Le Maréchal Pétain est l’homme le plus sûr que la France ait pu choisir pour faire accepter à son peuple la terrible épreuve de la défaite mais on conçoit très bien qu’il essaye d’obtenir du vainqueur les conditions les moins dures et qui sauvent l’honneur militaire de la France resté intégralement incrusté à son drapeau. Les Anglais cependant viennent en campagne à la T.S.F contre le gouvernement Pétain et le Général De Gaule, secrétaire de Paul Reynaud, parle à la T.S.F. anglaise au nom de la « France Libre »

 

Vendredi 21 juin

 

       Les Allemands ont visiblement bien le temps.. Ils n’avancent guère en face de notre zone et nous aurons leur arrivée dans le calme des armes. Tous ces jours j’ai encore de la besogne médicale mais avec un net ralentissement :il existe un grande émoi dans la population qui ne voit plus passer ni réfugiés ni camions français.  Nous nous sentons à la veille de l’arrivée de l’armée allemande.

 

Samedi 22 juin

 

       Nous sommes sans nouvelles de journaux. Il n’existe plus de quotidiens. Il n’y a plus de communiqué français ; c’est la glace et l’angoisse dans les cœurs. Je redoute pour mes grands garçons l’entrée des Allemands à Chaillé, quoique personne ne peut augurer mal de leurs intentions. En tant que belges nous avons des rapports commerciaux et médicaux avec eux, j’ai mieux pu apprécier leur probité et leurs qualités mais je ne puis être tranquille sur les intentions d’un envahisseur excite par les combats. Nous allons ainsi à nouveau passer toute la nuit à « la Plaisance ».

 

Dimanche 23 juin

 

       Toute la journée se passe dans une ferme pauvre de la campagne marécageuse au nord de Chaillé. Ces braves gens nous donnent tout ce qu’ils peuvent et nous dînons dans le plus grand calme avec du veau et une excellente poularde rôtie et salade .Le soir, quelques soldats allemands ayant élu domicile à Chaillé et aucun acte hostile n’étant à relever, nous rentrons au presbytère.

 

Lundi 24 juin

 

       Nous ne possédons aucune annonce officielle d’armistice mais celui-ci doit être visiblement rendu en raison de la paix reflétée sur les figures allemandes, françaises et belges. De nombreux convois allemands sillonnent les routes et au loin nous voyons encore la fumée des dépôts d’essence incendiés à La Rochelle par les Anglais avant de s’embarquer. Le pharmacien Pinaud m’a demandé de le conduire à Niort en auto afin d’aller y chercher les médicaments nécessaires à sa pharmacie. Nous partons ensemble après midi avec Mr le notaire Liet et Emile et Pierre.

Arrivés à Fontenay impossible de continuer vers Niort, tellement les convois allemands sont abondants et servis en tanks, chenillettes etc…

       Une division est à Fontenay. Nous faisons quelques achats (en autres : 1 kg de pommes pour 22 …pour le militaire Sehhegel de Cinez réfugié à Chaillé), et nous sortons prestement de la ville avant 6 h ½ car après cette heure, il n’y a plus ni entrée ni sortie : état de siège !

       Notre corvée de retour s’accomplit sans (de Halle), nous sommes relativement joyeux tant par le fait d’un armistice qui nous soulage  de tous des dangers de bombardement que par la bonne tenue des soldats allemands et de la déférence de leurs chefs. Rien n’est plus bizarre d’ailleurs que cette guerre et cet armistice incomplet que  de voir se frôler en pleine liberté des soldats français et des officiers pêle-mêle parmi les troupes d’occupation allemandes.

 

Mardi 25 juin

 

       Les troupes allemandes …défilent de plus belle à Chaillé et nous assistons à l’exposition très nette de la supériorité indiscutable de leur armement. Nous sommes déjà habitués à leurs présence d’ailleurs peu nombreuse chez nous puisqu’il y a 4 policiers pour Chaillé et rien  d’autre.

 

Mercredi 26 juin

 

       Quelques visites de médecin m’occupent comme tous les jours d’ailleurs. Le calme est complet. Et survient déjà la hantise du retour en Belgique. Quelques réfugiés de Nantes, de la Bretagne, de La Roche s/Yon regagnent leur domicile mais pour nous Belges est-ce possible ? Et puis il n’y a plus d’essence !

 

Jeudi 27 juin

 

       L’idée du retour poursuit nos espoirs et nos cœurs et providentiellement j’apprends à la « Tribune » à Vouille que on donne de l’essence à La Rochelle aux réfugiés avec un bon de la mairie paraphé d’une autorisation allemande. Je donne cette nouvelle en rentrant et la joie d’un retour possible  remplit la maisonnée. Demain matin nous partirons à La Rochelle avec l’auto de Mr Martin, en se partageant les frais car sa voiture use beaucoup moins d’essence que la mienne !

 

Vendredi 28 juin

 

       Nous voici à La Rochelle et j’ai pris des bidons d’essence et un tonneau de 50 litres pour me procurer une provision. La queue à la mairie et à la Kommandantur et nous obtenons Mr Martin 60 litres, le petit parisien qui nous a accompagnés (celui qui m’a donné le renseignement à Vouillé) et moi même 80 litres. Et me voilà en queue d’un garage qui procure l’essence  Chaussée de Rochefort où nous avons notre tour ! Nous sommes rentrés à 2 h du matin ! Il me restait peut être 40 litres d’essence dans un réservoir et 80 litres : cela faisant 120 litres de quoi gagner Paris mais cela était insuffisant pour la Belgique ! Et aurons-nous de l’essence en cours de route ? bien problématique ! Je n’avais pas fait ma consultation chez le Dr Herand, je ne la ferai  pas encore demain c’est décidé et je vais acheter  à la Rochelle, un  nouveau bon d’essence puisque j’ai 2 cartes grises exigées (en effet je n’avais pas fait usage de celle de la Ford !)

 

Samedi 29 juin

 

       Nouveau départ à La Rochelle avec 80 litres de bidons dans l’auto du notaire Schloegel de Cinez à qui la veille j’avais donné le tuyau pour l’essence. Comme sur des roulettes, j’obtiens à nouveau 80 litres, le plein de nos réservoirs de 120 litres est fait et j’ai 95 litres en bidon c’est à dire 295 litres pour le voyage.

       Nous sommes sauvés pour le voyage de retour dans notre chère Belgique, dans notre cher Gembloux ! Entre temps, le menuisier du village m’a fabriqué un encadrement à mettre au dessus de l’auto et qui me permettra d’y loger valises et colis divers de provisions pour le voyage, linge et vêtements.  Fiévreusement nous faisons nos préparatifs et le retour est décidé pour lundi, après-demain

 

Dimanche le 30 juin

 

       Notre dernier jour à Chaillé. Tous nos bagages sont ficelés, les bidons d’essence rangés dans le coffre, une couverture est étalée au-dessus de l’impériale, la bicyclette attachée au dessus du marche pied avant, les provisions sur les deux gardes boues avec canne à pêche et même une brosse (qui sait ce dont on manquera à Gembloux). Le soir nous faisons nos adieux  à ceux qui nous touchent le plus près. La famille de Mr le Maire et du pharmacien Pinaud : ils ont été tellement gentils pour nous et jusqu’à la fin …eux ! Madame Herand très froide et très exigeante dans sa part d’honoraire m’a dégoûté souverainement et m’a donné la plus grande désillusion sur l’esprit de confraternité médicale française. Pas mal de Chaillésais nous regardaient de travers depuis notre décision de retour et cependant quoi de plus compréhensible ! Je suis couché très tard après ces visites d’adieu et très fatigué ! et cependant nous partons demain à 4 heures du matin.

       Notre cher Mr le doyen me promet de se lever avec nous et assistera à notre départ.

 

Lundi 1 juillet

 

       Tout est bâché, le dernier coup d’œil aux cordages et nous nous séparons de Mr l’abbé Ordonneau auquel nous devons une hospitalité très large, très confiante et si intime. Je lui promets de revenir un jour le voir en vacances, de songer à ses œuvres lorsque la prospérité sera revenue et les larmes aux yeux nous quittons Chaillé à 7h ¼ heure allemande, sans témoins !

       La voiture est très lourde, les ressorts sont aplatis, les garde-boue arrière bien bas. Il faudra aller doux ; je conduis avec Emile à mes côtés. Tout le reste derrière, Denise a encore bien mal à la jambe gauche et les reins  mais tout le monde est plein d’espoir de revoir Gembloux aujourd’hui ou demain.

       Notre itinéraire est bien établi : nous gagnons Saumur pour y passer la Loire et puis on verra. Nous gagnons Moreilles à 7 km de Chaillé puis les 4 bras de Luçon à Fontenay que nous traversons à Ste Gemme-la-Plaine puis 11 km vers Ste Hermine 17 km vers Chantonnay 15 km pour les 4 chemins de l’Oie, nous avons fait 54 km et voici que de tristesse bonne maman songe que l’on avait oublié Mirette ! Personne n’avait plus pensé à cette pauvre bête et l’ardeur de départ avait fait trop matériel oublier ce cher petit chien si fidèle à suivre Denise partout et qui était resté couché au moment du départ. Notre voyage étant gâté, je pressentis immédiatement que surviendraient d’autres ennuis, c’était une journée mal commencée, mais enfin nous nous consolons qu’on la nourrira et que peut être un jour on la retrouvera ; espoir bien problématique d’ailleurs…

       Nous arrivons aux Herbiers en pleine suisse Vendéenne où nous traversons la Sèvre dans une vallée des plus verdoyantes après avoir atteint la cime du Mont des Alouettes où se trouve une belle chapelle inachevée dominant un horizon vraiment grandiose. Nous voici à Mortagne et 10 km plus loin à Cholet : petite ville de la Loire. Un policier me demande nos passeports ; nous n’en avons aucun parce que la Kommandantur de La  Rochelle nous avait affirmé que seule la carte d’identité était nécessaire. Nous sommes dirigés vers un boulevard où au bord du trottoir une table et deux feldwachs avec interprète nous donnent un visa pour la Belgique : Gembloux. Tout allait normalement donc et confiants nous sortions de Chalet exactement à Nuaillé de triste mémoire nous sommes rangés à la file d’une longue série d’autos de réfugiés à droite de la route et deux soldats allemands nous signifient qu’il faudra attendre là jusque deux heures ! Il était 9h½

       Grillés au soleil, nous sortons et nous rentrons de l’automobile, nous cherchons  un peu d’ombre dans un verger, l’appétit coupé malgré l’heure de midi, nous cassons une petite croûte déjà très sèche et la tristesse nous reprend en songeant à la petite bête abandonnée à Chaillé. Deux heures sonnent et simplement la soldatesque allemande nous annonce qu’on ne peut pas partir aujourd’hui…peut-être demain ! Notre pénitence commence et nous nous rendons compte que les réfugiés sont vraiment abandonnés à leur sort et lequel !

       Que faire ! Je propose de retourner à Chaillé car les autorités allemandes de la Kommandantur de Chaillé parlaient de vivres à emporter pour cinq jours au moins et d’abandonner les autos si on était à court d’essence…et reprendre le chemin de fer lorsque ceux-ci seraient organisés !

       Emile propose d’aller par de petits chemins jusqu’au pont de Chalonnes s/Loire et là peut-être pourra t’on continuer. Il y a 49 km à faire à travers de petits bourgs et enfin on est parti ; il faut arriver un jour en Belgique ! Courageusement nous défilons par  le May s/Sèvre, Jallais, St Lezin, la Bourgonnière et nous atteignons Chalonnes à 150 km de Chaillé avec l’espoir peu vif d’obtenir de la Kommandantur de passer le pont !

       Après deux heures de file et vers 6h du soir je reçois un refus du Commandant et le très peu réconfortant programme de rester 10 jours avant d’avoir le passage ! Une infirmière de Chalonnes  m’a affirmé en plus que des Belges sont revenus du Mans la veille après deux jours de voyage, ayant reçu l’ordre d’arrêter et de parquer pendant dix jours ou retourner à leur point de départ ! Cette fois la conduite à suivre est claire : les Allemands ne sont pas du tout conciliants et sans escale nous regagnons Chaillé la mort dans l’âme mais réconfortés en voyant la nièce souriante de l’abbé Ordonneau nous accueillant à notre retour qui ne la surprenait point. Et très heureux de revoir Mirette qui nous léchait folle de joie : compensation de notre détresse du retour !

       Harassés de fatigue morale et physique nous retrouvons avec satisfaction nos lits encore inchangés et la froideur d’une nuit d’été après avoir grillé dans une auto pendant 16 heures !

 

Mardi 2 juillet

 

       Nostalgie du pays ! Nous sommes tous très découragés mais la facilité relative du ravitaillement en lait, œufs, viande, pommes de terre et beurre avec du pain à volonté nous console des privations que nous aurions subies en encourant les risques d’un voyage plein d’aléas et d’incertitudes. Mieux vaut Chaillé que des stations en parc dans des prairies ou des campagnes peu hospitalières ! Je revois quelques clients que j’avais cru définitivement abandonnés mais je sens très bien que notre départ a été connue de tous et que ma situation est équivoque : des yeux semi - moqueurs lorgnent au passage et jusqu’à notre fournisseur de lait trouve qu’il n’y a plus de lait « pour nous ». Nous trouvons d’ailleurs bien vite une autre ferme qui nous approvisionne de sept litres de lait par jour à 1 franc 10. Enfin tout se répare doucement et ne faisant plus de consultations chez le Dr Herand (quelle bande seigneur !) mes avis deviennent plus rares dans un cabinet de consultation sacerdotal. Ces difficultés s’aplanissent et nous nous inquiétons d’ailleurs de nos nouvelles chances de retour dans la mère-patrie. Les réfugiés de Ronce à Chaillé ont essayé de gagner Nantes et ont dû faire demi tour à La Roche sur Yon ; l’obstruction allemande continue donc et se rapproche visiblement.

       Des troupes allemandes sont d’ailleurs arrivées où Chaillé héberge environ 100 soldats et quelques officiers. Un groupe comprend un poste émetteur de TSF relié à l’aviation et à la DCA. Un autre groupe est administratif avec des camions de vivres et d’essence et d’huile parqués dans la cour du presbytère et tout ce que comporte une Kommandantur ! Nous sommes donc nettement occupés. Quelques journaux comme « la France » et la « Petite Gironde » se vendent à La Rochelle que je décide de gagner le lendemain afin de récupérer les 80 litres d’essence que j’avais inutilement usé, dans un voyage de retour ébauché lundi.

 

Mercredi 3 juillet

 

       Très tôt le matin nous sommes à La Rochelle avec Benjamin et Pierrot et heureusement nous trouvons 80 litres d’essence à 4 f 89 en faisant les …formalités. Ce sera d’ailleurs le dernier jour qu’on en distribue ! Heureusement pour nous car cela rend notre retour possible un jour !

       Les clients  sont rares mais je trouve encore à gagner 75 francs : le pain quotidien ! Evidemment je sens la crise médicale : beaucoup me croient parti car à Chaillé les bruits les plus fantaisistes s’essaiment très rapidement et d’ailleurs je reçois la visite d’un réfugié Belge de Bruxelles, rédacteur au « Soir » qui vient aux renseignements de Champagné afin de savoir si réellement on a voulu me mettre dans un camp de concentration ?  Ce n’était pas précisément cela mais tout comme ce que l’on aurait voulu nous offrir !

       J’ai fait visite à la Kommandantur et j’ai pu obtenir un laisser passer afin de circuler après 10 heures du soir (H.A) car depuis l’occupation régulière de Chaillé, on ne peut plus circuler après 10 heures .D’un autre côté la circulation en auto est interdite …sauf au ravitaillement et médecins et vétérinaires. Les complications surgissent dans la vie courante

 

Jeudi 4 juillet

 

       Je  reçois quelques consultations et je gagne ainsi 75 frs plus deux visites à domicile à trente francs. Quelques figures sont plus souriantes vis à vis de moi.

       Nous reprenons la vie de Chaillé : cuisine, corvées conversations laborieuses avec les soldats allemands de notre commune, les enfants vont jusqu’à obtenir une plaquette de chocolat « français » et une gamelle de riz avec viande et carottes qui nous a semblé très bonne. On s’habitue à tout. Mr Dubois de Gand vient nous donner quelques nouvelles  de la Komandantur par exemple : qu’on peut partir…les réfugiés mais à partir du 8 juillet on ne pourra plus !…Quelle bouillabaisse puisque nous sommes partis et n’avons pu passer la Loire…Rien de précis, rien d’organisé : voilà la vérité. Au point de vue militaire et international nous ne connaissons rien sinon un combat naval où la marine anglaise aurait attaqué et détruit les navires de guerre Français ayant reçu l’ordre de regagner Toulon et venant d’Oran. Evidemment ceci est un coup dur pour la France mais prouve que la France a donné sa parole pour obtenir un armistice dans l’honneur et qu’elle ne peut y faillir ! Combien durera encore cette guerre bien bizarre ? Nous avons du temps à perdre et nous jouons aux cartes avec Mr Martin.

 

Vendredi 5 juillet

 

       Pas de nouvelles militaires ! Les restrictions pour la circulation en général se resserrent encore et l’on sent que l’Allemagne préfère une nouvelle offensive parce que les troupes de combat remontent en France tandis que celles d’occupation descendent  .On se sent isolé du reste du monde et les consolations pour réfugiés sont rares .Je n’ai eu que deux consultations et aucune visite à domicile .Il paraît par ouï dire qu’on va s’occuper d’abord de rapatrier les réfugiés en zone française non occupée et puis les autres ! Ce serait bien malheureux. La pluie fait son apparition à Chaillé et perdure : cela ne me rend pas plus gai.

 

Samedi 6 juillet

 

       Journée toute employée à jouer aux cartes. Je n’ai vu qu’un malade et évidemment la famille Herand répand le bruit que je quitte Chaillé. Ce serait évidemment un grand désir. La pluie a ruisselé toute la journée et je ne suis sorti que pour aller voir la fille du pharmacien et aussi  Mr le Maire.  Benjamin a bien mal aux dents et je suis dépourvu du moindre davier : faudra t-il aller à Luçon ? Pour trouver quel dentiste ?

 

Dimanche 7 juillet

 

       Suite à la bataille navale entre l’escadre anglaise et française en Méditerranée, la France aurait rompu ses relations diplomatiques avec l’Angleterre ! Quelle singulière guerre !

       Pour les réfugiés rien de nouveau : le journal de Nantes « le phare » promet chaque jour une chronique du Centre des réfugiés de la Vendée afin d’être tenu au courant ; en tout cas à l’heure actuelle aucun départ n’est permis !

       Benjamin va mieux et n’a plus mal aux dents. Par contre Denise souffre beaucoup de sciatique gauche à cause d’une extraordinaire mauvaise journée d’une pluie continuelle avec vent et tempête .Je lui fais une première piqûre de Naiodin et elle poursuit son salicylate sous forme d’une infecte spécialité « ersatz » diraient les Allemands remplaçant le Salicylmna. Toute ma journée se passe à assister au ménage, à jouer aux cartes et regarder pleuvoir.

       A quand notre retour ?

 

Lundi 8 juillet

 

       Le temps est moins maussade, ciel gris mais il fait chaud. Je fais trois visites à domicile dont deux d’assistance médicale et une payante de réfugié à 25 francs payée. Cela me rend un peu confiance. « Le phare » journal de Nantes annonce que le centre des réfugiés belges procure des laissez-passer pour la Belgique et que prochainement le départ sera autorisé. Mr Dubois décide d’écrire et j’y joins tous renseignements utiles pour obtenir nos passeports.

 

Mardi 9 juillet.

 

       J’ai reçu ce matin 3 personnes = 75 francs et une visite à domicile chez Vanteryne à 30 francs. A midi j’avais reçu 105 francs : l’espoir renaît de voir une certaine clientèle. On vend des pommes de terre à 3 francs 10 le kilo au ravitaillement. Je reçois la visite d’un Monsieur Manche de Jambes occupé à la pharmacie centrale de Namur et ancien gendarme. Il vient me causer de la Belgique et de sa pension qu’il ne touche plus ! Qu’y faire ?  Après-midi je fais deux visites au Sableau, je reçois une réfugiée prise de C du colon et je vois le soir un cas de légère appendicite chez le boulanger de Vouillé. J’ai gagné 225 francs et avec Emile qui ma accompagné à Vouillé sur un vélo emprunté de dame nous admirons un très beau soir avec croissant de lune et la toute dernière phase d’un coucher de soleil sur l’océan atlantique qui n’est distant de nous à vol d’oiseau que de 12 km. Nous sommes à la limite de la Charente Inférieure, le canton de Chaillé étant le plus bas de la Vendée. Rentrant à Chaillé à 11 h du soir nous sommes arrêtés par la patrouille allemande et c’est le moment de se servir  de l’ausweiss » délivré le 3/7/40. Ce jour d’ailleurs j’ai revu le Kommandant et j’ai eu un laisser passer en auto pour les villages environnants et même pour Luçon.

 

Mercredi 10 juillet

 

       Journée sans histoire et sans gloire. Emile et Benjamin sont allés en auto avec le maire de Chaillé et celui de Signy, à Groix : pêche au filet. Pour leur part ils sont revenus avec 40 poissons : touches, anguilles et variétés genre roussette ou gardon. A la friture à l’huile cela nous a semblé très bon à tous. Une consultation et trois visites à domicile : journée maigre représentant 100 Frs avec une fracture de l’humérus et de la clavicule. Pour l’A. M. journée à ciel gris mais très chaude.

 

Jeudi 11 juillet

 

       Benjamin fait de la pêche à la ligne et prend 17 petits gardons : friture de Meuse ! En vélo au Sableau et au pied du (illisible) cela fera 90 Frs en fin de journée. Au point de vue militaire, cela semble être très calme et tout au plus les Anglais annoncent avoir coulé un contre-torpilleur et un sous-marin italien. A quand l’offensive contre l’Angleterre ? On bien ne se machine t-il pas des tractations de paix ? On se le demande ! Rien de précis ni d’officiel pour les réfugiés. Belle journée avec grand vent.

 

Vendredi 12 juillet

 

       Temps maussade et pluvieux. On lave auto. Peu de clients. Pas de journal.

 

   

Dimanche 14 juillet

 

       Le temps est toujours maussade et c’est le jeu de cartes qui nous sauve de l’ennui. Chaillé commence sérieusement à nous peser. La maladie de retour nous reprend et c’est décidé pour vendredi la tentative définitive

 

Lundi 15 juillet

 

       J’obtiens du maire la promesse qu’il m’accompagnera à La Roche s/Yon chez le préfet pour obtenir les laissez-passer réglementaires à viser par la kommandantur et afin de faire le voyage un bon de trente litres d’essence à payer évidemment par moi ! Je continue la médecine et les gens reprennent l’idée que je reste à  Chaillé !

 

Mardi 16 juillet

 

       Je revois la famille de Paul Wauthier à Meux où nous faisons nos adieux normaux et reprenons les souliers ressemelés à Luçon. J’obtiens un bistouri comme souvenir de Mr Pabeuf et je vois le commissaire de police toujours très gentil pour moi qui me conseille définitivement de me procurer un laissez-passer à La Roche s/Yon.

 

Mercredi 17 juillet

 

       Nous partons pluie battante avec Pierrot et Mr le Maire à la Préfecture de La Roche s/Yon.  Foule inouïe à attendre son tour ; avec le Maire nous obtenons un tour de faveur et voyons le préfet dans une audience particulière. Il fera diligence pour nos passeports mais ne  pourra les obtenir par la poste que la semaine prochaine…Administration française greffée de la bonne volonté de la Kommandantur allemande ..!

       Je vais au service d’hygiène résilier mes obligations de réquisition individuelle que j’ai obtenues et j’en remercie vivement le directeur du service : un médecin dont j’ai oublié le nom. Nous revenons bredouille à Chaillé et hésitons sur la conduite à suivre mais au retour avec Mr Debors nous décidons de partir quand même vendredi, rien qu’avec un petit papelard de la mairie qui peut être suffira

 

Jeudi 18 juillet

 

       Les préparatifs recommencent. Les valises sont bouclées, les provisions accumulées  pour un retour plein d’incertitudes…On parle de parquer dans les prairies etc. … Martin de Bruxelles nous accompagnera avec la voiture des réfugiés de Vernon et c’est encore une journée d’adieux divers ! Nous sommes fatigués et tout étant prêt  nous logeons notre dernière nuit à Chaillé les marais.

       Nous ne quittons cependant pas sans un certain regret l’abbé Ordonnau qui a été très bon pour nous, ni surtout Mlle Albert qui nous a envoyé du linge divers et des provisions ; d’elle nous gardons un sentiment de profonde reconnaissance et lui promettons de lui donner des nouvelles et l’espoir de revenir la voir à Chaillé.

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] ARSENE TAMINIAUX, MEDECIN ET HOMME POLITIQUE

Arsène Taminiaux eut une double passion, la médecine et la politique.

D'ailleurs, tout ce qu'il entreprit il le fit toujours avec passion. Tout jeune déjà, il prit ses études tellement à cœur qu'il cherchait constamment à progresser et à accéder aux meilleures places. C'est avec la même passion qu'il aborda ses études universitaires, persévérant dans la voie qu'il avait choisie malgré l'interruption des quatre années de guerre, malgré les difficultés financières qui le poussèrent à prendre un engagement de trois ans à l'armée (de 1919 à 1922) comme élève-médecin. En 1923 sa ténacité fut hautement récompensée puisqu'il obtint son diplôme de médecin à l'ULB avec la plus grande distinction.

Installé à Gembloux comme généraliste, Arsène se donna tout entier à sa profession. Grâce à sa compétence, à son dévouement à toute épreuve, il était très apprécié de ses nombreux patients. Les conditions de travail des généralistes n'étaient pas celles que l'on connaît aujourd'hui. Il y avait très peu d'hôpitaux et quasi pas de maternités à l'époque où Arsène débuta. Ses visites à domicile, qui ne se limitaient pas à Gembloux mais s'étendaient aux

villages environnants, l'amenaient souvent à parcourir de longues distances sur des chemins boueux ou défoncés ; son coffre de voiture contenait en permanence un seau de gravillons, une pelle, du treillis et tout ce qu'il fallait pour pouvoir se frayer un passage dans les campagnes enneigées ou balayées par les tempêtes d'hiver.

Mais, comme s'il avait encore des ressources d'énergie inemployées, Arsène ajouta une nouvelle passion à un emploi du temps pourtant déjà bien chargé. Il s'engagea dans la politique avec le même élan qu'il mettait à secourir ses malades: Son parcours politique le conduisit à des fonctions de premier plan, tout d'abord dans sa commune où il fut Conseiller communal, puis au niveau de la province où il fut Conseiller provincial puis Député permanent. Par son action politique il chercha à améliorer le cadre hospitalier dans le

Namurois ; ses efforts furent couronnés de succès lorsque le 6 juillet 1952 il reçut le roi

Baudouin venu poser la première pierre de la nouvelle maternité provinciale de Namur.

Plusieurs distinctions honorifiques ont aussi récompensé son action : il fut nommé Chevalier de l'Ordre de Léopold, reçut la médaille d'argent de l'Ordre de Léopold II et la médaille de la

Croix Rouge avec Palmes 1940-45.

Arsène Taminiaux a été enlevé trop tôt à l'affection des siens, à ses malades, au combat politique qui lui tenait tant à cœur. Mais, au fond, qu'importe la durée de la vie quand on a donné aux autres le meilleur de soi-même !

 

[2] ARSENE TAMINIAUX - DENISE DANEL ET LEURS ENFANTS

 

En 1916 Denise Danel avait 18 ans, elle était belle, très bien éduquée, bonne musicienne, douée pour les arts, d'un caractère fort aimable. Arsène avait 21 ans, il avait mené à bien ses deux premières années de médecine à 1mB mais la guerre avait interrompu ses études, études qu'il reprendra peu après l'armistice. Tous deux habitaient Tongrinne.

En ces jours sombres de l'année 1916 où Arsène se morfondait de ne pouvoir ni étudier ni se rendre utile à sa patrie, il trouvait sa seule consolation dans de fréquentes visites à la famille Danel. Mais Elise Dehoubert ne voyait pas d'un bon œil ces allées et venues, craignant peut-être qu'Arsène renonçât à ses études et ne s'engageât trop tôt dabs la vie avec une jeune fille, certes irréprochable, mais peu fortunée. C'est pourquoi elle interdit à Arsène ses visites chez Denise. Arsène se soumit, la mort dans l'âme, suppliant Denise de le comprendre, de l'attendre et de ne pas lui retirer sa confiance. Une mèche de cheveux noirs avec la date écrite de la main de Denise, « 6 mars 1917 » est sans doute un témoignage de l'attachement de la jeune fille à son fiancé pendant cette période difficile où les rencontres leur étaient interdites.

Les choses s'arrangèrent avec le temps puisque, sitôt la guerre finie, Arsène reprit ses cours à l'université de Bruxelles et le 3 août 1919 on célébra les fiançailles officielles des deux jeunes gens. De cette époque des fiançailles ont été conservées des lettres et des cartes postales qui témoignent de la tendresse qu'Arsène et Denise éprouvaient l'un pour l'autre et de la complicité teintée d'humour qui les unissait profondément.

Grâce à cette correspondance, nous pouvons suivre le parcours des deux jeunes gens. Denise donnait des cours de musique chez les Sœurs de Notre-Dame à Fleurus, séjournant dans ce pensionnat du lundi au samedi et consacrant ses loisirs à suivre dans cette même école des cours de peinture. Quant à Arsène, il « kotait » à Bruxelles et, toujours grâce aux cartes postales qu'il envoyait à Denise, nous connaissons les adresses de ses "kots" (le mot existait-il déjà à l'époque ?) : en 1919 il habite au 112 rue Belliard, en 1920 au 31 rue Goffart à Ixelles, puis de nouveau rue Belliard au n° 9. Plus tard on le retrouve au 14 rue Henri Marchal à Ixelles, puis au 39 rue de Caroly et enfin au n° 8 rue du Parnasse où il partagea même son appartement avec celle qui était devenue son épouse. Pour pouvoir déjà gagner quelque argent tout en continuant ses études, Arsène avait signé un engagement à l'armée comme élève-médecin attaché au 2ème Chasseurs, ce qui l'obligea à devoir rejoindre le camp de Beverloo à certaines périodes de son engagement, périodes pendant lesquelles Denise, devenue son épouse depuis 1921, séjournait à Tongrinne chez sa mère.

Arsène et Denise s'étaient donc mariés à Tongrinne le 27 juillet 1921. Ce fut un grand mariage, la photo prise ce jour-là en témoigne. Malheureusement, parmi toutes les personnes qui figurent sur ce précieux souvenir, très peu peuvent être identifiées aujourd'hui (dans les notes complémentaires figure la photo avec l'identification de quelques personnes). Denise est particulièrement gracieuse et rayonnante sur cette photo, Arsène, en costume militaire, porte dans ses traits la marque de toutes ces années d'études et en même temps de service dans l'armée qu'il a assumées courageusement. Après cinq ans d'attente, les fiancés ont enfin droit au bonheur qu'ils ont si bien mérité.

Le couple fit un voyage de noces qui les mena à Anvers, puis à la côte belge. Grâce à quelques notes retrouvées dans un petit agenda de Denise, l'itinéraire du voyage a pu être reconstitué : le 27 juillet Arsène et Denise arrivent à Bruxelles et passent dans la capitale les journées du jeudi 28 et du vendredi 29. Le 30 ils partent pour Anvers où ils séjournent à l'hôtel du Transval, rue de la station, ils passent deux jours dans la métropole y visitant le jardin zoologique, la cathédrale et le port. Le lundi 1er août ils sont à Bruxelles d'où ils partent le lendemain pour La Panne via Ostende. A La Panne ils logent à l'hôtel de France et soupent au Continental. Le mercredi 3 août ils partent pour Gand où ils font halte chez Richard Verhoosele, cousin par alliance de Denise ; le lendemain jeudi ils rendent visite à leur cousine religieuse, Soeur Ange-Marie, à Mont Saint-Amand, puis rentrent à Bruxelles.

Le vendredi 5 ils vont à Erquelinnes rendre visite à leur tante de Jeumont, Madame Georges Plennevaux, et regagnent Tongrinne le lundi 8 août.

En 1923 Arsène obtint son diplôme de médecin avec la plus grande distinction (les deux télégrammes envoyés en cette circonstance à sa mère et à son épouse ont été conservés). Il décide .de s'installer comme médecin généraliste à Gembloux. Le couple occupe pendant quelques temps ne maison de la rue Haute-Bise puis fait l'acquisition d'une demeure cossue sise au 6 rue Damseaux.

Au fil des années le foyer s'agrandit. Emile naît le 27.01.1923, Benjamin le 06.06.1924, Madeleine en octobre 1925 mais décède à l'âge de 3 mois le 31.01.1926. Naissent ensuite Pierre le 27.11.1926, Marguerite le 12.11.1927, Marie-Louise le 25.10.1929, Jacques le

16.02.1932.

Le docteur Taminiaux avait une nombreuse clientèle. Il était réputé pour sa compétence et son dévouement. Il avait aussi la fibre sociale. Dès avant son mariage, à Tongrinne, il s'était déjà investi dans des activités culturelles, n'hésitant pas à monter sur les planches ou à mettre en scène des pièces de théâtre. A Gembloux, il s'engagea très vite dans la vie politique. Son emploi du temps devint dès lors des plus minutés, il lui restait bien peu de loisirs pour s'occuper de sa petite famille. Heureusement, il pouvait compter sur son épouse dotée de toutes les qualités requises pour mener à bien l'éducation des enfants, lesquels ont sûrement gardé le souvenir d'une mère particulièrement attentive à leurs problèmes, d'une mère qui s'était consacrée de tout son cœur à son mari et à ses enfants.

La vie s'écoulait paisible rue Damseaux. Parfois Arsène prenait quelque repos pour conduire sa petite famille ici et là, soit à Saint-Amand pour rendre visite à Soeur Ange-Marie, soit à Fontaine-Valmont pour revoir les lieux où il avait passé son enfance, soit à Tongrinne, où Arsène et Denise avaient une nombreuse parenté, pour des visites familiales. Parfois il y avait aussi des séances chez le photographe afin de fixer de temps à autre sur la pellicule les frimousses souriantes des enfants.

Et voici qu'une nouvelle guerre s'annonce, celle de 40-45. Comme beaucoup de familles, les Taminiaux évacuent en France et vivent tout un temps comme réfugiés dans la région de Niort, exactement à Chaillé-les-Marais. Arsène trouve même à s'y rendre utile comme médecin et à subvenir ainsi avec l'argent gagné aux besoins alimentaires de sa petite famille à une époque où le ravitaillement n'était pas toujours assuré, surtout quand il y avait tant de bouches à nourrir. Cette équipée, qui dura plus de deux mois, est racontée par le docteur lui-même qui a tenu un journal des étapes et événements de cette période difficile, journal que l'on lira avec grand intérêt.

Sitôt rentrés d'évacuation, on reprend les habitudes de tous les jours. Le docteur retrouve sa clientèle, Denise, aidée d'un personnel de maison, dirige le ménage et veille à l'éducation de ses enfants. Le 1er juin 1941 Marie-Louise fait sa communion solennelle. Malgré les restrictions du temps de guerre, on réunit toute la famille rue Damseaux pour un grand repas dont on a conservé le menu (on y trouve un rappel de l'évacuation encore si vivace dans les esprits: « Comme à Chaillé-les-Marais », « Moguettes vendéennes »). Mais le plus beau, le plus précieux souvenir de ce jour est sans nul doute la photo de famille (dans les notes complémentaires on trouvera cette photo avec le nom de tous les figurants).Mais en quoi cette photo est-elle particulièrement précieuse, particulièrement touchante? La réponse est tragique : nous y voyons Denise nous sourire pour la dernière fois.

Oui, c'est bien d'une tragédie qu'il s'agit. Cette famille si unie, si heureuse, va voir son bonheur brisé soudainement. En novembre 1941, Denise contracte le typhus et décède brutalement en trois jours de temps. Peut-on mesurer la peine de chacun? Celle d'Arsène qui adorait son épouse, celle des enfants privés si tôt de leur mère ? Non, une telle épreuve est incommensurable.

Des lettres écrites par Denise à sa fille Marguerite, qui depuis la rentrée de septembre 1941 était pensionnaire chez les Ursulines de Namur, nous permettent de saisir à quel point Denise fut une mère aimante, attentionnée, proche de ses enfants. Le 12 novembre c'est l'anniversaire de Marguerite. Denise acheta à cette occasion une carte illustrée, fit signer tout son petit monde, papa, frères, sœur et personnel de maison, et l'envoya à sa chère pensionnaire. C'est sans doute le lendemain de cet anniversaire que Denise tomba gravement malade. Peut-être Marguerite n'a-t-elle plus revu sa maman vivante après avoir reçu cette carte. Denise décéda le lundi 17 novembre.

Comment la vie a-t-elle repris son cours après le départ de Denise? On peut imaginer comme ce fut dur, dur. Elise Dehoubert, la mère d'Arsène, qui vivait à la rue Damseaux depuis quelques années, tenta peut -être de reprendre en main la direction du ménage, aidée par tout un personnel de maison. Marguerite reprit le chemin de la pension, ses frères et Loulou le chemin de l'école. Mais quel vide dans leur cœur ! Privés de leur soutien, privés du sourire de leur mère, de ses encouragements, de sa lumineuse présence, ils allaient aborder la vie avec une blessure qui ne se referma jamais.

Le 28 juillet 1942 Arsène se remaria avec Laure Lissoir dont il eut trois enfants, Denise,

Geneviève et Arsène.

Le docteur Tarniniaux mourut de la même façon que son père. Une crise cardiaque l'emporta dans la nuit. C'était le 8 mai 1953. Il n'avait pas 60 ans.

 

Gembloux : Commémorations patriotiques de l’entre-deux guerres

Album photos du Dr Taminiaux


Gembloux : Commémorations patriotiques de l’entre-deux guerres.

point  [article]
Croix de Feu le 18-08-1934. Tribune officielle civile. (col. Dr Loodts)

Croix de Feu le 18-08-1934. Tribune officielle complète. (col. Dr Loodts)

Croix de Feu le 18-08-1934. Cour d’honneur de l’Institut agronomique. Concert par les Guides. (col. Dr Loodts)

Croix de Feu le 18-08-1934. Remise solennelle des Croix de Feu et décorations en face de l’hôtel de ville de Gembloux. (col. Dr Loodts)

Croix de Feu le 18-08-1934. Remise solennelle des Croix de Feu et décorations en face de l’hôtel de ville de Gembloux. (col. Dr Loodts)

Croix de Feu le 18-08-1934. Remise solennelle des Croix de Feu et décorations en face de l’hôtel de ville de Gembloux. (col. Dr Loodts)

Croix de Feu le 18-08-1934. L’assemblée. (col. Dr Loodts)

Croix de Feu le 18-08-1934. La Brabançonne. (col. Dr Loodts)

Le Roi Léopold III et la Reine Astrid à Gembloux le 30 juillet 1935. (col. Dr Loodts)

Le Roi Léopold III et la Reine Astrid à Gembloux le 30 juillet 1935. (col. Dr Loodts)

Le Roi Léopold III et la Reine Astrid à Gembloux le 30 juillet 1935. (col. Dr Loodts)

Le Roi Léopold III et la Reine Astrid à Gembloux le 30 juillet 1935. (col. Dr Loodts)

Le Roi Léopold III et la Reine Astrid à Gembloux le 30 juillet 1935. (col. Dr Loodts)

Le Roi Léopold III et la Reine Astrid à Gembloux le 30 juillet 1935. (col. Dr Loodts)

La Princesse Josephine-Charlotte à Gembloux le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

La Princesse Josephine-Charlotte et le Prince Baudouin à Gembloux le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

La Princesse Josephine-Charlotte et le Prince Baudouin à Gembloux le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

Le Prince Baudouin,la Princesse Josephine-Charlotte, Mg Heylen évêque de Namur et François Bovesse gouverneur de la province de Namur, le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

La tribune d'honneur, de g. à d.7ème Denise Taminiaux et 8ème le dr Taminiaux, le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

Les drapeaux, le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

Pendant le discours, le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

Présentation du drapeau aux Princes avant la remise des gerbes au monument, le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

La remise des gerbes au monument par le Prince Baudouin et la Princesse Joséphine-Charlatte, le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

Remise d'une gerbe au monument par un combattant de la Grande Guerre, le 19 septembre 1938. (col. Dr Loodts)

A ces manifestations, les dames recevaient des fleurs. Celles-ci furent mises à sècher ! (col. Dr Loodts)

Institut St Guibert- Le rayon « Parfums de Denise ». (col. Dr Loodts)

Campagne électoral du dr Taminiaux. (col. Dr Loodts)



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