Maison du Souvenir

De la Croix Scaille à Revin : la forêt des héros.

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De la Croix Scaille à Revin : la forêt des héros
et des martyrs

       Ce petit article est dédié à mes quatre petits-fils, Simon, Baptiste, Jérémy, Mathieu, vaillants scouts aimant courir l’aventure par monts et par vaux dans les forêts d’Ardenne.

Introduction

       Cet article vous permettra de connaître le maquis français « Prisme » installé à quelques kilomètres de la Croix Scaille. Dans un premier chapitre, nous examinerons les liens qui unissaient les Belges et Français dans les deux villages qui furent voisins de ce maquis. Le deuxième chapitre contera l’histoire de la famille Fontaine des Vieux Moulins et ses liens avec le réseau Comète par l’intermédiaire de l’héroïque curé Granjean de Willerzie. Le troisième chapitre vous expliquera comment cette même famille Fontaine aida la Résistance à installer un premier terrain destiné au parachutage de containers provenant d’Angleterre. Le quatrième chapitre relate le parachutage du commandant de Bollardière, alias le commandant « Prisme », ainsi que l’installation du maquis qui porte son nom dans les bois de Hauts-Buttés. Le cinquième chapitre racontera la tragédie que connut ce maquis, sans doute une des plus grande tragédie de l’histoire de la Résistance en France. Nous examinerons ensuite dans les chapitres suivants ce qu’il advint du maquis Prisme après cette catastrophe, indicible crime de guerre et ce que devint, après la guerre, la famille Fontaine et le remarquable chef du maquis « Prisme », Jacques de Bollardière. Nous terminerons par évoquer l’action de la résistance au pont de Château-Regnault et puis nous vous convierons dans notre conclusion à visiter la merveilleuse forêt de la Croix-Scaille à Revin et de Revin à Bogny-sur-Meuse.

1) Hauts-Buttés et Vieux Moulins de Thilay : des villages appartenant aux Ardennes françaises mais partageant beaucoup de liens avec la Belgique.



De la Croix Scaille à la Meuse : une forêt épaisse au sein de laquelle se trouvent les petits villages de Hauts-Buttés et des Vieux Moulins, hauts lieux de la Résistance.



Carte établie par L. Voisin en 1964.

       De la Croix Scaille jusque la Meuse (Revin) s’étend une forêt magnifique qui, de tout temps, fut traversées par les contrebandiers. Les douaniers constituent certes un obstacle à la contrebande, mais, face à l’ennemi, durant les deux guerres mondiales, ils joueront un autre rôle. Ils seront en effet les premiers à aider la Résistance, cela grâce à leur connaissance approfondie de la forêt couvrant la frontière franco-belge. Cette dernière constituait en effet l’endroit idéal pour abriter des maquis et établir des voies par où pouvaient s’échapper durant les deux guerres mondiales, des évadés, des réfractaires, des soldats perdus et, particulièrement entre 1940 et 1944, les équipages des avions alliés abattus au-dessus de la Belgique.

       De nombreux Belges et Français ont sillonné de tout temps la forêt des côtes de Meuse. De la Croix Scaille, on pouvait atteindre facilement les premiers villages français se trouvant derrière la frontière : celui des Vieux Moulins de Thilay à 3 km et celui des Hauts-Buttés à 6 km.

a) Le village de Hauts-Buttés renommé grâce à Saint Antoine et… au curé belge Justin-Joseph Wilmet

       Aux Hauts Buttés, se trouve une chapelle dédiée à St Antoine qui attire depuis plus de Cent quarante-trois ans de multiples pèlerins belges. C’est à un curé Belge, l’abbé Justin-Joseph Wilmet, né à Namur le 7 septembre 1847, que l’on doit l’essor de ce pèlerinage. Nommé en 1868 curé dans ce petit village, il y découvre une vieille chapelle dédiée à St Antoine. On y prie St Antoine depuis le XVIIIème siècle.



Dans l’église de Hauts-Buttés, cette plaque rend hommage au curé Wilmet

       Le curé Wilmet va, à son arrivée, mettre toute son énergie pour donner un nouvel essor au culte de St Antoine. Il réussit à rassembler des fonds pour remplacer la vieille chapelle par une vaste église dédiée à St Antoine et qui sera achevée et bénie en 1877. Rapidement, les pèlerins affluent des Ardennes françaises mais aussi de toute la Belgique. De nombreuses grâces sont accordées aux pèlerins comme en témoignent plus de 2.500 exvotos émouvants qui, aujourd’hui encore, couvrent tous les murs de l’édifice religieux.



La chapelle St Antoine et l’hospice furent l’œuvre du curé belge Wilmet


Les exvotos couvrent les murs de l’église


       L’église de St Antoine des Hauts-Buttés vaut assurément le détour. Ce petit village perdu dans les Ardennes françaises essaie de conserver son patrimoine religieux en restaurant et en refixant les exvotos les plus fragiles. Aujourd’hui, en 2021, c’est toujours un Belge, le père Georges Bernard (curé à Dinant) qui y assure le rectorat durant les week-ends. A côté de l’église se trouve un home de personnes âgées, lui aussi, œuvre de l’abbé Justin qui resta 34 ans auprès des paroissiens. Il décèdera en 1902. Ce village comme nous le verront plus loin apporta une grande aide au maquis « Prisme » installé à l’ouest du village dans la forêt.

b) Le village des Vieux Moulins de Tihay est, quant à lui, surtout connu comme le village de Marguerite Fontaine, d’origine belge, résistante opiniâtre durant toute la Deuxième Guerre mondiale.

       Entre Hauts-Buttés et la Croix-Scaille, se trouve le hameau des Vieux Moulins de Tihay (Ne pas confondre avec Les Vieux Moulins de Hargnies situé dans la même région). L’endroit est là aussi exceptionnel car il a gardé tout son charme d’antan entre forêts et rièzes. Au bout de la rue principale qui s’arrête aux abords de la forêt, se trouve une petite place nommée « Marguerite Fontaine » et d’où part un chemin forestier en direction de la Croix Scaille. Sur cette place, quelques maisons dont celle de la famille Fontaine.





Marguerite Fontaine devant sa maison de Vieux Moulins

2) La famille Fontaine et la ligne Dragon de l’abbé Grandjean de Willerzie

       Marguerite Fontaine fut une grande résistance pendant la Deuxième Guerre mondiale. Elle est d’origine belge, 13ème enfant de la famille Folie de St Hubert. Elle épousa Gaston en 1909 et s’établit dans le village de son mari. La maison de Marguerite et de Gaston est une des premières maisons que l’on rencontre en provenant de la Croix Scaille par le chemin forestier. Pas étonnant que des fugitifs cherchant à rejoindre la France libre et provenant de la Belgique aient cherché là vivres ou abri avant de continuer leur route. C’est ainsi que Marguerite va rapidement collaborer au réseau d’évasion établie par l’abbé Grandjean, le curé belge de Willerzie, petit village belge au nord de la Croix Scaille.



Marguerite Fontaine et Albert Bruck après la guerre figurent ici sur la DZ où furent parachutés Renkin et ses hommes le 16 août 1944. (Archives Willy Clairinval)

       Ce courageux patriote avait commencé la résistance en diffusant de la presse clandestine puis s’était engagé dans l’Armée secrète de Belgique avant de rejoindre la ligne d’évasion Comète. Au sein de celle-ci, il fonda, en juillet 1941, la section « Dragon », qui permettait aux évadés de franchir la frontière franco-belge entre le refuge-relais de Willerzie et le Vieux-Moulins de Thilay où coopérait Marguerite Fontaine et de sa famille.

Jean Thiry, convoyeur bruxellois du réseau comète, mort à 22 ans

       Beaucoup d’échappés trouveront donc chez Marguerite le réconfort avant de continuer leur route vers Monthermé où se situait l’étape suivante chez le Dr Lhoste. L’abbé Grandjean fut un véritable héros de la forêt ardennaise. Sa ligne d’évasion procura la liberté à plus de 300 fugitifs. Parmi eux, en octobre 41, se trouvait le jeune aviateur australien Hillary Byrk qui fut d’abord accueilli par Marguerite Fontaine avant d’être pris en charge pour être convoyé jusqu’en Suisse. C’est un étudiant bruxellois, Jean Thiry, qui fut chargé d’accompagner Hillary qui ne parlait pas le français. Malheureusement, ce jeune étudiant fut arrêté à Besançon après avoir accompli sa mission et envoyé en Allemagne où, il mourut, en déportation, à l’âge de 22 ans ! Qui se souvient aujourd’hui encore de lui ? Nous n’avons malheureusement trouvé aucune photo de lui pour le rappeler un peu mieux à notre mémoire et ainsi l’honorer.

L’héroïque curé Grandjean mourut déporté en 1945

       Le curé de Willerzie, lui, avait déjà connu l'horreur de la déportation en 1917, trahi par un des siens. Il en subit une deuxième en 1942.



L’abbé Grandjean


       En effet, le 15 mai 42, les Allemands investirent le presbytère de Willerzieet le fouillèrent pendant des heures mais ne trouvèrent ni documents compromettants, ni résistants cachés. L'abbé Grandjean fut alors détenu pendant quinze mois à la prison de Saint-Gilles. On imagine la souffrance du détenu qui, malgré tout, garde le courage et même un certain humour comme le montre plusieurs écrits transmis clandestinement aux siens. « Je suis en cellule avec un aviateur anglais, un anglican, un communiste, un protestant, un libre-penseur qui me sert la messe... Le libre-penseur sonne la messe sur les tuyaux ». Le 28 août 1944, Jules Grandjean est transféré à la forteresse de Hameln puis à Gross-Rosen. Le 11 février 45, il décède près de Gross-Rosen à l'âge de 45 ans, dans la marche forcée vers Dora. Il rendit son dernier souffle, mort debout à la tâche d'apôtre, selon l’expression d'une de ses biographes...



3) En septembre 1943, la famille Fontaine aida le capitaine Leverd à établir un terrain de parachutage à Haut-buttés

       La famille Fontaine dut faire preuve de beaucoup de prudence après l’arrestation de l’abbé Grandjean mais malgré les grands risques encourus, elle et sa famille continuèrent à aider les fugitifs de passage. Mieux encore, ils donnèrent leur accord en juin 1943 pour aider le capitaine Leverd, qui dirigeait les douanes françaises à Haut-Buttés, et qui voulait à cet endroit établir un terrain de parachutage au profil de la résistance départementale du commandant Fournier.



Le capitaine des douanes Leverd

       Des hommes sont alors recrutés pour constituer une équipe de réception. Parmi les dix hommes de cette équipe on retrouve Alphonse Machaux comme chef, Louis, le mari de Marguerite Fontaine et ses deux fils, Gaston et Georges ainsi que trois membres de la famille Marchal. Ces hommes constituèrent les pionniers de la Résistance dans la région. Ils assurèrent jusqu’à la libération, la réception des parachutages, la surveillance des caches, l’aide logistique au maquis. Le premier parachutage dans les Ardennes fut effectué à Hauts-Buttés, derrière la maison de Machaux, le 2 septembre 1943. Les containers parachutés qui pèsent entre 150 et 200 kg furent transportés dans les bois et cachés avec succès. Le surlendemain, les containers furent conduits en camion à Charleville pour être répartis ensuite dans les différents secteurs de résistance des Ardennes.

4) Les 12 avril 1944, le commandant De Bollardière installe un maquis à Hauts-Buttés, le maquis « Prisme ». La famille fontaine est à l’œuvre pour l’aider !

       Le 12 avril 1944, un officier français est parachuté pour aider la Résistance Ardennaise. Il s’agit du commandant Paris de Bollardière, dont le nom de guerre est «  Prisme ». Il est chargé d’organiser le maquis. Cette opération est nommée « mission Citronelle ».

       Le commandant « Prisme » se cantonne dans les bois non loin de Hauts-Buttés et est accompagné de deux lieutenants dont, un lieutenant Brault, chargé de la radio et d’un Américain, le lieutenant Victor Layton, chargé des problèmes d’armement.. Dès lors, le maquis de Hauts-Buttés se forme autour de ces trois hommes. Un deuxième terrain de parachutage est choisi, cette fois aux Vieux-Moulins de Thilay et réceptionna une nouvelle arrivée de matériel. Un aumônier fut demandé pour rejoindre le maquis et un prêtre répondit à l’appel : le Père Marie-Antoine de Willerzie. Marguerite Fontaine offrira un drapeau brodé au maquis et participera grandement à son ravitaillement avec l’aide notamment de son mari et de ses enfants. Sa fille Georgette jouera de plus le rôle d’agent de liaison !



Le commandant De Bollardière

       Le maquis prenant de l’extension s’installera finalement au bois des Manises, à l’ouest de Hauts-Buttés, non loin du sommet « Malgré Tout » qui domine la Meuse et Revin. Les douaniers des Hauts Buttés s’illustrent alors dans la réception d’un premier parachutage dans ma région de Monthermé. Durant le transport des caisses, le brigadier Thoméré décède épuisé. Le 28 mai 1944, ce sont 88 containers, soit dix tonnes de matériel qui sont parachutées durant 1 heure 30 aux Vieux Moulins sur le terrain « Astrologie ». Le 6 juin cinq officiers sont parachutés (Jacques Chavanne, Marc Racine, Lucien Goetcheur et les capitaines anglais Alain Hubble et Georges Whithead). Madame Fontaine, sa fille Georgette et Madame Fringant organisèrent pour eux un accueil festif dans une salle décorée des couleurs interalliées. C’est alors qu’est annoncé par un des cinq officiers le débarquement de Normandie. La joie d’une victoire prochaine fut cependant de courte durée et suivie d’une catastrophe de grande ampleur.

5) Le massacre du maquis « Prisme » le 13 juin 1944 plongea toute la ville de Revin dans le deuil.

       Les jours qui suivirent le débarquement virent débarquer dans le maquis environ 200 jeunes gens de Revin et des environs qui, hélas, n’avaient aucune formation militaire et étaient peu discrets. Il faut savoir que le 9 juin, une ordonnance du comité provisoire de la République Française est diffusée : cette ordonnance intègre avec grade, droits et prérogatives, tout combattant F.F.I comme soldat à part entière dans la nouvelle Armée Française. Il n’en fallait pas plus pour que des milliers de jeunes Français prennent la route des maquis. Il semble que les Allemands aient été avertis très vite de l’énorme maquis installé dans le bois des Manises et le pire n’allait pas tarder. Le 12 juin, le maquis « Prisme » fut en effet encerclé par des éléments blindés du 36e régiment de chars et 3.000 hommes sous le commandement du Feldcommandant Bortho Grabowski et du commandant des Panzers Karl Théodor Moliri. Dans la soirée, l’ennemi attaque. Le commandant Prisme divisa les hommes en plusieurs groupes pour faciliter la fuite mais beaucoup de jeunes gens s’éparpillèrent et n’eurent d’autres ressources que de se rendre. Prisme et cinquante hommes put traverser les lignes ennemies et rejoindre la Belgique. On ne connaît pas le nombre de maquisards tués l’arme à la main mais ils furent très peu nombreux. En revanche, les Allemands firent de nombreux prisonniers qu’ils maltraitèrent. Des témoins ont vu un groupe de prisonniers rassemblés dans un jardin de la famille Deschamps à Hauts-Buttés. Les prisonniers avaient les mains liées par des fils de fer. Un officier de grande taille et en tenue noire les a fait coucher sur le sol à plat ventre et ordonna aux soldats de les marteler de leurs crosses. Lui-même, s’est mis à sauter sur les prisonniers et les soldats firent de même et cela trois fois de suite. Cet officier était vraisemblablement Molinari condamné à mort par un jugement du tribunal militaire de Metz du 13 avril 1951. Molinari est décédé en Allemagne en 1993 après avoir été en 1956, le premier président de l’association des militaires allemands, la Bundeswehr Verband.

       Plus tard les prisonniers dont beaucoup étaient devenus des épaves humaines furent rassemblés dans la clairière du Père-des-chênes située à 500 mètres du maquis. Tous furent mitraillés dans la l’après-midi du 13 juin. Les Allemands peu fiers de ce massacre essayèrent de camoufler leur crime de guerre en essayant de cacher les lieux d’enfouissement des corps mais les tombes contenant chacune sept corps, sont découvertes rapidement par les Français.



Aujourd’hui dans la clairière du Père des chênes, nommée aujourd’hui Calvaire du maquis, un autel commémore l’affreux massacre des prisonniers

       L’ennemi va alors transférer les corps dans un endroit qu’ils espèrent plus secret. Ce sera le ravin de l’ours près de Linchamps. Mais les deux fosses communes sont retrouvées rapidement par des douaniers.



       Les corps furent ensuite exhumés et des hommes de Revin entreprirent de les identifier. Ils furent alors inhumés provisoirement près de la ferme du Malgré Tout. Et ce n’est qu’après la libération de Revin que, le 8 octobre 1944, les victimes eurent leurs funérailles officielles et furent enterrés avec tous les honneurs dans le « carré » du cimetière de Revin. Toute cette tragédie montra le danger que constituait d’énormes groupes de maquisards non entraînés. Le plus jeune des maquisards tués fut Devis André, 16 ans, né le 10 juillet 1927 à Monthermé. A noté que parmi les maquisards tués victimes se trouvaient plusieurs Belges :

- Colaux Paul, né le 4 septembre 1919 à Pattignies
- Dabe Raoul, né le 5 mai 1911 à Courcelles
- Helin Kleber, né le 15 février 1926 à Nismes
- Houbaille Camille, né le 12 décembre 1906 à Saint Aubain
- Sinte Emile, né le 4 novembre 1922 à Ligny
- Sinte Felix, né le 4 juillet 1925 à Ligny

6) L’histoire particulière d’un héroïque bûcheron, Georges Maugière

       Parmi les 106 noms figurant sur le monument à la mémoire des victimes du maquis, figure Georges Maugière qui pourtant n’était pas un maquisard. Il fut le premier à être tué lors de l’attaque du maquis et son histoire est loin d’être banale.



Le neveu de Georges Manguière, Michel Sage montrant la croix sur les lieux où fut tué son oncle.

       Il faut marcher près de deux kilomètres dans les bois entourant le maquis Prisme pour trouver la croix, nommée Mauguière.

       Cet endroit retiré dans la forêt profonde du Malgré Tout rend hommage à un courageux Revinois, décédé peu avant le massacre du Maquis des Manises. Nous sommes le 12 juin 1944, les Allemands cherchent à localiser le maquis. A quelques centaines de mètres de l’actuelle auberge « Les sapins du nord », ils rencontrent une dizaine de bûcherons et parmi eux Georges Manguière, 49 ans. Ces hommes avaient été réquisitionnés par les Allemands pour fabriquer du charbon de bois. Il est interrogé à deux reprises sous les yeux de son frère Jules et roués de coups de bûche. Il ne dira rien et sera finalement traîné dans le marais et achevé d’une balle dans la nuque.

       « Ici, le 12 juin 1944, fut tué par la sauvagerie allemande Georges Mauguière », indique l’épitaphe sur la croix qui se dresse aujourd’hui à l’endroit où le bûcheron a perdu la vie. Georges Mauguière a été décoré de la Légion d’honneur, à titre posthume, par le président de la République Vincent Auriol le 27 juin 1948 lors de l’inauguration du monument du Maquis des Manises. Son nom figure parmi les 106 maquisards exécutés.[1]

7) Le maquis « Prisme » ne meurt pas et se reconstitue d’abord en Belgique. La famille belge Bruck se révèle être une aide précieuse pour le maquis français.

       Incroyable, mais après ce massacre qui endeuilla tout Revin, le maquis « Prisme » ne se découragea pas et se reforma en Belgique dans les bois de Willerzie. La famille belge des Bruck de Willerzie se signala par l’aide apportée aux maquisards français. Un petit monument, la pierre « Bruck » rend hommage aux brigadiers forestiers Émile et Albert BRUCK (Albert mourut en 2008, presque centenaire) de Willerzie, père et fils. Ce n’étaient pas des résistants de la dernière heure. Auxiliaires de l’Abbé GRANDJEAN, ils avaient accueillis les évadés, les hébergeaient bien souvent, avant de les emmener, chez les FONTAINE aux Vieux moulins de Thilay (France).




8) Le maquis Prisme résiste à une deuxième et troisième attaque !

       Vers le 14 juillet, le maquis « Prisme » quitta le plateau de la Croix Scaille où se trouvait déjà un maquis belge pour s’installer entre les Vieux-Moulins et Hargnies. Le 2 aout, ils connaîtront une deuxième attaque mais cette fois ce fut une victoire et trente allemands furent mis hors de combat pour une perte de deux tués dans le camp des maquisards.

       Le 23 août, un camp de maquisards belges du plateau de la Croix Scaille se trouva en infériorité devant l’ennemi qui les attaquait. Des secours furent demandés au commandant Prisme qui envoya deux sections renforcer les rangs des Belges. Le combat se termina à la faveur des maquisards qui tuèrent 19 Allemands, firent deux prisonniers et mirent les autres soldats en fuite. Malheureusement le lieutenant Grenier qui conduisait une des sections décéda pendant la nuit de ses blessures.

       A peine remis de cette bataille, le lendemain, le camp « Prisme » est à nouveau attaqué. Les combats furent âpres mais les Allemands ne parvinrent pas à pénétrer dans le camp et décrochèrent en se protégeant par leurs mortiers. Il y eut dix tués au maquis. A signaler qu’un des blessés était le Commandant Prisme lui-même qui avait eu le mollet traversé par une balle et qui refusa d’être évacué. Il continua à diriger ses hommes en ayant pour chacun une bonne parole.

       Dans la nuit du 30 au 31 août le maquis « Prisme » se déplaça une dernière fois, cette fois à Linchamps avant de combattre les Allemands en retraite.

9) Un peu au sud du maquis Prisme : l’action remarquable d’un autre groupe de résistants à Château-Regnault

       Signalons ici qu’à Château-Regnault, situé à 22 km au sud de Revin, un autre groupe de résistant, s’illustra par la défense du pont de chemin de fer qui traversait la Meuse. Les Allemands, pour protéger leur retraite voulait détruire ce pont stratégique. Resté intact, il devait permettre aux Américains de poursuivre l’ennemi sans tarder. Les résistants parvinrent à empêcher minage du pont, notamment grâce à la mitrailleuse P 50 qu’ils installèrent sur le point culminant de Château-Regnault, au rocher de l’Hermitage.




Sur cette carte postale, on aperçoit le pont stratégique de Château-Regnault ainsi que les quatre rochers des « Quatre Fils Aymon ».


La crête des rochers des quatre fils Aymon photographiée en automne


La promenade des rochers des quatre fils Aymon est sportive et comporte des risques de glissade par temps humide.

10) Après la guerre, ce qu’il advint des cahiers d’écolier de Marguerite Fontaine

       Louis fontaine recevra en août 44, de Londres une citation homologuée par le général de Gaulle comportant l’attribution de la médaille de la résistance. Son épouse Marguerite se fit oubliée mais en 1964, elle montra les cahiers d’écolier sur lesquels elle avait écrit au jour le jour tous les évènements auxquels les siens avaient participés. Ces cahiers furent alors édités et remirent à l’honneur sa famille et le maquis « Prisme » mais il fallut attendre 2010 pour que Georgette, la fille de Marguerite Fontaine, soit décorée de la Légion d’honneur.



Les cahiers ardennais

11) Après la guerre, ce qu’il advint du commandant « Prisme »

       « Prisme », Jacques de la Bollardière, continua une carrière militaire exceptionnelle comme officier parachutiste. Il fut promu général de brigade et devint un des officiers français les plus décorés. Fait assez extraordinaire dans le milieu militaire, cet officier choisit toujours de manifester son libre arbitre de façon exemplaire. Opposé à la torture, il fut un des premiers officiers supérieurs à dénoncer celle-ci lors de la guerre d’Algérie et devint de plus en plus militant pacifiste. Son attitude lui valut d’innombrables ennuis qu’il assuma.



       Il démissionna en signe de protestation lors du putsch des généraux en Algérie. Il milita contre l’extension du domaine militaire au Larzac, accomplit sur son voilier une mission de protestation contre les essais nucléaires de Mururoa, lutta pour l’accès au logement social etc… Sa vie est celle d’un véritable personnage de roman. Elle se termina en 1986. Le lecteur trouvera sur le web plus de détails sur la vie de cet officier idéaliste :

12) Conclusion



Le monument du Maquis

       Le 13 juin 1944, alors que la deuxième guerre mondiale entrait dans sa phase finale, 106 maquisards du Maquis des Manises, pour la plupart des jeunes de Revin et des environs, étaient massacrés par les SS sur les hauteurs du Malgré Tout, au lieu-dit Le Père des Chênes.

       Tous les ans, le 13 juin, la population locale et les personnalités se rassemblent autour du Calvaire des Manises, dans la clairière du Père des Chênes, pour une cérémonie du souvenir, puis en reprenant le chemin de Revin, s'arrêtent pour un dépôt de gerbes au pied du Monument du Maquis, érigé sur la pente du Malgré-Tout. Ce monument, inauguré le 27 juin 1948, porte le nom des 106 victimes.

*          *          *

       Nous ne pouvons que vous encourager à parcourir la Meuse des Ardennes françaises si proche de nous et dont l’histoire fut entremêlée avec la nôtre. Les randonnées les plus belles dans une nature magnifique vous feront certainement passer par tous les endroits où l’on se souvient encore avec grande émotion des maquisards. En partant de Willerzie, vous rendrez hommage au curé Grandjean puis vous vous dirigerez vers la Croix Scaille en passant par le monument dédié aux gardes forestiers Bruck. A la Croix Scaille, vous monterez sur la tour du millénaire où vous jouirez d’une vue époustouflante sur toutes les Ardennes françaises. Des vestiges du maquis Belge ne se trouvent pas loin. Dirigez-vous ensuite vers la Frontière et les Vieux-Moulins de Thilay. Sur la place bien nommée de Marguerite Fontaine vous penserez à l’histoire mouvementée de cette famille que j’espère vous avoir bien résumée. De là, rejoignez Hauts-Buttés pour y visiter l’église St Antoine en ayant une pensée émue pour le curé Wilmet qui fit tant de bien autour de lui. A côté de l’église, se trouve un petit restaurant dont la propriétaire est spécialiste des ressources naturelles des bois environnants. N’hésitez pas à vous y restaurer. De Hauts-Buttés, dirigez-vous vers le petit village de Linchamps d’où part la promenade fléchée du ravin de l’Ours. L’Ours est une petite rivière qui s’enfonce profondément dans la forêt. Le paysage est enchanteur mais garde précieusement le triste souvenir des 106 maquisards qui connurent là leur deuxième lieu de sépulture, marqué aujourd’hui par deux croix. Votre marche dans le ravin de l’Ours terminée. Dirigez-vous vers Revin en passant par le calvaire du maquis Prisme situé au milieu des bois. A Revin, visitez la maison espagnole puis longez la Meuse en Vélo sur la magnifique voie lente jusque Monthermé vous passerez en dessous du magnifique point de vue des « Dames de Meuse ».



La voie verte entre Revin et Monthermé : on ne peut s’en lasser !

       A Monthermé, arrêtez-vous pour effectuer la marche qui vous conduira à Roclatour, un point de vue exceptionnel dans un cadre féérique dans château naturel composé d’immenses blocs de granite. C’est pour moi, le plus beau point de vue de toute la vallée mosane.



Les rochers de Roc La Tour : un endroit prodigieux pour s’immerger dans la féérie des Ardennes


Toujours Roc La Tour. On ne peut se lasser d’être au milieu de tant de merveilles !

       De Monthermé, dirigez-vous toujours en vélo sur la voie lente vers Château-Regnault. Là, vous découvrirez l’emplacement du château des quatre fils Aymon qui y séjournèrent durant la période de leur bannissement de la cour de Charlemagne. Les quatre fils Aymon, magnifique symbole du passé commun entre l’Ardenne belge et les Ardennes françaises !



L’emplacement de l’ancien château surplombe la Meuse. A l’arrière, l’on aperçoit l’escarpement qui mène aux quatre rochers des quatre fils Aymon.



       Du château part une randonnée pédestre sportive qui parcourt la crête des quatre rochers des fils Aymon.



Dans le brouillard, les quatre rochers des fils Aymon, vus du point de vue de l’Hermitage, une magnifique randonnée à faire par beau temps !



Le chevalier Ardennor sur le rocher de l’Hermitage et deux de ses admirateurs.

       Le paysage est là aussi exceptionnel. Et si vous voulez encore continuer, vous pouvez finir votre excursion par le rocher de l’Hermitage situé en face de Château-Regnault, à Bogny-sur-Meuse. Y trône une magnifique sculpture d’Ardennor, chevalier imaginaire qui symbolise la lutte contre l'injustice, réalisé par Eric Sleziak, sculpteur originaire de Bogny-sur-Meuse et créateur de Woinic, le sanglier géant. Nul doute qu’il symbolise aussi les courageux maquisards ardennais des deux côtés de la frontière franco-belge. Bien entendu, vous l’aurez compris, vous ne pourrez parcourir tous ces chemins en un jour !

Dr P. Loodts

 

 

 

 

 



[1] Photo et source de l’histoire de Georges Mauguière d’après l’article du  journaliste  Jean-Godefroy Varoquaux dans  « l’Ardennais » du  10/06/2019



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