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Le message du C.A.P.O.R.A.L. du mois de Mai 2012

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Le Message du C.A.P.O.R.A.L.

MAI 2012

« C.A.P.O.R.A.L. » signifie: Comité des Associations Patriotiques d’Oupeye pour le Regroupement des Activités Locales.

Manifestations patriotiques du mois de mai

Lundi 7 mai : cette année, les manifestations du Souvenir vont coïncider avec l’inauguration du monument aux morts situé sur l’esplanade du Château d’Oupeye :

       – 9h : dépôts de fleurs dans les anciens villages de Haccourt, Hermalle, Hermée, Heure et Vivegnis ;

       – 9h45 : réunion sur le parvis de l’église d’Oupeye ;

       – 10h : messe ;

       – 11h : cérémonie d’inauguration du monument ;



Ce 7 mai 2012 l’ancien monument a été rénové et remonté dans un endroit plus calme et plus sécuritaire.

       – 11h30 : vin d’honneur.

Samedi 12 mai

72ème anniversaire du Fort de Pontisse

La commémoration se déroulera différemment par rapport à l’année dernière.

       – 10h00 : rassemblement au cimetière du Rhées 

       – 11h 00 : Fort de Pontisse

       – 11h30 : Square Pire.

       – 11h50 : Vin d’honneur au Fort de Pontisse

Jeudi 17 mai (ascension)

       – 10h : manifestations du Souvenir à Houtain.

Vendredi 25 mai

- 10h30 : cérémonie d’hommage au Colonel Charles Ferdinand de Thierry à Hermalle.


Ce 19 avril 2012, au petit matin, notre grand ami

Toussaint Pirotte,

trésorier et historien de la Maison du Souvenir, est décédé.

Il va laisser un grand vide parmi nous.

Instituteur éclairé, inspecteur cantonal puis inspecteur principal, il a été échevin de l'enseignement et de la culture. Notre président l'a côtoyé au cours de ses mandats, aussi bien au niveau de l'enseignement, étant également instituteur sous son autorité, qu'à la culture, comme utilisateur du château d'Oupeye pour le Cercle Marcel de Lincé. Il en garde le souvenir d'un homme aux nombreuses idées, aux réalisations toujours pleines de bon sens. 

Comment est-il devenu notre trésorier et notre historien? Lors de la deuxième exposition organisée par la Maison du Souvenir, après l'avoir visitée, il est venu nous trouver en nous disant que ce que nous réalisions l'intéressait au plus haut point. Il demandait de faire partie de notre comité, mais pour écrire, pour effectuer des recherches historiques. C'est ainsi que pour chaque exposition suivante, il réalisait un livre à son sujet, à charge pour nous de l'imprimer et de le vendre au profit de notre musée. Plus tard, voyant nos difficultés à nouer un budget, il nous a proposé ses services comme trésorier, ce que nous avons accepté avec soulagement. Connaissant toutes les ficelles de la rédaction d'un budget, il nous en amenait un parfait annuellement. Les bilans de fin d'année étaient commentés avec précision.  Dernièrement, avec l'aide du commandant Dutilleux, fils de celui qui a donné la passion de la recherche historique à Toussaint, avec l'aide de Robert Latet, ancien échevin également membre de la Maison du Souvenir, il était occupé à la mise sur pied d'une manifestation de grande envergure, la mise à l'honneur du colonel de Thierry, chef de corps du 1er Lanciers belge sous Léopold I. C'est avec l'aide de l'administration communale d'Oupeye et des services de notre armée qu'elle se déroulera le 25 mai prochain. Pour la circonstance, il a écrit un historique de ce militaire et du 1er Lanciers. Ce sera sa dernière œuvre que le collège communal a décidé de faire publier. Ce sera un hommage posthume rendu à notre déjà regretté camarade.

Editeur responsable: M. Laurent Antoine, rue de Hermalle, 131, 4680 OUPEYE

Le mot du secrétaire patriotique


Au moment d’entamer la rédaction de mon habituel papier, j’ai encore une pensée pour celui qui a été le Président de la F.N.A.P.G. de Haccourt et aussi de Visé, notre ami MIGNON. Se rappelant une chanson de Jacques Brel, on aurait pu chanter lors de ses funérailles : « Adieu l’Emile, on t’aimait bien, Adieu l’Emile, on t’aimait bien, tu sais ! ». Toujours, cette mort nous attriste, mais combien d’autres camarades sont partis auparavant et combien d’autres qui bientôt s’en iront. Nous sommes tous, dès la naissance, condamnés à mourir un jour. C’est le destin ! Mais ceci n’est pas une rubrique nécrologique et j’arrête, illico, de vous saper le moral.

Je suis de la section F.N.C. de Vivegnis et je voudrais, avant qu’on parle des manifestations patriotiques de mai 2012, mettre en exergue le cas de mon Président Antoine LEENTJENS. Il est né le 10 mai 1917 et cette année, au surlendemain de la commémoration de l’écrasement à plate couture des armées du IIIe Reich nazi et de l’effondrement de l’Allemagne en date du 8 mai 1945, lui il fêtera avec sa famille et ses amis son 95e anniversaire.

Avec la victoire, c’est la libération des camps de prisonniers. Antoine, amoureux transi de sa belle Eugénie, confiné pendant cinq ans dans un lointain stalag, attend impatiemment son rapatriement pour enfin concrétiser son union avec mademoiselle LEINERS.

Il a évoqué encore cette horrible journée, ce vendredi 10 mai 1940, âgé de 23 ans le jour même, où, en sa qualité de pointeur tireur à la coupole VI du fort d’Eben Emael, il a reçu un ordre trop tardif, de tirer aux quatre coins de l’horizon des charges à blanc qui devaient informer le pays et surtout notre armée que l’invasion avait commencé. Or les planeurs avaient déjà atterri sur la superstructure, les pionniers et les parachutistes allemands s’activaient à neutraliser cette forteresse réputée imprenable et qui ne résista qu’un seul jour.

Les grenadiers belges, au pied du fort, étaient décimés, la plupart avaient été contraints de se rendre. Les ponts de Veldwezelt et de Vroenhoven étaient tombés intacts aux mains des assaillants. Aujourd’hui, nous sommes heureux, Monsieur le Président de la F.N.C. Vivegnis, de pouvoir vous dire « BRAVO » et de vous encourager à devenir centenaire. Si nous, on est encore là en 2017, on viendra au château d’Oupeye pour une belle cérémonie avec une musique et des drapeaux. Entouré de votre belle famille et des anciens combattants, ainsi que des sympathisants qui nous aident, vous aurez le plaisir d’être le héros de la fête. Faites encore un petit effort pour tenir jusque là (et même plus loin) cher Antoine.

C’est possible vu votre état de santé actuel. Les Echevins, celui de l’Etat civil et celui qui est en charge des associations patriotiques de la commune d’Oupeye vont déjà prendre note. Le bourgmestre aura à cœur de présider lors de la cérémonie. Madame DIET et son service des Relations publiques s’occuperont de tout et ce sera parfait comme d’habitude. PROFICIAT brave Antoine.

Dans peu de temps, le 23 août prochain, le sympathique Président de la section F.N.C. de Hermalle-sous-Argenteau, Monsieur Victor DELCOURT, celui que certains prénomment aussi Albert, aura 96 ans. Monsieur Delcourt a été lui aussi un membre de la garnison du fort d’Eben Emael. Il y était même gradé. Fait prisonnier, il a eu la chance d’être libéré après une longue captivité.

Réengagé comme volontaire à la libération, il a fait une belle carrière militaire et a été pensionné au grade de commandant. Nous le félicitons au nom de notre comité d’entente des associations patriotiques d’Oupeye et nous l’engageons à persister. La fête serait encore plus belle si l’on pouvait avoir deux centenaires, glorieux rescapés du drame du fort d’Eben Emael, le verrou de notre défense en 1940 que, astucieusement, les Allemands ont fait sauter.

Sur une idée de feu Victor PIRSON et un projet qui avait mûri dans sa tête, un monument aux morts avait été implanté rue du Roi Albert à Oupeye. Victor Pirson a été un dynamique Président de la section F.N.C. d’Oupeye et jusqu’à sa mort, intervenue le 25 mars 1997, il a été remarquablement dévoué à nos organisations.

L’endroit où le monument a été implanté à l’origine ne convenait plus, du fait de la nouvelle église et de la circulation automobile trop intense dans ce virage de la rue du Roi Albert. Il a été décidé de le transférer près du château, sur l’extrémité de l’esplanade. Il y sera mieux en évidence et on y gagnera en sécurité pour les patriotes qui assistent aux commémorations.

Le lundi 7 mai 2012 à 10 heures, il y a d’abord, comme traditionnellement, un office religieux à l’église d’Oupeye, puis se formera un cortège pour inaugurer le monument aux morts qui a été réhabilité. Une cérémonie sur l’esplanade et une réception dans la salle du conseil et des mariages suivront.

Il y a tant de manifestations patriotiques au mois de mai que je vous suggère d’en prendre connaissance ailleurs dans cette petite gazette ou alors dans l’Echo d’Oupeye.

Je me permets de vous recommander, amis lecteurs, de répondre aux rendez-vous selon vos possibilités bien sûr, car ceux qui ont vécu la tragédie de la seconde guerre mondiale sont maintenant bien âgés. Si nous, les Anciens, nous déclarons quelques fois forfait, nous devons encourager nos plus jeunes camarades qui ont pris le relais et en tous temps , « urbi et orbi » comme dit le Pape, recommander qu’on visite la Maison du Souvenir à Hermalle, ses merveilleuses collections et régulièrement les expositions à thèmes. Il faut absolument rester fidèle à un devoir de mémoire. C’est indispensable pour la civilisation et même pour la survie de notre monde de se souvenir.

Votre dévoué Georges ANTOINE

Un livre datant de 1920 nous a été remis au mois de janvier. Son titre « Circuits des Champs de Bataille de France » de Gabriel Hanotaux, de l’Académie Française, à l’Edition Française Illustrée de Paris. C’est évidemment de la guerre 1914-1918 qu’il est question, en France surtout, mais il y est beaucoup question des batailles de l’Yser, de notre roi Albert Ier et de nos vaillants soldats. Aussi, nous allons publier les extraits qui s’y rapportent à partir de ce numéro. Bien sûr, la bataille de Liège en août 1914 n’y est pas évoquée (nous l’avons fait dans nos pages à plusieurs reprises), mais Dinant, Namur, Charleroi, Mons, et bien sûr l’Yser y ont une place importante.

Circuits des Champs de Bataille de France

Dinant (15-23 août 1914). Observatoire n° 36 : La Citadelle

Avant de faire, à Namur, ce brusque à-droite qui prolonge à l’est la trouée de la Sambre et est une des grandes voies d’accès des invasions germaniques, la Meuse forme d’abord, du sud au nord et du Plateau de Langres à la Plaine Belge, le fossé de  toute la France de l’est.

A Verdun finissent les Hauts, d’un si grand intérêt stratégique. Mais déjà, après Sedan, la rivière, avec sa vallée encaissée, repliée en multiples lacets, constitue un obstacle efficace ; depuis Mézières elle coule dans une profonde fissure du terrain schisteux des Ardennes et, de Dinant à Namur, ce sont de véritables falaises qui enserrent son cours étroit. Or, si rude que fût l’obstacle, les Allemands, au début de leur grande ruée, étaient obligés de l’aborder.

Sans doute la plaine belge s’offrait à la marche de leurs innombrables colonnes. Le couloir de la Sambre, Namur tombée, s’ouvrait largement devant eux. Mais, entre leurs armées de droite, défilant dans la plaine flamande et celles de gauche s’efforçant de briser la ceinture fortifiée de Lorraine, il fallait bien que les armées du centre trouvassent, elles aussi, un débouché.

Ce débouché était sur la Meuse. La rivière d’ailleurs coupe du nord au sud les trois grandes voies ferrées qui, de la Belgique centrale, convergent vers le cœur de la France : Namur Maubeuge Compiègne, Dinant Vervins Soissons, Mézières Reims Meaux. On sait l’importance qu’eut pendant la guerre la stratégie des voies ferrées. Namur, Dinant, Mézières sont les points sensibles de la région de la Meuse moyenne.

Dans le grand plan allemand d’août 1914 c’est, dans cette région, à la IIIe armée, commandée par le ministre de la guerre saxon von Hausen qu’incombe la tâche de forcer l’obstacle.

Dès la violation par l’Allemagne de la neutralité belge, le haut Commandement français a ordonné l’exécution de la « variante » prévue au plan de concentration.

Les armées massées d’abord uniquement face à la frontière lorraine sont étirées vers le nord. La 5e armée (général Lanrezac) qui forme la gauche, glisse le long de la Meuse et vient s’établir derrière la Sambre. La 4e armée (général de Langle de Cary), d’abord en réserve, établit la liaison sur la Meuse entre cette aile gauche et les armées du centre.

Les Allemands sont décidés à briser cette résistance.

Tandis qu’à sa droite, von Kluck et von Bulow (Ière et IIème armées allemandes) poursuivront leur grande manœuvre d’enveloppement et écraseront l’aile gauche alliée, tandis qu’à sa gauche le duc de Würtemberg et le Kronprinz d’Allemagne déboucheront des Ardennes et de la Woëvre, von Hausen, au centre, portera un coup décisif.

S’emparant de Dinant, il s’enfoncera rapidement à la liaison des 4e et 5e armées françaises, rejettera la première vers le sud, coupera l’autre de ses communications et s’emparera d’un bond des sources de l’Oise. Ainsi déjà se manifeste dans les plans de l’Etat-Major allemand la double ambition de déborder l’armée française par sa gauche et de l’enfoncer en même temps en son centre. C’est la double manœuvre qui, manquée sur la Meuse, sera reprise aux rives de la Marne, et conduira l’armée allemande à sa perte.

C’est à Dinant qu’est pour von Hausen le point capital.

La ville proprement dite est située sur la rive droite de la Meuse avec ses faubourgs de Leffe et Des Rivages. Ceux de Neffe, de Saint-Médard et de Bouvignes sont sur la rive gauche. Sur la rive droite, au milieu de la ville, se dresse la citadelle bien calée sur son rocher. Elle nous fournit un excellent observatoire (N° 36). A nos pieds le pont franchit la rivière. En face, la gare et la voie ferrée. Les rives escarpées et rocheuses dominent les lieux de près de 70 mètres.

Le 14 août, les premiers éléments de droite de la 5e armée française qui se hâte vers la Sambre arrivent dans la région, prêts à soutenir les détachements de la brigade Mangin qui tiennent le passage de la rivière.

Il est temps. Le 15 au matin, deux divisions de cavalerie ennemie tentent une vive attaque sur les ponts de Dinant et de Bouvignes. Ils s’emparent de la citadelle et l’organisent fortement. Deux compagnies du 33e contre-attaquent aussitôt, clairons en tête, mais se font décimer. Cependant les 75[1] des hauteurs de la rive gauche prennent à partie les mitrailleuses et les canons ennemis qu’ils dominent nettement. Le 8e d’infanterie arrive alors. A sa tête le colonel Doyen franchit la rivière sous le feu, reprend la citadelle et arrache lui-même l’étendard allemand qui y flotte. L’ennemi s’enfuit laissant sur le terrain 3 000 hommes et 12 canons.


Le 75.

L’attaque brusquée est manquée. Cependant l’étreinte se resserre. Après les avant-gardes, les gros de l’armée saxonne arrivent : XIIe corps, XIXe, XIIe de réserve.

Le 23, l’opération est reprise. Bousculant la 51e division de réserve qui vient de relever le Ier corps et assure seule la garde des ponts, l’ennemi réussit à s’emparer de Dinant et du pont d’Hastières. Il débouche sur la rive gauche et occupe Onhaye ; ainsi, la 5e armée engagée dans un dur combat derrière la Sambre va être prise à revers et coupée de ses communications. Von Hausen touche au but.

Mais Franchet d’Esperey (Ier corps d’armée) se retourne en pleine bataille avec une étonnante rapidité. Un vif combat s’engage. L’infanterie s’empare d’Onhaye à la baïonnette. L’ennemi en reste cloué sur place. Von Hausen qui devait se jeter à tout prix sur les communications de la 5e armée, laisse la retraite française s’opérer en bon ordre.

L’occasion est manquée.

Il est vrai qu’un facile triomphe permet aux Saxons d’apaiser leur dépit : le sac, puis l’incendie de Dinant, 1 200 maisons anéanties, 650 morts, dont plus d’une centaine étaient des femmes, des enfants et des vieillards, telle fut l’affreuse et lâche vengeance qu’ils tirèrent de leur échec du 15 et de leur déconvenue du 23. « Les Huns et les lansquenets du moyen âge n’auraient pas fait mieux » écrit sur son carnet un lieutenant allemand[2].

Cependant, malgré son retard, von Hausen accentue sa pression. Le 24, il borde la Meuse jusqu’à Fumay. Mais il se heurte à la tenace résistance de la 52e division de réserve (4e armée).


La place Saint-Nicolas à Dinant.

Dans la brigade du colonel, depuis Maréchal, Pétain (5e armée, Ier corps) s’est mise au Mesnil en liaison avec la 52e division : von Hausen ne trouvera pas la fissure qu’il cherche en vain. C’est, au contraire, entre son armée et celle de von Bülow que la manœuvre française va creuser un trou dont le général Joffre, lui, saura profiter.

Relation des événements survenus au fort de Battice

Du 9 mai au 22 mai 1940

A 21 h 45, alors que tous les officiers que nous venons de citer sont présents au fort, le chef de corps, le colonel M. Modart, accompagné de son adjudant-major Cap. Cdt Gobert vient faire un contre-appel. Ces officiers quittent le fort à 23 heures.

A 19 h 30, l’I.N.R. diffuse que l’action des congés de 5 jours est rétablie.

De tous les événements que nous retenons se dégage une note d’optimisme qui n’est guère en rapport avec la brusque réalité qui se présentera une heure et demie après le départ du chef de corps. Il y a cependant huit mois que l’on ne cesse de nous recommander la vigilance et que l’on se montre sévère dans l’action des congés, des permissions et des autorisations de quitter le fort.

Vendredi 10 mai

A 0 h 35, l’adjudant Duvivier, qui est de service au P.C. reçoit du C.A. par téléphone ordre d’alerte venant de l’ouest – prénom Alfred. Il s’agit de l’alerte réelle.

Logent dans le fort :

– Cap Cdt FichefetLt Tiquet, Leclercq, Renaux – Adjt Duvivier et Doultrepont – Aumônier Vermeire.

Logent dans les baraquements :

Lt Poncelet, Granjean – Médecin Delpierre – Adjt Nihoul.

Pour la troupe, la répartition s’établit comme suit :

– les recrues 1940, les éclopés, plusieurs sous-officiers, les rengagés employés logent en surface

– au fort se trouvent le piquet, les soldats des anciennes classes et les spécialistes.

En moins de 10 minutes, toute la garnison est alertée et, sous la direction des officiers, procède à la mise en état de défense du fort.

Le déménagement aux baraquements est fait avec diligence à l’aide des hommes n’ayant aucune mission spéciale. Les militaires mariés logeant à l’extérieur et en congé spécial sont rappelés d’urgence et rentrent de façon normale. Vers 1 heure, toutes les armes sont en état de tirer.

A 2 h 30, l’ordre est donné au contremaître de l’entrepreneur Carpeaux de prendre les dispositions pour l’évacuation de son matériel et la destruction du pont en bois reliant la contrescarpe à l’escarpe au droit de l’ancienne route.

Le contremaître logé dans la ferme Donéa devra être appelé à plusieurs reprises par le Lieutenant Poncelet. Lorsqu’il se présentera vers 4 heures, il tergiversera prétendant devoir recevoir des ordres de son patron et finira par prendre la fuite avec son personnel dès que le fort sera survolé par les premiers avions ennemis.

Rien n’ayant été prévu, le pont ne sera détruit que vers 9 heures par le personnel du fort ; une bétonnière et une voiture bureau seront abandonnées près de corps de garde (baraquement 2).

D’autre part, entourant la nouvelle cheminée en construction, une toile sur piquets servant de masque ne sera pas détruite.

A 3 heures, tout est prêt pour l’incendie des baraquements ; vers le nord et le nord-est, de nombreuses explosions se font entendre faisant penser à une attaque à travers le Limbourg hollandais.

A 4 heures, un sous-officier des U.Cy.F. se présente au Lt Poncelet et demande que l’on sursoit à la destruction de la BAT., une ou deux Cies de garde-frontière venant d’Henri-Chapelle par la grand route. Le sous-officier annonce la violation du territoire et l’exécution parfaite des destructions le long de notre frontière. Ces U.Cy.F. se rendent à Bois-de-Breux.

Le sous-lieutenant Renaux qui a été chargé de veiller à l’exécution des préparatifs de la destruction de la BAT se rend à moto vers Henri-Chapelle et croise la colonne des U.Cy.F. ; il revient bientôt et n’a rien de spécial à signaler.

A 4 h 30, le major Bovy, que la voiturette est allé prendre à l’H.M. de Liège, rentre au fort. Au même moment, les derniers des U.Cy.F. passent à hauteur du fort dans un ordre parfait, suivis de charrettes et tombereaux sur lesquels ils ont accumulé un matériel invraisemblable. Peu après le passage de ces troupes, les explosions redoublent d’intensité au nord et nous assistons au passage de multiples escadrilles d’avions de tous genres venant de l’est et se dirigeant vers l’ouest.

Cette activité aérienne ne se manifeste que dans la région Nord. Au sud, tout paraît calme. On reste stupéfait devant le défilé de ces centaines d’avions dont le vrombissement des moteurs se mêle de bizarre façon aux explosions et détonations des pièces de D.C.A. Le spectacle impressionnant suspend momentanément l’activité de nos hommes.

Le ciel violacé où l’aurore glisse quelques rideaux roses piquetés de flocons de projectiles restera dans la mémoire de tous les spectateurs. Quelques avions se détachent et viennent survoler notre fort à basse altitude. Ce sont des avions allemands de reconnaissance. Nos sections de MiCAvi et les FM du corps de garde ouvrent le feu. Les avions ripostent, gagnent de la hauteur, mais continuent à survoler le fort et ses environs, à la recherche sans doute de nos unités frontières. Cet événement est rapporté au major Bovy qui donne l’ordre de précipiter l’évacuation des baraquements par le personnel dont la présence en surface n’est plus d’absolue nécessité.

Il est 5 heures. Le major reçoit du chef de corps l’ordre de faire sauter la destruction du BAT et d’incendier les baraquements. Le chef de corps fait part de ce que le fort d’Eben Emael a été attaqué.

Après avoir contacté le DLO, qui déclare que toutes les destructions prévues ont été exécutées, le major Bovy prend sur lui d’exécuter les tirs d’accrochage prévus. Un tel tire sur le B.A. de Gensdesbloem, dans la brume matinale, les observateurs n’observent aucun coup, le tir ne peut être conduit à bonne fin.

A 5 h 30, tout le personnel a gagné l’intérieur du fort, à l’exception du personnel de Génie sous les  ordres du sergent Maréchal ; quelques hommes surveillent l’incendie des baraquements et qui détruisent dans la suite le pont Carpeaux.

Au moment où le major est avisé de la parfaite exécution des travaux prévus, il sursaute brusquement à son PC, terrassé par une embolie.

Comme une traînée de poudre, cette triste nouvelle se répand dans tous les bâtiments du fort. Elle y sème la consternation et provoque de vifs regrets parmi les officiers, sous-officiers, brigadiers et soldats dont le major avait su gagner l’estime par son affabilité, son esprit de travail et de justice.

Le corps du major est encore étendu au PC quand le lieutenant J. Barthélemy venant d’Hechteren rentre avec le premier camion.

A 7 heures, tous les officiers et la troupe rentrant du camp d’Hechteren auront réintégré le fort.

A Hechteren, tout est calme. A 0 h 20, les troupes campées et cantonnées reçoivent l’ordre de se tenir prêtes à recevoir un ordre d’alerte. Le personnel subalterne reçoit du Capt Guéry l’ordre de se tenir prêt à embarquer dans un délai minimum. Le matériel était prêt à charger. Le Lt Col Scoly du RFL présent au camp est avisé de l’ordre reçu et de l’ordre donné et demande aux autorités du camp de pouvoir charger sur camions personnel et matériel du RFL. En attendant des ordres précis, il décide de tenir les troupes prêtes à quitter le camp, mais ne peut les charger sur camions.

A 1h35, nouvel ordre du cdt du camp. Les troupes campées doivent immédiatement rejoindre leurs garnisons respectives. Les véhicules sont parés, personnel et matériel chargés. Le convoi est prêt à partir. Les opérations de remise et de reprise sont écourtées, le départ a lieu vers 2 h 30.

A 3 h 30, le convoi passe à Eben au moment où les premiers planeurs allemands descendent aux environs du fort d’Eben Emael. Le camion contenant le matériel TS s’attarde à Eben pour remettre au fort d’Eben Emael le matériel utilisé au camp par les unités du RFL.

La descente sur Visé se fait à grande vitesse, le convoi passe sur la rive droite de la Meuse et file vers Julémont par la route de Visé – Berneau. Hélas, dès la sortie de Visé, il est arrêté, les chicanes sont fermées, force est de rebrousser chemin. Pour éviter toute nouvelle surprise désagréable, le Capt Guéry téléphone à l’EMR à l’effet de demander l’itinéraire libre pour regagner Battice. Il est invité par l’officier de service, le Lt Walbers, à passer par Liège où des instructions lui seront données. Ordre est donné aux convoyeurs des véhicules, tous officiers, de filer vers Liège et de se rendre au siège de l’EMRgt, instruction de se suivre à moins de cent mètres. Le pont de Visé est maintenant obstrué, les camions se dispersent et filent vers Liège, les uns empruntant la rive droite, les autres franchiront la Meuse au pont d’Hermalle-sous-Argenteau et gagneront Liège par la rive gauche.

A l’EMRgt, le Capt Guéry apprend les premiers faits saillants de la journée, violation du territoire, attaque du fort d’Eben Emael dont deux bâtiments ont déjà sauté, mais il ne peut savoir si la guerre a été déclarée et quelle a été la réaction de l’autorité.

On ne sait rien de plus. Le Capt Guéry s’est vu fixer l’itinéraire à emprunter pour gagner Battice. Il reçoit ordre d’aller le plus près possible avec les camions. Dans le cas où les camions seraient arrêtés et dans l’impossibilité d’aller de l’avant, il devra les abandonner et rejoindre le fort éventuellement à pied avec son personnel. Le Cdt Guéry quitte l’EMRgt et file vers Battice par l’itinéraire Bois de Breux, Beyne Heusay, Fléron où certains de ses camions se trouvent déjà arrêtés devant les obstacles C du fort.

Après entente avec le Cdt du fort, le passage est ouvert, franchi par les véhicules puis refermé. C’est au cours de cette dernière opération que le Cdt Guéry voit arriver le motocycliste du fort. Interpellé, celui-ci décide de se rendre à la rencontre de la troupe et annonce la mort du major Bovy. Laissant le commandement de la colonne au capitaine Vandescamps, le Cdt Guéry, qui va devoir prendre le commandement du fort, prend place dans le sidecar et file à grande vitesse en direction de l’est. Il arrive à destination vers 6 h 25 et pénètre par Wancourou. Là, il apprend que le véhicule piloté par le lieutenant Barthélemy, véhicule absent à Fléron, a rejoint le fort. Les autres véhicules restés sous les ordres du Cpt Vandescamps rejoindront peu après.


Dessin extrait de « Ceux du fort de Battice en 1940 » édité par l’Amicale des Anciens du Fort de Battice en 1989

Au fort, les coupoles de 120 exécutent les tirs d’interdiction, d’entretien des destructions avec grande régularité.

Dès 6 h, les coupoles de 75 entrent aussi en action.

A 8 h, la ferme Donéa est détruite.

A 9 h, le toboggan saute : une rupture dans les canalisations d’eau se produit et l’eau inonde partiellement la batterie PC Wanendmont. Remède est apporté. L’accès au fort par le toboggan est muré par du béton.

A 10 h, le monte-charge de la coupole 75 AN est hors service. Faute de pièces de rechange, le ravitaillement de cet organe de feu devra être apporté, au cours de toute l’action du fort, par une corvée spéciale.

Vers 11 h, nos deux équipes de DLO et notre … du PO de la maison Grise rejoignent le fort, ils nous font part de ce que les U.Cy.F. sont parties sans les prévenir. Des cavaliers allemands sont venus jusqu’au… Fonck. Sur ordre supérieur, le personnel du PO maison Grise vient vers 12 h de regagner leur poste. Il doit y renoncer, ayant à nouveau rencontré une avant-garde allemande.

Pendant ce temps, deux patrouilles à vélo sont envoyées à l’extérieur. La première, brigadier Potjans et soldat Wonck se rend dans la région Chaineux, Houlteau, …. Elle y apprend par des civils que des groupes de soldats allemands ont été vus et que les positions d’accueil ont été abandonnées par les U.Cy.F. dès le début de la matinée.

La seconde, soldats Pireaux et X, qui s’est dirigée sur Clermont, signale la présence de petites unités allemandes dans la région.

Aux coupoles, le personnel rencontre quelques difficultés, certains mouvements fonctionnent de façon défectueuse. Des spécialistes de la FRC arriveront vers midi… ils repartiront vers 16 h sans avoir remédié aux inconvénients qui leur ont été signalés.

Le moral de la garnison est excellent. Aux coupoles, dans les cloches et les coffres, partout la bonne humeur règne, chacun s’efforçant de ne parler que de choses drôles. Les mots d’esprit et les plaisanteries fusent, se succèdent sans interruption ; à aucun moment on ne verra des figures sombres reflétant l’angoisse ou le cafard.

Vers 12 heures, le personnel du P.O. de Tombeux rentre au fort.

A signaler également au point de vue garnison de défense que vers 7 h 30 du matin, M. Désirant, adjoint technique des B.M. arrive au fort. Vers 10 h 30, une partie du personnel inutile à la défense quitte l’ouvrage sous la conduite de l’adjudant Duvivier à l’effet de regagner le cantonnement de repos. Les comptables des unités emportent les documents administratifs.

Les lieutenants Poncelet et Lequarré font prendre leur voiture automobile garée au village par des militaires de cette faction.

Vers 13 h 30, une patrouille de deux hommes, soldats Dandrifosse et Collard, qui s’est rendue à la BAT, rentre au fort, déclare avoir vu des soldats allemands et signale que le soldat Ré Kaimers, blessé, est à l’extérieur du fort.

Le malheureux qui n’est pas rentré au fort après la destruction du pont Carpeaux est allé sans autorisation et à l’insu de tous à l’aventure… vers le BAT…

Dans l’après-midi, le fort de Fléron accroche sur les fonds de Wancourmont et de Stockis, endroits non battus par les coupoles du fort. Dès le début de l’après-midi, le P.O. cuirassé MN 29 signale le passage de troupes au carrefour de Kerchof. Elles sont immédiatement prises sous le feu de l’artillerie du fort.

Vers 17 heures, le major commandant le bataillon des U.Cy.F, qui avait son PC à Battice, nous téléphone que la mission est terminée, qu’il s’en va et nous souhaite bonne chance.

Notre DLO auprès de cette unité rentre au fort peu de temps après. Nul doute que les postes d’accueil ne serviront pas.

A 14 heures, le PO VM 23 annonce que des Allemands ont atteint Verviers. Le mdl Poncelet, observateur au profit du fort de Fléron a quitté son PO alors que les Allemands atteignent Bellaire et que les destructions de Dolhain étaient réalisées. Ce sous-officier est allé renforcer le personnel du PO sur ordre du major Herbillon commandant le IV RFL dont le fort de Fléron fait partie.

Toute la journée, de nombreux civils passent sur la grand’ route et également dans la tranchée du chemin de fer. Dans la foule des fuyards, on note la présence de nombreux jeunes gens.

Le tir d’accrochage sur la maison de la BAT est effectué au début de l’après-midi. Sans relâche, les coupoles exécutent les tirs lointains des objectifs prévus et sur les unités ennemies signalées dans la région du nord du fort et se dirigeant vers l’ouest.

Les mouvements ennemis (nombreux passages) au nord et le calme au sud nous font supposer que la position fortifiée de Liège est tournée par le nord.

Peu d’ordres du commandant de groupement, aucun des commandants de régiments A/CA et IIICA, au cours de cet après-midi.



[1] Le canon de 75 mm était utilisé par les Français. Les Allemands se servaient du canon de 77 mm. (Note de la MS)

[2] Cela nous rappelle les mêmes faits à la même période à Hallembaye, Hermée, Heure-le-Romain, Vivegnis. (Note de la MS)



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