Maison du Souvenir

Commémoration de la Bataille de Baulers, le 16 mai 2018.

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Commémoration de la Bataille de Baulers,
le 16 mai 2018

       Cela fait 78 ans, jour pour jour, que s’est déroulée la bataille de Baulers, confrontant inégalement les soldats du 43e RI et les Allemands, le 16 mai 1940.

       A l’initiative de l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS » et, comme le souligne le Bourgmestre dans son discours, en parfaite collaboration avec la Ville de Nivelles, cette manifestation s’est amplifiée et peaufinée au fil du temps.

       Cette année, l’Amicale des Anciens du 43e RI n’est pas arrivée la première, des travaux sur l’autoroute du côté de Mons l’a fortement ralentie et c’est avec une heure de retard sur l’année dernière qu’ils ont pu déguster la petite tasse de café accompagnée d’un biscuit, préparée amoureusement par notre secrétaire Geneviève. Les premiers arrivés sont la Musique Militaire et la Mairie de Bruille-St-Amand.





       Au niveau de l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS », tout le monde est à son poste.
Philippe et Jean-Marie mettent les drapeaux en place, ceux-ci sont en beau tissu et confectionnés par Geneviève qui a un réel don de couturière (c’est elle qui habille nos trois géants).

       Dès 8h30, le barbecue est lancé. Freddy, Olivier, Jacques et Patrice auront à rôtir et cuire plus de quatre cents pièces de viande.




       Les porte-drapeaux représentant leur section locale commencent à arriver ; encore nombreux cette année car ils sont une trentaine, tant belges que français.

       D’autres, comme Yves FERRYet Michel LEENEN pour raison de santé, n’ont pu être présents cette année. Nous espérons bien les revoir en grande forme l’année prochaine.





       Cette année encore, nous avons beaucoup de chance avec le temps. La petite pluie qui est tombée vers 8 h du matin n’a pas duré, bien que le soleil a eu un peu de mal à percer les nuages bien présents.

       Quant à Roger THEVENIN, il arrive avec un petit quart de retard suite à des travaux du côté de Tournai. Décidemment, les autoroutes belges ne s’améliorent pas.

       La Musique Militaire de la Force Aérienne arrive tôt. Dès 9h15, leur chef Dominique LECOMTE met les musiciens en place dans le bas de la rue du cimetière, dos au pont du chemin de fer.



       L’Escorte d’Honneur se met en position à son tour sous les ordres du Commandant Daniel LEBRUN.





       Pour patienter, la Musique Militaire envoie quelques airs au grand plaisir du public.




       Roger THEVENIN n’est pas encore arrivé mais ça ne saurait tarder.

       Comme l’an dernier, deux motards de la Gendarmerie de Nivelles nous accompagnent et veillent sur notre sécurité.

       Au fur et à mesure de leur arrivée, les nombreuses gerbes sont triées par Jean-Paul ERGO et Christian PATRIARCHE, membres de l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS ».

       Les professeurs ont désignés plusieurs enfants pour les porter et les déposer aux monuments.

       A la demande expresse de Madame Cécile ENGELBIENNE, Directrice de l’Ecole André HECQ de Baulers, nous ne diffuserons plus de photos d’enfants [sauf si pris de dos ou non reconnaissables] dans le cadre du droit à l'image et plus particulièrement du RGPD qui sera d'application le 25 mai prochain, d’autant plus que nous ne disposons d’aucune autorisation parentale permettant ce type de diffusion.



       Claude MICHEL, Délégué Général du « SOUVENIR FRANÇAIS » distribue des drapeaux aux couleurs françaises que les enfants se font un plaisir d’agiter.

       Huit hommes sont détachés de la Pharmacie Militaire de Nivelles pour composer le Détachement d’Honneur.

       L’arme portée est un FN P 90 de calibre 5,7 mm. Sa forme est très design. Il ne mesure que 40 cm et pèse 2,8 kg, sa cadence de tir est de 800-1000 coups par minute avec une vitesse initiale de 850 mètres par seconde.

       C’est une arme belge.     

       En tenue de camouflage avec écharpe et gants blancs, les soldats ont fière allure.



       C’est au volant d’une voiture IONIQ hybride de la marque Hyunday que Jean-Claude THEVENIN fait son entrée, Il dépose son papa au début de l’avenue de la gare. Roger est souriant. Nicole, l’amie de Jean-Claude et un membre de l’Amicale des Anciens du 43ème RI, l’accompagnent dans ses déplacements. Il est accueilli par le bourgmestre Pierre HUART.





       Tout le monde est en place, la cérémonie peut commencer.

       « Roger doit aller au petit coin », demande Nicole. C’est que... des petits coins, il y en a, mais pas d’assez intimes vu le monde présent.

       Rapidement, Jean-Marie sonne aux portes des maisons voisines. Après plusieurs minutes, l’une d’elles s’ouvre et très gentiment la propriétaire invite Roger à entrer.

       Les minutes s’écoulent, le public a le sourire.

       Roger, enfin soulagé, peut maintenant assister à la cérémonie. Bien installé au fond de sa chaise, il reste néanmoins pensif et tout en posant la main sur la chaise voisine, il lance à Joël : « C’était la chaise de Denise ! ».




       Daniel DAGRY et Eric DECOCK se disent que l’an dernier, il est arrivé la même chose à Roger et que l’année prochaine il faudra prévoir d’office des toilettes.




       Gunther VAEL, président des AC Belges pour une Europe Démocratique, porte le drapeau de l’Amicale de la Résistance ferroviaire, ainsi qu’une magnifique barbe dans laquelle on serait tenté de piquer des bleuets et des coquelicots qui sont devenus les fleurs symboles de la guerre 1914-1918.

       Joël fait signe à Pierre HUART que la cérémonie peut débuter officiellement.

       Tout doucement, le silence se fait et le bourgmestre peut commencer son discours :



       « Chers collègues du Conseil communal et du CPAS, Monsieur le Commandant de Province, Monsieur le Pharmacien Colonel Commandant su 5 EMI, Monsieur le Chef de Corps de la police locale, Monsieur le Maire de Bruille-St-Amand, son adjoint et ses mandataires, Monsieur le Consul Général TRANNOY, Monsieur le représentant du « SOUVENIR FRANÇAIS », Messieurs les porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs en vos titre et qualité, et surtout cher Roger.

       En 2010, l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS » a répondu à un appel à projets intitulé « Nos Mémoires Vives ». Dans ce cadre, l’ASBL a placé plusieurs panneaux didactiques dans le village. Nous le verrons tout-à-l’heure il y a un grand panneau placé à le ferme Hanneliquet, expliquant la bataille de Baulers et celui placé sur la tombe des trois soldats français morts en 1940, tous ces panneaux inaugurés en 2011. Depuis cette année-là, en parfaite collaboration avec l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS », la ville de Nivelles commémore la bataille de Baulers.



       Cette commémoration nous a permis de bien connaître les faits qui se sont déroulés ici à Baulers et de se souvenir de RICHE, CAUDMONT, VAN DAELE, PETITNIOT, VAN WEZEMAELE, CLAES, AVERMAETE, BOURGUIGNON et de rencontrer depuis lors Roger THEVENIN qui est le dernier soldat français du 43 RI qui s’est battu chez nous et qui est donc encore en vie.

       Roger est né le 6 août 1914, douze jours après la déclaration de guerre. Il a suivi son instruction militaire au 43ème Régiment d’Infanterie de Lille, il était de la classe 34 et est la première victime du passage du service militaire d’un an à deux ans. Le 19 août 1937, alors qu’il lui restait quelques semaines de service à effectuer, il a épousé Denise. Fin août 1939, Roger est mobilisé, la guerre est déclarée le 1er septembre de cette année. Il n’assiste pas à la naissance de son fils Jean-Claude le 2 septembre. Ce n’est qu’en février 1940 qu’il a la permission de le voir pour la première fois. Ensuite, Roger est trimballé sur les routes de France et de Belgique jusqu’à son arrivée le 13 mai à Hévillers. Le 15 mai, le caporal-chef LIGOT est blessé par des éclats d’obus et Roger endosse la fonction de chef de pièce, d’un canon antichars de 25 mm. Le même jour, il échappe à la mort de justesse alors qu’il porte sur le dos son ami Smagghe qui est blessé et ce jusqu’au poste de secours.

       Le 16 mai, Roger est fait prisonnier à Baulers et envoyé au Stalag IIIa pour cinq ans, il est privé de liberté derrière les barbelés, loin des siens.

       Rappelons-nous que lors des combats, Roger THEVENIN a été blessé à la main par un éclat d’obus. Il n’a jamais voulu se faire opérer pour l’enlever et cela en souvenir de ses camarades blessés ou morts au combat.

       Je vous remercie pour votre attention et je passe la parole au Consul Général de France ».



Je vous remercie pour ce bel hommage à notre compatriote, Monsieur THEVENIN

       Madame l’Echevine, Mesdames et Messieurs des Autorités civiles et militaires, Monsieur le Délégué général, Monsieur le président, Mesdames et Messieurs, chers enfants,

       Je tiens tout d’abord à remercier les autorités communales et la municipalité de Baulers, Monsieur le Bourgmestre pour cette commémoration qui marque, alors que nous célébrons le centenaire du premier conflit mondial, conflit ô combien sanglant, de pouvoir montrer aux jeunes générations présentes aujourd’hui, que derrière l’histoire que nous commémorons, celle qui est enseignée par les professeurs, il y a des faits, une réalité des hommes, des hommes que nous allons donc honorer, leur mémoire, leur combat, leur engagement pour faire face à la barbarie nazie, faire face à ce qui était contraire à ce qui guide désormais le projet européen, à savoir la liberté, la démocratie, les droits de l’homme.

       Monsieur THEVENIN, ainsi que ses compagnons d’armes, il y a maintenant près de 80 ans, soixante-dix-huit précisément, ont fait face à la menace, fait face au danger, ils ont démontré qu’ils étaient des héros. Certains ont payé de leur vie cet engagement, d’autres leur liberté pendant de nombreuses années, et ces hommes, grâce à l’engagement de certaines associations, je tiens notamment à saluer l’action menée par Monsieur FERY avec son ASBL, qui a permis justement de mettre un nom, un visage parfois sur les tragédies qui ont été celles de personnes qui ont été confrontées à l’exode, au combat, et tout cela ce sont des faits réels que nous ne devons pas oublier. Pourquoi ? Parce que nous voyons dans l’actualité, hélas, encore les menaces qui pèsent sur nos sociétés, sur notre liberté.

       Certains souhaitent rétablir la haine, le danger prôné l’un contre l’autre, et c’est ça le danger qui pèse sur nous, le souvenir, l’action de mémoire qui est développée en ce jour, c’est justement cela qu’il faut que les jeunes générations puissent intégrer. Pourquoi ? Parce que désormais ce qui s’est passé il y a de nombreuses années, c’est un message qu’il ne faut pas oublier, que vous devrez aussi plus tard transmettre aux générations futures. Ne pas oublier ce qui s’est passé ici par exemple à Baulers, c’est montrer que nous sommes désireux de maintenir le message, le sacrifice de celles et ceux qui se sont dressé pour défendre des valeurs, des valeurs qui sont chères et qui sont notre société. Et cela c’est vraiment grâce à l’action de l’ensemble des associations présentes aujourd’hui, un élément important, un élément essentiel que vous devrez dans les années à venir maintenir : le souvenir des combats, le souvenir des liquidations, car les conflits n’ont pas seulement touché les militaires, ils ont touché des populations entières. Je crois que les communes avoisinantes ont payé un lourd tribu à ces conflits ; et c’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, nous sommes rassemblés pour honorer la mémoire de ceux qui ont combattu, de ceux qui ont souffert pour que nous n’oublions pas car  notre devoir est de transmettre cette mémoire et de faire que les générations futures puissent tirer les enseignements de cette période historique ô combien importante ».

       Le bourgmestre passe ensuite la parole à Roger THEVENIN :



       « Bonjour. Je salue de tout mon cœur les autorités ici présents, le public et les enfants de l’Ecole André HECQ de Baulers.



       C’est toujours avec une profonde émotion que j’écoute le rappel des combats de mai 1940 dans la région. Je reste le témoin de ce douloureux moment, et j’affirme que personne n’a failli devant la force supérieure de l’ennemi.

       Chaque année, avant de nous retrouver, je revois les évènements de mai 1940 défiler dans les moindres détails. Il fallait qu’un survivant revienne 78 ans plus tard pour vous dire que ces instants vécus ne s’oublient jamais.

       Et c’est toujours la même pensée qui m’obsède : ai-je fait tout ce qui était en mon pouvoir ? L’apaisement ne revient que lorsque je finis par me raisonner, nous n’étions plus que trois : Joss, BARROIS et moi, avec nos mousquetons tirant coup par coup, encerclés par les Allemands, face à des dizaines de fusils mitrailleurs qui tiraient en rafales.

       Il nous était impossible de riposter, que pouvions-nous faire ? Mon groupe était aux trois quarts décimé : LIGOT, le chef de pièce avait blessé aux reins par un éclat d’obus, SMAGGHE à la cuisse, VAN DAELE tué à l’arme blanche alors qu’il partait en reconnaissance et GEKKIERE était blessé au pied et moi à la main droite.

       Les balles crépitaient en tous sens et ricochaient sur le bouclier à l’intérieur du canon, risquant à tout moment d’atteindre l’un de nous.

       Bien conscients de notre situation désespérée, les Allemands nous ont donné une dernière chance de nous rendre en envoyant un de nos camarades parlementer.

       Nous n’étions plus que trois. Résister était se suicider, tandis que vivants nous pouvions encore continuer le combat, et nous avons choisi de vivre.

       Il y a à peine un an, Denise, mon épouse, se trouvait encore à mes côtés, entourée de l’affection et de l’admiration des enfants. Je garde précieusement la lettre avec tous leurs noms, où ils exprimaient le chagrin de la savoir partie. Dieu vous bénisse mes enfants !

       Aujourd’hui, j’ai le devoir de lui rendre hommage en ces lieux où elle m’a suivie jusqu’à 103 ans.

       Toutes les commémorations, mon épouse Denise les a faites à mes côtés avec courage et fierté Elle aurait aussi mérité d’être citée à l’ordre du jour.

       Sa conduite fut exemplaire durant les années de guerre et en particulier lors de ma longue détention derrière les barbelés de Luckenvalde.

       Il est vrai que ces dernières années, Denise perdait ses souvenirs et que trop souvent elle me cherchait alors que j’étais à ses côtés. Malgré tout, nous avions encore la consolation de pouvoir nous serrer la main, assis côte à côte sur notre grand canapé, cela nous rassurait.

       Aujourd’hui, je n’ai qu’un seul regret, c’est celui de ne plus pouvoir lui serrer la main ».

       C’est avec beaucoup de trémolos dans la voix que Roger termine son discours et pleure.

       Le public l’applaudit, l’émotion est grande, certains n’osent pas lever les yeux car ils sont embués de larmes. Un soldat de l’Escorte d’Honneur me confiera après la cérémonie que bien qu’il ne doit pas montrer ses émotions, il a été très ému par les paroles de Roger et n’a pu s’empêcher de pleurer.









Claude Comte OFFENBACH rappelle une dernière fois le protocole

       Après les discours, le Bourgmestre, accompagné du chef de la police et des Autorités militaires belges et d’un élève portant une gerbe de fleurs au nom de la ville de Nivelles, fleurit l’aire mémorielle destinée à Pierre PETITNIOT et Etienne VAN WEZEMAELE. Ces deux amis avaient décidé en 1942 de rejoindre l’Angleterre pour continuer le combat contre les Allemands. Ils ont été arrêtés en France et envoyés dans des camps. Etienne est mort à Dachau, Pierre y a survécu ainsi qu’à la marche de la mort.



Petitniot Pierre

Van Wezemael Etienne

       Pierre PETITNIOT, époux de Thérèse PETIT, est né à Lillois le 14 novembre 1921.

       Lui et son ami Etienne VAN WEZEMAEL ont tous deux une vingtaine d’années. Patriotes convaincus, ils décident de rejoindre l’Angleterre en passant par le Portugal. Cela leur prend plusieurs mois, avec à leurs trousses les miliciens français.

       Arrivés à Châtellerault, ils parviennent à passer les barbelés allemands et soudainement les voilà encerclés. Ils ont été trahis par une jeune Alsacienne qu’ils venaient de rencontrer vingt minutes plus tôt. Ils sont envoyés à la prison de Poitiers. De là ils rejoindront Saint-Gilles en passant par Tours.

       Ensuite, c’est le départ pour Dachau. Pierre PETITNIOT se rappelle de l’accueil qui leur avait été réservé par un officier allemand: « Vous êtes les ennemis du Grand Reich, vous travaillerez à sa grandeur et quand vous serez à bout vous crèverez ». Etienne VAN WEZEMAEL y trouvera la mort suite aux privations et aux mauvais traitements qu’il y a subis. Ce n’est qu’un an après que ses parents apprendront son décès.

       Après un mois et demi, Pierre est détaché à Sachsenhausen dans les carrières et les fosses. Le travail y est pénible, douze heures par jour sous la garde des SS. Très rapidement, les prisonniers dépérissent. Pour ceux qui refusent de travailler ou n’en sont plus capables, la mort est la seule alternative.

       Puis, Pierre est envoyé à Oranienburg, aux usines Heinkel. Il aura la chance de pouvoir recevoir quelques colis.

       Il aidera ses compagnons en les secourant, les rescapés diront de lui qu’il avait un grand sens moral.

       Le 18 avril 1944, les Alliés bombardent l’usine Heinkel, les prisonniers avaient été prévenus mais les Allemands les empêcheront de sortir, 400 ouvriers politiques et déportés seront tués.

       Pierre en réchappe, mais il doit quitter Oranienburg et est envoyé à Buchenwald. Il qualifiera ce camp de « boucherie scientifique pour humains ». Il y restera un mois mais restera marqué par ce qu’il y a vu, interrogatoires, pendaisons, files humaines pour les chambres à gaz. .

       Au mois d’août, en pleine chaleur, il est envoyé à Thecla dans les carrières. Les gens y meurent par centaines.

       A l’approche de l’armée américaine, un convoi de 1500 prisonniers est organisé et encadré par les SS. Il prend la direction de l’Est. Le voyage durera 25 jours. Les détenus n’avaient droit qu’à cinq pommes de terre par jour quand ils ne sont pas oubliés. Ce ne sont plus que des squelettes vivants. Le soif et la marche sous le soleil viendra à bout de nombre d’entre eux, toutes les minutes des hommes tombaient, les SS les achevaient systématiquement.

       Pierre PETITNIOT avait tenu bon jusque-là grâce à l’aide d’un compagnon. Cependant, devenus trop faibles, ils commencent à s’éloigner de la colonne et se retrouvent avec les mourants. Puis, c’est la chute, tous deux attendent le coup fatal. Et puis… rien, le jeune SS qui les suit s’éloigne et leur laisse la vie sauve.

       Sur les 1500 détenus, 400 sont en vie. Le jour suivant, ils seront abattus à la mitrailleuse.

       Pierre et son compagnon se cachent dans une grange en attendant les Russes. A leur arrivée, ils recevront de la nourriture et des vêtements et même des armes.

       Après un mois, ils retournent au pays en train, destination Verviers.

       Le retour de Pierre au pays fut très émouvant. Le mercredi 5, vers 23 heures, une auto dépose Pierre à son domicile. Ses parents le croyaient mort, ils n’avaient jamais reçu de ses nouvelles depuis son départ.

       Pierre PETITNIOT qui était revenu avec sa tenue de détenu l’enfilera pour une ultime photo.

       Pierre décèdera à Ville-Saint-Laurent (Canada) en 1988.



Pierre PETITNIOT Photo prise à son domicile [devant la fenêtre de la cuisine, dans la cour], après son retour des camps nazis au hameau d’Alzémont en juin 1945.


Etienne VAN WEZEMALE mort dans les camps de concentration le 17 mars 1944

       Ensuite c’est au tour du Monument 40-45 à être fleuri.

       Six gerbes sont déposées au pied du Monument 40-45, elles sont offertes par la Ville de Nivelles, l’Ambassade de France, la ville de Bruille St Amand, le Souvenir Français, Roger THEVENIN et les Anciens du 43ème RI.





       Chaque bouquet est porté par un enfant. La dépose se fait en une seule ligne contrairement aux autres années.

       La Musique Militaire entame la Sonnerie aux Morts suivie directement par la Marseillaise tandis que les Autorités se trouvent en position de respect face au Monument 40-45.






Sur le monument, on peut lire le nom des victimes civiles et militaires tant belges que françaises






       Le détachement d’Honneur effectue alors un déplacement, les Autorités font un demi-tour sur place. La ville de Nivelles et le Commandement militaire de la Province du Brabant wallon et le commandant de la Pharmacie militaire déposent les gerbes de fleurs au Monument 14-18.







       Après la dépose de la gerbe du Commandant Militaire de la Province, les Autorités sont en position de respect. La Musique Militaire joue le Last Post. Aussitôt après, les élèves chantent la Brabançonne « a capella ».



       Les Autorités sont invitées ensuite à regagner leur place pour assister à l’échange du relais, offert par Roger THEVENIN voilà déjà plusieurs années, entre les élèves de 6ème et de 5ème années.




       Dimitri, leur professeur, prend le micro :

       « Il est difficile de faire un discours après les mots émouvants de Monsieur THEVENIN, néanmoins, comme chaque année depuis 2010, comme l’a rappelé Monsieur le bourgmestre, à l’école de Baulers, chaque année on commémore la bataille de Baulers sous la [ ?] de Joël FERY et de son ASBL, ce qui permet en classe de concrétiser des choses qui sont lointaines pour les enfants et la présence chaque année de Monsieur THEVENIN est quand même un fait exceptionnel et remarquable. Il avait fabriqué il y a quelques temps déjà un relais. Ce relais c’est la mémoire, la mémoire des faits qui se sont passés, la tragédie qui s’est passée ici et dans toutes les régions.



       Ce relais est détenu par les élèves de 6ème qui étudient le conflit en classe, en histoire, et il y a cette passation de relais, passation de mémoire qui se fait chaque année maintenant, donc Chiara [sic], de 6ème année, va passer ce relais à Chiara [sic] de 5ème année. Et on ouvre la boîte... voilà ! [Entre temps, Roger THEVENIN s’est approché des élèves et du professeur qui s’adresse à lui]. Le relais pour ne jamais oublier votre sacrifice et celui de vos camarades, nous garantissons que nous allons perpétuer cette mémoire. Merci beaucoup ».

       La première partie de la cérémonie se termine. Joël invite les élèves à laisser le passage pour le cortège.

       Sous les ordres de Dominique, la Musique Militaire se déplace au pas cadencé. L’Escorte Militaire suit, ensuite les porte-drapeaux, les Autorités, les élèves et enfin la population.



Claude Comte OFFENBACH suit de près le bon déroulement des manœuvres







Lors du déplacement vers le cimetière, la Musique Militaire joue Sambre et Meuse

       Pendant ce temps, Roger THEVENIN rejoint la voiture de Jean-Paul pour le conduire derrière la cure où il pourra rejoindre plus aisément l’intérieur du cimetière.






       Joël donne quelques explications quant aux mouvements qui vont suivre. Trois gerbes sont déposées à la sépulture de RICHE-CAUDMONT et VAN DAELE, trois soldats français tués en mai 40, il s’agit des gerbes de la ville de Nivelles, de la Mairie de Bruille St Amand, du Souvenir Français conjointement avec l’Ambassade de France et de Roger THEVENIN.



       Dès que les Autorités ont reculé et sont position de respect, la Musique Militaire restée sur le parking devant l’église joue Aux Morts, puis la Marseillaise.






Cette aire mémorielle a été rénovée par l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS ».

       Trois soldats français ont été tués à Baulers [et deux autres mourront dans les jours qui suivront de la suite de leurs blessures]. Ils ont d’abord été enterrés à l’endroit où ils ont été abattus : RICHE Roger dans le parc de RAMAIX, VAN DAELE Maurice dans une prairie du hameau d’Alzémont et CAUDMONT Lucien a été abattu dans la cour de la ferme Hanneliquet (ce n’est que quelques jours après sa mort que le corps de ce dernier a été découvert). Leurs dépouilles ne seront rapatriées en France que plusieurs années après la fin de la guerre.

       Dans les années 67-69, les corps des soldats français non réclamés ont été exhumés pour être inhumés à Chastre, où il ne reste aujourd’hui que six soldats du 43ème R.I. sur la cinquantaine décédée en Belgique.

       Le 10 octobre 1944, les corps ont été transférés au cimetière de Baulers et le lendemain a eu lieu un service funèbre à la mémoire des trois soldats français.

       Le 15 mai 1945, lors de l’inauguration du monument élevé à la mémoire des victimes de la guerre 1940-1945, le Capitaine GUILLARD, délégué de l’armée française, était présent et a prononcé un discours.[1]

       En 2011, l’A.S.B.L. « DU COTE DES CHAMPS » a rénové la tombe des trois soldats français et a remplacé notamment la croix de béton par une croix de bois sur laquelle est peint le nom des victimes[2], en se rapprochant le plus fidèlement possible du modèle original. Une plaque émaillée a été placée à la ferme Hanneliquet en souvenir de la mort de Lucien CAUDMONT.

       De plus, en collaboration avec la Ville de Nivelles et l’A.S.B.L. « N.H.M.A. », une journée du souvenir a eu lieu le 16 mai 2011 à la ferme Hanneliquet, elle a été honorée de la présence de Roger THEVENIN, probablement le dernier soldat français ayant combattu à Baulers en mai 1940 et de Jacqueline BIETZ, sœur de Lucien CAUDMONT.




       Ensuite, trois gerbes de la ville de Nivelles sont déposées par les Autorités sur les sépultures de Fernand BOURGUIGNON, Georges CLAES et de Gaston AVERMAETE.

       Elles font partie des sépultures entretenues annuellement par l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS ».

       Récemment, la sépulture de Gaston AVERMAETE, mort au deuxième jour de la seconde guerre mondiale, a été l’objet d’un acte de vandalisme : croix abîmée et descellée, plaque métallique avec le nom, les dates et lieu de naissance et de décès, arrachée de la croix, plaque émaillée et son socle offerts par l’ASBL cassés ; il s’agit d’un acte gratuit et incivique qui ne mérite pas qu’on s’étende plus sur le sujet.




       La sépulture de Gaston AVERMAETE a été restaurée pour la seconde fois par l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS ».




Avermaete Gaston

        AVERMAETE Gaston tué par un éclat d’obus à Haelen (Hollande, à quelques kilomètres de la frontière allemande) le 12 mai 1940.







        « Le 16 juin 1940, arrive la pénible nouvelle de la mort de Gaston Avermaete, tombé au champ d'honneur à Haelen, le 12 mai 1940.

        Le 29, un service solennel est célébré à 10 heures pour le repos de son âme.

        Les élèves des classes se rendent à la mortuaire.

        Le cortège funèbre descend par la ferme du Chapitre pour se ranger devant le monument aux morts de la guerre 14-18.

       Là, on dépose momentanément le cercueil recouvert du drapeau tricolore.

       Un compagnon d'armes prononce un discours éloquent à l'honneur de notre vaillant et regretté concitoyen.

        L'église est comble, chacun veut témoigner sa reconnaissance à celui qui a donné sa vie pour nous »[3]




Médailles : Ordre de Léopold II – Croix de Guerre 39-45 avec Palme – Ordre de Léopold II avec Palme – Tissu avec n° de matricule de Gaston.

Bourguignon Fernand






       BOURGUIGNON Fernand, époux de MATIN Alice, est une victime de guerre.

       Il est né en 1906 et est décédé en 1941 des suites d’une pneumonie et d’une pleurésie mal soignées, contractées lors de son exode vers la France.

       « Fernand Bourguignon travaillait dans un petit atelier de Bruxelles lorsqu’un arrêté militaire ordonna aux citoyens belges, âgés de 16 à 35 ans, d’échapper aux hordes allemandes et d’essayer de rejoindre leur unité. Répondant aussitôt à cet appel, il revêtit son uniforme militaire et quitta Bruxelles, en vélo, sans prendre le temps de revoir sa femme et son fils. Quel coup pour lui ! Bon gré, mal gré, il partit. Il emprunta la route de Ninove, passa par Courtrai, Ypres, Furnes, franchit la frontière franco-belge pour se diriger vers Calais.

       Pour échapper aux blindés allemands qui avançaient à une allure foudroyante, il poussa vers le Sud et, un peu au Nord de l’embouchure de la Somme, fit plus de vingt kilomètres le long de la côte, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, parfois jusqu’aux épaules. Cette marche était encore rendue plus pénible du fait qu’il devait pousser en même temps son vélo. A l’estuaire de la Somme, il put remettre pied à terre, mais là, n’écoutant que son bon cœur, il fit, six fois, le voyage, sur une barque, d’une rive à l’autre, pour permettre à des évacués belges de traverser la Somme.

       Le soir, il passa la nuit, dans une grange, aux environs de Tréport. Le linge de sa valise étant mouillé par sa traversée dans l’eau, il dut s’endormir dans cet état. Le lendemain matin, il se remit en route.

       Il descendit jusqu’à Dieppe, puis traversa Neuchâtel et arriva à Rouen ; de là, il remonta la Seine jusqu’à Paris. Par des moyens de fortune, il entra à Bordeaux. Se dirigeant toujours vers le Sud-Est, il côtoya la Méditerranée à Sète, passa par Montpellier, Nîmes et termina à Alès, à l’Ouest du Rhône. Apprenant que son unité se trouvait dans les Basses-Pyrénées, il refit une partie du voyage précédent jusqu’à Toulouse, pour aboutir à Pau, but du voyage.

       A Pau, il fut logé au château Henri IV. Là, il dut monter la garde à l’entrée, et ce par tous les temps. Il resta en cette ville jusqu’à la mi-juillet et profita de cet « exil » pour visiter Lourdes. Les armées belges et françaises ayant dû capituler, les Allemands occupaient les deux tiers de la France. Le territoire situé au Sud de la Dordogne constituait la « zone occupée ». Quelques temps après, F. Bourguignon fut démobilisé et autorisé à rentrer en Belgique. Il traversa la France occupée sans trop de difficultés, repassa par la « Ville Lumière » et revint à Bruxelles. Il vint retrouver sa famille à Baulers, le 24 juillet 1940. Ce retour inattendu et tant espéré ne se déroula pas sans larmes, mais c’étaient des larmes de joie. Il était maigri et toussait, malgré les conseils donnés, il refusait de se rendre au médecin.

       Il reprit du travail à Bruxelles. Son état s’aggravant, il dut s’aliter au début de janvier 1941.



       Lors de son exode, il avait contracté une pneumonie et une pleurésie. Il dépérissait à vue d’œil ; malgré les efforts du médecin et de sa famille, il rendit le dernier soupir, dans les bras de sa femme, après avoir été muni des secours de notre sainte religion. Ainsi d’éteignit un Baulersois, Belge de cœur et d’âme, victime de son devoir »[4]

Claes Georges





       A la mémoire de Georges CLAES né à Vieux-Genappe le 8 février 1919 Soldat au 3ème de ligne combattant de 1940,

       Prisonnier volontaire de l’armée reconstituée

       Tombé au champ d’honneur à Baulers le 6 septembre 1944



       Georges Claes avait été fait prisonnier à La Lys le 21 juin 1940 et déporté près de Vienne jusqu’à sa libération le 21 juin 1941.

Joseph Marin raconte :

       « C’était début du mois de septembre 1944. J‘avais 11 ans, je me souviens que je ramassais les patates avec mon père Louis du côté du lieu-dit « Le Bouchon », pas loin de la ferme Hauthier. On y avait une terre. A cet endroit, le chemin faisait une fourche. De la branche de droite est arrivée une femme, elle a bifurqué vers une grande meule de paille qui se dressait dans le champ cent mètres plus bas, elle avait un besoin pressant.

       Elle a entendu des voix provenant de l’intérieur de la meule qui était faite de gros ballots, comme on en faisait à la fin de la guerre, liés avec des fils de fer. Il était facile d’y faire une galerie. Arrivée au village, elle en a informé Amaury de Ramaix qui a aussitôt rassemblé une dizaine d’hommes armés, dont son fils, Lucien Glibert, probablement aussi Marcel Claes et mon oncle Joseph Claes [surnommé Valéry].



Lucien Glibert

       Le groupe s’est rendu sur place. Il a demandé à mon père de s’éloigner car il allait attaquer. Il devait être 11 heures. Le fils Amaury a lancé un ultimatum aux boches via un porte-voix, les menaçant de bouter le feu s’ils ne se rendaient pas.

       N’ayant pas de réaction, ils ont tiré des balles et la paille a pris feu. Treize soldats ennemis n’ont pas tardé à sortir et se rendre. [Selon Sœur Thérèse–Marie les faits se sont produits le 9 septembre 1944, dix-huit soldats allemands auraient été faits prisonniers dont un lieutenant et un S.S. récemment parachuté].



       Le lendemain, après le dîner, mon père avait décidé de récolter les patates au chemin Sainte-Anne. Les résistants sont passés devant notre maison, et mon père les avait mis en garde car les allemands se sentant perdus pouvaient se montrer méchants ». Mais rien n’y fit, ils étaient bien décidés à y aller. Une autre meule de foin plus petite située près de la ferme « Dieu seul » fut prise d’assaut et trois autres soldats furent capturés [Selon Sœur Thérèse–Marie les faits se sont déroulés le 10 septembre 1944, trois soldats allemands avaient été ramenés dont un tué].

       Quelques jours auparavant, le groupe de résistants avait décidé de s’attaquer aux troupes allemandes qui remontaient la ligne de chemin de fer de Nivelles vers Ottignies. Vers 10 heures, il traversait la prairie de Jef Douna et arrivé à quelques mètres de la ligne de chemin de fer, Georges Claes s’écroulait, il avait été touché mortellement au visage.

       Ce fut la débandade parmi les résistants. Georges avait succombé sur le coup à ses blessures, son corps gisait dans la prairie.



Le curé Nerinckx

       Le curé Nerinckx s’est rendu sur place avec un drapeau blanc et a parlementé avec les allemands. Finalement, il a obtenu l’autorisation de donner les derniers sacrements à la victime et de ramener le corps à la famille qui habitait à la rue Warichet, « aux mimosas ». Je me souviens qu’ils sont passés l’après-midi devant notre maison avec un brancard. Après, on s’était rendu chez Georges, ma tante Marie expliquait à ma mère qu’elle avait dû envelopper sa tête, à cause de la balle qui lui avait fracassé le côté gauche de la mâchoire et était ressortie du côté droit par la tempe ».

       Pour commémorer la mort de Georges Claes, l’Armée Blanche a érigé un monument



Le monument Claes

Nous reproduisons aussi d’autres témoignages.

Archives paroissiales :

« A la libération, la résistance livra des combats contre les Allemands dans la campagne baulersoise, au cours desquelles un villageois, G. CLAES, trouva la mort. Voici le témoignage que le curé Nerinckx nous livre dans ses annonces : « Des groupes d’Allemands se cachent dans les bois et les campagnes écartées des grands-routes. Le mercredi (6 septembre 1944) de 11h à 17h, combat entre l’armée blanche et 42 allemands cachés dans les buissons de la tranchée du chemin de fer vers Genappe ; Georges Claes de Baulers est tué dans la « prairie Demol », un Allemand aussi est tué, d’autres, blessés, se rendent le soir et le lendemain. Les Allemands évacuent le chemin de fer et se dirigent vers le bois de l’Ange Gardien à Lillois où ils sont faits prisonniers par une auto américaine partie de Nivelles à leur rencontre. Une autre auto passe par le centre du village, s’y charge de soldats belges en plus de son personnel américain et part au milieu des acclamations. Je rejoins le cadavre de G. Claes étendu dans la « prairie Demol » pendant que les Allemands sont derrière moi je lui donne l’extrême onction. Quelques Allemands rôdent encore pendant toute la semaine ; six ou sept sont faits prisonniers à la gare le vendredi ; le samedi soir l’armée blanche en capture seize, cachés dans une meule de chez Gilbert, près de la ferme Tondeur et d’où ils doivent partir parce qu’on y a mis le feu… »[5]

Sœur Thérèse-Marie :

« 21) Combats de la Libération.

Combat du 6 septembre 1945.

Le 6 septembre, une patrouille de Vieux-Genappe alertait le poste de Baulers signalant la présence d’un groupe important d’Allemands au pont de la Croix-Hayette.

Immédiatement, des dispositions sont prises en vue d’un encerclement ; mais l’ennemi  avait pressenti le danger et s’était abrité dans les talus du chemin de fer. Surpris cependant de trois côtés à la fois, il est désemparé et ouvre le feu. Nos hommes ripostèrent et c’est au cours de cette bataille que Georges Claes trouva la mort, frappé d’une balle au front.

Sa mort glorieuse jeta la consternation parmi les camarades et la population.

Gorges Claes était soldat de l’active. Il avait été fait prisonnier en1940 et transporté en Allemagne. L’état de sa santé nécessita son renvoi dans sa famille. Rétabli, il s’engagea dans l’Armée Blanche. Sous l’occupation, il a exécuté des missions qui lui ont été confiées en faisant preuve de courage, de discipline et d’abnégation. 

22) Combat du 9 septembre.

Le 9 septembre, on apprend que des Allemands, en armes, se cachaient dans les environs de la ferme de M. Hauthier. Une patrouille découvrit que le quartier général de ces soldats ennemis était une meule se trouvant entre la ferme de M. Henri Hauthier et celle de M. Tondeur. Trois escouades s’en vont prendre position. Un avertissement est crié à l’ennemi, sans résultat. Un coup de feu est tiré dans la direction de la meule, rien ne bouge. Alors les hommes des trois escouades font feu sur la meule. Celle-ci s’enflamme et l’ennemi, découvert, est obligé de se rendre. Résultat : 18 prisonniers dont un lieutenant et un S.S. récemment parachuté, ainsi qu’un important butin de guerre. Le lendemain, 10 septembre, au cours d’une patrouille, le long du chemin de fer, un engagement eut lieu encore et l’Armée Blanche ramena trois Allemands dont un tué. Ce fut le dernier combat. La section de Baulers a fait 35 prisonniers, mais elle avait perdu un des siens, Georges Claes »[6]




La Musique Militaire joue Last Post suivi de la Brabançonne




       Ensuite, les participants se dirigent vers la sortie du cimetière où le cortège va se former pour monter jusqu’à la ferme Hanneliquet.
















































       Après une montée de sept cents mètres, le cortège atteint la ferme Hanneliquet, un des points culminants de Baulers, où les combats ont fait rage.






Le Colonel MICHEL, Délégué Général du « SOUVENIR FRANÇAIS » prend la parole :

       « Il y a 78 ans, jour pour jour, les soldats du 43e RI se retrouvent à la ferme Hanneliquet, alors abandonnée, ils manquent de sommeil depuis deux jours et n’ont plus mangé depuis la veille.



       Nous sommes le 16 mai 1940, les soldats se reposent à tour de rôle dans la grange de cette ferme, quand ils sont réveillés par une volée de détonations. La toiture est traversée par un obus de char. La saleté et la poussière volent de partout, des bouts de tuile tombent. En même temps, des rafales de mitrailleuses crépitent. Des balles traceuses de gros calibres viennent, en sifflant, s’aplatir contre les murs.

       Le sergent Lucien CAUDMONT est envoyé en reconnaissance avec sa section, il doit rapporter des renseignements sur les chars ennemis. Il ne reviendra pas de sa mission et sa section sera décimée.

       En 1945, Philippe GRIFFART, le meilleur ami de Lucien, adresse une lettre à sa famille et y explique les circonstances de sa mort :

       « Le lendemain de la mort de Lucien, j’étais arrêté dans un petit village couché sur un trottoir quand tout-à-coup je me sentis réveiller par un sergent de sa section m’annonçant cette triste nouvelle, je ne pouvais en croire mes oreilles. De suite j’ai été trouvé son chef de section qui était cantonné dans une rue voisine, lui demandant de plus amples détails. Il me répondit ceci : «  Nous avions devant nous des chars ennemis qui devaient nous attaquer d’un moment à l’autre, ils étaient dans un petit bois devant nous. Caudmont fut envoyé en reconnaissance avec son groupe avec mission de rapporter quelques renseignements et aussi de se défendre à la grenade contre les chars s’ils se trouvaient en présence d’eux. C’est ce qui se produit. Nous avons vu Caudmont tomber  et devant l’attaque imposante de chars nous nous sommes repliés. De son groupe, quelques hommes seulement ont pu rejoindre nos lignes, nous apportant la confirmation des morts […].

       Puis je n’ai plus rien su jusqu’au jour où je fus prisonnier dans une espèce de couvent, j’étais couché à côté d’un soldat du 43 et la première chose que je lui ai demandé : quelle compagnie es-tu ? Il me répondit de la 1ère - donc tu connais le sergent Caudmont – je pense bien me dit-il c’était mon chef de groupe. Pour savoir si le malheur était réel car j’en doutais encore un peu, je lui ai demandé : qu’est-il devenu, est-ce qu’il est prisonnier – Il me répliqua : «  Non malheureusement il n’est pas prisonnier ; j’étais à côté de lui lorsqu’il est tombé.

       Nous nous sommes trouvés en présence d’un char et Caudmont en tête de son groupe a ordonné l’attaque du char à la grenade, il a donc couru vers le char pour se mettre le plus rapidement possible dans son angle mort afin de placer une grenade sous les chenilles mais le char manœuvra sa tourelle rapidement et le frappa d’une balle en plein front, la mort fut instantanée, sans aucun cri, aucune plainte, aucune souffrance ».

       Les faits se sont passés entre 19 et 21 heures. Ultime hommage à leur chef de peloton, ses camarades ramènent son corps et le déposent dans la cour.

       Lucien est né le 9 janvier 1920, il a à peine vingt ans. La veille de sa mort, alors qu’il subit durant toute la journée des tirs de mortier et des bombardements de Stukas, il écrit encore à ses parents :

« Bien chers Parents,
« Tout va bien »
« La santé est bonne »
« Le moral est d’acier »

       Dans son portefeuille, transpercé par des morceaux de shrapnel, Lucien gardait précieusement une photo de lui au dos de laquelle sa petite sœur Jacqueline, alors âgée de treize ans, avait écrit un petit texte prémonitoire :

« Petit frère chéri, Lucien,
Cette photo me rappelle mon grand frère comme je l’ai connu
Son regard doux semble me dire « Ne m’oublie pas »
Son regard triste semble comprendre que la vie est de courte durée
Je t’aime petit frère chéri, je pense à toi
»



Christophe PANNIER, Maire de Bruille-St-Amand prend ensuite la parole :

       « Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités,

       A la demande de Joël ; juste un petit mot, je l’avais promis. Je fais très court Joël, pas d’inquiétude.

       Tout d’abord pour vous remercier toutes et tous de votre présence aujourd’hui pour commémorer le 78ème anniversaire de la bataille de Baulers, anniversaire que depuis quelques années nous avons mes collègues et moi le privilège et l’honneur de partager avec vous. Oui c’est un honneur pour nous que de vous accompagner dans ce devoir de mémoire sur ce lieu symbolique avec la présence de notre ami Monsieur THEVENIN.

       Je vais ici féliciter celles et ceux qui œuvrent pour que jamais nous n’oublions ce qui s’est déroulé plus particulièrement sur ce site.

       Le devoir de mémoire c’est se souvenir de ces évènements.

       Le devoir de mémoire, c’est continuer à relayer, à relater et à faire prendre de connaissance à la génération actuelle que des hommes ont perdu la vie pour nous, pour préserver notre liberté, nos droits.

       Le devoir de mémoire, c’est savoir transmettre le flambeau à nos jeunes ici à Baulers, à Court St Etienne vendredi prochain, à Bruille St Amand le 1er juin. Nos jeunes sont les porteurs de cette mémoire.

      Mon cher Joël, Monsieur THEVENIN, Monsieur le bourgmestre, Mesdames et Messieurs les membres de votre association, Joël, chacun à votre façon vous leur transmettez cette mémoire, lourdes de responsabilités, mais ô combien importante dans un monde chaotique dont la paix est extrêmement fragile car nous sommes plus que jamais à la merci de fanatiques et d’extrémistes ici en Belgique, en France et partout dans le monde.

       Alors, cette mémoire doit servir à nos enfants pour préserver l’avenir, notre avenir, leur avenir.

       A nous tous ici réunis de les aider à porter ces discours de paix et de bienveillance ».







       Les petits porteurs de gerbes et les Autorités se mettent en place. En une ligne, les gerbes sont déposées à la plaque commémorative de Lucien CAUDMONT, tué l e16 mai lors de l’attaque d’un char à la grenade.







       Les Autorités ont reculé sur une ligne, en position de respect. La Musique Militaire joue Aux Morts, la Marseillaise complète et la Brabançonne pour terminer.




       La plaque commémorative a été offerte et placée par l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS », ainsi que le grand panneau didactique placé sur la grille d’entrée de la ferme relatant les évènements du 16 mai 1940.





       Tandis que la Musique Militaire joue l’air de « La Marche du 43ème RI », les Autorités remercient les porte-drapeaux présents.









       Le bourgmestre invite toutes les personnes présentes à boire le verre de l’amitié dans la cour de la ferme Hanneliquet.

       Philippe, Jacques et Renauld termine de servir les verres, tandis que la Musique Militaire joue des airs entraînants, ultime surprise de Dominique, avec pour terminer l’air Aclot toudi.












       Et quand Dominique se lâche dans la Marche de la 2e D.B....Colette se relâche.











       Merci à la Ville, à Dominique et son Orchestre, à Daniel et Benoit, aux Autorités, à l’Escorte d’Honneur, aux porte-drapeaux, aux enfants et au corps enseignant de l’Ecole André HECQ, à la famille HAUTIER, aux membres de l’ASBL « DU COTE DES CHAMPS » et à tous les gens présents.

       C’est bientôt l’heure de la soupe pour les invités.

       Françoise met la dernière main au potage aux carottes et au miel toujours autant apprécié chaque année.



       En cuisine, on s’active, de même qu’en salle et au bar. Cette année, les musiciens et l’Escorte d’Honneur dînent à l’intérieur, dans le bar car le temps annoncé n’est pas des plus favorables.

       Un membre de l’Amicale des Anciens du 43 RI sonne le clairon, c’est l’heure de se mettre à table.



       Après le bar, la salle est servie en potage. Afin de faciliter le service, deux dessertes sont nécessaires, l’une tenue par Olivier, Caroline et Christian et l’autre par Patrice, Françoise et Anne-Marie.






       Puis soudain, en plein potage, le Colonel MICHEL demande le silence. Il a intercepté Joël FERY et l’a prié de rester près de lui. Il prend alors la parole :

       « J’appelle Joël FERY, vous savez que c’est un garçon émérite et humble, qui a horreur des honneurs, mais je me sens quand même obligé en tant que Délégué Général du SOUVENIR FRANÇAIS de lui remettre au nom du Président Général du SOUVENIR FRANÇAIS de Paris la médaille d’argent du SOUVENIR FRANÇAIS ».

       Claude lui épingle la médaille d’argent au revers de sa veste, sans le piquer... puis lui remet le diplôme qui l’accompagne.

       Le repas peut continuer, au menu : barbecue, pommes de terre pétées au beurre à l’ail, salade.



       Après le dessert, Roger prend la parole sous la forme d’une chansonnette :

« Après toi je ne n’aurai plus d’amour,
Après toi mon cœur sera fermé pour toujours
Ici-bas rien ne m’attire que ton sourire
Ici bas rien ne m’émeut que tes grands yeux si bleus
Tout en moi t’appartient pour toujours
Après toi je n’aurai plus d’amour »

       Puis c’est au tour de Jean-Luc MONCLUS de présenter les évènements qui se sont passés le 17 mai à Feluy-Arquennes, ainsi qu’un ouvrage édité par l’Office du Tourisme de Seneffe.



       C’est ensuite à Paul URBAIN de présenter la cérémonie annuelle de Court-St-Etienne qui se tient le 18 mai.



       Et enfin, Roger reprend le micro pour lire le discours qu’il a préparé :



« HOMMAGE A DENISE

       Aujourd’hui, mes paroles ne peuvent être dites qu’à l’intention de Denise, mon épouse, qui nous a quittés le 6 juin 2017 à l’âge de 103 ans.

       Pour accomplir, elle aussi à cet âge, un émouvant devoir envers la Patrie, il apparaît évident que cela ne pouvait se faire sans le concours d’un don du ciel. Était-ce son ange gardien ? Était-ce le mien ? Dieu seul le sait. Toutes les commémorations du souvenir à mes côtés, elle les a faites avec courage et fierté. Mission accomplie.

       Denise mériterait, elle aussi, d’être citée à l’ordre du jour, dont je suis le seul à pouvoir établir fidèlement ce qui reste ignoré.

       Patriote depuis sa plus tendre jeunesse, Denise n’a jamais manqué un seul défilé militaire. Elle adorait tout spécialement la Musique militaire du 43ème RI de Lille. Elle fut comblée le jour de mon incorporation dans ce régiment au grade de caporal, devinant, sans doute, qu’il serait porté bien au-delà de toutes espérances.

       Denise préférait de loin le costume bleu horizon, « Il va si bien avec tes yeux bleus », disait-elle.

       Sa conduite fut exemplaire durant les cinq années de guerre et de ma captivité, et elle resta toujours dans l’ombre comme la plupart des grandes dames en ces moments-là.

       Denise nous a quittés en toute simplicité, comme elle a toujours été.

       Ces deux dernières années, elle me disait « Je ne me rappelle plus de rien, mon mari est parti et je le cherche partout ! ». En réalité, c’étaient les cinq années de captivité qui refaisaient surface. Alors il était temps que je lui prenne la main pour la rassurer : « Non Denise, ton mari n’est pas parti. C’est moi, Roger, je suis tes côtés ». « C’est vrai ! », disait-elle en me regardant.

       Alors, tous les deux, assis sur notre grand canapé, doucement on pleurait.

       Je ne dirais pas aujourd’hui que Denise est partie. Denise est toujours là, à mes côtés, et je n’ai qu’un seul regret, je ne peux plus lui prendre la main ! »

Le public est debout et applaudit des mains, Roger est très ému.



       Mais Etienne et Joël n’allaient pas en rester là. Une surprise attendait Roger : Joël a écrit les paroles d’une chanson et Etienne en a composé la musique, l’avant-veille de la cérémonie.

       Cette chanson raconte la vie de Denise.

       Dans ses lettres envoyées du Stalag, Roger l’appelait Ma Nizette.

       Durant la guerre, Denise a été obligée de quitter Lille et s’est retrouvée en exil sur les routes de France. Avec sa grosse poussette, les automobilistes refusaient de la prendre en stop.

       Avec Jean-Claude qui n’était que bébé, les hôtels lui refusaient l’hospitalité parce qu’un bébé ça pleure, ça crie, ça réveille la clientèle.

       Denise n’a pas d’autres choix que de coucher dans les granges.

       A Lille, elle a failli mourir sous les bombes alliées. Restée de nombreux mois sans nouvelles de Roger, elle fait une dépression et est prête à se jeter dans la Dheule. Mais l’Amour est plus fort que tout.

       Vient le retour tant attendu de Roger, il est temps de refaire des projets et d’agrandir la famille.

       Roger et Denise habitent au 26 rue de Valmy à Lille. Ils y vieilliront ensemble.

       Voici quelques années, la mémoire de Denise s’efface inexorablement. Lors d’une des assemblées générales de l’Amicale des Anciens du 43 RI, on la voit jouer sur un piano imaginaire et elle semble heureuse. L’an dernier, quinze jours après la cérémonie de Baulers, Denise s’en est allée. C’est ce que raconte cette chanson intitulée Vers les étoiles et c’est Etienne qui l’interprète.

Vers les Etoiles

Dans la tourmente de la guerre,
Sur les routes de pierres,
Tu es partie hébétée
Avec poussette et bébé

Pendant des jours tu as marché
On refusait de te charger,
Tu as dormi dans les fossés
On refusait de t’héberger

Ma Nisette, tu es partie
A personne tu ne l’as dit
Tu as erré des jours entiers
Sans savoir où te reposer

Sans nouvelles de ton bien-aimé
Tu as songé à en finir.
Et si tu as pu t’en sortir
C’est grâce à votre amour décidé

Arrive le temps d’la liberté,
Celui qu’on a à rattraper
Pour s’aimer, se câliner,
Pourquoi pas celui d’enfanter

Ma Nisette, tu es partie
La vie ne t’a pas trahie
Pour de très longues années
Ton futur s’est égaré

Presqu’oubliée du temps
Jusqu’à tes 103 ans
Tes souvenirs font relâche
Même si tout ça te fâche

A cela tu ne peux faire face
Déjà ton empreinte s’efface
Les images s’espacent
Puis se diluent dans l’espace

Ma Nisette, tu es partie
Dans une douce amnésie
Ton esprit s’est évadé
Sans n’avoir rien demandé

Sur un piano imaginaire
Tu n’finissais pas de jouer
De vieux airs d’avant-guerre
Et puis tout s’est arrêté

La femme que tu as été
S’en est allée sans s’presser
Avec ses souvenirs de carton
Le piano s’est tu pour de bon

Ma Nisette, tu es partie
Dans le silence de la nuit
Ma Nisette, tu es partie
Vers les étoiles, vers l’infini

       L’après-midi se termine pour certains qui ont encore une longue route à faire et continue pour d’autres. Sur la terrasse, alors que Roger dédicace ses écrits, Geneviève lui offre un pack de bières nivelloises au nom de l’ASBL.



       Plus discrètement à la cuisine, Manola et Louis terminent de faire la vaisselle, ils sont occupés depuis le matin.

       Après avoir rangé et nettoyé la salle, une partie des membres de l’ASBL se rassemble au bar, certains n’ont pas encore dîné. Au menu, les restes de midi. Roger est de la partie, ainsi que son fils Jean-Claude et son amie Nicole.

       On parle de la journée, le bilan est positif. Puis c’est l’heure de tout remballer, encore un petit effort et le lit n’est pas loin.




       Crédit-photos : Andrea BELSKY, Jean-Marie-PHILIPPE et Madame LANGELE que nous remercions vivement.



Andrea à l’œuvre

Rédacteur : Joël FERY

 

 

 

 

 

 



[1] Sœur T-M., Cours d’histoire locale de la commune de Baulers 1949

[2] La croix a été réalisée par la société I.C.P. et peinte par Christian PATRIARCHE.

[3] Sœur T-M., Cours d’histoire locale de la commune de Baulers 1949

                                             

 

[4] Sœur T-M., Cours d’histoire locale de la commune de Baulers 1949

[5] J. LORY Elisabeth BURNOTTE , La seconde guerre mondiale dans le Brabant wallon : Baulers 1989-1990 Séminaire d’histoire contemporaine

[6] Sœur T-M., Cours d’histoire locale de la commune de Baulers 1949



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